Hamlet et Le Roi Lear de William Shakespeare

Ayant un goût prononcé pour les histoires de trahisons et de vengeance, je me suis lancé dans la lecture d'Hamlet (que j'ai découvert via la version de Branagh) et du Roi Lear (que finalement je connaissais en partie grâce au Ran de Kurosawa).
Hamlet
Hamlet - Gardez-vous de le croire.
Rosencrantz - De croire quoi ?
- Que je puisse garder votre secret et trahir le mien. Et puis, à la question d'une éponge, quelle réponse peut faire le fils d'un roi ?
- Me prenez-vous pour une éponge, monseigneur ?
- Oui, monsieur, une éponge qui absorbe les faveurs du roi, et ses récompenses, et son pouvoir. Du reste, cette sorte de serviteurs finit par rendre au roi les plus grands services, car il les garde comme un quartier de pomme dans quelque coin de sa bouche et, cette chose qu'il remâche, tôt ou tard il l'avalera. S'il a besoin de ce que vous avez récolté, il suffira qu'il vous presse, éponge, et de nouveau vous serez à sec.
- Je ne vous comprends pas, monseigneur.
- J'en suis bien aise. Les propos empoisonnés dorment dans les oreilles stupides.
- Monseigneur, il faut nous dire où est ce cadavre et venir avec nous auprès du roi.
Hamlet n'accepte pas la brusque disparition de son père et la montée sur le trône de son oncle Claudius, via un prompt mariage avec Gertrude la mère d'Hamlet. Le spectre du père d'Hamlet lui apparaitra pour lui révéler le crime dont il a été victime, à partir de ce moment ce dernier n'aura de cesse de confondre l'assassin et obtenir réparation. Claudius tout aussi tortueux, se méfiera et manoeuvrera de son côté pour se débarasser de ce neveu gênant. Les individus pris entre ces deux forces seront écrasés.
Hamlet est un monument, une tragédie très dynamique malgré les hésitations d'Hamlet, l'ambiance est très sombre et le récit est passionnant.
Pour finir un petit extrait du film de Branagh, il s'agit du début de la scène suivant celle qui introduit cette chronique.
Le Roi Lear
Se sentant vieillir Lear décide de se retirer de la conduite du royaume d'Angleterre, comptant partager son domaine entre ses trois filles, Cordelia la cadette et favorite se montre plutôt froide face à ce projet ce qui provoque sur elle l'ire de son père.
Ajoutez à la dot de mes deux aînées
Cet autre tiers,
Et qu'elle épouse l'orgueil, qu'elle nomme de la franchise,
Oui, je vous investis conjointement de mes pouvoirs,
De mes prérogatives, et de ces fastueux attributs
Qui s'attroupent autour des rois. Pour ce qui est de nous,
Avec cent chevaliers que nous nous réservons
Et dont vous reviendra l'entretien, nous prendrons
Chaque mois, tour à tour, domicile chez l'un de vous,
Nous ne voulons garder
Que le nom et le rang de souverain. Les reste,
Autorité, puissance, revenus,
Est à vous, chers enfants. Et pour bien le marquer,
Que l'on partage en deux cette couronne.
Bien entendu, les deux soeurs vont rapidement se lasser de leur père encombrant. Pendant ce temps, Edmond le fils illégitime du Comte de Gloucester, manoeuvrera pour se débarasser de son père et de son demi frère puis profitera des troubles pour gagner les faveurs de deux soeurs et les encourager dans leurs humeurs paricides. Tout dégénera rapidement dans une guerre civile dont peu se relèveront.
Il n'est pas vraiment fou, sinon pourrait-il mendier ?
Dans la tempête de cette nuit, j'en vis un semblable
Qui me fit réfléchir que l'homme n'est qu'un ver. Mon fils
Me vint alors à l'esprit... Oui, bien que mon esprit
Ne l'aimât guère, alors. Depuis, j'en sais bien plus.
Des mouches dans la main d'un enfant espiègle,
Voilà ce que nous sommes pour les dieux.
Ils nous tuent pour se divertir.
Une tragédie très sombre, sans doute la plus sombre de celles de Shakespeare, Richard III, Hamlet ou MacBeth n'abattant autant de personnages de premier plan aussi froidement. Il n'en reste pas moins que la pièce compte deux authentique héros, à l'abnégation hors norme, Edgar et Kent qui éclaircissent quelque peu le tableau. Là encore un récit passionnant.
La libre adaption de Kurosawa, Ran, transcrit bien la noirceur de l'oeuvre originale.
Deux lectures effectuées dans le cadre du Challenge Elisabéthain d'Isil.

