Les lectures d'Efelle

24 mai 2020

Chasse Royale Deuxième branche IV de Jean-Philippe Jaworski

 

7

 

Tout ce que j'ai fait pour toi, ça ne te suffit pas ? Tu as encore trop de partisans, peut-être ? Tu veux trier le boin grain de l'ivraie ?

- Ne prends pas la mouche, mon garçon. Qui oserait contester que tu es l'un de mes champions ? Au point où j'en suis, je ne boirais pas avec toi si je ne t'accordais pas ma confiance. La question que je te posen ce n'est ni de la défiance, ni une lubie. Essaie un peu de te mettre à ma place, j'ai besoin de comprendre... Ceux que je n'ai jamais traités en ennemis ont été si nombreux à me trahir que j'aimerais apprendre pourquoi celui que j'ai traité en ennemi prend fait et cause pour moi. Ca n'a rien d'une indiscrétion : tu as une leçon à m'apporter.

 

Je ne vais pas m'étendre sur le côté feuilletonnant de ce récit...  Chasse Royale s'étend désormais sur plusieurs tomes de tailles inégales, avec quelque coup de mou. Ce dernier tome après un démarrage en douceur, relance l'intérêt avec le retour d'Ambigat dans le conflit. Ségovèse a fait ses preuves en tant que héros du camp loyaliste bien que ce parti semble sur le point de sombrer...

 

Dans la puanteur des morts - ces Carnutes qui ont perdu la vie de ma main - je prends conscience de cette charge. C'est une leçon royale, que je n'avais pas comprise dans les réticences de mon oncle et que je perçois mieux dans la rancoeur de ma tante. Bien que je ne porte pas le titre souverain ; je suis enfin entré dans leur cercle. Comme eux, me voici condamné à me surpasser et à décevoir. Plus d'issue ni de repos possible : désormais, il faudra renchérir sans cesse, et payer aussi durement les accomplissements que les échecs.

 

Ce tome de qualité, termine Chasse Royale (il était temps) de manière satisfaisante. Un bon moment.

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14 mai 2020

Madouc de Jack Vance

6

Suite aux actions efficaces d'Aillas, la paix règne aux sein des Isles Anciennes. A Lyonesse, Madouc, rejeton d'une fée échangée précocement avec Dhrun grandit à la cour de Casmir, qui la croit encore issue de Suldrun... Une jeune fille turbulente et espiègle dont les raisonnements proche d'un sandestin destabilise son entourage.

- Peuh ! marmonna Casmir déjà las de l'affaire. Ta conduite appelle clairement une correction. Tu ne dois plus jeter de fruit !

Madouc fit grise mineet haussa les épaules.

- Les fruits valent mieux que d'autres trucs. Je crois bien que Dame Desdea préfère les fruits.

- Ne jette pas d'autres trucs. Une princesse royale exprime plus gracieusement son déplaisir.

Madouc réfléchit un instant.

- Et si ces trucs venaient à tomber sous leur propre poid ?

Malmenée par ses demoiselles de compagnie et perturbée par la révélation de son statut officielle de batarde, Madouc partira en quête de son ascendance et finira par rencontrer la fée Twisk sa vraie mère... Cette révélation ne lèvera pas le mystère sur son mystérieux père mais redonnera du carburants aux intrigues de Casmir...

Tandis que Madouc fuguera une nouvelle fois pour des aventures rocambolesques dans la forêt enchantée de Trantevalles. A Lyonnesse, le père Umphred voit enfin l'opportunité de jouer sa partition.

Casmir se renfrogna.

- Bref, si je deviens chrétien, vous me communiquerez le nom de l'enfant de Suldrun.

Le père Umphred sourit.

- En essence, la question se présente bien ainsi.

Casmir parla avec un ton inquiétant.

- Vous êtes un sacré malin. Etes-vous jamais passé sur le chevalet ?

L'irréparable sera commis et Casmir mettra tout en oeuvre pour neutraliser la prophétie à propos de Dhrun... Les évènements se précipiteront et Madouc sera au coeur des évènements son esprit agile et son impertinence devenant le moteur de l'histoire.

