29 février 2012

Le complot contre l'Amérique de Philip Roth

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1940, Charles Lindbergh fait une entrée fracassante dans les primaires républicaines, devenant par acclamation le candidat contre Roosevelt. Lancé dans une campagne prônant la neutralité américaine dans la Seconde Guerre Mondiale, il l'emporte facilement face à Roosevelt grâce à une campagne creuse mais spectaculaire...

L'Amérique n'était pas un pays fasciste et ne le serait jamais, malgré les prédictions d'Alvin. Il y avait un nouveau président, une nouvelle assemblée, mais l'un comme l'autre étaient tenus de respecter la loi exprimée par la Constitution. Ils étaient républicains, isolationnistes, et il y avait bien parmi eux des antisémites, comme il y en avait d'ailleurs chez les sudistes du parti de FDR, mais ça ne voulait nullement dire qu'ils étaient nazis.

Un des héros américain, sympathisant nazi, décoré par Goering devient le premier président des USA. S'il ne donne pas immédiatement de signal antisémite, s'attachant même le très influent rabbin Bengelsdorf, les antisémites partout dans le pays s'affichent plus ostensiblement...

Dans le sillage de ces accords, les Américains allaient partout répétant : Pas de guerre, plus aucune jeune ne partira mourir au combat ! Lindbergh est de taille à négocier avec Hitler. Hitler le respecte parce que c'est Lindbergh. Mussolini et Hirohito le respectent parce que c'est Lindbergh. Les seuls qui soient contre lui, ce sont les Juifs. Et en Amérique, c'était certainement vrai. Les Juifs s'inquiétaient à longueur de temps.

Le petit Philip Roth, sept ans, sera alors le témoin des changements qui frapperont l'Amérique et sa famille à Newark : de son cousin Alvin engagé avec les forces canadiennes à sa tante Evelyn qui épousera le rabbin Bengelsdorf par arrivisme...

La neutralité des USA pèsera bien évidement sur le conflit, surtout au niveau de l'embargo des ventes d'armes. Après avoir signé des accords avec l'Allemagne et le Japon, le gouvernement finira par se tourner vers la communauté juive stigmatisée depuis le début de la campagne présidentielle. Commencera alors un programme d'assimilitation de cette communauté au sein des populations WASP...

Narré comme un témoignage de ces années sombres, le récit de Philip Roth est très prenant, la dégradation de la situation intérieure des USA est très progressive et ne tombe pas dans la caricature. Les propos prêtés au candidat Lindbergh sont issus d'un discours réel (présent en annexe) lors d'un meeting de l'America First et la narrations ne prendra un ton échevelé que lors du récit final délirant d'Evelyn, la trame principale restant crédible... A noter aussi la chronologie réel des personnages historiques présente en fin de récit.

Il y a bien un complot, en effet, conclut le maire La Guardia, et je vais me faire un plaisir de vous nommer les forces qui l'animent : ce sont l'hystérie, l'ignorance, la malveillance, la bêtise, la haine et la peur. Notre pays offre aujourd'hui un spectacle répugnant ! Le mensonge, la cruauté et la folie sont partout, et dans la coulisse, la force brute guette le moment de nous achever.

Un roman efficace, prenant mais qui souffre un petit peu des digressions du gamin ou de la perte de la continuité temporelle vers la fin... Quoi qu'il en soit un très bon moment qui se laisse lire tout seul, une réussite.

 

Une lecture effectuée dans le cadre du Winter Time Travel de Lhisbei.

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03 août 2011

D'Or et d'Emeraude d'Eric Holstein

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Simon, colombien adopté puis élevé en France, fini par aller découvrir le pays qui l'a vu naître suite aux postures irritantes de son entourage quant à son statut d'adopté... Bien que ne parlant pas espagnol, il est rapidement intégré par un petit groupe issue de la jeunesse aisée mais l'étrange Benino, ancien FARC et actuel jardinier de l'orphelinat où Simon est né, semble l'observer... Dans le même temps, des rêves portant sur le folklore ou l'histoire de la Colombie hantent ses nuits alors qu'il ignore tout du pays. Finalement, Benino viendra à lui pour le présenter à son père naturel...

Dehors, dans la fraîcheur de la nuit, j'ai tenté de faire le tri. Le débonnaire esmeraldo m'a quitté sur la promesse de nous revoir très vite et sur l'échange de nos numéros de portables.

Il m'a, ce soir, fait partager toute une vie de rancoeur. Dimension inédite de mon indianité. Chez moi, à Paris, ma couleur et mon métissage ne m'avaient jamais mis en butte au racisme. Au contraire, mon exotisme m'attirait une bienveillance que j'avais vite appris à utiliser. Jamais je ne me suis senti un citoyen de seconde zone et j'essaie d'appréhender la vie qu'à eu Tibaquichà. Je sens que pour y parvenir, il me faudrait glisser vers la déplaisante certitude que je suis son fils.