Bifrost n°62

Numéro du 15eme anniversaire, le n°62 est un bon cru doté d'un sommaire intéressant.
Kilimandjaro est une petite novella de Mike Resnick narrant l'aventure d'une utopie orbitale africaine faisant suite à l'échec de celle de Kirinyaga (un texte précédent). Chaque chapitre narre une étape dans l'évolution de l'utopie de l'émancipation des femmes à l'harmonisation entre coutumes ancestrales et la société technologique. Un très bon moment
Nous sommes les violeurs de Thomas Day est un texte ambiguë sur le futur de l'Afghanistan et le sort réservée aux femmes par une bande de mercenaires chargés d'éradiquer la culture du pavot. Un recueil de témoignages tant des bourreaux que d'une victime, assez sobre et dérangeant, à lire.
Le cahier critique, en incluant les chroniques de Pierre Stolze et Richard Comballot est toujours aussi bien fourni et varié.
L'entretien avec Jacques Goimard présente un monument de l'édition française de SFF, notamment avec Presse Pocket, de la naissance du personnage à 2007, année où ses propos ont été recueillis.
Scientifiction de Roland Lehoucq traite de notre perception de la lumière dans l'univers. Un petit peu moins accessible que d'habitude mais tout aussi intéressant.
Enfin avec Paroles de Norn, quelques nouvelles commentées et coups de gueules bienvenus.
Donc si je veux lire Dome de King, il faut que je me rabatte sur la VO ?
Les ravisseurs quantiques de Roland C. Wagner

Suivi de Le réveil du parasite
Donc le Cipollina en question est parti dans l'intention d'infiltrer les copistes et de leur arracher sa bien-aimée - le syndrome Orphée aux enfers... On ne l'a pas revu depuis. A mon avis, il s'est fait embobiner lui aussi - les copistes ont l'air très persuasifs. Ou alors...
Il n'avait pas besoin d'achever sa phrase pour que je devine à quoi il faisait allusion, même si une telle hypothèse me paraissait quelque peu excessive. Certes, ayant eu récemment l'occasion de constater qu'il existait toujours des individus prêts à tuer par jalousie ou par intérêt - voire les deux -, je pouvais parfaitement admettre qu'une secte fît disparaître discrètement un empêcheur de laver le cerveau en rond, mais j'avais tendance à croire qu'en un tel cas le gêneur était mûr pour un bon shampoing cérébral plutôt que pour le cimetière.
Retour sur la seconde enquête de Tem, histoire d'avoir les pièces manquantes du puzzle...
Un ami du détective lui amène deux parents éplorés pour lui demander de remettre la main sur leur fille rebelle, embrigadée par une obscure secte... Alors que l'enquête révèle la face obscure et délirante de la secte, Tem après que Gloria et ses copines aya ont franchies définitivement la ligne jaune dans leur combat pour l'émancipation et que des moyens importants sont mobilisées contre elles... La toute puissante intelligence artificielle est du fait presque aussi diminué que le web qu'elle a frappée.
Quoi qu'il en soit tout dérape pour Tem quand des agents en armes du défunt KGB surgissent des profondeurs des caves de la secte (chaudement accueillis par les adeptes de cette dernière) pour lui mettre la main dessus et l'emener dans une réalité alternative uchronique !
J'ai réprimé une vague nausée en me rappelant les armes des zombies contrôlés par Odon. En détournant à son profit le lien qui unissait ses adeptes à la psychosphère, le nettoyeur de synapses les avait en quelque sorte fait régresser sur l'échelle évolutive. Dans une société d'où le meurtre est en train de disparaître, ceux qui conservent la capacité de tuer prennent des allures de fossiles.
De dangereux fossiles.
Une situation embrouillée où Tem sera complètement baladé passant des mains des sinistres agents soviétiques à celles d'un allumé à l'acide avant la confrontation finale avec le gourou et un twist final surprenant et un peu humiliant pour le héros. Un tome mineur des Futurs mystères de Paris, plus intéressant pour ses ambiances (notamment le rapport à la violence) que pour l'intrigue elle même, comportant néanmoins pas mal d'éléments éclairants pour les suivants. La nouvelle Le réveil du parasite offre une conclusion au roman et éclaire un peu les occupations de Gloria mais reste, malgré sa fin rigolote, assez anecdotique.
Le serpent du rêve de Vonda N. McIntyre

