Cygnis de Vincent Gessler

Syn a ramassé ses sacoches et commencé à gravir l'étroit sentier. L'appréhension qui le saisit lorsqu'il est dans la proximité de ses pairs l'accompagnera aussi longtemps qu'il ne sera qu'il ne sera pas redescendu et retourné ai coeur de la forêt. Un mélange d'excitation, de crainte, de frustration, d'envie de malaise et de suspicion.
L'Apocalypse a été déclenchée, les civilisations belligérantes rayées de la carte. La nature a repris ses droits, la forêt recouvrant les ruines de l'ancien monde. Les survivants ne vivent plus qu'en petites communautés éparses ou errantes, promptes à s'étriper avec les armes du passé qui leur tombent sous la main. D'autres dangers hantent la forêt, les diasols, des robots qui vaquent à leurs occupations tout en éliminant tous les humains qu'ils croisent mais aussi une mystérieuse entité furtive qui orchestre des campagnes de terreur.
Syn jette un regard au mât qui se profile sur fond d'azur, soutenant les deux dépouilles entrelacées dans les flammes. La mort a frappé cette nuit, tout en bas du pic. Il connaît trop les hommes pour ne pas les suspecter de ce genre d'atrocités. Mais ce sont les démons de métal qui courent sur les lèvres, les diasols peuplant les légendes et les nuits de Méandre. Pourquoi des robots se donneraient-ils le mal d'une telle mis en scène, eux qui tuent comme ils creusent, rapides et précis ? Ou alors un épouvantail ? C'est la première pensée qui a frappé Syn au récit de la vieille. Mais qui prendrait au sérieux cette idée ? Autant parler de démons.
Syn est un trappeur, vivant en ermite avec son étrange loup, la plupart du temps, ne se mêlant aux hommes qu'en de brèves occasions. Lors d'une de ses visites à la bourgade de Méandre, la situation dégénère, la communauté troglodyte proche profite des festivités du printemps pour mener un raid et enlever des femmes.
C'est décidé, il y aura la guerre. Cette dernière, Syn, l'a déjà connue et est bien décidé à ne pas y participer.
Malgré cette décision, le conflit le frappera de plein fouet, la rumeur de la bataille à venir attirant dans la région toutes sortes de mercenaires et de pillards.
- Les diables du sol ! soupire Dek à voix basse, jetant un regard en biais sur les tables voisines. Si ces hommes avaient un peu de courage, ils pourraient nettoyer la forêt alentour ! Ce sont des lâches.
- Ce n'est pas si simple. Regarde les troglodytes : ils vivent la nuit et évitent le jour. Ils en ont si peur qu'ils se terrent dans leurs cavernes. Ils craignent qu'un morceau du soleil se détache et brûle le monde.
- Ridicule.
- Tant que ça ? Que crois-tu qu'il soit arrivé aux anciens.
Dek digère les mots de Syn sans répondre.
"Nous marchons sur leurs ruines toute l'année, continue Syn, nous devons nous battre contre les machines qu'ils ont créées avec l'aide de machines qu'ils ont créées. Nous leur devons notre mode de vie, une partie de nos problèmes et de nos solutions, et nous ignorons à peu près tout de ce qu'il s'est passé. Il y a un peu de vrai dans toutes les histoires qui se racontent."
Cygnis est écrit très agréablement et la poignée de protagonistes de cette histoire ne sont pas des héros au coeur pur, chacun trainant sa part de ténèbres. L'ambiance assez contemplative du début bascule assez vite dans la violence et si les péripéties ne sont pas toutes forcément originales, le dénouement tient la route et est assez bien amené. Un roman court qui n'est pas sans rappeler Nausicaa de la Vallée du Vent ou Princesse Mononoke de Miyazaki. Un bon moment et une approche originale du post apocalyptique, malgré quelques petites imperfections.
Ils ont aimés :
Ubik sur le Cafard Cosmique
La jungle de pierre
Naufragés volontaires
Imaginelf
Elle n'a pas aimé : Mes imaginaires
Jeu Concours pour déstocker - Trois livres à gagner !