Deux pères s'affrontent en moi ce soir et je ne peux pas penser à l'un sans trahir l'autre.

Tiraillé entre son père et la superbe Catalina, entre la culture indienne et l'hispano américaine, Simon finit par opter pour celle de son père en acceptant de lui consacrer une soirée en se joignant à une fête religieuse des indiens muisca. Choix décisif car après avoir trouvé le bâton de Bochica, le père fondateur de la culture muisca, Simon se retrouve en compagnie de Benino bien des siècles plus tôt... Au moment où les conquistadors de Gonzalo Jiménez de Quesada se mettent en route depuis la côte...

Un périple dangereux, usant tant en hommes qu'en bêtes dépeint dans la seconde partie du roman par les yeux de Quesada. Alors que la troupe singulièrement réduite arrive sur l'Altiplano et profite de la méconnaissance des indiens en matière d'armes à feu et de chevaux, une poignée de guérilleros insaisissables se dressent sur le chemin des espagnols, les harcelant et exécutant tous les dignitaires sympathisant avec eux. Quesada devra faire un choix celui de la capitulation et de l'intégration au sein des autochtones via le mystérieux Sugansua ou celles de la conquête impitoyable prônée par la tout aussi étrange Xubchagagua...

"Tu es à la croisée des chemins, Quesada. Songe à ce que je t'ai dit, ce dont je te promets que tu seras le témoin. C'est le moment de faire ton choix. Sache seulement qu'il n'y a pas de grands hommes sans grands renoncements et qu'il n'y a pas de grands chefs sans grandes bassesses. Alors, sois ce que tu t'efforces de devenir depuis ton départ de Santa Marta, ou retourne à ce que tu redoutes d'être depuis toujours, mais agis. Maintenant !"

La troisième partie du roman présente le résultat, au vingt et unième siècle, du point de divergence détaillé dans la partie précédente... Loin d'une utopie, l'autrefois glorieuse Chibchauaia est sur le déclin grignotée par la pression économique des USA. Benino, professeur d'histoire à la vie passée très riche, il a été notamment le mentor de l'actuel dirigeant du pays lors de son passage dans l'armée, est confronté à cette chute via une cérémonie traditionnelle dévoyée qu'il est chargé d'organisé. L'occasion d'un ultime coup d'éclat inspiré par la lecture du seul manuscrit connu de Sugansua, sur lequel il a récemment mis la main...

Benino réalise maintenant que toutes ces années passées à nourrir la passion de l'histoire n'avaient été qu'une longue reconquête de sa candeur de jeune homme. Or, il n'y a pas de grands espoirs sans grandes naïvetés. La sienne s'était brisée dans les assauts qu'il avait conduits sous l'uniforme vert des Farcachas. A son âge, on n'a plus aussi soif d'absolu. On a appris à se contenter de peu. C'est aux générations privées de leurs rêves par l'aridité du monde qu'il faut maintenant laisser le champ libre. Aux vieux fous comme lui de les guider vers cette fontaine de jouvence.

Chaque partie de ce triptyque renvoie habilement aux autres, notamment par l'intervention de figures emblèmatiques similaires. Les protagonistes sont complexes, bien étoffés on les suit avec plaisir au sein de cette uchronie mise en scène de manière assez immersive, par petites touches, via quelques allusions (précisées dans les quatre appendices constituées par des témoignages ou des extraits de guides de voyage). L'écueil du manichéisme est évité avec brio, notamment dans la partie concernant les conquistadors. D'or et d'Emeraude est une lecture très plaisante et un excellent moment, une indéniable réussite.

Les avis d'Anudar et de de Lhisbei.

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25 mai 2011

Rêves de Gloire de Roland C. Wagner

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La plage était déserte en cette saison. La peinture blanche s'écaillait sur les planches de la buvette fermée. La mer bleu-vert ondulait doucement dans le soleil d'hiver. Quelques barques retournées reposaient sur le sable ; assis sur l'une d'elles, un vieil Arabe au crâne enturbanné de blanc buvait le thé en fumant une cigarette.

Je me suis senti étranger.

Octobre 1960, De Gaulle succombe dans un attentat ce qui finira par donner un autre épilogue à la guerre d'Algérie, la France conservera trois enclave : Bougie, Oran, Alger. Les colons se trouvant ailleurs sur le territoire fondent sur les enclaves ou retournent en métropole. Timothy Leary débarque à Paris, avant de migrer à Biarritz  un stock important d'une nouvelle drogue, rapidement baptisée Gloire, dans ses valises. Dans son sillage, un mouvement hippie prend forme : les vautriens. Dans les Aurès, un déserteur français, réputé timbré, prêche la non violence au fil de ses errances. Beria aux commandes de l'URSS se brule les doigts à Budapest et se lance alors dans une course à l'espace acharnée pour redorer le blason du communisme et encore quelques autres points de divergences...