Une terre ravagée par un conflit nucléaire, le désert, parcouru de tempêtes mortelles en hiver est le seul paysage à l'exception des zones montagneuses et de leurs environs. Les populations humaines vivent en bande nomades d'éleveurs misérables en bordure du désert et dans les contreforts et en communautés agricoles plus prospères dans les montagnes. Au sein d'une combe se trouve une petite communauté de guerrisseurs. Héritier du savoir d'antan, ils se forment à la médecine et au clonage de serpents modifiés génétiquement afin que leurs glandes à poison puissent synthétiser divers remèdes après adjonction de quelques réactifs.
Elle regagna la tente, fit sortir Sable de son compartiment et capta son venin. Il n'opposa pas de résistance à cette opération. Le tenant derrière la tête, Serpent lui ouvrit la gueule avec douceur et y versa une fiole de catalyseur. Il était beaucoup plus facile à droguer que Brume. Il allait tout simplement se lover et dormir dans son logement presque normalement. Pendant son sommeil, les glandes à venin allaient élaborer un mélange chimique complexe composé de plusieurs protéines, lesquelles servaient d'anticorps contre un certains nombres de maladies endémiques, stimulant l'immunité naturelles des êtres humains. L'usage des crotales par les guérisseurs était beaucoup plus ancien que celui des cobras ; Sable avait sur Brume l'avantage d'être plus adapté aux cuisines chimiques de la catalyse par des centaines d'expériences génétiques conduites sur des dizaines de générations.
Serpent est une guerrisseuse brillante, en train d'effectuer sa première tournée. Assurée, elle est partie à la rencontre des communautés des nomades. Plutôt bien acccueillie par ces communautés pauvres, elle ne prendra pas la peine de prendre en compte leurs conditions de vie extrêmes et les peurs qui y sont associées. Cela causera la perte de Sève, son serpent de rêve, un animal en voie de disparition, dispensateur de venin analgésique, extrêmement précieux car issu de par delà les étoiles. Une espace rare qui ne se reproduit pas sur Terre.
- J'espérais que tu ne partirais pas avant que... J'espérais que tu resterai un peu. Il y a d'autres clans, d'autres gens auxquels tu pourrais venir en aide.
- En d'autres circonstances, j'aurais pu rester. Il y a du travail pour une guérisseuse. Mais...
- Ils avaient peur...
- Je leur avais dis que Sève était inoffensif mais ils ont vu ses crochets ; ils ne savaient pas qu'ils ne pouvait faire autre chose que donner des rêves ou adoucir la mort.
- Ne peux-tu leur pardonner ?
- Ils se sentent coupables, et je ne pourrais le supporter. Je suis responsable de ce qu'ils ont fait, Arevin. Je ne les ai compris que trop tard.
Tout en soignant les malades et blessés sur son parcours, Serpent tentera d'aller plaider sa cause auprès de la communauté recluse du Centre, une cité bunker où vie en autarcie des individus toujours en possession de la technologie d'autrefois et surtout en contact avec les peuples extra-terrestre.
Tant de changements en si peu de temps. Serpent n'avait encore jamais rencontré l'adversité. L'apprentissage de son métier n'avait pas été facile, mais très supportable. Les jours s'étaient écoulés dans le calme, sans craintes, sans incertitudes, sans rencontres de détraqués. Jamais elle n'avait connu l'échec. Tout avait été limpide comme du cristal, avec une limite bien tranchée entre le bien et le mal. Serpent ébaucha un sourire : si on avait essayé de lui expliquer, à elle ou aux autres étudiants, que la réalité était différente, fragmentaire, contradictoire, déroutante, elle ne l'aurait pas cru. Elle comprenait maintenant le pourquoi du changement qu'elle avait constaté chez les guérisseurs plus âgés qu'elle-même lorsqu'ils étaient revenus au terme de leurs années probatoires. Qui plus est, elle comprenait pourquoi certains d'entre eux n'étaient jamais revenus. Tous n'étaient pas morts, ni même, peut-être, la plupart d'entre eux. Et il n'était pas nécessaire d'en accuser quelque accident ou la rencontre d'un fou. Non, certains s'étaient rendu compte qu'ils n'étaient pas faits pour la vie de guérisseur, et l'avaient abandonnée pour un autre emploi.
Arevin, beau-frère du tueur accidentel de Sève, est attiré par Serpent et se sens aussi responsable de la perte de l'animal. Il partira finalement sur les traces de la jeune femme afin de la défendre auprès de ses confrères.
Le serpent du rêve est un roman post-apocalyptique assez atypique, si l'on retrouve quelques éléments classiques : la communauté terré dans un bunker, les pauvres hères survivant difficilement dans le désert, les étendues radioactives, les ruines oubliées ; elle introduit aussi des éléments assez originaux. Notamment une société apaisée, des groupes familiaux étendus où l'égalité des sexes est bien réelle, la contraception à la charge des deux partenaires...
Le récit porte essentiellement sur les pérégrinations de Serpent et pour une moindre part à celle d'Arevin sur ses traces. L'univers est brossé efficacement par petites touches, Serpent bien qu'arrogante est un personnage très attachant. Vonda N. McIntyre signe ici un roman tranchant résolument avec les codes du genre, notamment sur la violence, un bon moment très original (Prix Hugo 1979).
Une lecture effectuée dans le cadre du Challenge Fins du Monde.