Avec ce Madouc, Jack Vance conclut magistralement sa trilogie de fantasy. Son personnage principal est attachant, pure incarnation féminine du stéréotype du héros vancien intrépide et astucieux. On se suit  cette histoire avec un très grand plaisir et grâce à des fées ambivalentes, un troll libidineux, un ogre tricéphale, un poète vieillissant et le graal, on passe un très agréable moment.

 

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18 avril 2020

La Perle verte de Jack Vance

 

6

 

Second volume de la trilogie Lyonesse, La Perle verte reprend le récit là une poignée d'année après la fin du Jardin de Suldrun.

Ainsi donc elle créa un couple d'être merveilleux : des modèles de toutes les grâces et beautés. La femme était Mélancthe, l'homme était Faude Carfilhiot.
Toutefois, cela ne se termina pas là. Quand les deux se furent dressés nus et indifférents dans le cabinet de travail, les scories restées dans le cuve exhalèrent une vapeur verte à l'odeur infecte. Après en avoir absorbé involontairement une bouffée, Mélancthe recula avec dégoût et la recracha. Par contre, Carfilhiot trouva cette puanteur à son goût et l'aspira avec avidité.

Quelques années plus tard, le château de Tintzin Fyral tomba aux mains des soldats du Troicinet. Carfilhiot fut capturé et pendu à un gibet d'une hauteur démesurée, et ce afin d'envoyer un message d'une signification évidente pour la gouverne de Tamurello à Faroli, en direction de l'est, que du roi Casmir de Lyonesse, au sud.
Finalement, le cadavre de Carfilhiot fut dépendu, placé sur un bûcher et brulé tandis que résonnait la musique des flûtes et des cornemuses. Au milieu des réjouissances, les flammes émirent une giclée de vapeur verte fétide qui, emportée par le vent, vola jusqu'au-dessus de la mer. Elle tourbillonna au ras des flots, se mêla à l'écume des vagues et se condensa en une perle verte qui coula au fond de l'océan où, un beau jour, elle fut gobée par un gros turbot.

 

Une paix maussade règne désormais entre le Troicinet et Lyonesse. Tandis qu'Aillas consolide ses acquis en Ulfland du Sud, Casmir reprend ses complots, obsédé par la prophétie indiquant que le fils de Suldrun s'assiera avant lui sur le trône des Isles Anciennes....

Apparemment, aux yeux de tous, la visite s'était déroulée selon les préceptes de l'étiquette courtoise. Pourtant, en dépit de l'échange de compliments publics, une profonde et mystérieuse antipathie avait marqué les rapports des deux souverains.
L'intensité de cette aversion mutuelle déconcertait le roi Casmir : d'où provenait-elle ? Casmis avait des visages une mémoire fidèle ; presque certainement, il avait rencontré Aillas dans des circonstances moins plaisantes. Bien des années auparavant, Granice - qui régnait à l'époque sur le Troicinet - s'était rendu au Haidion, dans la ville de Lyonesse. Son escorte avait compté Aillas, alors obscur petit prince qui ne figurait même pas dans la ligne de succession au trône. Casmis l'avait à peine remarqué. Cet enfant pouvait-il avoir suscité une impression aussi forte ? Très certainement pas ; Casmir, réaliste de caractère, ne gaspillait pas de sentiment pour des causes triviales.

Le mystère lui pesait d'autant plus sur l'esprit qu'il sentait que, quelque part, un présage important attendait qu'il en prenne conscience. Le visage d'Aillas surgissait dans ses pensées pour disparaître aussitôt, toujours crispé dans une expression de haine implacable. L'arrière-plan demeurait indistinct. Rêve ? Maléfice ? Ou simple discorde entre les dirigeants d'Etats rivaux ?

 

En Ulfland du Sud, Aillas aura fort à faire, neutraliser les traitres à la solde de Casmir dans son gouvernement, mettre aux pas les barons des landes ulfes, lutter contre les agents provocateurs de Lyonesse, stopper les incursions skas et finalement solder les comptes du passé avec ces derniers.

De son côté Casmir n'en reste pas là et s'associe avec Tamurello, recrutant le Vishbume, magicien raté, pervers notoire et agent dépourvu de scrupules, profitant de l'absence d'Aillas, il frappera au coeur du Troicinet.

