La quête du dragon d'Anne McCaffrey

Sept révolutions se sont écoulées depuis le vol de Lessa. Les dragons protègent efficacement Pern des Fils. Malheureusement des tensions commencent à poindre de manière insistante. Les Anciens vivent à l'égard du reste de la population et des autres Weyrs. Sans parler des mentalités d'un autre temps et de comportement de plus en plus odieux. F'nor le second et demi frère de F'lar en fera les frais...
Il était déjà regrettable qu'un chevalier-dragon en attaquât un autre, mais ce qui affectait F'nor bien davantage, c'était qu'un chevalier ignorât sa bête pour s'appropier une babiole convoitée.
Après ce premier incident la situation empire rapidement tandis que des découvertes à même de révolutionner les coutumes locales sont faites sur le continent méridional et dans les profondeurs du Weyr de Benden. La rupture entre les modernes et les réactionnaires sera inéluctable et violente.
- D'ram avait en partie raison. Un chevalier-dragon ne doit jamais oublier sa mission, ses responsabilités. Mais quand D'ram a dit que c'était envers son dragon et son Weyr, il avait tort. Notre responsabilité initiale et ultime est envers Pern, envers son peuple, et c'est pour cela que nous avons été créés.
Ainsi la révolution est en marche et si les chevaliers-dragons sont moins violents que feu le seigneur Fax, le sang devra couler. F'lar porte étendard de la réforme sera soumis à rude épreuve.
- Dans un autre ordre d'idée, mais assez ennuyeux dans un tableau déjà sombre, j'ai entendu parler de jeunes filles enlevées sous prétexte de Quête...
- Les filles supplient pour venir dans les Weyrs, intervint Lessa mordante.
- Au Weyr de Benden, probablement, acquiesça Robinton. Mais mes Harpistes m'ont parlé de jeunes femmes non consentantes, arrachées à leurs maris et à leurs bébés, pour finir comme servantes de Dames des Weyrs. Une haine profonde est en train de naître, Dame Lessa. Le ressentiment et l'envie ont toujours existé, parce que la vie au Weyr est différente, parce que les chevaliers-dragons peuvent voler à travers les continents tandis que les gens du commun sont attachés à la terre, parce qu'ils jouissent de privilèges spéciaux...
Lessa en retrait laisse la vedette à la douce Brekke et à la nymphomane haïssable Kylara. Côté atelier Robinton, maître harpiste, pivot de la scène politique, entre réellement en scène. Enfin Jaxom est maintenant un jeune adolescent et il est temps pour lui de commettre quelques impairs.
Le récit est dense, malgré un démarrage un peu poussif, les innovations surgissent de partout notamment dans la domestication des lézards de feu, charmants dragons miniatures. L'ampleur des connaissances perdues frappe rudement F'lar et ancre effectivement le récit dans la science fiction. Second tome réussit, La quête du dragon prolonge le plaisir initial en bouleversant l'univers mis en place, un bon moment.
L'avis de Calenwen.
Une relecture effectuée dans le cadre du Challenge Anne McCaffrey.

De Cape et de Crocs d'Ayrolles et Masbou
La dernière pierre à l'édifice "De cape et de Crocs" vient d'être posée... Si De la lune à la terre n'est pas le tome le plus ébouriffant de la série, il reste une conclusion très agréable et me donne l'occasion de revenir sur la totalité de la série.
Venise au XVIIe siècle, deux compagnons d'errance le renard français Armand Raynal de Maupertuis et le loup hidalgo Don Lope de Villalobos y Sangrin trainent leur ennui ainsi que leur exil (pour duel). Leur rencontre avec l'avare Cénile fera basculer leur destin, le fils de ce dernier serait retenu captif sur une galère turque contre rançon... Attiré par l'aventure les deux compagnons se lancent à l'assaut du navire, malheureusement il ne s'agit d'une galère mais d'une chébèque.
A défaut de délivrer un captif absent, ils mettront la main sur une carte au trésor... Propriété du Janissaire Kader, lui même en quête de la Pierre de Lune indispensable dans la recherche des Iles Tangerines où se situe ce trésor.
Les deux compagnons tenteront eux aussi de se mettre en quête du trésor, mais malheureusement pour eux tenteront de s'associer à l'avide Cénile. Après de nombreux rebondissements, Kader, Armand, Don Lope, le fils de Sénile et son serviteur, l'étrange Sénélé pupille de Sénile, Hermine une bohémienne entichée de Don Lope, des pirates sympathiques, l'inquiétant chevalier de Malte Mendoza, le lapin Eusèbe ex garde du cardinal et ex galérien, se retrouveront en mer pour des aventures tumultueuses, pleine de rebondissements.
Tout ce petit monde arrivera finalement aux îles Tangerines en ordre dispersé pour y être confronté à l'auteur de la carte au trésor. L'occasion d'agrandir encore la galerie de personnage des sages sauvages, aux nobles lunatiques en passant par le savant presque fou.
Les aventures prendront alors un ton plus débridé multipliant les références (déjà bien présentes dans la première partie de la série) à la littérature du XVIIe pour porter l'action jusque sur la lune... enfin une vision de la lune très dépaysante.