Les cahiers du jeu vidéo #4 : Girl Power !

Les femmes dans le jeu vidéo, les femmes et le jeu vidéo et finalement les femmes qui font des jeux vidéos... Tel est le programme de ce magazine de Pix'n Love Editions.
Après un édito enlevé de Sandra "Sachka", la thématique est décliné avec les articles suivants :
- Who's that girl ?
Déclaration d'amour aux personnages féminins dans les jeux vidéos par un geek, les personnages sont présentées de manière chronologique et sans nommer les jeux. L'article est amusant ne serait ce que pour terminer son niveau de geekerie, le mien est visiblement assez faible n'étant pas passé par la case Nintendo.
- L'ennemi féminin.
Analyse de la femme en tant qu'antagoniste dans quelques jeux notamment Silent Hill et Bioshock... Excellent tour d'horizon qui se termine avec quelques héroïnes hautes en couleur.
- Femmes made in Japan.
Décrypte la représentation féminine dans les jeux japonais en effectuant un parallèle avec le Kabuki qui ne comporte que des interprètes masculins quel que soit le sexe du personnage. Très intéressant et là encore excellent.
- Comme un homme, une femme à abattre.
Nouvelle analyse de la représentation des femmes dans quelques jeux d'action où les ces dernières ne serait que des hommes dans un corps de femmes. La récente évolution des personnages est bien démontrée notamment avec The Boss de Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, icone de cette évolution. Là encore un article très plaisant.
- Geek = XY ?
La culture geek est elle réservée aux hommes ? Analyse du phénomène et débat.
- Des femmes au combat ?
Analyse de la présence féminine dans les jeux de guerre, des FPS à Civilization III.
- Moules persistants.
La femme en tant qu'avatar dans les MMORPG, décryptage des relations sociales dans ce genre de jeu. Pertinent.
- Un homme dans un corps de femme ?
Témoignage de Pia Mesa et retour sur son parcours de journaliste vidéoludique. Un vrai parcours du combattant contre les stéréotypes :"J'en peux plus des poneys... Je veux des vrais jeux ! Je veux... Advance Wars Dark Conflict !"
- Le sexe du gameplay.
Je reprends une partie du chapeau de l'article :"Cependant l'essence même du jeu vidéo, son langage propre, c'est celui du gameplay et de l'interactivité, ce sont les règles du jeu. Celles ci construisent l'univers dans lequel on joue, et par conséquent elles construisent une certaine idée des relations entre hommes et femmes telles qu'elles existent et s'organisent dans la parenthèse imaginaire du jeu. Etre un homme, être une femme, ça se joue comment ?", analyse du gameplay de quelques jeux des casuals à God of war III.
- Qui a peur de Bayonnetta ?
Décryptage du jeu éponyme et de son héroïne. Très sympathique même si mes deux mains gauches ne me permettront pas de m'y essayer (sans parler de l'omniprésence d'un jeu public pendant mes séances de jeu).
- La femme invisible ou une exemplaire leçon de décroissance.
Maïa Mazaurette avec son style inimitable balance un baton de dynamite sur les concepteurs de jeu. Un pamphlet amusant.
- Un héros un peu queer.
L'homosexualité dans les jeux, ses personnages androgynes ou queer à travers des analyses des personnages issues essentiellement de Mass Effect et Final Fantasy XIII (faut que je me dépêche de finir cette chronique pour me remettre à celui ci d'ailleurs).
- Rencontre avec Jane Jensen.
Entretien avec la créatrice de la série Gabriel Knight, un parcours très intéressant.
- Le bal des actrices.
Retour sur les actrices qui prêtent leur voies aux héroïnes de jeux vidéos et l'influence de ces dernières sur les créateurs des dits jeux.
- We can do it !
Recueil de témoignages de canadiennes travaillant dans cette industrie, leur parcours, leurs travaux et l'évolution de ce petit monde et de son marché.
Au final un solide dossier bien documenté, pertinent et agrémenté d'intermèdes amusants. Un très bon moment pour peu qu'on s'intéresse aux dessous des jeux vidéos.
On se retrouvera pour le numéro 3 portant sur les environnements urbains (je fais l'impasse sur les deux premiers portant sur la guerre et le foot).
La terre sauvage de Julia Verlanger