Pendant ce temps, Shimrod a été chargé par Murgen de garder un oeil sur Tamurello mais le rival de Murgen se révèle un adversaire des plus retords, surtout face à des objets magiques candides.

- Est-ce que Tamurello, ou une personne différente, a installé des instruments de surveillance, ou accomplissant une autre fonction, ici à Trilda ?

- Oui. La femme peut nettement être comprise dans cette catégorie. Deuxièmement, Tamurello m'a chargé de lui faire un rapport sur vos activités et, n'ayant pas d'instructions contraires, je lui ai rendu ce service. Troisièmement, Tamurello a essayé d'utiliser des éphémères dans un but d'espionnage, mais sans grand succès.

- Facque, par la présente déclaration, je vous donne l'ordre formel et sans dérogation de cesser de transmettre des renseignements de quelque sorte que ce soit à quiconque sauf Murgen ou à moi-même et tout particulièrement à Tamurello ou à l'un de ses agents ou instruments, ou encore à l'air ambiant, dans l'hypothèse où cet air pourrait être recueilli par un moyen quelconque et soumis à l'attention de Tamurello.

 

Ce second tome de la trilogie Lyonesse est des plus plaisants avec trois actes bien rythmés. Les antagonistes sont redoutables (comme Casmir, Tamurello et Torqual) ou parfaitement haïssable comme Vishbume, rendant la vertu et l'astuces des héros vanciens des plus agréables. Un excellent moment qui donne envie de se lancer rapidement dans Madouc pour conclure la saga.

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12 avril 2020

Sanctuaire Kameido Tenjin de Hiroshige

 

Le confinement est l'occasion d'avancer sur mes puzzles et de limiter mon temps d'écran hors norme que ce soit pour le travail ou les loisirs.

Cela faisait un certain que j'avais en stock ce petit puzzle Michèle Wilson de 350 pièces, le Sanctaure Kameido Tenjin de Hiroshige.

Magnifique estampe à l'ambiance printanière.

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Pas de réelles difficultés avec cette oeuvre, juste beaucoup de plaisir dans la réalisation et le jeu avec la découpe artistique.

Sanctuaire Kameido Tenjin

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07 avril 2020

Les Iris de Van Gogh

 

Voici ma dernière réalisation, sortie d'une ancienne collection des Puzzles Michèle Wilson.
C'est la troisième fois que je réalise ce puzzle, les deux première datant de plus de 16 ans auparavant.

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Ce puzzle est un vrai challenge pour deux raisons les fleurs et le feuillage. Pas moyen d'aborder les fleurs sans contexte et le feuillage est difficile à effectuer du fait de la ressemblance des pièces, augmentée par une découpe ingénieuse.

Le gif ci-dessous l'illustre bien, chaque étape est une session allant de 2 à 4 heures.

 

Les Iris de Van Gogh

 

 

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18 mars 2020

Le jardin de Suldrun de Jack Vance

6

 

Lyonesse, cycle plutôt tardif dans la carrière de Jack Vance et magnifique fresque. Dans cette trilogie Vance semble prendre son temps, pose son univers et ses personnages, donnant un aspect presque paisible à l'ensemble, pour un temps... Car la noirceur n'est jamais loin dans cet univers semblant tout droit sortir d'un conte.... Alternance d'ambiance légère et de réalité glaçante. Un peu de Rhialto, beaucoup de Cugel...

L'archipel des Isles Anciennes au large de l'Aquitaine et de l'Armorique est déchiré suite à une succession de monarques déments. Chaque duché est devenu un royaume indépendant, les celtes et les redoutables skas ont pris pied dans le nord. Les derniers étendant toujours plus leur emprise.

Casmir, glacial roi de Lyonesse, n'oeuvrant qu'au nom de la raison d'état, entend bien réunir les Isles Anciennes sous une seule loi, la sienne. Le vaste Dahaut et l'insulaire Troicinet se dresse sur sa route... Suldrun, l'aînée de Casmir, négligée par ses parents, grandit en marge de la cour et développe une personnalité propre, rêveuse et indépendante. Pour s'être opposée à un mariage arrangé et aux ambitions impériales de son père, elle est confinée dans un jardin du palais en bord de mer... Une existence solitaire jusqu'au jour où un prince de Troicinet, naviguant au large, pousse son cousin par dessus bord pour simplifier la succession du royaume à son avantage...