Au fil des ans, la situation politique française vire à la dictature, les vautriens sont rapidement déportés dans l'Algérois... Les années passent, le monde change, la vie suis son cours...

J'ai posé la main à plat sur la pochette. "Je cherche ce disque. Dans le cas de tout petits tirages, le meilleur moyen, c'est de retrouver ceux qui l'ont enregistré, ou pressé."

Il a émis un grognement amusé. "Purée, vous êtes un vrai pro du disque, hein ?

- J'essaye. Une autre anisette ?

- C'est pas de refus."

Je n'avais pas avancé d'un pouce, sauf sur un point : je connaissais désormais le nombre de pochettes imprimées, un bon indice de la rareté du disque. Je comprenais mieux comment il avait pu échapper aux collectionneurs les plus férus de musique vautrienne. Les éventuels pressages d'essai mis de côté, avec cinquante exemplaires, il entrait tout droit dans les dix premiers du hit-parade des quarante-cinq tours algérois introuvables.

C'était la pièce manquante. Le Graal.

Il me fallait ce disque.

De nos jours, un collectionneur de vinyl rare découvre sur internet, un disque de rock psychédélique inconnu. Le groupe Les Glorieux Fellaghas, deux titres Rêves de Gloire et Regarde vers l'orient (une reprise de Regarde vers Lorient). Outre le nom du groupe un rien provocateur pour les années soixante, notre ami découvre une nouvelle particularité à ce disque : il porte la poisse. La mort frappe curieusement tous les propriétaires d'un exemplaire. De quoi attiser la convoitise de notre collectionneur compulsif.

Tandis que je parlais, je mesurais à quel point les mentalités, avaient pu changer depuis les soixante. Les vautriens, les harkis, les Européens du Nord et du Sud, les Algériens eux-mêmes - tous ces gens avaient influencé la vision du monde de la population algéroise. Les influences s'étaient mêlées, l'ambiance générale avait changé, le Zeitgeist n'était décidément plus du tout le même.

La société algéroise s'était ouverte, par la force des choses, et cette ouverture lui avait profité. Mais ici, en France, la société s'était refermée sur elle-même dans une ambiance de méfiance à l'égard de l'étranger, surtout s'il venait de l'autre côté de la Méditerranée, elle s'était enfermée derrière des murs et des barrières mentales, elle s'était appuyée sur la haine et la xénophobie en une tentative désespérée de se perpétuer, ou plutôt de perpétuer une image d'elle-même, une image idéalisée d'une France blanche et chrétienne où régnait l'ordre.

Et, au bout du compte, elle avait échoué.

En alternance à cette chasse au disque rare et létal, les témoignages anonymes, même si on peut reconnaitre quelques intervenants récurents,  des années soixante à nos jours se succèdent pour brosser par petite touche la trame historique, de la création des enclaves à nos jours, vu de l'Algérois, avec pour point d'orgue les évènements de 1977.

Les tortionnaires français n'avaient jamais été jugés ni condamnés, et les assassins du FLN étaient devenus des héros de l'Algérie nouvelle.

Tous des ordures.

Tous des pauvres gens.

Et moi, moi qui n'avais rien demandé, j'étais là, avec trois ou quatre millions de personnes, pour ainsi dire entre le marteau et l'enclume.

On fait mieux comme position.

Loin de toute angélisme, le roman étant très sombre, Roland C. Wagner déploie magistralement son uchronie. De nombreux points de vue sont embrassés, du fasciste au hippie vautrien en passant par le soldat de l'ALN et le fellagha des Aurès, la mosaïque de personnages est très fournie. Si le protagoniste (proche de l'auteur ? ) nous embarque dans une histoire du rock virant au thriller, les autres trames en filigranes sont tous aussi passionnantes, tout étant lié : histoire du mouvement vautrien de le la folie des premiers moments au désenchantement, du mouvement révolutionnaire à l'effet de mode ; géopolitique mondiale avec une guerre froide alternative ; hommage à Camus...

Bref, un roman solide, dense, prenant, captivant et très fluide. Un coup de maître, à lire et relire au soleil une anisette en main (j'aurai pas du refuser celle que RCW offrait lors de la dédicace à la librairie Scylla).

 

Ils l'ont lu : Traqueur Stellaire, Philippe Boulier

 

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31 janvier 2011

Comme des fantômes, histoires sauvées du feu de Fabrice Colin

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Obsédé par ce qu'il appelait "le voile des apparences" et les secrets laissés dans l'ombre, Fabrice Colin est mort à 33 ans, comme il l'avait craint et prédit, dans l'incendie de son petit appartement de banlieue.
Il lègue à la postérité une production abondante, quoique de valeur inégale - corpus hétéroclite de nouvelles, sujets inachevés et projets de romans -, cisaillée de lignes de forces parfaitement identifiables : fascination pour la folie, la création et la mort, prescience tragique  d'un deuxième monde, mépris souverain des convenances.