De Capes et de Crocs est une série menée de main de maître, l'introduction de personnages animaliers parmi les humains n'étant pas gratuite mais l'occasion de nombreuses scènes ou répliques comiques. Si Armand et Don Lope se taille la part du lion dans la narration, les personnages secondaires ne sont pas négligés. D'Eusèbe qui apparait toujours dans les cases ou les situations les plus inattendues à l'explosive Hermine rarement à court de ressources...
Du côté des bads guys, Mendoza est sans doute le plus efficace, même si Cénile, Jean sans Lune ou Mademoiselle sa soeur, redoutable intrigante et bretteur ont leur moment de gloire.
Bien que très référencée (au delà du seul XVIIe siècle d'ailleurs), la série réussit à rester accessible, amusante et rythmée (la trame principale s'entremêlant avec nombres d'intrigues secondaires). Une lecture hautement recommandée, tant elle procure d'excellent moment. Un incontournable, tout simplement.
Interview : Catherine Dufour et l'Histoire de France.
Après plusieurs romans de SF et de Fantasy, Catherine Dufour a changée de registre pour prendre l'histoire de France à bras le corps. Elle a acceptée de revenir ici plus en détail sur sa démarche.
- Ton essai semble dans un premier temps s'attacher à dynamiter les idées reçues, les poncifs ou les contre sens dans l'Histoire de France. Comment t'es venue l'idée de clarifier ou démystifier ces divers points ?
Un jour mon fils, qui avait alors 10 ans, m'a demandé :
- Maman ? Napoléon, c'est avant ou après Charlemagne ?
Je me suis hérissée comme une poule devant un couteau, j’ai fait « Cot ? » et j'ai pondu un livre. Nous l’avons lu ensemble, le soir à la chandelle, d’un bout à l’autre. Puis je l’ai refermé et mon fils m'a demandé :
- Donc François de Nazareth, c'est celui de la poule au pot ?
C’est là que j’ai compris que, toute dévouée à sa culture historique, j’avais un peu négligé sa culture religieuse. Nous sommes donc passés à la bible.
Tout à fait immodestement, je crois avoir rendu un vrai service à pas mal d’écoliers en sortant ce livre. Prends le traité de Picquigny. J’ai pâli au collège sur le traité de Picquigny, j’ai vu mon fils blêmir sur le traité de Picquigny. Sais-tu ce qu’est le traité de Picquigny ?
« Le traité de Picquigny a été signé en 1475 entre le roi de France Louis XI et le roi d’Angleterre… »
Là, tous les enfants du monde sont déjà en train de dormir. Alors que si on leur explique :
« 1475. Louis XI va à la rencontre du roi d’Angleterre. Celui-ci vient de débarquer à Calais avec vingt mille hommes et la ferme intention de se faire couronner roi de France. Louis XI n’a pas autant de soldats mais, par contre, il a trois cents chariots de vin. Gracieusement, il les offre aux Anglais. Quelques heures plus tard, seul au milieu de son armée ivre morte, le roi d'Angleterre signe avec Louis XI une paix définitive. La guerre de cent ans en aura duré cent cinquante. »
Eh bien, ça se retient mieux. En fait, le mot-clef de mon livre est « repères ». Mon but est de donner des « repères ». 800 Charlemagne, 1800 Napoléon. Entre deux ? L’an 1000, le Moyen-âge dans toute sa splendeur. 1350 ? La Grande Peste Noire. Etc. C’est comme une corde à linge : une fois qu’elle est bien tendue entre deux repères, on peut y accrocher tout ce qu’on rencontre, et garnir peu à peu sa mémoire de centaines d’histoires affriolantes. Alors que sans corde, elles tombent à terre, s’entassent et s’abîment.
- Combien de temps as tu passé à te documenter ?
Une vie. J’ai commencé par lire « Angélique marquise des anges », ce qui m’a poussée à me renseigner sur l’affaire des poisons et jetée dans les bras de Saint Simon, puis « Les rois maudits » et je suis devenue férue en templiers et guide touristique à la basilique Saint Denis. Je n’ai plus arrêté depuis.
Avant de commencer à rédiger, j’ai aussi consulté quelques uns de ces ouvrages intelligents qui questionnent la recherche historique, « Comment on écrit l’histoire » de Paul Veyne par exemple.
- Comment faire la part des ragots, de la propagande des faits probablement avérés dans les écrits des chroniqueurs de l'époque ?
Pour le Moyen-âge, qui est l’époque des chroniques, Favier le dit bien : « Les chroniques sont les sources les plus explicites. » Mais hélas, elles se réduisent parfois à un tissu d’âneries « un peu avinées » (l’expression est de l’historien Bruno Dumézil). Ce sont de purs outils de propagande, où la vérité historique est traitée avec une désinvolture digne de l’URSS. Comme le disait un vieux proverbe soviétique : « on ne sait jamais de quoi hier sera fait. »
Alors les historiens n’ont pas d’autre choix que de recouper les chroniques avec le peu d’écrits qui leur reste, et là je cite encore Favier : « le plus clair de la documentation est constitué par les actes officiels ». Le travail de l’historien est donc une longue, très longue plongée dans les actes notariés et les livres de compte. Tous les trois ans il en émerge, livre une somme et replonge.
- Tu couvres en trois cent pages quelques deux milles ans d'histoire ? Vaste programme, volontairement elliptique, comment as tu choisi les sujets à approfondir ?
