Les lectures d'Efelle

11 septembre 2016

La ligne de fuite de Robert Stone

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Arrivé en face du marché aux fleurs, il se fondit dans la circulation frénétique de Lê Lof, essayant de simuler langueur et insouciance. Il était primordial d'agir comme si une bonne fortune innée vous rendait invulnérable. Les vicissitudes de l'Histoire avaient poussé les Saigonnais à vénérer la chance. Les malchanceux mettaient tout le monde mal à l'aise et en tentaient même certains à assumer le rôle de la malchance. C'était presqe pire que d'avoir l'air comique.

Converse se serait bien vu correspondant de guerre mais sa veulerie l'ont conduit à trainer entre expatriés à Saïgon plutôt que sur la ligne de front... Poussé par sa maîtresse et un désir de sortir du Vietnam en ayant accompli quelque chose, il s'improvise trafficant d'héroïne. A charge pour un de ses amis, Hicks, un ancien marine, de faire passer les trois kilos de drogue pour les livrer à Marge, la femme de Converse légèrement toxicomane. Une affaire boiteuse dès le départ.

En prenant contact avec Marge, Hicks a maille à partir avec deux types louches. Il leur échappe facilement et prend le large, la drogue et Marge sous le bras...

Elle sortit la tête par la portière puis, ayant prêté l'oreille un moment, crut entendre des voix et une musique lointaine.

Il remit le moteur en marche et ils montèrent quelques centaines de mètres tous phares éteints. Il se gara à nouveau, descendit de voiture et tapa sur la portière pour faire signe à Marge de le suivre.

La lune s'était levée au-dessus de la crête des collines, une lune pleine, hystérique, chamanique, qui illuminait le canyon jusqu'à mi-pente.

De son côté, Converse, à peine débarqué aux USA, tombe sur les deux sales types puis sur leur chef, un agent du FBI visiblement bien pourri... Converse devra collaborer avec ces ordures pour retrouver son épouse...

S'il avait seulement pu se montrer un tout petit peu moins timoré au Vietnam, songea-t-il, il aurait pu trouver une mort honorable - comme ces héros qui se trimballaient partout en moto et mouraient d'avoir trop éclusé leur jeunesse. Maintenant il allait falloir faire face à la mort ici - où les choses étaient plus drôles -, ici où la mort serait aussi stupide et bizarre que tout le reste.

Roman noir sur la fin d'une époque, l'échec de la contre culture, La Ligne de fuite suit des personnages désenchantés vers le destin qu'ils se sont choisis. Un bon moment très sombre.

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04 septembre 2016

Legendary

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Legendary m'a été présenté comme le meilleur jeu de deck-building actuellement sur le marché. Force de constater que les mécanismes collent parfaitement au thème Marvel et présente une rejouabilité bien supérieure à celle de Legendary Encounters sur le thème d'Aliens.

Pour une présentation vidéo, je ne peux que vous inciter à regarder ce Tabletop qui m'a fait craqué.

La mise en place demande toutefois une bonne dizaine de minutes, pour cette partie à cinq joueurs j'avais retenu Nick Fury, Spiderwoman, La Veuve Noire, Tornade, Le Faucon et Malicia pour les héros.

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Côté vilain, le choix a été effectué un peu au pif, en évitant les méchants des extensions Paint the city in red et Captain America 75th anniversary.

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Sous l'égide du Docteur Doom, les méchants vont donc cavaler en ville de droite à gauche, embarquant au passage des passants... Le scénario à pour comme condition de défaite l'enlèvement hors de la ville de huit passants par les méchants. Une condition pas très méchante du fait des héros portés sur le sauvetage (Tornade, La Veuve Noire et Le Faucon en particulier).

A charge pour les joueurs d'optimiser leur deck en recrutant les héros qui vont bien et se débarrassant des cartes obsolètes à un stade avancée de la partie. La partie se déroula très agréablement, les enfants même sans pratique de l'anglais ayant vite pris le coup.

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Le jeu est d'une fluidité remarquable et très immersif, même si le scénario ne fut pas très compétitif. Avec le recul, je pense que le système est plus agréable à trois et quatre joueurs. En tout cas, les possibilités sont nombreuses et l'ont peu facilement corser la difficulté en intervenant sur les héros ou les vilains en course. Un excellent jeu pour de nombreux bons moments.

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03 septembre 2016

103e escadrille de chasse de Seiho Takizawa

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Ce manga propose de suivre Yoshio Matsumoto en Nouvelle Guinée de 1943 à 1945 : du statut de jeune pilote tout juste formé à celui de vétéran aguerri dans un conflit de plus en plus en défaveur des forces du Japon.

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Alternant discussion au sol et missions aériennes, le récit reste orienter vers les amateurs d'aviation, les explications techniques complétant les moments de bravoure.