Bonne nouvelle ! J'ai quasiment atteint le seuil psychologique des 70 livres lus dans l'année !
Pour fêter cela, je lance donc ce petit jeu concours à la Traqueur Stellaire.
Le Club des petites filles mortes de Gudulle

Trois lots, trois gagnants à tirer au sort parmi les bonnes réponses du quizz ci dessous. Petit plus, vous choisirez les livres pour lesquels vous concourez.
1 De quels albums sont issues les trois images suivantes :
A
B

C
2
Quel est l'auteur de ses lignes ?
Néanmoins, les étranges ruines de pierre qu’on peut trouver
en état de désagrégation dans les îles, sur certains sites où nul ne va,
défient toute explication. De la race qui a construit ces citadelles
monolithiques, nous ne savons rien. La légende insiste pour dire que les ruines
se trouvaient là avant que l’homme arrive dans l’archipel. Il est établi que
ces pierres érodées sont d’une antiquité étonnante, et nul ne peut estimer
combien d’ères se sont écoulées depuis qu’on a dressé ces forteresses
cyclopéennes, ni quelles main les a détruites. Certains mythes curieux font
allusion à des sculptures effrayantes qui dépeignent de colossales scènes de
combats entre des monstres marins tirés du cauchemar d’un dieu fou.
3
Quel est l'auteur de ce dialogue ?
- Un banquier ? Moi ?
- Oui, monsieur Lipwig.
- Mais je ne sais pas diriger une banque !
- Tant mieux. Pas d’idées préconçues.
- J’ai dévalisé des banques !
- Epatant ! Il vous suffit de raisonner dans l’autre sens, répliqua un seigneur Vétérini à la figure épanouie. L’argent doit rester à l’intérieur.
4
Quelle est mon année de naissance sachant que j'ai fêté mon anniversaire la semaine dernière ?
5
Quel est l'auteur le plus chroniqué sur ce blog (hors BD) ?
Question subsidiaire : Pour quel livre souhaitez vous concourir ?
Toutes les réponses se trouvent sur ce site. En l'absence de gagnant dans une catégorie, je sélectionne celui qui a obtenu le plus de bonnes réponses.
Adressez vos réponses via le formulaire de contact (mais signalez vous dans les commentaires au cas où canalblog ferait encore des siennes), je ramasserai les copies lundi 29 novembre à 18 heures.
Nouveau Top 15 des films de SF
Guillaume du Traqueur Stellaire a semble-t-il relancé le tag de l'année dernière sur le classement des meilleurs films de SF selon chacun. Ma précédente sélection se trouve ici, globalement il n'y aura pas des masses de changements ayant peu vu de films de SF cette année et encore moins qui aient emportés mon adhésion.
Allez hop ! Je me lance à nouveau :
1
Blade Runner
2
2001, L'odyssée de l'espace
3
Bienvenue à Gattaca
4
Avalon
5
Les maîtres du temps
6
Soleil Vert
7
Rollerball
8
Brazil
9
Moon
10
Contact
11
Mad Max
12
Ghost in the shell (diptyque)
13
Galaxy Quest
14
Total Recall
15
2010, L'année du premier contact
Les faux dieux de Graham McNeill

Pour un natif des cavernes industrielles cauchemardesques de Cthonia, Loken ne pouvait pas nier que les grands paysages ouverts de Davin revêtaient une beauté enivrante. A l'ouest de leur position, des pics élevés semblaient frôler les étoiles, et plus au nord, Loken savait que des vallées s'encaissaient jusqu'aux profondeurs de la terre. Là se trouvaient les tombeaux d'anciens souverains.
Oui, la guerre qu'ils avaient livrée sur Davin avait été une bonne guerre.
Alors pourquoi les Word Bearers les amenaient-ils ici à nouveau ?