J’ai approfondi ceux que je connaissais déjà. Les Templiers, d’abord, et la malédiction qu’ils ont jeté sur Philippe le bel et ses descendants ; l’affaire des poisons, bien sûr ; mais aussi tout ce qui a trait aux maladies (j’adore ça, ça me donne l’impression de vivre à une époque formidable), à la condition de la femme (et de l’enfant, et du paysan, et du juif, mon dieu ! Nous vivons une époque encore plus formidable que je ne le pensais. J’ai droit à un prénom, je ne suis pas morte en couche après avoir enterré dix de mes enfants, je n’ai pas d’abcès dentaire qui me ressort par le menton et on ne m’a pas jetée au bûcher comme un vulgaire fagot…) et aux problèmes de consanguinité des familles royales européennes. On ne dira jamais combien la manie des rois de se marier avec leur cousine germaine a aplani le chemin de la démocratisation en Europe. Quand votre dirigeant se résume à une paire de dents, vous commencez forcément à songer à d’autres formes de gouvernement.
Vraiment, je me suis fait plaisir dans le choix des sujets.
- As tu de la sympathie pour certaines des figures historiques citées ?
Oui, pour beaucoup. Je me suis cassé les dents sur la personnalité énigmatique et visionnaire de Philippe le Bel ; grâce à Duby j’ai vécu en direct l’agonie de Guillaume le Maréchal, « le meilleur chevalier du monde », et j’ai aperçu la vie brutale et misérable des chevaliers médiévaux ; j’ai essayé de discerner le vrai visage d’Henri III et de sa sœur Margot sous les crachats ; j’ai beaucoup plaint le petit Louis XVII et sa mère, qui entendait à travers le plancher son fils se faire battre par son garde-chiourme. J’ai vécu de longues, d’interminables journées à l’ennuyeuse Cour de Louis XIV au côté la princesse Palatine, j’ai bien ri avec madame de Maintenon quand elle a appris que certaines petites filles de son école refusaient de prononcer le mot « culotte » parce qu’il y a « cul » dedans (« Quelles finesses y entendent-elles ? »). Oui, j’ai de la sympathie pour la majeure partie des personnages croisés. Ils se débattent comme nous dans la contingence et en plus, ils sont accablés de rages de dents phénoménales.
Pour mieux les comprendre, je me suis attachée à retrouver leur visage quand l’iconographie le permettait. A travers les tableaux après 1350 et avant, grâce aux gisants, du moins ceux sculptés d’après nature ou masque mortuaire. On comprend mieux l’ambition gigantesque de Du Guesclin quand on a vu son gisant : il n’est pas plus grand qu’un gamin de onze ans. Problème : je ne pouvais pas faire un livre illustré. Alors j’ai mis sur mon site toutes les images qui m’ont aidée à apprivoiser nos ancêtres. J’ai aussi cherché à retrouver les lieux où ils avaient vécu : on comprend bien l’horreur du sort de Vercingétorix quand on est allé faire un tour dans la geôle verdâtre où il a été enterré vivant.
- Quelle opinion as tu sur Georges Duby, fréquemment cité dans tes lignes ?
Une admiration ébouriffée. Il est connu comme un excellent historien et, comme c’est aussi un excellent écrivain, il est devenu un vulgarisateur de génie. Il arrive à vous faire avaler les livres de compte d’une abbaye picarde en 1281 comme s’il s’agissait d’un polar bien enlevé.
- A défaut de pouvoir décrire la vie quotidienne du peuple, tu t'es rattrapé sur les maux des puissants. Une façon de prendre à contrepied l'histoire scolaire ?
Exactement. Impossible de comprendre les tribulations politiques françaises si on ne tient pas compte de la folie de Charles VI (qui a retardé la Renaissance en France d’un bon siècle), la vérole d’Henri VIII (qui a provoqué les guerres de religion) et les soucis dentaires de Louis XIV (qui ont accéléré la colonisation de l’Amérique du Nord). A se couper de l’histoire personnelle des puissants, on n’obtient qu’une liste de faits dénuée de sens. Les guerres sont toujours lancées par des gus qui ont des problèmes de digestion.
- La référence qui revient le plus souvent est l'ouverture des tombes royales à la Révolution ? Où as tu trouvé les références ? Dans quel esprit as tu introduit ces commentaires pour chaque fin de règne ?
Il y a un témoin direct, Dom Poirier, qui a relaté avec minutie cette lamentable profanation. J’ai recopié ses notes à la fin de chaque chapitre pour donner, comment dire ? Chair ? Pierre, plutôt, aux personnages historiques. Ces gens là ont existé, vous pouvez même aller sur leur tombe et vous pencher sur leur visage, chercher s’ils ressemblent à leurs père et mère allongés à côté. Je suis une fondue de Saint Denis, j’ai passé ma dix huitième année dans la basilique, à scruter toutes les pierres, les reliquaires et même les vieux graffitis au bas des cénotaphes. Je peux vous faire la visite guidée, si vous voulez.
- Crois tu vraiment que ton ouvrage s'adresse à ceux qui n'aime pas l'histoire ?
Et à ceux qui aiment, bien sûr. Mais j’espère apprivoiser ceux qui ont toujours peur de s’ennuyer s’ils y mettent un pied. C’est pour ça que j’ai insisté auprès de mon éditeur pour que le livre soit le moins cher possible. Pour que quelqu’un qui n’aime pas l’histoire se dise :
- Bon, à moins de 10 euros, je peux retenter le coup.
et lise mon livre, et s’amuse, et s’ouvre un champs immense de délices.