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Quoi qu'il en soit le récit est prenant et la conclusion bien amenée sonne juste. Un bon moment.

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29 août 2016

La quête de l'Oiseau du Temps : Chevalier Bragon de Le Tendre, Loisel et Mallié

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Chevalier Bragon fait suite à La voie du Rige et reprend l'action au terme de l'apprentissage de Bragon. L'élève finit par dépasser le maître mettant un terme à la formation, sans pour autant que Bragon ne cerne totalement la personnalité du Rige. Le respect de l'un étant à la hauteur de l'orgueil de l'autre, deux traits de caractères qui donneront lieu à des évènements mythiques.

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Ensuite le soufflé retombe quelque peu, avec l'intrigue principale qui reprend de plus avec cette secte sanguinaire qui gagne inexorablement en pouvoir... Une situation qui donnera lieu à une traque finissant en cliffhanger. Une narration sans réelle surprise et pas encore relevé par la présence du jeune Bulrog. Un bon moment sans plus.

 

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15 août 2016

Sandman, volume 6 de Neil Gaiman

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Le grand chambardement suggéré dans La Fin des mondes (dans le volume 5) est arrivé, l'enfant de Lyta Hall est enlevé et cette disparition déclenche un enchaînement de réactions qui vont ébranler le songe. Cet arc narratif, Les bienveillantes, est sans nul doute le plus ambitieux de la série. Gaiman convoque pour ce qui ressemble à un final, la plupart des personnages marquants des tomes précédents. 

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Devant assumer ces actes passés, le maître des rêves se voient contraint de payer le prix fort et ce malgré ses tentatives de rectifier la situation. Les parties en présence sont nombreuses et ce ne sont pas forcément les plus hostiles qui lui causeront le plus de tort...

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Un chapitre final, fort, marquant et d'une adresse remarquable, Gaiman joue avec les mythes, les mélangent et les adaptent à sa façon avec brio, excellent !

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02 août 2016

Audience captive d'Ann Warren Griffith

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Un média publicitaire a créé le spot émanant de chaque produit... A l'heure dite, en audio, le paquet de cigarette incite à en griller une, les gâteaux à être consommés... Pas une minute sans être matraqué. Mais pour Fred Bascom, cadre important de ce média, sans cesse à la conquête de nouveau marché, l'enfer commence par la libération de prison de sa belle-mère. Libéré après avoir purgé sa peine pour port de bouchon auditif... Une telle réactionnaire sera difficilement supportable pour un homme dans sa position.

L'enfer publicitaire, satyre de la société américaine des années soixante, d'Ann Warren Griffith est le chainon manquant entre notre société et les systèmes totalitaires imaginé dans le Meilleur des Monde ou 1984... Un nouvelle assourdissante et efficace, un très bon moment.

 

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31 juillet 2016

Le Choix de Paul J. McAuley

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Au moment où l'humanité est arrivée dans une impasse industrielle et économique, une ligue d'extra-terrestre est arrivée à la rescousse. Moyennant des concessions de droit sur le système solaire ou la vente de biens culturels, les nouveaux venus ont procédés à des transferts de technologie, ouverts des nouveaux mondes à l'humanité ou loués leur équipement pour résoudre certains problèmes insolubles pour les humains.

Lucas est le fils d'une ancienne activiste anti extra-terrestre à l'agonie. Assurant à lui seul la survie de la famille, il a mûri rapidement. Son voisin, Damian est le fils d'un éleveur de crevette particulièrement violent. Dévoré par l'envie d'échapper à son quotidien sordide, Damian entraîne Lucas sur la trace d'un artefact extra-terrestre échoué...

Avec cette nouvelle sur le passage à l'âge adulte, Paul J. McCauley livre en quelques lignes un univers complet, à la Jack Vance. Tant l'intrigue que le décors sont posés avec une efficacité remarquable. La narration efficace est très immersive et c'est avec regret qu'on arrive au bout, tant on aurait aimé en avoir plus. Excellent et incontournable.

 

 

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30 juillet 2016

Cookie Monster de Vernor Vinge

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Dixie Mae commence sa première journée dans le centre d'assistance clients de Lotsa Tech, une entreprise à la pointe de la technologie quand un de ses collègues reçoit un curieux message l'impliquant... Assez caractérielle, elle entend bien trouver qui est à l'origine de cette mauvaise blague, un peu trop personnelle à son goût. Commence alors pour elle un périple à travers le campus de Lotsa Tech, véritable voyage de l'autre côté du miroir.

Difficile d'en dire plus sans dévoiler le coeur de l'intrigue, Vernor Vinge livre avec cette nouvelle un récit efficace, prenant, bien pensé et des plus plaisants. Un excellent moment, un incontournable !