Second tome de l'Hérésie d'Horus, série d'exploitation de la licence Warhammer 40 000, Les Faux Dieux se révèle une bonne surprise. Utilisant efficacement les éléments introduits quelque peu laborieusement dans la seconde partie de L'Ascension d'Horus, Graham McNeill livre ici un roman nerveux et efficace.
Les lumières prétendus de l'Imperium s'effacent peu à peu devant le retour en force des superstitions et société secrètes au sein des troupes d'Horus. Ce dernier est manipulé par Erebus qui semble avoir pris la mesure de son caractère orgueilleux... Seul Loken reste les pieds sur terre, en supervisant Karkasy, le poète factieux.
Tout bascule quand Horus se jette dans le piège qui lui est tendu et semble mortellement blessé, la fracture entre les Astartes et les mortels de l'Imperieum s'accroît...
Tous les nobles idéaux de l'Astartes... Que signifiaient-ils encore quand il était si facile de les négliger ? Kyril Sindermann avait raison. La morale et les convenances n'étaient qu'un vernis appliqué sur l'animal qui sommeillait au coeur des hommes... même des Astartes.
Si les bienfaits du comportement civilisé étaient si faciles à oublier, quels seraient les prochains préceptes trahis en toute impunité, pour peu que les circonstances redevinssent difficiles ?
Roman clé dans l'Hérésie d'Horus, la chute du Primarque devenant effective et intelligible... Globalement le roman ne comporte pas trop de maladresses ou de ficelles trop grosses, étant même plus équilibré que le tome précendant. Malgré cela la série a des relents de préparation de la Nuit des Longs Couteaux. Difficile d'avoir la moindre empathie pour cet empire génocidaire et arrogant, se prétendant porteur de lumière. Au final un bon divertissement sans prétention pour les amateurs de la licence.
Tag des 15 auteurs
Guillaume44 de Traqueur Stellaire m'a tagué : citer 15 auteurs de littérature, tous genre confondus et en 15 minutes d'après ce que j'ai lu chez Gromovar.
Quinze minutes c'est court, je n'ai pas le temps de réfléchir alors je me contente de faire le tour du salon et de la chambre.
Voici donc sans ordre de préférence :
1 Christopher Priest
Parce que j'aime la façon qu'il a de jouer avec le lecteur.
2 Robert Charles Wilson
J'en suis un inconditionnel depuis Spin
3 H. P. Lovecraft
Parce qu'il m'a fait oublié que j'étais sur la pelouse du lycée un après midi de septembre.
4 Laurent Kloetzer
L'auteur français que j'aurai le plus lu et écouté cette année.
5 Catherine Dufour
Pour l'humour et la noirceur mais surtout le sens de la formule. Ses phrases chocs en somme.
6 Xavier Mauméjean
Une oeuvre variée qui m'a emporté à chaque fois.
7 Jean-Philippe Jaworski
La fantasy comme je l'aime.
8 Norman Spinrad
Un auteur plus présent dans ma PAL que dans ma bibliothèque, j'ai bien aimé ce que j'ai lu de lui faut que je m'y mettes.
9 Terry Pratchett
Pour son mélange d'humour, de tendresse et de noirceur tant en SF qu'en fantasy.
10 Michaël Moorcock
Elric et Hawkmoon ont occupés mes années lycées mais aussi pour tout ce qu'il a écrit hors série commerciale, Voici l'homme par exemple.
11 Clifford D. Simak
Pour sa SF paisible, pastorale (j'ai piqué le terme à Guillaume44), nostalgique et finalement unique.
12 Conan Doyle
Faut que je me lises l'intégrale de Sherlock Holmes...
13 Lucius Shepard
Comme Spinrad, beaucoup aimé ce que j'ai lu mais ce que j'ai à lire est encore plus important.
14 Tim Powers
Comme Spinrad et Shepard, je n'ai lu qu'un livre de lui qui m'a beaucoup botté. J'en ai acheté énormément et ne les ai pas encore lu.