A partir de là commençera une tragique histoire d'amour et une épopée trépidante... Roman picaresque pour Aillas qui chûtera plusieurs fois au plus bas niveau de l'échelle sociale et luttera à force de volonté et d'ingéniosité pour retrouver sa place. Roman initiatique pour Dhrun, aveugle à ses propres qualités. Tragédie shakespearienne pour Suldrun...

Aillas réfléchit, puis répliqua :"J'ai été prisonnier, esclave, fugitif et maintenant roi, ce que je préfère. Toutefois, ce n'est pas l'existence que j'aurai choisie pour moi-même.

- A défaut d'autre chose, dit Shimrod, vous aurez vu le monde par son pire côté, ce qui a peut-être des chances de vous être utile."

Aillas rit. "Mon expérience ne m'a pas rendu plus aimable ; cela c'est certain."

Le Jardin de Suldrun enchante autant qu'il surprend, que ce soit par ses rebondissements que par son univers baroque, ses objets magiques rétifs, ses différentes espèces d'êtres féériques fortement portés sur les arguties et la rhétorique spécieuse... Calme au début puis mené tambour battant, ce premier tome est un excellent moment.

 

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16 février 2020

Bienvenue à Sturkeyville de Bob Leman

 5

Sturkeyville, ville posée à flanc de montagne, vivant de sa mine, fonderie et banque. Une ville sous la coupe de l'aristocratie locale issue des trois industries précédentes. Ville prospère au XIXe siècle et tombant dans la décadence, l'abandon suite à la chute progressive des trois familles... ou pas... Tout est question de perspective, de coups du destin ou de caprice du temps...

Visite d'un lieu étrange et changeant via six nouvelles où le fantastique se mêle à l'ironie...

La Saison du ver, une famille s'installe sur un terrain de mauvaise réputation mais bon marché. Mal leur en prendra quand ils tomberont sous la coupe de l'entité occupant les lieux avant eux.  Efficace, un peu claustrophobique et avec une fin violemment ironique.

La Quête de Clifford M. voit une redéfinition du vampire... Seul rescapé de sa portée, Clifford M vivra parmis les humains conscient de sa différence et curieux de retrouver ses semblables. Parfaitement éduqué et intégré, à la tête d'une immense fortune, il enquêtera avec opiniatreté sur le mythe du vampire, jusqu'à un dénouement toujours ironique mais là plein d'humanité. Un excellent moment, sans doute un des meilleurs textes du recueil.

Le lac était posé telle une plaque d'anthracite poli, parfaitement noir, parfaitement immobile et parfaitement dénué de vie, hormis la profusion d'herbes grossières qui recouvraient telle ne toison la centaine de mètres séparant le bord de l'eau de l'orée du bois. La maison se trouvait sur la berge opposée : un bâtiment de trois étages à la base trop étroite, fait de blocs de pierre noire qui auraient convenu à un manoir aux proportions ducales, mais qui donnaient ici l'impression pénible d'un matériau mal utilisé et d'un déséquilibre entre leur poids et les dimensions de la construction. Elle ne possédait pas de dépendances, et la végétation l'enserrait de tous côtés. Elle se dressait à proximité de l'étendue sombre et morte du lac, tel un paradoxe muet, à la fois grotesque et menaçante.

Les Créatures du lac, aurait pu n'être qu'une variaiton sur Le Cauchemar d'Innsmouth de Lovecraft, mais Bob Leman réussit à y mêler une vaste fresque familiale sur fond de déception amoureuse... Un texte en deux temps, efficace et prenant avec une fin ouverte des plus agréables. Un très bon moment.

