29 novembre 2011

Victimes et Bourreaux

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Troisième anthologie des Imaginales d'Epinal dont le thème, ou la couverture à moins que ce ne soit l'absence de buzz ne m'attirait pas plus que cela. C'est finalement Gromovar qui m'a convaincu de me lancer.

Charlotte Bousquet ouvre le bal avec La stratégie de l'araignée et prend à bras le corps la problématique : une femme accusée de sorcellerie est torturée. Heureusement rien n'est simple dans cette histoire, les frontières sont floues entre le bourreau et la victime, la magie opère, on en redemande. Il ne me reste plus qu'à aller acquérir Matricia  et surtout lire les deux autres romans de Charlotte Bousquet présents dans ma bibliothèque.

Qjörll l'Assassin de Michel Robert ne m'a pas enthousiasmé. Un petit groupe de mercenaire tente de ramener vers la civilisation un bandit de grande classe. Entre l'assassin retors et rétif qui ne souhaite pas être livrer à la justice et les bandes de guerriers nomades qui harcèlent la troupe on retrouve bien le thème du Western. C'est là que le bât blesse, il m'a paru que la transposition était maladroite, les revolvers ayant simplement été remplacés par des arbalètes. Pas convainquant et peu original.

Porter dans mes veines l'artefact et l'antidote de Justine Niogret met en scène un cirque étrange, traversant visiblement les univers pour présenter une faune bien maltraitée... Je n'ai pu me départir de l'impression de lire un texte de SF mais surtout de rester sur ma faim, le récit étant sans surprise.

Que justice soit faite ! de Maïa Mazaurette met en scène un fanatique religieux au cours d'une épidémie de peste. Manichéen et sans intérêt.

Avec Qui sera le bourreau ?, Pierre Bordage fait la démonstration de son talent de conteur. Un tyran vient d'être défait par une coalition et l'on recherche des témoins ou des victimes des atrocités qu'il commanditées. De témoignages à réminiscences, on découvrira que le monstre n'est pas forcément unique...

Ton visage et mon coeur de Nathalie Dau met en scène, dans un contexte crépusculaire, une passion dévorante et destructrice. Bien amenée et narrée, un excellent moment.

Que ce soit par la préciosité des descriptions qui tranchaient avec le reste du texte, la veulerie du narrateur ou l'univers présenté, je n'ai pas accroché à cette histoire de bizutage qui tourne mal dans Frères d'Armes de Jeanne-A Debats. Un gros bof.

Désolation de Jean-Philippe Jaworski met en scène une petite troupe de nains et leurs porteurs gnomes tentant de ravitailler une cité alliée assiégée par des peaux vertes, en passant par une cité troglodyte abandonnée où sommeille un  dragon. A partir d'un synopsis digne des pires romans de licence, Jaworski tisse une trame très subtile, prenante et surprenante. Un excellent moment à la fois épique et fin.

Le deuxième oeil de Sam Nell m'a furieusement fait penser de Jodorowsky et Bess en moins bien. Laborieux et pas convainquant.

Avec Au-delà des murs, Lionel Davoust nous plonge dans un univers mi fantasy mi steampunk (je laisse la dénomination exacte aux maniaques de l'étiquettage) à travers le regard d'un vétéran, profondément marqué par le dernier conflit. Réminiscences coupables de massacres et paranoïa sont au programme pour cette nouvelle qui cultive l'ambiguïté. Un très bon texte.

Le démon de mémoire de Paul Béorn ne m'a pas convaincu sans être déplaisant pour autant. Il manquait un petit quelque chose pour emporter l'adhésion, le récit est peut être un peu trop démonstratif.

Mazbaleh de Xavier Mauméjean est un texte très court apparemment basé sur l'Ancien Testament qui colle au thème de l'anthologie avec cynisme. Un bon moment.

Bilan en demi teinte avec une impression de douche écossaise. Quelques textes m'ont paru très longs tandis que d'autres sont passés à la vitesse de l'éclair (Désolation et Au-delà des murs notamment).

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21 octobre 2011

Bifrost n°64

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Petit constat personnel : il n'y a pas à tergiverser si je veux lire un Bifrost, il faut que je l'aborde comme un roman en ne lisant rien d'autres en parallèle. Le magazine est étoffé et il me faut un bon paquet d'heures pour en faire le tour.