Fabrice Colin est mort, en 2005... Ecrivain méconnu n'ayant jamais achevé le moindre roman mais produit un nombre conséquent de nouvelles. Assez pour constituer le présent recueil, assez homogène et réussissant à alterner les ambiances sombres à celles plus enchantées même si teintées de nostalgie ou d'un sentiment de perte

Par dessus tout, il y avait cette impression étrange et très triste à la fois : l'impression d'avoir perdu quelque chose. Ce manque au creux de la poitrine : l'émerveillement. Je n'avais plus ressenti un truc pareil depuis - oh, allez savoir. Des moments comme ceux-là, je n'en connaissais que si rarement sur Terre.
Un sourire de ma femme.
Se retrouver seul, skis au pied au sommet d'une montagne.
Nager parmi les dauphins dans les eaux claires de l'Océan Indien.
Et c'était tout ça, ici, tout ça à la fois, presque trop de bonheur pour un seul coeur. L'aventure. La griserie des âges perdus
.

Enchantement de l'enfance aux derniers moments d'un suicidé, en passant par la tragédie éthylique d'un Dionysos perdu dans notre époque, toute la gamme des obsessions du défunt sont évoquées. On y trouve même la farce constitué par un texte  annoté par l'auteur, ainsi que plus sérieuses des brèves biographies de Kenneth Grahame et de l'illustrateur Arthur Rackham.

Qu'ils relèvent de la fantasy ou du fantastique, ces nouvelles vont du assez réussi au très agréable, leurs présentations dressant le portrait du défunt.

Quelle carrière ? Je n'ai rien fait encore. J'apprends sur les cendres. Je me frotte aux regrets. J'écarte la mort d'un doigt fébrile. J'attends des signes. J'évite les rencontres.

Projet éditorial atypique et pari réussi, ce recueil constitue un bel objet et un bon moment.

Nébal sur le Cafard Cosmique m'a donné envie de le lire.

Une lecture effectué dans le cadre du Winter Travel Time.

defi_hiver

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28 décembre 2010

Le faiseur d'histoire de Stephen Fry

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En tant qu'historien, je devrais pouvoir proposer un compte-rendu propre et net des évènements qui se sont déroulés le... Ah, quand se sont-ils déroulés, exactement ? Tout cela est hautement sujet à débat. Quand vous connaîtrez mieux mon histoire, vous comprendrez les énormes difficultés que j'affronte. L'historien, a dit quelqu'un - Burke, je crois ; si pas Burke, alors Carlyle - est un prophète  qui regarde en arrière. je ne peux pas aborder ma propre histoire de cette façon. L'énigme que j'affronte peut se définir par les déclarations suivantes :
A : Rien de ce qui va suivre n'est jamais arrivé.
B : Tout ce qui va suivre est entièrement vrai.

Michael Young est un jeune doctorant sur le point d'achevé sa thèse sur Hitler... Le travail qui le mettra enfin à égalité avec sa biologiste de petite amie. Las, mademoiselle choisie ce même jour pour le plaquer et c'est alors qu'il se livre à une vengeance infantile et mesquine que les pas de Michael croisent ceux du professeur Leo Zuckermann, un physicien hanté par la Shoah... Le travail de Michael répandu sur le trottoir attire l'oeil du physicien. Dès lors commence une relation étrange entre eux, pleine de révélations.

L'uniforme, le langage, le style. Pour un monde sain d'esprit, ils symbolisent toutes les postures de l'orgueil, de l'arrogance, de la cruauté, de la barbarie et de la bestialité. Tout ce qui nous fait honte. Pour moi, c'est le symbole de tout ce qu'était Papa.

Leo pense avoir les moyens d'atteindre le passé mais est non violent, Michael pense avoir la solution à son problème. Si l'on ne peut pas tuer Hitler pourquoi ne pas l'empêcher de naître ? Les évènements s'accélèrent, Michael se lance dans une entreprise où il pense pouvoir enfin réussir... A peine l'opération effectuée, voilà l'historien prétentieux balayé par la mécanique quantique et intégré dans la nouvelle réalité... Un monde où Hitler n'a jamais vu le jour.
Bien que décontenancé et visiblement pas en phase avec les USA où il se retrouve, Michael exulte ! Il est un héros et l'avenir lui tend les bras !

Je pris subitement conscience qu'il devait y avoir des pans entiers du cinéma qui n'avaient jamais existé,  des acteurs de cinéma que la guerre et les circonstances  avaient poussés vers le statut de vedettes dans mon monde, mais qui étaient restés des inconnus ici, Folamour, Le jour le plus long... Grand Dieu, Casablanca. Casablanca n'existait pas !

