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Claude, la quarantaine, sans emploi, en fin de droits, à la rue... Un malentendu sur Linkedin suite à un CDD au Ministère de l'Intérieur et la voilà engagée comme enquêtrice pour retrouver la trace d'une famille américaine disparue dans un bled en province... Vu sa situation autant tenter sa chance pour glaner quelques euros. La voici en route pour découvrir le domaine de "Tante Colline".

Claude leva les yeux vers une magnifique façade géminée, toutes en poutres moussues, chaux blanche et bow-windows à petits carreaux, noyés dans une vigne-vierge qui rougeoyait. Il y avait des auvents d'ardoise grise, des balcons de bois roux, des épis de faîtage en forme de fuseau et des fenêtres noires et vitreuses comme les yeux sur les paquets de tabac. Claude dut aller récupérer son souffle au niveau de sa glotte : qu'est-ce que c'était beau ! Beaucoup trop beau pour être vrai. Ca va mal se passer. Elle avait l'habitude. Elle frisonna quand même et, après un temps de réflexion, gara sa voiture dans le sens de la fuite.

La maison habrite quelque chose d'hostile, puissant mais Claude acculée fait preuve d'une indéniable pugnacité. Compulsant tout  ce qui parle de fantôme et assimilé à la médiathèque, avec en vedette Bram Stocker et Stephen King, elle tentera de définir son adversaire et de mettre en place une stratégie empirique pour survivre voire contre attaquer.

Que pouvait-elle espérer, seule, au coeur de l'hiver, avec pour seul refuge un bistrot, pour seul abri une voiture, face à tant de siècles de méchanceté embusquée dans un gigantesque manoir ? Elle se battit mentalement les flancs comme chaque fois qu'une envie de mourir la submergeait. Le désespoir, c'est un luxe. Tu n'as pas les moyens. La méchanceté du monde, elle avait l'habitude. Le monde, au fond, n'avait jamais attendu d'elle qu'une chose : qu'elle disparaisse. Pire : qu'elle n'existe pas. Les pauvres, ça emcombre. Les chômeurs, c'est des gêneurs. Colombe, au moins, y mettait les formes, et une sorte de soin.

Claude devra faire preuve de résilience et d'ingéniosité pour survivre...

Avec Au bal des absents, Catherine Dufour livre un roman d'horreur délicieusement ironique, sympathiquement référencé, avec une dimension sociale prégnante et non manichéenne. Efficace, on alterne frisson et sourire à sa lecture, un très bon moment.