 

Au programme de ce numéro 64 : Jérôme Noirez ! Dieu ! (avec Catherine Dufour dans le même panthéon)

Les trois nouvelles sont de très bonnes tenues, pour Le Malak de Peter Watts et Un port de pêche de Xavier Mauméjean, les fins sont un peu convenues mais les ambiances très réussies emportent l'adhésion et leur lecture est un plaisir. Faire des algues de Jérôme Noirez est à l'image de l'auteur, riche, surprenant et prenant, on arrive à la conclusion avec un petit ouf de soulagement, du très bon Noirez bien déjanté et captivant.

Le cahier critique qui suis est comme d'habitude bien fourni, j'ai pris quelques notes pour les mois plus calmes en matière de sorties.

L'interview de Jérôme Noirez est le gros morceau du dossier, passionnante on y découvre un auteur très attachant. La présentation de ses oeuvres est amputée de Féérie pour les ténèbres au motif de réédition prochaine, on est dans l'autopromotion du Bélial un peu trop insistante dans la mesure où celle ci était aussi annoncée dans l'interview. Un peu agacé et frustré pour le coup, faudra attendre 2012 pour en lire plus dessus. Pour le reste, la présentation des autres oeuvres est vien faite, il faut que je sorte rapidement Le diapason des mots et des misères de ma pile, il y dort depuis trop longtemps.

Enfin, le numéro se conclu avec un article passionnant de Roland Lehoucq sur les rayons de la mort, érudi, bien foutu et passionnant.

Le mot de la fin se trouve dans les Paroles de Nornes avec pour l'essentiel une présentation exhaustive des prix Hugo, Locus et Elbakin.net (pas convaincu par le palmarès de ce dernier).

Un excellent numéro.

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03 novembre 2010

Rosée de feu de Xavier Mauméjean

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"Relevez votre manche droite."
Les garçons s'exécutent. Ils savent ce qui les attend.
"Présentez l'avant-bras à votre dragon."
Le souffle de la bête suffit à brûler leur chair. Tatsuo serre les dents, réprime un grognement de douleur. Dorénavant, chaque pilote porte la marque de sa monture, comme un sceau qui le distingue des autres. Ce lien ne peut être rompu que par la mort.
Un moment de douleur honorable qui met fin à leur apprentissage. Désormais, Tatsuo et ses compagnons sont parés au combat.

1944, dans un monde où les dragons existent et prolifèrent en Asie, montures ancestrales des guerriers chinois et japonais, la Seconde Guerre Mondiale arrive à son terme...
Les dragons d'élevages japonais commencent à crouler sous la masse des avions de chasse de la flotte  américaine. La défaite se profile à l'horizon, inexorable, les dirigeants des forces armées envisagent d'autres méthodes de combat pour harasser l'ennemi.

Guam tombe le 21 juillet, et Tinian le 24. L'ennemi n'a que faire des pourparlers. Tojo aussi s'en désintéresse. Reclus dans sa résidence de Setagaya, à quatre-vingt kilomètres du mont Fuji, il sait que son rôle est terminé.
Mois après mois, la détermination de l'adversaire conforte Obayashi dans ses choix. L'âme du Japon resplendit de vertu, telle la lame d'une épée neuve. Mais son brillant ternit s'il n'est pas entretenu. Tojo a rouillé l'âme nippone, et pourtant l'éclat demeure. Il suffit de polir le sabre à nouveau.

Récit crépusculaire, sans fioritures ni pathos, narrant trois destins au sein de cette guerre. Hideo le jeune garçon qui suit la guerre à travers le prisme de la propagande, son frère ainé, Tatsuo, ayant dû abandonné ses études supérieurs pour devenir pilote et enfin Obayashi, jeune officier de carrière ayant définit la stratégie du sacrifice volontaire.

Au sortir de la réunion, Obayashi se retrouve seul avec l'amiral Onishi. Celui-ci paraît las, sa bouche est marquée d'un pli amer.
"Nous avons engendré un monstre", lâche-t-il soudain.
Obayashi se raidit. Comment l'initiateur du projet peut-il tenir pareils propos, alors que les victoires s'accumulent ? Maintenant que les hésitations de Fukudome sont levées, la bonne conscience de Takijiro Onishi n'a-t-elle plus de rempart ? Ces scrupules tardifs heurtent le maître archer qui demande :
"Amiral, que peut-on espérer d'autre ?"
Son supérieur grimace un sourire et répond :
"Finir écrasés par une bombe. Mais je suppose que c'est beaucoup trop demander."