- Quels sont tes prochains projets ?
Quelques nouvelles, et un thriller bit’lit tout à fait modèle Twilight sauf qu’à la place du vampire, j’ai mis un appartement. Un deux pièces + cuisine à Bercy. Charme. Diagnostic énergétique cat. G. Fantômes à prévoir.
L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça de Catherine Dufour

Au premier abord, l'histoire de France n'est pas facile à raconter. Et pour cause : c'est toujours la même chose. Des rois, encore des rois, une bonne centaine de rois qui s'appellent presque tous Louis.
Alors, plutôt que de prendre cette histoire comme un pensum, prenons-là comme un voyage. Embarquons sur un beau trois-mâts fin comme un oiseau, et descendons le fleuve du temps en braquant nos jumelles sur les rives des siècles.
C'est sur ses mots que Catherine Dufour nous embarque pour une croisière au fil du temps, s'arrêtant sur des points connus pour dynamiter les lieux communs et les idées reçues ou attaquer sous un angle railleur, avec une plume trempée dans le vitriol, certaines figures historiques ou époques.
Clovis finit sa vie à la tête d'un royaume qui n'épouse que de très loin les frontières de la France actuelle. Si vous voulez vous faire une idée, saisissez l'Hexagone à deux mains et ôtez-lui la Bretagne. Puis rabotez on flanc est jusqu'à Narbonne, Lyon, Dijon et Strasbourg. Enfin prolongez-le au nord jusqu'à Cologne et Bonn. Vous y êtes. La France de Clovis a davantage l'allure d'une banane allemande que d'un hexagone.
Bien que narrée sur un ton impertinent, la démarche est sérieuse et documentée.
Les rares chroniques mérovingiennes sont rédigées par des clercs qui ont reçu des ordres. Et ces ordres sont très éloignés de la recherche de la vérité historique. Ces braves moines sont payés pour démontrer que l'arrière-grand-mère du chef est une femme remarquable ou, au contraire, qu'il n'y a rien de pire qu'une femme au pouvoir. Ou encore, pour distraire leur auditoire avec des anecdotes croustillantes. Il faut bien occuper la Cour les jours de pluie.
Comme elle le constate, l'abondance de sources historiques n'est pas régulière. C'est avec un ton laconique que l'on passe sur nombre de règnes avant de passer à la moulinette quelque périodes plus documentées comme le règne de Philippe Le Bel, La Renaissance, les XVIe XVIIe siècles. Le romantisme en prend généralement un coup dans la gueule...
Dans ce club, on est prince, duc, maréchal ou tout à la fois. On s'appelle Richelieu, Saxe, Conti, Soubise, Lauraguais ou Lauzun. On aime la guerre, les femmes, la table, la bouteille, le luxe, les arts et dire du mal du roi, un peu dans le désordre.
Ces hauts messieurs à tête de linotte sont terriblement fiers de leurs titres. Et pourtant, ils fréquentent les salons des Lumières, où on dit beaucoup de mal de la noblesse. Ils versent des pensions aux philosophes des Lumières et font de la publicité à leurs livres.
En fait, les grands libertins ne voient dans la philosophie des Lumières qu'une bonne occasion de médire du monarque en place, passe-temps habituel pour tout noble qui se respecte.
C'est de cette façon qu'en toute splendeur et toute candeur, menant grand train et faisant grand scandale, de plus en plus coûteux et de plus en plus inutiles, nourrissant leurs pires ennemis dans le seul but de faire enrager leur unique protecteur, ils creusent eux-mêmes leur propre tombe.
Ceux qui n'auront pas l'intelligence de mourir avant la Révolution seront assassinés par les sans-culottes.
Catherine Dufour jette l'ancre au terme du XIXe siècle, le voyage aura été agréable, l'oeuvre de vulgarisation se mêlant à la bonne humeur malgré quelques parenthèses pour les sujets les plus sordides. On n'est pas assommé de date ou de conflits, la lecture devient vite addictive malgré parfois une trame historique quelque peu embrouillée, l'auteur préférant suivre des thématiques qu'une stricte narration historique (notamment lors du règne de Louis XIV). Qu'on aime l'histoire ou pas, qu'on en ait une bonne connaissance ou non, on devrait apprécier cet essai. Un excellent moment à recommander.
Acacia : La guerre du Mein de David Anthony Durham

Leodan Akaran était un homme en guerre contre lui même. Il charriait des conflits muets dans son esprit, des luttes qui faisaient rage d'un jour à l'autre sans jamais être résolues. Il était conscient de cette faiblesse intérieure, de ce défaut dû à sa nature de rêveur, de poète, d'érudit, d'humaniste. Ces penchants ne convenaient guère à un roi. Il enveloppait sa famille dans la riche culture d'Acacia tout en lui dissimulant le commerce odieux qui l'avait fondée. Il avait pour projet que ses enfants ne fassent jamais l'expérience de la violence physique, même s'il fallait, pour se garantir ce privilège, passer certaines personnes au fil de l'épée. Il détestait l'idée que d'innombrables êtres humaines sur ses territoires fussent enchaînés à une drogue qui garantissait leur travail et leur soumission, et pourtant il s'adonnait au même vice.