Mais ce bonheur ne dure pas quand la réalité le frappe durement, l'histoire n'est pas une discipline qui se prête à l'étude à la loupe...

- Tu n'as jamais entendu parler d'Auschwitz ni de Dachau, bredouillai-je. Tu n'as jamais entendu parler du parti nazi. Tu n'as jamais entendu...
- Holà, holà, fit Steve. D'accord, je ne suis pas Mr Science, mais qu'est-ce que tu sous-entends, quand tu dis que je n'ai jamais entendu parler du parti nazi ?
- Ben, c'est le cas, non ?
- Mais tu es cinglé ?
Je le fixai. "Mais tu ne peux pas. C'est impossible.
- Oh, bien sûr, répliqua Steve en s'essuyant la mousse des lèvres, et je n'ai jamais entendu parler de Gloder, de Göbbels, d'Himmler ou de Frick, c'est ça ?"

Reste alors au petit prétentieux arrogant à se confronter au monde qu'il a contribué à créer, prendre la mesure des modifications qu'il a provoqué... Enfin si les services secrets lui en laisse le temps, ses élucubrations ayant attirées leur attention.

Sans être le roman de l'année, Le faiseur d'histoire révèle une intrigue très maline, inspiré notamment par "la banalité du mal" d'Hannah Arendt (cité dans les remerciements). Le personnage arrogant, infantile et prétentieux de Michael est soigneusement présenté, de même que celui de Leo hanté par le passé familial. L'uchronie arrive assez tardivement mais est mise en place très efficacement que ce soit par des intermèdes romancés sur les origines du nazisme (des tranchées à une brasserie de Munich en 1919) que par les découvertes horrifiées de Michael. Bien mené, on ne s'ennuie pas même si l'on se doute que Michael est voué à échouer lamentablement dans sa première tentative. Le roman s'accompagne sur une réflexion sur le sens de l'histoire assez pertinente. Un bon moment.

Il m'a donné envie de le lire : Nébal.


Cette lecture a été effectuée dans le cadre du Winter Time Travel.

defi_hiver

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21 août 2009

Tancrède d’Ugo Bellagamba

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Tancrède de Hauteville, neveu de Bohémond de Tarente est un normand d’Italie. A la suite de son oncle, il répond à l’appel à la croisade d’Urbain II. Alors que Bohémond est bien le digne fils de son père et compte se tailler un domaine en orient, Tancrède apparaît comme un croyant sincère.

Lors de leur arrivée à Constantinople, le choc est rude quand la plupart des chefs de la croisade prête allégeance à l’empereur Alexis Comnène.

Je suis un Croisé, pas un arrière-arrière vassal d’un Grec, fût-il Empereur. Je suis bien décidé à mener la Croisade sans me plier aux exigences diplomatiques du Basileus. Les puissances temporelles n’ont pas à interférer avec une quête spirituelle.

Si j’ai accepté de recevoir Bohémond dans ma tente, au sommet d’une éminence naturelle qui descend en pente douce jusqu’à la mer, c’est simplement en raison de nos liens familiaux. S’il croit me faire changer d’avis, il se trompe lourdement.

Le soleil, comme mon ressentiment, chemine vers son zénith, dardant ses rayons sur les parties métalliques de l’armure du nouveau vassal d’Alexis Comnène.

Dans cette uchronie, Ugo Bellagamba met magnifiquement en scène son Tancrède. Les faits historiques avérés sont présentés avec justesse. Du refus du serment de Bohémond à son différent à Tarse avec Baudouin de Boulogne (futur comte d’Edesse puis roi de Jérusalem).

Je repère immédiatement Baudouin, encadré par ses chevaliers à l’air farouche. Ils ressemblent plus à des mercenaires qu’à des pénitents. Lui-même, petit et gros, le visage mangé par une barbe sale et le baudrier de travers, ressemble à l’un de ces barons félons qui écument les frontières des principautés occidentales à la recherche de richesses à dérober. Il n’a rien de la dignité de son aîné. C’est bien simple, à ses côtés, le truculent Bohémond aurait pu passer pour un ascète accompli.

Le point de divergence est la prise d’Antioche. Tancrède n’en peux plus de ces massacres aveugles et de l’opportunisme de la plupart des chefs de la croisade. Il rompt définitivement tout lien avec son oncle et les croisés. Après un temps d’incertitudes, il décide de contribuer à la défense de la ville sainte en tentant d’unir les seigneurs musulmans avec le concours d’agents fatimides.

Dans le regard du jeune sultan, je ne peux déceler aucune duperie.

Pourtant, on dirait qu’il récite des phrases apprises par cœur.

« Pourquoi faire appel à moi ?