Tandis que Hideo joue dans la cour de récréation à rejouer les victoire en Chine, Tatsuo goûte à la chance d'être trop talentueux pour qu'on lui demande de se porter volontaire au suicide. Il doit escorter et protéger de la chasse ennemie ses camarades lors de leur dernier vol. Obayashi de son côté, effectue la tâche que l'on attend de lui, détaché des contingences matériels et du doute, arpentant la voie du Kyujustsu et regardant de haut ses supérieurs.

Les pilotes escorteurs sont harassés. Durant leurs maigres heures de sommeil, ils dorment tout habillés. Ainsi, il suffit d'enfiler ses bottes avant de courir jusqu'à la piste. Tatsuo a pris l'habitude de fumer. A mesure que le tabac se consume, il semble recouvrer de l'énergie. Exactement l'inverse d'un Ryû-jin qui s'affaiblit en brûlant son hydrogène. Plus qu'opposés, pilote et monture sont complémentaires, Tatsuo en est persuadé. Il se sent davantage proche de Taro le dragon que de ses camarades.

Mêlant histoire réelle, avec son lot d'atrocité et de carnages, à son univers fictif, Xavier Mauméjean retrace la chute inexorable du Japon. Une place importante est accordé aux réminiscences, rappelant les horreurs commises par l'armée japonaise et permettant de situer les personnages historiques et leur évolution. L'introduction des dragons en lieu et place des avions, permet tant la mise en place d'une complicité entre l'homme et sa monture, qu'une conclusion à la fois tragique, ironique et originale à cette guerre.

"Votre tension est basse, je vais vous faire une piqûre de glucose."
Tatsuo relève sa manche, c'est vrai qu'il n'en peut plus. L'escorte des volontaires vole fréquemment à des hauteurs comprises entre sept et dix mille mètres, par une température pouvant avoisiner les - 60°. Son organisme est malmené par la faible pression atmosphérique. Sans parler de la raréfaction en oxygène que compense à peine le masque. Les consignes de vol préconisent une mission par mois à ces hauteurs, et il en fait pratiquement une tous les jours. Même Taro, son dragon, semble rechigner à prendre l'air. En-a-t-il assez d'affronter des machines volantes, ou est-il sensible au sacrifice de ses congénères ? Tatsuo l'ignore, impossible de lire quoi que ce soit dans ses yeux d'or. Mais le fait est là, Taro souffle bruyamment avant de s'engager sur la piste.
Etrange époque qui voit un Ryû se détourner des cieux.

Trois points de vue complémentaire sur la fin de cette guerre, un texte sombre et clinique, très efficace et bien documenté. Xavier Mauméjean réussit son pari et son récit théâtral se lit tout seul, un excellent moment.

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20 décembre 2009

Retour sur l’horizon

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Cette anthologie de Serge Lehman, composée pour les dix ans de la collection Lunesd’Encre, s’avère une bonne surprise. Un seul texte m’a véritablement ennuyé, il y a beaucoup de bonnes surprises et les petites déceptions que j’ai ressenties à l’occasion ne sont pas rédhibitoires. 

Fabrice Colin / Emmanuel Werner (si je ne m’abuse pas), propose deux textes en un, Ce qui reste du réel, portant sur la création et la réalité assez dickien. Le résultat avec un style très agréable est intriguant et déroutant. Assez dickien en somme, pas totalement convaincu par le résultat mais je ne me suis pas ennuyé non plus, la chute m’a séduit.

Eric Holstein avec Tertiaire présente un texte un brin excessif dans la mise en scène de son univers mais son personnage de trader est une telle tête à claque que l’on suit avec jubilation ses déboires. Encore une fois un texte pas totalement convainquant mais diablement amusant

Catherine Dufour m’a un petit peu déçu avec Une fatwa de mousse de tramway, le commercial et le contexte de grands travaux mal fagotés sont plausibles (j’ai eu des impressions de déjà-vu) mais le texte rebondit assez maladroitement à mon goût sur la fin, pour rattraper son titre. Une nouvelle d’une ironie mordante, chargé d’humour noir mais auquel il manque un liant entre deux intrigues vers la fin. Un bon texte mais pas exceptionnel.