Depuis une vingtaine de générations, les Akarans étendent leur emprise sur le continent et la poignée d'archipels qui constitue le Monde Connu. Leur puissance vient des mines à ciel ouverts exploitées de manière impitoyable par des hordes d'esclaves de tout âge enchaîné et soumis grâce à la consommation de la Brume, une espèce d'opiacé. Cette drogue provient de terres et d'un empire connues uniquement de la Ligue, un groupement de marchand devenu puissant grâce au monopole sur ce commerce, à la flotte hégémonique. Le bras armé des Akarans sur les mers. Leodan Akaran, le roi vieillissant est dénué de la poigne de fer de ses prédécesseurs, il se veut réformateur et peut enclin à céder aux exigences grandissantes de la Ligue, la Brume étant échangée contre des masses d'enfants. Leodan Akaran bien que cherchant à vivre paisiblement s'est fait beaucoup d'ennemis...
Thaddeus comprit subitement ce qu'Hanish lui taisait. C'était là, derrière cette affirmation que les Meins disaient toujours la vérité. Ce n'était pas une fanfaronnade, mais une déclaration de la fierté d'une nation. Les Meins avaient toujours affirmé qu'ils avaient été bannis dans le Nord parce qu'ils avaient dénoncé sans détour les crimes des Akarans. Et ils croyaient aussi qu'ils avaient été maudits. Les Tunishnevres... C'est ce élément que Thaddeus n'avait pas encore pris en considération. Ce n'était qu'une légende pour les Acacians, mais peut-être bien plus pour les Meins eux-mêmes.
Parmi les peuples de l'empire, les Meins occupent une place à part, alliés des Akarans lors de la formation de l'empire, ils ont finalement été déchus, exilés dans les taïga septentrionnale et maudits. Là, les conditions climatiques ont forgés un peuple fier, hantés par l'omniprésence vengeresse de leurs ancêtres. Depuis des siècles, ils feignent la soumission et préparent inexorablement plus que leur revanche, une guerre sainte pour délivrer les âmes de leurs ancêtres.
Ayant acquis des alliés inattendus, noués des liens avec la Ligue, encouragés des trahisons cruciales et préparés le régicide, les Meins frappent vite et fort. Le fragile équilibre de l'empire est défait et ce dernier s'effondre comme un château de cartes...
Rien de tout cela n'éteignit le feu de la haine qui consumait le coeur de Leeka, mais il finit par renoncer à la lutte. Ses alliés étaient morts ou avaient déposé les armes, et quelques-uns étaient tombés dans la clandestinité. Ses ennemis étaient passés d'une phase de conquête à celle de la reconstruction et du retranchement, ainsi qu'à la gestion de leurs richesses nouvellement acquises. Si Leeka avait su avec certitude ce que sa vie allait devenir, il se serait jeté sur son épée pour se transpercer le coeur. Mais il n'en savait rien. Chaque jour se fondait dans le suivant, ouaté par la drogue, et sa défaite lui collait de plus en plus à la peau.
Alors que la défaite est consommée, le chancelier Thaddeus ne va pas totalement au boût de sa trahison et tient une promesse faite sur le lit de mort de Leodan. Il disperse les quatre enfants royaux, espérant les sauver du destin que leur réserve les Meins. Aliver, l'ainé, est confié à une puissante tribu de la savane, Corinn est livrée à l'ennemi par un soldat opportuniste, Mena abandonnée dans un atoll primitif suite à la vendetta qui emporte son gardien et finalement Dariel le cadet, adopté par un pirate suite à la destruction du havre qui lui était destiné.
Neuf années passeront en une ellipse, le temps pour les quatre enfants de devenir tous adultes, de perdre leurs illusions et espérer prendre en main leur destin...
Aussi douloureux que ce fût à entendre, Aliver lui fut reconnaissant de lui apprendre ces réalités. Il avait toujours redouté ce qui restait inexpliqué ou qu'on passait sous silence. Il avait certes déjà saisi des mots tels que "Quota" ou "Lothan Aklun", mais sans jamais pouvoir les relier à des faits concrets. A présent, il écoutait avec la plus grande attention tout ce que Thaddeus pouvait lui révéler. Acacia était un empire esclavagiste, qui faisait commerce d'êtres humains et prospérait sur les travaux forcés, tout en facilitant la circulation de drogue pour soumettre les masses. Les Akarans n'étaient pas les chefs bienveillants qu'on lui avait toujours décrits. Qu'est-ce que tout cela signifiait pour lui ? se demanda-t-il. Pouvait-il avoir la certitude q'un nouveau règne akaran serait meilleur que celui instauré par Hannish Mein ?
Magie du verbe perdue, créature bestiale, luttes de pouvoir, cheminement initiatique, les éléments sont issus de la fantasy la plus convenue mais assemblés avec talent par David Anthony Durham pour en faire quelque chose d'original et surtout loin de tout manichéisme. L'honneur est une donnée fluctuante, finalement étrangère aux protagonistes les plus sympathiques. Le pouvoir corrompt, rapidement, et les plus avides de pouvoirs et impitoyables ne sont pas forcément ceux que l'on croyait. Sans parler des multiples trahisons et retournements de vestes.
