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Une époque faste, rapide, à l'image de la petite souris mexicaine. On l'a vécue, pas forcément dans cet ordre. Putain, quand je pense que ça tient maintenant sur une page de cette saloperie de Wikipédia. mais une telle façon de tout mettre à plat, ce n'est pas rendre justiice aux choses. Surtout à ceux qui les ont connues.

Au milieu de ce bordel aussi agité qu'un champ de particules, le nettoyeur a entrepris de faire son boulot. Discret, patient comme s'il lisait page après page ces foutus contes de Ma mère l'Oie.

Ce nettoyeur, je crois bien qu'il s'appelait Jack Sawyer.

1953, fin du maccarthysme, pour se relancer les pontes de la Warner envisage l'adaption d'une oeuvre populaire, un recueil de contes, Ma mère l'Oie. Une oeuvre au créateur obscur Daryl Leyland. Jack Sawyer, adepte de l'oeuvre et déjà travaillant pour le cinéma, est chargé d'enquêter sur Leyland, pour livrer une biographie expurgée de l'auteur. A travers une compilation de témoignage, la vie étrange de Leyland nous est contée.

Jack Sawyer devait enquêter sur la vie d'un des hommes qui ont bâti la mythologie américaine. Au lieu de quoi il racle le fond du creuset des plus anciennes histoires et livre un archétype.

C'est exactement ce que Daryl Leyland souhaitait.

Personnage énigmatique, Leyland fascine, captive, sa vie est une aventure qui a nourrie son recueil. De ses débuts à l'orphelinat, sa rencontre avec celui qui deviendra son illustrateur, sa trajectoire qui l'amènera à devenir un auteur mythique... Du recueil de conte aux blagues énigmatiques incluse dans des emballages de caramels, sans oublier une mémorable adaptation radiophonique. Une trajectoire atypique sur plusieurs décennies, à travers les rues de Chicago et de ses environs, une page d'histoire populaire...

Daryl Leyland et Max Van Doren ne se sont jamais pliés aux exigences du monde. Ils ont imposé leur vision au réel.

Deux protagonistes atypiques, qui ont provoqués à la fois fascination et répulsion, vu par les yeux d'une poignée de témoins : Sawyer l'enquêteur capturé par le mythe, Case l'universitaire et Parisot le traducteur français. Trois visions qui se succèdent dans le temps mais surtout se confrontent, livrant un tableau fragmentaire mais marquant.

Roman gigogne, American Gothic est une indéniable réussite. Les thématiques sont multiples mêlant avec brio l'histoire des USA à celles de l'auteur du recueil de contes, au fil des les changements d'époques et d'ambiances. Un roman qui fascine tant par son contenu que les non dits ou les coins d'ombres. Etrange et captivant, une lecture des plus recommandables.