Ce premier volume de l'intégrale Bragelonne consacrée à Julia Verlanger se focalise sur ses oeuvres post apocalyptique. Au programme un cycle de trois romans et quatre nouvelles.
J'ai aperçu le village dans une trouée de verdure. J'ai tiré les jumelles de mon sac, pour l'examiner attentivement. Pas de fumée aux cheminées, et quantité de toits crevés, mais cela ne voulait rien dire. Question fumée, l'heure du repas était passée depuis longtemps, et question de toits, les petits groupes se contentent souvent de quelques maisons étanches, et ne prennent pas la peine d'entretenir les autres. Dans le doute, j'ai contourné. "Sois prudent, tu vivras longtemps." Ca, c'est une maxime à moi.
Gérald est un solitaire, une machine à survivre dans une France ravagée par un conflit chimique et bactériologique... Son quotidien axé sur la simple survie au quotidien, change quand il libère une jeune femme avenante, Annette, de la communauté cannibale qui l'avait capturée (et forcée à bouffer ses compagnons). A son contact, la façade glaciale de Gérald se fissure et il reprend à son compte la quête d'Annette après un épisode douloureux.
Au fil du temps, d'autres survivants se joindront à ce petit groupe notamment Thomas, un autre solitaire, plus teigneux que Gérald.
Au fil des trois romans, Gérald et Thomas vont osciller entre le désir de se ranger dans des communautés civilisées (par amour pour Annette en ce qui concerne Gérald) et l'ennui que leur procure ce style de vie. Chaque excursion au large tournant vite à l'aventure pleines de rebondissements.
Je regardais ce gros lion, installé sur un socle. Une énorme bête, vert-de-gris. Des lions, j'en avais vu en illustrations, dans un bouquin sur l'Afrique, mais je n'aurais jamais imaginé ça aussi gros. A moins que cette reproduction-là exagère la taille de la bête. Plutôt ça. Jo disait qu'on gardait des lions en cage. Impossible d'imaginer un monstre de cette taille dans une cage, si solide soit-elle. Peut-être réalisable, quand même... Ils étaient forts sur la technique.
J'allias demander son avis à Thomas, quand le lion a remué.
Tant l'Autoroute sauvage que la Mort en billes et L'île brûlée sont des romans très efficaces, des séries B sans prétentions mais qu'on a du mal à lâcher une fois dedans. Seuls quelques deus ex machina gâchent quelque peu l'ensemble (surtout la fin de l'Autoroute sauvage). Bref des bons moments pas prise de tête, ni plus, ni moins.
Les nouvelles, apparemment les premiers écrits de la dame, se révèlent d'excellentes surprises. Des textes sombres assez cruels et cyniques diablement efficaces. Sans aucun doute le point d'orgue de ce recueil.
Au final un recueil sympathique qui mêle romans de pur divertissement à des nouvelles plus enlevées.
Il m'a donné envie de le lire : Nébal.
Une lecture effectuée dans le cadre du Challenge Fins du Monde.