Jean-Claude Dunyach par contre m’a bien emporté avec Les Fleurs de Troie, très chargé de spleen. Un récit sur la perte de l’autre sur fond de prospections minières dans les champs d’astéroïdes. Va falloir que j’aille farfouiller dans ma pile pour lire un roman de Dunyach prochainement…

Maheva Stephan- Bugni dépeint dans Pirate, un monde très formaté et oppressant à la Brazil. Dans cet univers, un pauvre type un peu paumé, matraqué par le système se trouvera une raison de vivre après un passage dans les centres de rééducation du régime, j’y ai retrouvé une partie des ambiances du V for Vendetta d’Alan Moore. Un très beau texte.

Laurent Kloetzer nous replonge dans l’ironie cinglante avec son terroriste de Trois Singes. Une nouvelle à chute remarquablement menée et assez réjouissante dans sa conclusion glaciale, les conneries ça finit toujours par vous péter à la gueule… Je me suis régalé.

Thomas Day avec Lumière Noire nous fait visiter une Terre post singularité et post apocalyptique. Un texte où l’auteur se retient de ses excès de violence habituels, très prenant, lucide quant à la nature humaine et proposant au final une fin assez optimiste. Bonne pioche, j’ai dévoré cette nouvelle.

André Ruellan avec Temps mort, nous fait le récit d’une agonie. Un texte pas très SF à mon goût et que Greg Egan a traité de manière plus convaincante. Temps mort est toutefois trop court pour que l’on puisse s’ennuyer en le lisant.

Léo Henry avec Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais, propose une société se focalisant sur la culture et s’échinant à ne pas laisser passer sombrer le moindre artiste putatif. Mais tous les Mozart n’ont pas envie d’être sauvés. Un bon texte un brin ironique proposant quatre histoires en une, une vraie poupée russe.

Penchés sur le berceau des géants de Daylon est assez elliptique et poétique. Des grosses bestioles orbitent autour de Terre et l’humanité en tire plein d’avantages et d’innovations jusqu’au jour où les géants sont menacés, l’interventionnisme est-il la bonne solution ? Un texte agréable.

Philippe Curval avec Dragonmarx m’a quelque peu ennuyé. Le mixage entre la légende des Nibelungen et le communisme est d’une lourdeur peu digeste

Jérôme Noirez donne une signification au Bloop, dans Terre de Fraye un texte qui commence de manière assez délirante et ironique pour se conclure magistralement dans un registre totalement différent. Sans aucun doute un des meilleurs textes de cette anthologie.

David Calvo avec Je vous prends tous un par un, signe un texte court et amusant mais pas très marquant.

Enfin l’anthologie se conclue sur le mystérieux Hilbert Hôtel de Xavier Mauméjean. Un hôtel immense voire infini où les employés se succèdent génération après génération. Seul question qui persiste : d’où viennent les clients ? Elégant et agréable.


Une anthologie très agréable, avec peu de fausses notes, qui mérite surtout le détour pour les excellents textes, par ordre de préférence personnel, de : Jérôme Noirez ; Thomas Day, Maheva Stephan-Bugni, Laurent Kloetzer et Jean-Claude Dunyach. Les autres auteurs suivant, à une exception près, le mouvement avec plus ou moins de bonheur mais jamais de manière ennuyeuse.

Il en a parlé : avis de Vicklay

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12 décembre 2009

L’ère du dragon de Xavier Mauméjean

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Rassemblés autour de Bud Colt, les officiers des puissances attendaient dans le couloir. Les ministres tardaient à conclure la réunion préliminaire.

- Mais ce ne serait pas milord banane qui vient d’arriver ? Joins-toi à nous, compadre !

Lord Africa avait le choix entre balancer son poing dans la figure de l’Américain, ou laisser dire. Le pair du royaume ignora Bud Colt et se tint en retrait, observant les audaces polychromes des tenues de parade. Dorures, fourragères et médailles transformaient les uniformes en habits de cirque, en costumes de dompteurs qui ne parviendraient jamais à maîtriser l’Enfant des Singes.

Avec L’ère du Dragon, Xavier Mauméjean reprend son double postulat de la Ligue des héros et l’emmène plus loin… Les légations des puissances impérialistes sont menacées en Chine par la révolte des boxers. Révolte organisée par un allié de Peter Pan… Kraven n’est pas sur place, une bonne occasion pour laisser la vedette à Lord Africa, Bud Colt, English Bob, le baron von Tod, Cavor, et quelques autres. Les scènes d’action sont fréquentes, spectaculaires et plaisantes, on ne s’ennuie pas dans cet univers baroque et maîtrisé.