Si l'ambiance est assez originale pour un roman de fantasy, elle n'est pas sans présenter pas mal de points communs avec le Dune de Frank Herbert, de la Ligue qui s'érige en contre pouvoir en accordant ou retirant sa capacité des transport, en passant par la Brume dont les ligueurs semblent faire un usage différent de celui du commun, pour arriver aux Meins, peuple forgé par les conditions climatiques et le souvenir de torts ancestraux. Les similitudes avec le monument de Frank Herbert sont assez flagrantes dans la première partie du roman avant que la narration ne suive sa propre voie.
Quoi qu'il en soit David Anthony Durham, livre ici une oeuvre dense, suffisamment elliptique pour présenter une intrigue d'un seul tenant même si des portes sont ouvertes pour les deux tomes suivants. Acacia se révèle une bonne surprise, efficace et distrayante. Un bon moment.
Les avis de : SBM ; Lhisbei ; Calenwen.
The city & the city de China Miéville

Quelque part en Europe de l'Est, non loin de la Turquie se trouve une cité état atypique. En un même lieu se trouve deux cités imbriquées : Beszel et Ul Qoma. Quelques zones sont propres à chaque ville mais pour le reste l'imbrication est anarchique, un immeuble peut être dans une ville et celui d'à côté dans l'autre, sans parler de portions se trouvant dans les deux. De cultures différentes, les habitants sont habitués à ne pas tenir compte des éléments de l'autre ville et de ses habitants dans les lieux tramés. Une mystérieuse autorité neutre est chargée de faire respecter la frontière entre les deux cités : la Rupture. Une puissance toujours aux aguets...
J'avais décroché l'examen bien des années auparavant : ma mention passable, expirée depuis longtemps, ornait un passeport caduc. Cette fois-ci, j'avais subi une orientation accélérée, deux jours. J'étais seul en compagnie des divers formateurs, des Ulqomans envoyés par leur ambassade à Beszel. Immersion en illitant, lecture de divers documents d'histoire ulqomane, géographie municipale, points clés des lois locales. Comme dans nos propres équivalents, le cours se consacrait pour l'essentiel à aider les Besz à franchir le cap potentiellement traumatique qui consistait à se retrouver pour de bon à Ul Qoma, à éviser tous nos alentours familiers où nous vivions le reste du temps, et à voir les immeubles proches que nous avions passé des décennies à ne surtout pas remarquer.
Tyador Borlù est un flic de Beszel, enquêtant sur la mort d'une jeune femme. Alors que l'enquête piétine dans les milieux extrêmistes réunificateur ou ultra nationaliste, un informateur appelle Borlù (rompant délibérement la séparation psychologique entre les deux cités) lui indiquant l'identité de la victime : une étudiante canadienne de l'université d'Ul Qoma. Les gouvernements des deux cités refusant d'impliquer la Rupture dans cette affaire, Borlù devra se rendre à Ul Qoma pour assister ses homologues dans leur enquête...
Polar dans un univers kafkaïen, ce roman de China Miéville est moins baroque que Perdido Street Station et surtout plus accessible. L'ambiance noire est bien rendue, de même que la différence entre les deux entités : Beszel en récession et Ul Qoma en plein boom économique. Un roman court, nerveux, qui fonctionne parfaitement. On accroche rapidement et pénètre très facilement dans cet univers aliénant et paranoïaque, voulu par la majorité des autochtones. Un très bon moment.
Il m'a donné envie de le lire : Nébal.
L'avis de Tibérix chez Gromovar.
Brögunn : Après la fin de Tristan Roulot et Patrick Boutin-Gagné

Aux confins du monde, une tribu de faunes survit misérablement dans des montagnes inhospitalières. Avec eux se trouve un humain taciturne, Brögun.Taciturne et amoral, ayant aperçu une caravane, il n'hésite pas à l'indiquer à un géant affamé pour le détourner de ses amis faunes.
Quand la rencontre avec les nouveaux venus intervient, il s'avère que ceux ci sont les derniers résistants au pouvoir du tyran Yclomédias qui les a vaincu pour la seconde fois. Fuyant les représailles, ils courent après une chimère. Du moins certains d'entre eux, d'autres plus lucides sont prêt à tout pour survivre...
Le conflit éclatera rapidement, bref, violent et injuste... C'est à ce moment que la nature de Brögunn sera révélée...
Récit glacial dans un univers agonisant sans manichéisme, le désespoir poussant tout le monde à des décisions extrêmes. Brögunn semble être un anti-héros n'ayant pas grand chose de sympathique si ce n'est une quête de la paix intérieur ou du repos. Ce premier tome appelle une suite et je suis curieux de voir le tour que prendra cette histoire.
Le vol du dragon d'Anne McCaffrey

L'humanité a essaimée dans les étoiles avant d'amorcer un déclin qui a laissé chaque colonie isolée. Les colons de Pern ont été confrontés à un problème de taille, un planétoïde à l'orbite erratique, approche la planète environ tous les deux cents ans. L'occasion pour une forme de vie aveugle et carnassière de franchir le gouffre spatial pour pleuvoir sur Pern. Afin de survivre ces derniers ont usés de l'ingénierie génétique pour améliorer une espèce autochtone et donner naissance aux dragons... Les dragons et leur maître en symbiose télépathique luttant alors pour brûler les Fils en plein ciel. Le temps passant, les habitants de Pern oublièrent une partie de leur passé et stabilisèrent leur société à un stade médiéval féodal. Les siècles de luttes contre les Fils et de paix passèrent en alternance, jusqu'à ce qu'un intervalle de quatre siècles (le double de l'habituel) provoqua le déclin des chevaliers-dragons mais l'Etoile Rouge revient et rare sont ceux qui y prêtent encore attention.