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27 juillet 2016

Les coucous de Midwich de John Wyndham

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L'aube du 27 se leva sur un ciel poisseu, trempé de nuages pareils à des haillons qui laissaient comme à regret passer une lumière gris sale. Cependant à Oppley et à Stouch, les coqs chantaient et d'autres oiseaux saluaient le jour le plus mélodieusement. Tandis qu'à Midwich tous les oiseaux étaient muets.

Midwich est une petite bourgade anglaise sans grand intérêt jusqu'au jour où un évènement l'isole complètement, plongeant dans un profond coma tous les êtres vivants... Une fois la situation revenue à la normale, l'évènement est rapidement oublié jusqu'au moment où l'on se rend compte que toutes les femmes en âge d'avoir des enfants, de la plus jeune à la plus âgée, sont enceintes.

Les notables s'organisent pour éviter la panique et les drames mais le malaise est toujours là... Un sentiment qui ira en s'accroissant avec la naissance des enfants, tous d'un blond très pale et dotés de yeux dorés. Rapidement les capacités surnaturelles des enfants se dévoileront et la situation deviendra plus inquiétante.

C'est justement parce que la nature est impitoyable, hideuse et plus cruelle que tout ce que l'on pouvait s'imaginer, que l'inventoin de la civilisation a été nécessaire. On dit des animaux sauvages qu'ils sont féroces, mais les plus violents d'entre eux paraissent presque apprivoisés quand on pense à la traîtrise des êtres peuplant la mer. Quant aux insectes, leur vie n'est qu'un tissu d'horreurs aussi fantastiques que complexes. Il n'y a pas de conception plus fallacieuse que l'idée de sagesse suggérée par la "mère nature". Chaque espèce doit lutter pour survivre, et elle lutte par tous les moyens possibles, à moins que l'instinct de conservation ne soit affaibli par le conflit avec un autre instinct.

Avec son concept assez glaçant et deux adaptations cinématographiques marquantes (c'est la description par Stephen King du premier film dans un de ses romans qui m'a amené à le lire), ce roman est assez attirant. N'en reste pas moins que la lenteur de la première moitié et le ton clinique refroidissent un peu le lecteur, avant de rebondir très efficacement. Un roman en demi teinte sauvé par sa conclusion. Sympathique sans plus.

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10 juillet 2016

Un chant de pierre d'Ian Banks

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Dans cette barbarie sans distinction qui baigne tout, ce qui se dresse avec fierté s'expose à l'anéantissement, comme le cri rageur ne fait qu'attirer plus promptement les mains à la gorge, qu'elles y étouffent ce filet d'air par lequel nous nous agrippons à la vie, par lequel elle nous nourrit. En ces temps sans frein, la seule manière de subsister passe par la banalité et l'absence d'éclat ; par l'uniformité, si ce n'est par l'uniforme, tout comme cet essaim de réfugiés dans lequel nous avons tenté de nous fondre. Parfois la révérence la plus humble devient la plus haute garde.

Un pays englué dans une guerre qui n'a plus de sens, où les forces armées ne sont plus de que pitoyables bandes éparses se comportant en pillards et luttant entre elles pour la possession d'un abri, d'une arme lourde... Le narrateur, Abel, est un aristocrate qui a décidé tardivement d'abandonner son château pour fuir les combats. En l'absence d'essence, lui et les siens ont opté pour une antique calèche qui a attiré l'attention d'une bande armée.

Sous la houlette d'une femme à poigne, le lieutenant, le couple est contraint de guider la bande de soldats dans leur antique demeure. Un château dont les remparts et les douves flattent la vanité de l'officier et procure à la bande un éphémère sentiment de sécurité.

Abel ayant choisi de résister passivement aux caprices de l'officier, sa situation se dégrade tandis que sa compagne s'éloigne peu à peu de lui... Veule, il subira une inexorable descente aux enfers...

Ces temps égalisateurs manquent toujours de justice ; ils banalisent, ils dégradent ce qui, dans un paysage si cultivé, si civilisé, devrait ne jamais connaître de vulgaires menaces. Cette attente nauséeuse, ce massacre omniprésent me semblent appartenir à des climats plus rudes, où l'on a moins bâti - et où l'on détruit moins. Mais là réside sans doute notre erreur initiale : dans cette affaire, aucun des camps à l'origine du conflit ne pouvait croire que nous sombrerions dans la sauvagerie qui est maintenant nôtre.

Un aristocrate décadent confronté à une bande de soldats sans but... Ian Banks dresse ici un tableau très noir avec des situations ambiguës. Une ambiance poisseuse des plus marquantes, agrémentées des digressions oiseuses d'un narrateur assez mou. Ce dernier point constitue le principal bémol en ce qui me concerne, le ton plaintif et oiseux finissant par lasser et me conduisant à un bilan mitigé, bien sans plus. Banks a fait beaucoup mieux.

 

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