- Parce que toi et tes chevaliers êtes désormais une pièce libre sur l’échiquier du Destin. Parce que je crois qu’une trentaine de guerriers déterminés, emmenés par un chef aux idées claires, peut changer le futur mieux que cents armées. Si tu m’aides, je te livrerai les clefs de la sauvegarde de Jérusalem. »

Bellagamba déploie ensuite son récit, imposant à son personnage un cheminent qui va l’emmener très loin de ses positions initiales… La narration est plaisante et la dureté de l’époque bien retranscrite. Toutefois, il y a quelques maladresses dans le début du récit avec des dates qui sont cités trop souvent (alors que chaque chapitre est déjà daté), par ailleurs j’ai eu un peu de mal à adhérer à une unification musulmane aussi rapide, même avec le concours du Vieux de la Montagne. L’introduction du personnage de Clorinde en tant que musulmane m’a un peu surpris initialement mais ce point est mineur et a été fait apparemment dans le but de mêler à l’uchronie, un opéra redécouvert par un parent de l’auteur. Enfin, j’ai eu une petite frustration de ne pas trouver plus de descriptions des inventions « pneumatiques ».

Au final, ce roman est une uchronie intéressante, teintée d’utopie. L’ambiance de la croisade est bien rendue et les rebondissements sont sympathiques. Malgré quelques détails plus faibles, Tancrède n’en reste pas moins un bon roman mais pas totalement maîtrisé.

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17 avril 2009

Le club des policiers Yiddish de Michael Chabon

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Landsman ne se rappelle pas avoir demandé à être réveillé par téléphone. Il ne se souvient pas non plus d’avoir descendu la bouteille de slivovitz, posée vide sur la surface d’uréthane éraflée de la table plaquée chêne voisine de sa bergère. Il ne se souvient pas davantage d’avoir mangé le gâteau de nouilles, dont le tiers restant se racornit dans un coin de l’emballage coquille en plastique à côté de la bouteille. Daprès la disposition des éclats de verre coloré sur le sol, il conclut qu’il a dû jeter son verre souvenir de l’Exposition universelle de Sitka 1977 contre le radiateur. Il s’est peut-être senti frustré d’être incapable de faire des progrès avec l’échiquier de poche renversé sous le lit, dont les minuscules pièces sont généreusement éparpillées autour de la pièce. Mais il n’a aucun souvenir de son geste, ni du bris du verre. Il a pu aussi bien trinquer à quelqu’un ou quelque chose, prenant le radiateur pour une cheminée. Il ne se souvient de rien. Mais on va dire que rien ne peut le surprendre dans le décor sordide de la chambre 505, surtout pas le sholem chargé dans sa main.

 

1940, les USA ouvrent alors une enclave en Alaska, le district de Sitka, pour les accueillir à titre temporaire, la rétrocession aux indiens spoliés doit avoir lieu quarante ans plus tard. 1948, les juifs d’Israël sont rejetés à la mer par les arabes, Sitka devient un refuge et l’espoir d’une terre à soi.Dans les années 2000, la rétrocession est devenue une réalité, plus que quelques mois et les juifs de Sitka devront se trouver une nouvelle terre d’accueil… L’inspecteur Meyer Landsman traîne son spleen et son alcoolisme dans un hôtel miteux quand un assassinat est commis sur place. Un héroïnomane amateur d’échec a été abattu… Son supérieur, et ex femme, lui intime l’ordre d’abandonner cette affaire et de se concentrer sur la douzaine d’autres non résolues qu’il traine. Seulement Landsman est un flic, un noz, obstiné et avec Berko son cousin métis, qui lui est totalement dévoué, il entend dénouer cette affaire. Même si pour cela il doit se frotter à une secte juive mafieuse…

S’il n’est peut-être pas historiquement exact, ce détail produit sur l’esprit yiddish un effet de sauvagerie signifiant : « Indien ».

Ce mot circule du haut en bas des éventaires et des devantures. Les Juifs de Sitka voient rarement des Indiens et leur parlent encore plus rarement, sauf à la cour fédérale ou dans les petites villes juives éparpillées le long de la frontière. Il faut très peu d’inventivité à ces verbovers pour s’imaginer Berko et sa massue engagés dans le giclement tous azimuts de boîtes crâniennes à visage pâle. Puis ils aperçoivent la kippa de Berko, ainsi que, à la ceinture, le flottement des franges blanches de son châle rituel, et l’on sent toute cette étourdissante xénophobie quitter la foule, laissant un résidu de vertige raciste. Voilà ce qui se passe pour Berko Shemets dans le district de Sitka, quand il sort sa massue et redevient indien. Cinquante ans de cinéma rempli de scalps, de sifflements de flèches et de wagons Conestogas en feu marquent l’imagination populaire. Ensuite, la simple incongruité fait le reste.