Elle leva les yeux, attirée par l'Etoile Rouge qui, depuis quelque temps, dominait le ciel au lever du jour. A ce même instant, l'étoile lança un dernier scintillement cramoisi avant que sa magnificence se fonde dans l'éclat du soleil levant de Pern. Des fragments incohérents de contes et de ballades qui évoquaient l'apparition de l'Etoile Rouge à l'aube lui traversèrent l'esprit, trop vite pour qu'ils puissent prendre un sens à ses yeux.
Alors que la jeune Lessa se terre, déguisée en larbin, dans le fief familial tombé sous le joug d'un Seigneur avide, préparant sa vengeance, le chevalier-dragon F'lar se mesure au dit Seigneur pour l'obtention du droit de recruter des candidates au titre de Dame du Wey parmis les femmes du vaste domaine féodal tenu par Fax. La confrontation de deux destins qui annoncera un tournant dans la situation politique du continent.
La décadence du Weyr et de son influence ne venait pas seulement des Seigneurs des Forts et de leurs vassaux. Elle venait aussi du Wey lui-même, résultat de Reines inférieures et de Dames du Weyr incompétentes. Elle venait de l'obstination inexplicable de R'gul de ne pas "ennuyer" les Seigneurs, et de confiner ses chevaliers-dragons à l'intérieur du Weyr, on avait donné trop d'importance à la préparation des Jeux, au point que la compétition interne entre les escadrilles était devenue le but et la fin de l'activité du Weyr.
La verdure n'avait pas poussé du jour au lendemain, et les Seigneurs ne s'étaient pas éveillés, un beau jour, décidant en un éclair d'inspiration de ne pas envoyer la dîme traditionnelle au Weyr. Tout s'était fait graduellement, et le Weyr avait permis que cela continuât, jusqu'au moment où le but et la raison d'être du Weyr et de la race des dragons ne furent plus du tout compris, et où un parvenu, héritier collatéral d'un des anciens Forts put se permettre de mépriser ouvertement à la fois les chevaliers-dragons, et les simples précautions de base grâce auxquelles Pern était libre des Fils.
Avec ce roman, Anne McCaffrey rompt la tradition du dragon menaçant, les grosses bêtes sont ici attachantes tant par leur rôle protecteur que la symbiose avec leur compagnon humain. De même la lutte contre un fléau naturel implacable tranche agréablement avec les luttes de pouvoirs si classique en fantasy. Basée essentiellement sur les actions de Lessa et F'lar, leur lutte pour sauver Pern, la redécouverte du potentiel des dragons, l'intrigue est rapidement prenante et il est difficile de lacher ce classique. Bien que le côté SF soit annoncé dans le préambule ce premier tome ne l'appuie pas, se réservant la redécouverte du passé pour les prochains romans. Au final un classique qui n'a pas pris une ride, se lit très bien et mérite amplement ses prix.
L'avis de Calenwen.
Une relecture effectuée dans le cadre du Challenge Anne McCaffrey.

Rifteurs de Peter Watts

Desjardins n'était pas pathologiste. Il n'en avait pas besoin. Seules deux matières dans tout l'univers valaient la peine d'être connues : la thermodynamique et la théorie de l'information. Des cellules sanguines dans un vaisseau capillaire, des émeutiers dans la grand-rue, des voyageurs porteurs de nouveaux arbovirus en provenance de la Réserve amazonienne - la vie et ses effets de bord -, tout ça était en réalité la même chose. Il y avait juste une différence d'échelle et d'étiquette. Une fois qu'on avait compris cela, on n'avait pas à choisir entre épidémiologie et contrôle aérien. On pouvait faire les deux, immédiatement. On pouvait faire à peu près tout ce qu'on voulait.
Suite apocalyptique de Starfish, les cheminées Channer et l'installation géothermique ont été pulvérisés par l'ARE pour éradiquer les conditions permettant la subsistance du nanobe Béhémoth. Mesure radicale mais qui n'a pas été assez rapide pour empêcher Ken Lubin et Lenie Clarke de s'échapper, chacun de son côté. Par ailleurs, la défaillance initiale des IA biologiques contraint l'ARE a transmettre ses données aux autorités de gestion de crise afin de lutter plus efficacement contre la pandémie qui menace la biosphère. Seul soucis, Lenie Clarke commence à découvrir le traitement qu'on lui a infligé et semble déterminé à prendre sa revanche, consciemment ou non. Tout en ralliant ses terres natales, elle propage Béhémoth d'autant plus efficacement que les modifications faisant d'elle un rifteur lui permettent d'y résister. La traque est lancée mais le Maelstrom, version améliorée de l'internet, outil principale de traque et de communication des autorités est infectée par un petit virus opportuniste, surfant sur les priorités accordées au paquet contenant l'information "Lennie Clarke".