Pour fuir son attaquant le dirigeable perdit de l’altitude, piquant du nez en direction de la Cité Interdite. Le premier dragon lui barra la route en projetant ses serres dans la cabine. Le verre blindé explosa instantanément en mille débris effilés lacérant la chair des marins comme une mâchoire transparente expulsée du dragon. Les créatures ailées s’écartèrent à de l’appareil à l’unisson, figures d’un ballet aérien, terrifiantes et splendides, entortillant leur cou jusqu’à ne former qu’une seule bouche de feu. Le dégorgement incendiaire se répandit sur l’enveloppe du Rule Britannia illuminant Pélin d’une aube artificielle.

Celle d’un nouvel âge, refusé aux humains.

 

L’ambiance des romans fantastiques du XIXeme siècle est extrêmement bien rendue, on suit ces aventures très référencées avec plaisir d’autant plus que ces héros ne sont pas manichéens et encore moins unis.

 

Cassé en deux, le Boxer roula au sol. Il tenta de se relever quand le genou du héros lui défonça les côtes. Le pair du royaume tournait autour de l’homme, bras ballants, animé de la fureur des grands singes. Il s’apprêtait à l’achever quand English Bob retint son bras. Regard vide, Lord Africa se tourna vers le garçon. Il était couvert de sang.

- Que t’est-il arrivé ?

- Manfred von Tod. Il massacre des innocents. Le baron est devenu fou.

- Non, il s’adapte. Question de survie. Tu devrais faire pareil.

- Jamais, milord. Et je ne vous laisserai pas tuer ce prisonnier.

Un éclair de raison traversa le regard du Seigneur des Arbres. Il s’adressa aux guerriers africains :

- Soit, faisons comme Bobby l’entend. Prenez leurs nattes et clouez-les à l’arbre. Laissons ces fruits mûrir au soleil.

English Bob s’interposa.

- Bud Colt tranche les nattes des Chinois comme s’il s’agissait de scalps. Pas de torture, milord, pas de votre part. Qu’est –ce qui vous distinguerait l’un de l’autre ?

- J’ai été élevé à l’humain par la civilisation. Bud Colt, lui, bascule vers la bête. Il était fatal que l’on se rencontre à mi-parcours.

Tout en déroulant ses aventures à grand spectacles, Von Tod chassant le dragon en triplan au dessus de Pekin ou Kraven luttant sur le toit d’un train blindé en Ukraine par exemple, Mauméjean joue habilement sur la nature de Peter Pan menant la seconde partie de l’intrigue sur des sentiers surprenants.

 

Brandissant le meuble, Lord Kraven se redressa. Crochet s’apprêtait à conclure l’engagement lorsqu’il remarqua les écailles couvrant le tabouret. Elles étaient semblables à celles de l’immonde animal, à cette horrible créature oeuvrant pour Peter Pan, qui lui avait arraché le poignet, dévoré la chair, digéré les doigts, paume, ligne de vie et chance, infléchissant sa destinée pour lui interdire tout avenir et le figer dans un éternel présent, celui rythmé par la pendule gobée par le saurien, carillonnant dans ses cauchemars, temps de la vengeance, plat qui se mange froid, glacé comme le sang des reptiles.

 

Rafraichissant et bien construit, L’ère du Dragon est un excellent divertissement, jouant intelligemment avec pas mal de mythes, légendes et héros extraordinaires.

Il m'a donne envie de le lire : Nébal.

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10 juin 2009

La Ligue des Héros de Xavier Mauméjean

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On a tort de croire que les Fées sont des créatures raisonnables et posées. Vivant dans l’instant, incapables de se souvenir du matin même, ce qui les conduit à reprendre sans cesse leur ouvrage, les Fées ne se soucient de rien et passent leur journée à se prendre pour des fleurs. Insouciantes et frivoles, elles ne savent rien faire d’autre que s’agiter. Du temps où il était responsable de la sécurité royale, Cavor avait plus d’une fois manqué de se faire transformer en caillou pour avoir ôté les rubans dorés de ses chères mitrailleuses, ou gratté le glaçage sucré des piques empoisonnées. Un cauchemar pour l’homme de science, jusqu’au jour où un Garçon Perdu avait trouvé la mort. Le malheureux s’était cru capable d’ingérer un obus à sa sortie du canon, et les faits lui avaient démontré le contraire. On avait retrouvé sa tête près de l’étang aux carpes, sincèrement étonnée, et Cavor s’était vu détaché le soir même auprès de sir Baycroft et sa Ligue des Héros. Depuis, il revivait.