 

A travers ce roman noir assez classique, Michael Chabon déploie subtilement son uchronie et met en place sont univers. Les différences entre juifs suivant leurs origines ou leur pratique religieuse, les tensions présentes et passées avec les indiens tlingit, les relations politiques équivoques avec le pouvoir fédéral, sont présentées avec justesse.

L’usage d’argot yiddish est assez déstabilisant au début puis contribue à l’ambiance, on arrive à se passer du lexique. Les personnages sont bien campés même si Landsman se taille la part du lion, chaque lieu visité étant l’occasion de ressasser un échec personnel ou un proche disparu.

L’inspecteur principal Wilfred Dick est un Tlingit pur jus, un descendant du chef Dick, responsable de la dernière victime enregistrée dans l’histoire des relations russo-tinglit puisqu’il avait abattu un sous-marinier russe naufragé et à demi mort de faim qu’il avait surpris en train de dévaliser ses casiers à crabes à Stag Bay, en 1948.

Sombre, humide ce roman demande un petit effort d’immersion mais vaut le détour. Un roman noir classique dans un univers original.

Ils en parlent :

Gramovar

Hugin et Munin

Mes imaginaires

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09 juin 2008

La séparation de Christopher Priest

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 Jack et Joe Sawyer sont des vrais jumeaux mais ils ont quand même une différence. Jack ne vit que pour l’aviron et les jeux olympiques qui approchent tandis que Joe est bien conscient de la situation politique.
Les jeux seront pour eux le début de la séparation, tandis que Jack fêtera leur médaille et rencontrera Rudolf Hess, Joe s’occupera de faire sortir la fille d’amis de leurs parents, Birgit, d’Allemagne.
Quand la guerre éclate Joe se déclare objecteur de conscience tandis que Jack s’engage dans la RAF. Le fossé qui les séparait déjà devient alors un abîme. 

Le lendemain soir, alors que j’étais rentré à la base, il m’a appelé d’une cabine téléphonique. Je l’entendais mal, nous ne disposions que de trois minutes, mais son excitation était quasi palpable.
« Le gars dont je t’ai parlé, c’est un certain Sawyer, a-t-il crié. J.L. Sawyer. Tu le connais ?
- C’est mon pilote, papa. Je te l’ai déjà dit il y a je ne sais combien de temps, quand je suis arrivé ici. Il figure sur la photo de l’équipage que je t’ai envoyée.
- Son nom ne devait rien me dire à ce moment-là. Mais écoute, je me suis renseigné sur lui dans un livre de la bibliothèque. Il a remporté une médaille de bronze pour la Grande-Bretagne.
- Une médaille de bronze ? ai-je répété bêtement. Comme aux jeux olympiques ?
- Exactement. Il était à Berlin en 1936. Les fridolins ont gagné, mais la course a été serrée, et on est arrivés bons troisièmes. Il en parle de temps en temps ?
- Non, jamais. Pas à moi en tout cas.
- Pourquoi tu ne lui poserais pas la question ? C’était quelque chose, aller en Allemagne comme ça et remporter quelques médailles.
- Dans quelle discipline concourait-il, papa ? La course ?
- L’aviron. Le deux de couple. Ca me revient, maintenant. Je l’ai entendu à la radio, à l’époque. C’étaient son frère et lui, des vrais jumeaux, des Sawyer. Ils ont fait honneur à l’Angleterre, ça, c’est sûr.
- Et son frère ? Tu sais comment il s’appelle ?
- Il n’y a pas les prénoms, dans le livre. Juste les initiales. C’est ce qui est curieux, avec ces deux-là. Ils ont les mêmes : J.L. Ils s’appellent tous les deux J.L. Sawyer.
- Est-ce que tu sais si l’un d’eux est Jack ?
- Non… Il y a juste J.L. pour les deux. »
La conversation a été interrompue, lorsque mon père s’est trouvé à court d’argent.
 

1999
Stuart Gratton, historien, s’intéresse à un certain J.L. Sawyer brièvement cité dans les mémoires de Churchill comme objecteur de conscience et pilote de bombardier… Grâce à une annonce, il récupère le journal de Jack Sawyer conservé par sa fille.
Pourtant un témoignage récupéré auprès d’un membre de son équipage le contredit quant au dénouement des évènements intervenus au cours de la nuit du 10 au 11 mai 1941.
D’autres documents se succèdent confirmant ou infirmant cette version jusqu’au journal de Joe, conservé par la Croix Rouge pour qui il a officié pendant le Blitz.

Ce n’est pas tant le sort de chacun des frères qui différent que le cours de la guerre suivant la réussite ou non de la mission de Rudolf Hess. A-t-il rallié l’Ecosse en avion cette nuit là ou a-t-il été contraint de renoncer du fait de la chasse allemande ? 