Quand mon oncle me contait une histoire, je ne mettais jamais son authenticité en doute. Il ne m'est jamais venu à l'idée de lui demander comment il était au courant du voyage désastreux du capitaine Elihu Feester et des évènements qui avaient précédé son arrivée à Sturkeyville, ou comment il pouvait décrire avec un tel luxe de détails les métamorphoses épouvantables subies par sa famille. Les faits avérés et les broderies contribuaient de la même manière à la magie de son récit. Tandis que je l'écoutais, captivé, il me semblait voir les malheureuses fillettes et leur mère folle, emmurées dans la pénombre d'une maison dont on avait condamné toutes les issues ; ramper avec des bruits visqueux à travers les pièces immenses où règnait une moiteur étouffante, en luttant contre l'attraction des eaux noires du lac, juste derrière la porte... Elles étaient innonçentes alors, et leur infortunée mère aussi. Même leur père n'était coupable de rien, hormis d'avoir volé des sauvages, ce qui comptait à peine pour un crime à l'époque.

 Avec Odila, on s'éloigne de Sturkeyville pour découvrir un hameau dans les montagnes, perdus, miséreux, à la population décadente, dégénérée mais dôté d'une longévité hors norme, à moins qu'il ne s'agisse simplement d'un tel niveau de consanguinité que la nouvelle génération ressemble à la suivante... L'intrigue tournera autour de la fascination ressentie par un membre en vue de la communauté de Sturkeyville envers une femme intemporelle de cette étrange communauté. Sympathique.

Apparemment, aucun nouveau bâtiment n'était sorti de terre depuis ma première visite, près d'un demi-siècle plus tôt. Ceux que j'avais vus alors étaient toujours aussi délabrés et donnaient l'impression d'être squattés. Si les détritus parmi les mauvaises herbes qui tenaient lieu de pelouses - épaves de voitures et de pick-up, cuisinières et réfrigérateurs réformés, montagnes de pneus usés - apportaient une touche de modernité au décor, les pyramides de canettes et de bouteilles vides étaient intemporelles.

Pour sa part Loob nous fait visiter Sturkeyville par le prisme d'un étrange paradoxe temporelle, l'accroche et la narration servent cette histoire avec merveille, on a l'impression de se perdre dans ce récit désanchenté avant d'apercevoir une lueur d'espoir. Un très bon moment.

Enfin Viens là où mon amour repose et rêve, mêle deuil, regrets et hantise pour un étrange récit élégiaque.

Ce voyage aux frontières de l'étrange constitue un très bon moment, Leman savait jouer avec les codes du fantastiques ou du mythe lovecraftien pour les renouveller ou les agrémenter à la mode de Sturkeyville. Bonne pioche !

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13 février 2020

Dans l'abîme du temps de Gou Tanabe d'après H.P. Lovecraft

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Seconde adaptation lovecraftienne par Gou Tanabe, on retrouve ici un très respect du texte et un dessin à la hauteur du texte. Gou Tanabe arrivant avec maetria à rendre en sur le papier les constructions cyclopéennes et les créatures  improbables de Lovecrat.

 

On suivra donc les pérégrinations d'un Professeur d'économie changé par une soudaine attaque cérébrale et surtout son retour à la normale après cinq "d'absence". Cauchemars, réminiscences d'un ailleurs et d'un autre temps... Hanté le héros secondé par un de ses fils entreprendra de reconstruire ce qu'il s'est passé pendant cinq ans...

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Puis finalement d'aller sur le terrain pour confronter ses théories et ses songes avec les ruines d'un autrefois indicible oublié depuis des éons...

Adaptation rigoureuse, cross-over malin avec sa précédente adaptation des Montagnes hallucinées, dont le ton est de la même veine. Gou Tanabe réalise ici encore un sans faute en terme de narration, mes seuls bémols concernent les regards peut-être trop souvent hallucinés des personnages et les textes en blancs peu lisibles sur les dessins sombres. Quoi qu'il en soit un très bon moment que je recommande fortement.

 

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10 février 2020

Entends la nuit de Catherine Dufour

4

 

Pour moi, travailler sert à gagner de quoi manger, point. J'ai bien essayé d'arrêter de manger, une fois, mais ça ne marche pas. Elle ne comprend rien à cette attitude. Elle a mille fois tenté de me montré les aspects magnifiques du monde du travail. Malheureusement, quand elle dit "carrière", je vois un tas ce cailloux.

 

De retour à Paris, Myriame, jeune femme marginale, accepte un emploi minable et sous payé dans une multinationale obscure à la direction aristocratique et britannique... Une entreprise semble-t-il très axé sur le contrôle absolu de ses employés tant via une hiérarchie inquisitrice qu'avec un réseau social interne des plus intrusifs.