Un vieillard amnésique livré brutalement à sa fille en Angleterre au cours des années 60… Alors qu’il s’adapte plus ou moins à cette famille qui ignorait son existence, la mémoire lui revient en lisant des pulps puis des comics. Il est Lord Kraven, un des membres de la Ligue des Héros chargés de protéger l’empire britannique des agissements d’adversaires haut en couleur et des personnages féériques échappés du Peter Pan de James Matthew Barrie… Des aventures exaltantes au cours de l’époque victorienne. Beaucoup de flashs au travers desquels on finit par distinguer une histoire britannique qui tourne mal, autant de raisons pour décider le vieillard à reprendre du service…

L’hôpital St Thomas avait été réquisitionné au début du siècle, de façon à accueillir les immigrants du Pays de Nulle Part. Une sorte d’Ellis Island londonien où, après avoir pris acte de leur excellente santé, on remettait à chaque Imaginaire un savon, une couverture et une miche de pain. A l’époque, l’endroit n’était qu’un simple lieu de passage, un point d’arrêt obligé avant l’entrée dans le monde des humains. Ce n’était plus le cas.

Dans ce roman, Xavier Mauméjean réussit à mélanger des influences très diverses, tant la fantasy élégante de Barry que le désenchantement de Moore dans une ambiance steampunk devant beaucoup à Verne, Wells, Burroughs et Doyle. Un mélange étonnant mais parfaitement maîtrisé menant vers une fin surprenante. Un roman très agréable mêlant hommage et relecture.

Rafraichissant, élégamment référencé, La ligue des héros n’est sans doute pas le roman le plus marquant de Mauméjean mais une lecture très agréable et surprenante.

Il m'a donné envie de le lire : Les chroniques de Nébal sont ICI  et LA.

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03 octobre 2008

Lilliputia de Xavier Mauméjean

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- Il est trop tard pour reculer. Et si tu n’as pas souhaité venir, cela revient au même. Vois !

Une statue de fer gardait la passe de New York. Sa tête rayonnait comme sous les feux du music-hall, et elle tenait un programme des spectacles.

Grands et petits semblaient égaux face à elle.

 

Elcana est petit, quatre vingt dix centimètres de haut, un nain parfait dans ses proportions.Né en Europe de l’Est, il se révolte malgré sa taille contre le seigneur local et devient recherché en tant que criminel. Il ne devra son salut qu’à un mystérieux convoi ferroviaire qui moissonne les petits dans son genre.

Ils seront acheminés à New York où les attend, dans le parc d’attraction Dreamland, Liliputia, une ville à leur taille reproduite sur le modèle de Nuremberg. Un lieu où plane l’ombre de son créateur, Sébastian, dont la volonté fait loi par delà la mort.

Elcana, le teigneux, sera intégré au sein de la brigade de pompiers lilliputienne, appelée à intervenir sur la totalité de l’île qu’occupe Dreamland. Notre héros découvrira avec stupeur que la lutte dangereuse contre le feu n’est qu’une attraction comme une autre et que les incendies sont programmés.

Reste que quelques soucis font de l’ombre dans ce charmant tableau : la plèbe qui compose les visiteurs du parc n’est pas spécialement agréable à côtoyer, que les incendies non programmés se multiplient de plus en plus mortels.

Quoi qu’il arrive le spectacle doit continuer ! La réponse de la direction au deuil des lilliputiens sera la distribution générale de cocaïne et la doctrine de l’amour libre…

Face à la multiplication des iniquités, Elcana brandira l’étendard de la révolte et tentera de rallier les « Freaks » qui hantent le Steeple Chase, une partie abandonnée du parc. 

Xavier Mauméjean, reprend le thème de Ganesha, l’entrée dans le XXeme siècle et le traite à sa manière en exploitant son phénomènes de foire. Le récit bascule peu à peu dans le fantastique avant d’acquérir une dimension allégorique puis finalement mythologique. Le  tout en se mélangeant adroitement avec l’histoire de New York et servit par une galerie de personnages nombreux et haut en couleurs.

Mauméjean réussit un coup de maître et signe un excellent roman difficilement classable. 