Il a pas mal grossi, depuis. Depuis l'époque où il ne faisait que 94 mégaoctets et était beaucoup plus bête. Il en pèse à présent 128, sans la moindre graisse. Pas de précieuse ressource gâchée en souvenirs nostalgiques, par exemple. Il ne se souvient pas de ses minuscules ancêtres à la millionième génération. Il ne se souvient de rien qui ne l'aide pas d'une manière ou d'une autre à survivre, suivant en cela son implacable empirisme minimal.
La configuration est essentielle. La survie est tout. Vénérer ses ancêtres ne sert à rien. Les stratagèmes des obsolètes ne sont qu'une perte de temps.
Et dans ce réseau où les principes de la génétique ont été appliquées aux programmes, le problème prend très vite une ampleur démesurée, communiquant vers la population, révélant des informations de plus en plus frappantes : l'intérêt devient une mode, le mode, un culte, virant au un réseau révolutionnaire protégeant Clarke, lui permettant de passer entre les mailles des filets... et Béhémoth se propage de plus en plus, provoquant la stérilisation par incinération de régions entières...
Tout en menant le récit de son thriller apocalyptique, Peter Watts développe son univers, présentant une société dystopique assez terrifiante, hantée par les changements climatiques et la raréfication de l'énergie. Peu ou plus d'états, quelques organisations transnationnales toute puissante au service de multinationales en concurrence féroce. Les solutions aux problèmes sont systématiquement cyniques et économiques...
On avait cessé de faire semblant bien avant que Sou-Hon Perreault soit recrutée.
A une époque, elle le savait, on soignait sur place les réfugiés qui tombaient malades. Il y avait des cliniques sur le Strip, juste à côté des bureaux en préfabriqué où les réfugiés venaient remettre des formulaires et garder espoir. Le Strip était alors une mesure temporaire, un simple pis-aller jusqu'à ce que nous nous occupions du travail en retard. Les gens venaient frapper à la porte et un flot régulier la franchissait.
Très peu comparé à la cascade qui s'accumulait derrière.
Les bureaux avaient disparu. Les cliniques aussi. N'AmPac avait depuis longtemps baissé les bras devant la marée montante et cela faisait des années que personne n'avait décrit le Strip comme une étape : il était à présent un véritable terminus. Et désormais, quand cela se gâtait derrière le mur, il ne restait plus de cliniques à mette sur l'affaire.
Il ne restait que les ramasseurs de la fourrière.
Techno thriller efficace, Rifteurs apporte les réponses aux questions soulevées dans Starfish. Les concepts utilisées sont variées, de l'évolution d'internet aux modifications de comportements par interactions avec le système nerveux, en passant par son extraordinaire nanobe préhistorique... L'ambiance est assez sombre même si plusieurs révolutions sont en marche pour le pire ou le meilleur. On est quelque peu soulagé de voire cette dystopie prendre l'eau de toute part même si on se demande s'il quelque chose survivra... Un très bon moment.
Toute le problème était là, d'ailleurs : plutôt que de débarrasser le monde de sa merde, les gens se transformaient en coprophages. Il ne faudrait plus que quelques années à l'espèce humaine pour devenir à moitié cafard. Si un désastre planétaire ne survenait pas d'ici là.
Ce qui serait d'ailleurs préférable. Mieux valait tout casser pour recommencer. Ca mettrait tout le monde sur un pied d'égalité, pour une fois.
Voilà pourquoi Aviva Lu se trouvait à présent à cet endroit-là : elle attendait que Lenie Clarke arrive.
Lenie Clarke, la Madone du Désastre.
Une lecture dans le cadre du Challenge Fins du Monde.

Siegfried d'Alex Alice
A l'aube du monde, Odin a tout soumis à sa loi sauf l'or... Doté du pouvoir absolu, le métal a été jeté dans un fleuve sous la garde de sa fille aînée. Alors que cette dernière tombe amoureuse d'un humain, le Nibelung Fafnir profite de cette idylle pour s'emparer de l'or.
Alors que Fafnir de retour chez lui est consumé et transformé par le pouvoir du métal, Odin implacable se dresse contre les amants. Seul un garçon, fruit de leur amour, sera épargné et recueilli par le Nibelung Mime. Frère de Fafnir et fuyant sa cité souterraine. Les motivations de Mime sont ambiguës, s'il l'a recueilli de bon coeur, il entend bien en faire un tueur de dragon... Siefried grandit donc dans la forêt, gamin indiscipliné échappant souvent à son mentor mais pas à une Walkyrie qui veille sur lui...
Las, Odin n'a pas oublié l'enfant et avance ses pions quand celui arrive à l'âge adulte.
Mime et Siefried quitteront alors leur demeure et s'aventureront sur les terres des géants, sans autre aide que celle indirecte de la Walkyrie rebelle. De retour dans la cité troglodyte désertée, viendra le temps de l'affrontement et des révélations.
Alex Alice présente ici une petite trilogie très agréable. Le ton ne se laisse pas emporter par l'épopée héroïque ou le solennel des dieux, l'humour allégeant l'ambiance fréquemment, via Mime notamment, râleur et pleurnichard. Le récit présente peu de protagonistes : Odin, la Walkyrie, Mime et Siegfried mais les approfondi bien. Un récit envoutant et enchanteur, servi par un trait et une mise en couleur impeccable (sans parler de la répresentation allusive des géants). Un excellent moment.
Ils m'ont donné envie de le lire : Le pendu, Les singes de l'espace.














