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1940, Charles Lindbergh fait une entrée fracassante dans les primaires républicaines, devenant par acclamation le candidat contre Roosevelt. Lancé dans une campagne prônant la neutralité américaine dans la Seconde Guerre Mondiale, il l'emporte facilement face à Roosevelt grâce à une campagne creuse mais spectaculaire...

L'Amérique n'était pas un pays fasciste et ne le serait jamais, malgré les prédictions d'Alvin. Il y avait un nouveau président, une nouvelle assemblée, mais l'un comme l'autre étaient tenus de respecter la loi exprimée par la Constitution. Ils étaient républicains, isolationnistes, et il y avait bien parmi eux des antisémites, comme il y en avait d'ailleurs chez les sudistes du parti de FDR, mais ça ne voulait nullement dire qu'ils étaient nazis.

Un des héros américain, sympathisant nazi, décoré par Goering devient le premier président des USA. S'il ne donne pas immédiatement de signal antisémite, s'attachant même le très influent rabbin Bengelsdorf, les antisémites partout dans le pays s'affichent plus ostensiblement...

Dans le sillage de ces accords, les Américains allaient partout répétant : Pas de guerre, plus aucune jeune ne partira mourir au combat ! Lindbergh est de taille à négocier avec Hitler. Hitler le respecte parce que c'est Lindbergh. Mussolini et Hirohito le respectent parce que c'est Lindbergh. Les seuls qui soient contre lui, ce sont les Juifs. Et en Amérique, c'était certainement vrai. Les Juifs s'inquiétaient à longueur de temps.

Le petit Philip Roth, sept ans, sera alors le témoin des changements qui frapperont l'Amérique et sa famille à Newark : de son cousin Alvin engagé avec les forces canadiennes à sa tante Evelyn qui épousera le rabbin Bengelsdorf par arrivisme...

La neutralité des USA pèsera bien évidement sur le conflit, surtout au niveau de l'embargo des ventes d'armes. Après avoir signé des accords avec l'Allemagne et le Japon, le gouvernement finira par se tourner vers la communauté juive stigmatisée depuis le début de la campagne présidentielle. Commencera alors un programme d'assimilitation de cette communauté au sein des populations WASP...

Narré comme un témoignage de ces années sombres, le récit de Philip Roth est très prenant, la dégradation de la situation intérieure des USA est très progressive et ne tombe pas dans la caricature. Les propos prêtés au candidat Lindbergh sont issus d'un discours réel (présent en annexe) lors d'un meeting de l'America First et la narrations ne prendra un ton échevelé que lors du récit final délirant d'Evelyn, la trame principale restant crédible... A noter aussi la chronologie réel des personnages historiques présente en fin de récit.

Il y a bien un complot, en effet, conclut le maire La Guardia, et je vais me faire un plaisir de vous nommer les forces qui l'animent : ce sont l'hystérie, l'ignorance, la malveillance, la bêtise, la haine et la peur. Notre pays offre aujourd'hui un spectacle répugnant ! Le mensonge, la cruauté et la folie sont partout, et dans la coulisse, la force brute guette le moment de nous achever.

Un roman efficace, prenant mais qui souffre un petit peu des digressions du gamin ou de la perte de la continuité temporelle vers la fin... Quoi qu'il en soit un très bon moment qui se laisse lire tout seul, une réussite.

 

Une lecture effectuée dans le cadre du Winter Time Travel de Lhisbei.

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