Frances ne quittait pas des yeux l’Hôtel Eléphant, le revêtement blindé de ses formidables pattes, sa panse à nombril boulonné. Il s’y empilait des étages de luxe futile, mais aussi de sciences et de techniques, un progrès culminant à cent quatre vingt mètres, là où se trouvait l’observatoire météo. Tout cela pour finalement pas grand-chose, de quoi se distraire le dimanche, le jour du supplément illustré. C’était exactement ça, de l’amusement à la page qu’il convenait maintenant de tourner.

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11 septembre 2008

Ganesha, Mémoires de l’homme –éléphant de Xavier Mauméjean

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Quelqu’un a dit que, si un dieu disparaît, on le retrouve à Londres. J’ai moi-même rompu des liens imposés par la naissance pour venir y échouer, comme le ferait un navire dans la mer des Sargasses, contraint tout d’abord par la molle captivité, puis retenu par cette seconde nature qu’est l’habitude. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce choix et, du temps où je pouvais sortir la nuit, il m’arrivait parfois de croiser Protée. Jadis, ce petit dieu grec pouvait changer de forme à volonté. Son insatiable curiosité le poussait à espionner ses pairs qui, excédés, finirent par réclamer justice à Zeus. Le souverain de l’Olympe accueillit les doléances puis rendit sa justice. Il transforma Protée en sable mouvant, lui interdisant ainsi de se solidifier. D’une certaine façon, sa condition devint l’inverse de la mienne, si désespérément matérielle, mais nos esprits pensaient à l’unisson. Tout comme moi en venant à Londres, Protée en adopta les usages, et tira profit de son état. Il devint marchand de sable, collectionnant les yeux des dormeurs afin d’observer leurs songes. Ainsi, Protée continue-t-il d’exercer son vice, mais ne m’a jamais tourmenté. Rends-moi service, Sandman, arrache les yeux de ceux qui m’étudient ou m’espionnent. 

Dans ce roman, Xavier Mauméjean, s’empare de Joseph Merrick, plus connu sous le nom d’Elephant Man et pose le postulat suivant : Et si Merrick était l’incarnation du dieu hindou Ganesha ? Ces difformités étant le résultat de son caractère divin.

Dans cet optique, il nous entraîne dans le journal intime de Merrick, son quotidien nous est dévoilé de même que son influence sur Londres qui croît suite à son aide dans la résolution d’une série de crime.

Mauméjean rend bien l’Angleterre victorienne et le quartier londonien de Whitechapel. Dans cette misère urbaine, les déments criminels abondent et la sagacité du dieu éléphant sauve quelques vies au fil de quatre saisons. Chacune d’entre elles est d’ailleurs introduite par une illustration assez subtile.

Cerise sur le cadeau, on évite une énième adaptation autour de Jack L’Eventreur, les intrigues sont d’ailleurs bien différentes.

Le style est très fluide et se lit très agréablement. Aux enquêtes se mêlent les réflexions de Merrick sur le monde qui l’entoure, lui-même, son passé de phénomène de foire. 

Une belle allégorie sur la fin d’une époque avec l’arrivée du monde moderne et scientifique, la fin des mythes. Un récit tout aussi brillant que La Vénus Anatomique, mais beaucoup plus accessible, que l'on dévore rapidement.

Mauméjean entre finalement dans mon panthéon personnel et l’on se retrouvera bientôt pour parler de Liliputia. 

Quand je serai mort, je veux que l’on m’enferme dans une bouteille géante. Dans ma bonbonne remplie d’alcool, les pores enfin saturés d’ivresse je flotterai, pour la postérité. Plus tard, lorsque le dernier étudiant aura assisté à l’ultime leçon d’anatomie, on balancera le flacon à la Tamise. Roulant sur les vagues, je confierai mon message à l’océan et finirai échoué sur une plage, attendant mon libérateur.

Je n’exaucerai pas ses vœux.

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18 juin 2008

La Vénus anatomique de Xavier Mauméjean

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Du temps de mes études, à Reims ou à Leyden, j’ai ouvert bien des gens. Cela, contre l’avis des autorités qui blâmaient l’autopsie. Au gré des batailles, l’interdit saute, et ce même pouvoir se renie. Lui qui tient pour profanation l’examen interne à fin de connaissance, réclame de ses compatriotes qu’ils se fassent déchirer les entrailles.