Dans ce récit très habile, Christopher Priest nous présente deux dénouements à la Seconde Guerre Mondiale, le notre et l’un très différent. Lequel correspond à la réalité de J L Sawyer ? Joe a-t-il disparu à Londres pendant les bombardements ? Jack a-t-il survécu à sa chute dans la mer du Nord ?

Un texte magnifique, deux récits entremêlés, l’un étant le miroir de l’autre. Pendant que Jack bombarde des villes allemandes, Joe tente de sauver des vies à Londres. Lequel des frères Sawyer, Churchill a-t-il rencontré et en quelle occasion ? 

Beaucoup d’interrogations menant à un final magistral. Christopher Priest m’avait enchanté et déçu avec Le Prestige, le texte était maîtrisé mais pas la conclusion du roman, ici ce n’est absolument pas le cas. On est mené dans ses deux variations autour d’un même évènement. Le rapport développé entre eux par les jumeaux est fascinant, mélange d’une volonté de ne pas se ressembler et du manque de l’autre en cas d’absence. Un roman très marquant.

Posté par efelle à 19:29 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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20 avril 2008

Celui qui bave et qui glougloute de Roland C. Wagner

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La peur est en train de nous pousser à rechercher l’aide d’insectes géants capables de traverser l’éther qui sépare les astres ; souhaitons que cela ne se retourne pas un jour contre nous.

Le génocide indien suivait son cours quand voilà que ces derniers se voient doté d’armes à énergie et accompagnés de créatures à quatre bras de plus en plus nombreuses. Les martiens sont venus à l’aide des peuples natifs ! Les colons américains sont repoussés jusqu’à ce que des créatures de Vénus viennent proposer une alliance avec le gouvernement US.
Rapidement le conflit dégénère…

Wells, Verne et Lovecraft au Far West ! La situation est rapidement et efficacement mise en place, le récit avance à vive allure sans temps mort.
Roland C. Wagner aligne les personnages emblématiques de l’Ouest américain et multiplie les clins d’œil avec humour en croisant et détournant les genres.
Au final cette nouvelle est un très bon moment dont on peut juste regretter la fin assez rapide.
Cela reste un défaut mineur pour ce texte jubilatoire et mené à un rythme infernal.

Posté par efelle à 21:15 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
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09 juin 2007

Les îles du Soleil d’Ian R MacLeod

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« Je contemple la frise en verre coloré de saint Georges. Ses mains gantées de fer, jointes pour la prière, sont maculées de sang de dragon, je le remarque enfin. Puisqu’on m’a laissé seul, peut-être est-ce ce qu’on attend ; une tentative de suicide. Peut-être est-ce pourquoi on m’a donné les cachets. Peut-être me surveille-t-on pour vérifier que je fais les choses correctement. Mais ne m’aurait-on pas plutôt tué ? Me préfère-t-on mort, vivant, ou empaillé et encadré tel un horrible trophée de chasse, lors de la présentation à John Arthur ? »

 1940. La seconde guerre mondiale n’a pas encore eu lieu, l’Entente Cordiale a vécue et pour cause l’Allemagne a gagnée la première guerre mondiale. Dans cette uchronie, Ian R MacLeod abandonne le fantastique de l’Age des Lumières pour dépeindre un hypothétique empire britannique en lambeau ravagé par
la récession. Les conditions idéales pour l’arrivée au pouvoir d’un dictateur populiste et xénophobe : John Arthur.

Geoffrey Brook, le narrateur, est un personnage tourmenté : enseignant à Oxford, il a conscience de n’occuper ce poste que parce qu’il a connu John Arthur avant la première guerre mondiale. Homosexuel, il vit dans la terreur d’être mis à jour tout en continuant à nouer des relations. Atteint d’un cancer, il revient sur son passé et celui de l’empire britannique. Invité à des commémorations par le dictateur en personne, il décidera d’agir.

Avec un style moins soutenu que pour l’Age des Lumières, MacLeod nous décrit une fresque sombre à travers la nostalgie des jours heureux de Geoffrey Brook qui finie par introduire la narration d’évènements clés du passé par ce narrateur historien.
Discrimination, déportation dans les îles écossaises, sentiment de revanche au sein du peuple, joug des Chevaliers de saint Georges : on a l’impression d’être dans l’Allemagne nazie si ce n’est que cette dernière n’existe pas et qu’un agitateur du nom d’Hitler croupi dans les geôles du Kaiser Guillaume. En alternant présent, flash-back et narration succincte d’évènements historiques, le récit est dynamique et l’on comprend parfaitement la résolution que ce forge Brooke, il n’a plus rien à perdre après tout.

Plus récit nostalgique que thriller haletant à la Fatherland, l’ambiance n’en est que plus sombre. Une plongée sans concession dans les mécanismes de la montée et l’effondrement du totalitarisme, l’opportunisme, la lâcheté au quotidien… Un excellent texte.

Posté par efelle à 11:48 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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