Présences d'esprits 66

Présences d'Esprits est un fanzine qui m'a été présenté par quelques copains blogueurs qui se reconnaîtront surtout la petit dame au laïus bien rodé...
Au sommaire de ce numéro 66, une nouvelle de Sylvain Lasjuillarias qui a pour principale défaut d'être trop courte, j'aurai apprécier d'avoir une page ou deux de plus pour approfondir l'univers.
Le dossier Mnémos est assez synthétique et l'occasion de chroniques portant sur quelqu'unes des parutions de 2010, les entretiens avec Paul Beorn et Jean-Pierre Bonnefoy m'ont permis de découvrir des auteurs dont j'ignorais tout, il faudra que je me renseigne plus avant.
Le cahier de chroniques est bien conséquent, il faudra juste que je lises ces chroniqueurs à l'avenir pour déterminer si je suis en phase avec leur avis positifs. Quant aux négatifs, ils me confortent dans mon manque d'enthousiasme pour Stephen Baxter.
Les brèves scientifiques de Guillaume Calu sont sympathiques et plus facile à suivre que sur twitter...
Seul petit regret la tribune sur la SF et les femmes est trop courte, il y avait matière à faire beaucoup plus, pourquoi pas un dossier ?
Bref un fanzine de bonne tenue, je le suivrai encore à l'occasion.
Un millier de fils de Graham McNeill

Nouveau volume de l'Hérésie d'Horus réputé lisible, je saute sur l'occasion d'autant plus qu'il s'agit d'un prêt...
Partout où elle regardait, tout n'était que perfection des lignes et des formes, une harmonie que seule la fusion du savoir et du talent avait pu engendrer. Ce lieu était tout ce que l'Humanité avait aspiré à accomplir.
Ce lieu était une extase, bien qu'elle sût que rien de cela n'était réel, car rien de ce que l'homme créait de sa main ne pouvait être parfait.
Chaque chose se devait d'avoir un défaut, aussi infime fut-il.
Comme tout paradis, celui-ci ne pouvait pas durer.
Un millier de fils se révèle une bonne surprise pour le néophyte de l'univers, les Thousands Sons, guerriers érudits développant des pouvoirs psychiques hors normes, sont bien présentés notamment au niveau de leur puissance mystique et la malédiction qu'ils endurent. Les Space Wolves, leur future némesis est évoquée tout aussi efficacement.
Wyrdmake fit un pas pour se rapprocher de lui.
- Je sais qu'un défaut dans votre héritage a presque détruit la légion, et que vois vivez avec la terreur de son retour. je le sais parce qu'il en va de même pour nous. La malédiction du Wulfen nous hante et nous veillons sur nos frères pour guetter les signes du loup.
Wyrdmake tendit la main pour toucher le relief de la feuille de chêne argentée apposée sur l'épaulière d'Ahriman.
- De même que tu guettes tes compagnons de légion pour apercevoir les changements dans leur chair.
Le récit alterne les points de vue du primarque Magnus, de son disciple Ahriman et de quelques commémorateurs humains. Bien construit, il se concentre pour l'essentiel à l'exposition de la situation et son évolution au cours des trois temps du récit, même si chacun est illustré par l'inévitable bataille...
L'orgueil et l'arrogance de Magnus sont bien illustrées, de même que craintes et la haine que lui et les siens suscitent. Animé par les meilleures intentions mais peu regardant sur le coût de ses décisions, Magnus est un personnage complexe, remarquable de self contrôle et d'éloquence lors de son procès en sorcellerie...
Imaginez l'Imperium de demain, une utopie de lumières et de progrès, où le scientifique et le philosophe sont les partenaires égaux du guerrier pour nous forger un avenir d'abondance. Imaginez à présent les hommes de cet âge glorieux, regardant à travers les brumes du temps pour considérer notre instant présent. Pensez au savoir qui sera le leur, et à ce qu'ils penseront de ce travestissement. Ils pleureraient de savoir à quel point la flamme de l'illumination a été proche d'être étouffée. L'art et la science de tout questionner sont à la source de toute connaissance ; d'abandonner cela nous condamnerait à une lente décadence, à un Imperium d'obscurantisme et d'ignorance, où ceux qui oseraient chercher à savoir, quel qu'en fût le prix pour eux-mêmes, seraient considérés avec suspicion. Ce n'est pas en cet Imperium que je crois. Ce n'est pas l'Imperium dont je souhaite faire partie.
Suffisamment orgueilleux pour faire fi de sa condamnation et dévoué pour tenter de prévenir son souverain de la menace qui le guette, dénonçant au passage ses activités douteuses, Magnus attirera sur lui et ses "fils" l'ire de son créateur.
Cette tragédie est très sympathique, tant pour l'évocation complète de l'univers que l'affirmation du credo sous jacent : tous pourris, du premier au dernier. Une bonne façon de nuancer les orgies génocidaires obscurantistes de la licence... Un bon moment, malgré de nombreuses coquilles, et sans doute une excellente porte d'entrée dans l'univers de Warhammer 40 000.
Il m'a donné envie de le lire : Traqueur Stellaire.