Julien Offroy de la Mettrie, médecin, anatomiste, sans le sou est engagée par un agent de Louix XV afin de mener à bien un mystérieux projet visant à rapprocher l’homme du démiurge en compagnie d’autres individus hors normes dont Honoré Fragonard (connu pour ses écorchés).
Le projet doit être mené à bien à Berlin au terme d’une compétition internationale à l’initiative de Frédéric II de Prusse.
La première partie concerne la constitution de l’équipe de savants français et leur trajet jusqu’à Berlin pourchassé par les agents de la reine, bigots cherchant à entraver à tout prix ce projet, le projet lui-même occupe la seconde partie dans un Berlin surréaliste en proie à une architecture démente et à des expérimentations délirantes mais hélas crédibles en ce milieu du XVIIIe siècle.

Xavier Mauméjean multiplie les clins d’œil et les références propres à cette période et va même en chercher quelques autres assez inattendues mais totalement dans le contexte.
Le texte est remarquablement maîtrisé et l’hommage au Frankestein de Mary Shelley très élégant.
Une part d’uchronie, de fantastique ou de science fiction, humour et horreur, action et réflexion en parts égales. Un roman difficilement qualifiable et fourmillant d’idées mais surtout un bon moment. 

Geneviève s’empara de la bouteille, à la façon d’un homme, ce qui me rappela au présent :
- Qui êtes vous, chevalier ?
- Une émanation du roi, ce que l’on appelle
éon.
- Qui commande aux Mousquetaires gris.
- Non point moi, mais Maupertuis. L’actuel baron est lié aux mousquetaires. Depuis sa vingtième année, quand il obtint le brevet de lieutenant au régiment de la Roche-Guyon.
Mais surtout, son aïeul avait pris le commandement de la compagnie, après la mort de Charles de Batz, seigneur d’Artagnan. Décapité par un boulet, au siège de Maastricht.
- Maupertuis prit la tête du corps. Le mot est juste.
Geneviève ne daigna pas sourire, et je ne pus l’en blâmer.

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14 décembre 2007

Freakshow ! de Xavier Mauméjean

hop

Fin de la première saison du Club Van Helsing !

Xavier Mauméjean un des deux co initiateur de cette collection réunit le petit monde du Club pour une petite fête qui tourne à la tuerie générale quand un commando s’invite pour l’apéritif. Cette première partie, un peu plate et attendue, se traîne sur les soixante premières pages environ puis l’intrigue démarre réellement avec les pourquoi, les comment et la riposte nécessaire. 

Délaissant l’équipement conventionnel, la jeune femme ouvrit une large pochette en maillage de plomb. Elle en extirpa une faucille et un marteau. Naguère emblèmes du socialisme triomphant, les outils étaient redoutables entre les mains de Tatiana, spécialement conçus pour le corps à corps, forgés dans l’uranium de Tchernobyl. Leurs propriétés carcinogènes étaient renforcées par un pelliculage d’argent, fatal aux créatures. L’ex agent du FSB comptait bien leur faire payer l’attaque du Bedlam Asylum, en fracassant des crânes et moissonnant des têtes. 

Il se peut que la première partie du roman, sorte de synthèse de ces prédécesseurs, relève de l’exercice aride et nécessaire pour cette intrigue au final bien ficelé pose les bases de la prochaine saison du Club, il n’en reste pas moins que je l’ai trouvé assez caricaturale par rapport à la suite assez excellente.

Xavier Mauméjean, fait fi de la règle d’un chasseur un montre et utilisant l’alibi de Barnum et multiplie les créatures, plus recherchées que le commando vampire loup-garou du début. La seconde partie est vraiment plaisante jusqu’à une chute qui appelle la suite… 

Freakshow ! est donc un livre en demi teinte avec un départ abrupte avant de rattraper le tir élégamment, c’est un peu dommage car l’intrigue en elle-même n’est pas déplaisante et les pistes lancées pour les romans suivants intéressantes.
 

Anvers n’est pas Amsterdam, et aucun chanteur n’en a vanté les mérites. Peut-être parce qu’il n’y a rien à en dire, que les cris et les coups servent de fond musical à  la ville. On pourrait prétendre que c’est une belle cité pour faire plaisir aux habitants, comme on ment à une mère quand sa fillette est difforme. « Elle a quelque chose », affirmerait-on, sauf qu’il n’y a rien de sacré à Anvers, à moins d’admettre que le morbide est honorable. Si c’est le cas, Anvers mérite tout notre respect.

 

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