C'est via celui-ci que Myriame, installée dans un bureau des plus minables, remarque Vane, un cadre très haut plaçé, mystérieux et semble-t-il omnipotent au sein du système informatique de la société.

 

Le soir, je pourrais faire des semelles avec mon moral : une eau glacée transpire des murs, je suis assaillie par des vents coulis et Vane n'est pas venu sur Pretty face de la journée. Tout à mon auto-apitoiement, je me recroquevillle au bord du fauteuil et fixe l'écran avec rancune en soufflant dans mes poings ; Vane est là. Il porte une veste anthracite. Il est beau et sinistre comme mon bureau. D'ailleurs, il a la même couleur cadavérique que les murs. Ses paupières sont noires, sa bouche est violette ; il a l'air concentré. Je suis si contente de le revoir que je tape :

 - Bonjour, Sir Vane. Encore merci. Vous m'avez sauvé la vie.

Il réponds quatre mots :

- Je vous en prie.

Son image disparaît. Ce salaud s'est déconnecté. Encore ?

Fascinée, Myriame apprivoisera petit à petit, l'insaisissable Vane tandis que celui-ci prendra une part toujours plus grande dans sa vie. A la fois omniprésent et insaisissable. Au fur et à mesure de ses investigations et de l'approfondissement de leur relation Myriame découvrira la nature étrange de son employeur et amant, la faisant basculer dans un monde occulte, aussi fascinant qu'inquiétant et dangereux.

 

Est-ce que Vane est ici ? Embusqué derrière cette pierre, ce joint de ciment, cette applique en cuivre ? Je me sens exposée ainsi qu'un papillon entre deux épingles. De toute façon, depuis que je connais ce - cet -, depuis, je suis écartelée entre ma chatte qui miaule et mon estomac qui se retourne. Et tout le reste. Sur fond de vision du monde qui explose. Bien, et maintenant que j'ai cerné mon masochisme, je fais quoi ? Je bois.

Quelle intimité avoir avec ce - avec qui que ce soit, maintenant que je sais qu'elles et ils sont là ? Vane, Coleraine, Clare, Normanby et mille autres, tous aux aguets dans la structure du monde - goules, vampires, fantômes avides lovés derrière toutes les briques, embusqués sous tous mes pas, prêts à couler du plafond ou à jaillir des prises électriques, le visage collé à l'envers des miroirs et de vitres. Les murs ont des oreilles et des yeux, et des queues, et des crocs... Intimité ? Oublie. Tu es désormais sur le plus grand réseau social de la planète, et il n'y a pas d'anonymisation possible. Pas de déconnexion, pas de clôture de compte. Extimité, alors ? Quelque chose de ce genre. Je bois toujours.

 

Pion dans un jeu qui la dépasse, Myriame va ruer dans les brancards et tentera de survivre face aux entités brutales qui s'intéressent à elles. Entre fascination et répulsion, elle mènera sa barque (ou plutôt rampera dans le sous-sol parisien) pour sortir par le haut d'un conflit occulte, bien résolue à ne pas être la dinde de service.

Grâce à sa plume acide Catherine Dufour, donne corps à une protagoniste consciente d'elle-même et de la fascination-répulsion qu'engendre son amant abusif et intrusif. Bien que malmenée, Myriame ne baisse pas les bras et fait preuve d'un caractère à toute épreuve, donnant un ton subversif à cette histoire d'amour contrarié. Un trés bon moment.

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08 février 2020

Le peuple du cercle noir de Sylvain Runberg et Park Jae Kwang d'après Robert E. Howard

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Conan en chef de bande cherchant à sauver la vie de sept de ces compagnons pris en otage face à Yasmina, reine aux abois bien décidé à s'acheter les services du guerrier par ce biais.

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La confrontation est éclatante mais permet aux forces en présence de se dévoiler...

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Un sorcier renégat, des hordes de guerriers, des nobles corrompus et finalement une mystérieuse entité tirant les ficelles de cette intrigue...

Le peuple du cercle noir est doté d'un solide scénario plein de rebondissements et d'une conclusion amusante. Un très bon moment.

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