15 Gene Wolfe
Comme avec Priest, j'aime la façon de jouer avec le lecteur. Son approche de la fantasy m'a plu, reste à le lire en SF.
Et voilà, je ne tague personne car il me semble être en fin de chaine et tout doit avoir une fin.
La Magnificence des oiseaux de Barry Hughart

Dans la Chine du VIIeme siècle, le narrateur de cette histoire, portant un nom pouvant prêter à confusion, a été surnommé Boeuf Numéro Dix, tant du fait de sa carrure que parce qu'il est le dixième enfant de ses parents.
La vie s'écoule paisiblement dans sa bourgade jusqu'au jour où l'élevage des vers à soie tourne au drame. Tous les vers sont tués, leurs cocons réduits à l'état de bouillie infâme mais surtout tous les enfants d'une tranche d'âge sont plongés dans le coma. Boeuf Numéro Dix se rend à Pékin pour trouver de l'aide auprès d'un enquêteur. Malheureusement sa fortune ne lui donne accès qu'à Maître Li.
L'enseigne était vieille, en piteux état, suspendue juste au-dessus d'une cabane de bambou affaissée. Quand j'y pénétrai timidement, je vis des meubles cassés et une pile de vaisselle brisée, et la puanteur d'une aigre piquette me fit tourner la tête. L'unique habitant ronflait dur un matelas répugnant.
Sa vieillesse dépassait pratiquement l'imagination. Il ne devait pas peser plus de quatre-vingt-dix livres, et ses os fragiles auraient davantage convenu à un oiseau de grande taille. Des mouches ivres titubaient dans des flaques de vin renversé, erraient, prises de vertige, sur le crâne chauve du vénérable vieillard, dégringolaient dans les jointures ridées d'un visage qui aurait pu figurer une carte en relief de toute la Chine, et s'empêtraient dans une fine barbe blanche.
S'il a piteuse apparence Li Kao n'en est pas moins un lettré prestigieux et diplômé, fin connaisseur de l'âme humaine, escroc de génie et enquêteur par goût des défis, le crime étant une voie trop aisée...
La brute prit ombrage de Maître Li." Ce sont ces nains qu'on appelle des hommes, chez les mauviettes de Pékin ? hurla-t-il. Chez moi, à Sou-tchéou, les hommes sont si grands que leur tête frôle les nuages alors que leurs pieds sont bien plantés sur terre !
- Vraiment ? Dans mon humble village, repartit avec onction Maître Li, les hommes sont si grands que leur lèvre supérieure lèche les étoiles, tandis que leur lèvre inférieure touche terre."
La brute réfléchit à ce qu'il venait d'entendre.
"Et où ont-ils le corps ?
- Ils sont à ton image, répliqua Maître Li. Tout en gueule."
Sa main s'élança, une lame brilla, du sang jaillit et il laissa calmement choir dans sa poche la boucle d'oreille de la brute, en même temps que l'oreille qui y était attachée. "Mon nom de famille est Li, mon prénom est Kao, et j'ai un léger défaut de personnalité, annonça-t-il en exécutant une courbette polie. Voici mon honorable client, Boeuf Numéro Dix, qui se prépare à vous fendre le crâne avec un objet contondant."
Si le très vénérable Li Kao a vite faite de trouver la source du mal et les coupables, il en va d'une autre paire de manches en ce qui concerne la guérison des enfants... Ces derniers sont en effet condamnés à un long coma à moins de les guérir avec la Grande Racine de Puissance, une racine de Ginseng légendaire...
Sans plus de formalité, le vénérable et sagace enquêteur se propose de partir en quête de cette racine, même si pour cela il doit à nouveau se confronter aux nobles les plus corrompus et sanguinaires de Chine. Une quête qu'il ne peut entreprendre seul...
L'abbé se tut pour choisir ses mots. Les abeilles bourdonnaient, les mouches zonzonnaient, et je me demandai si l'on pouvait entendre le bruit de mes genoux qui s'entrechoquaient. Quelques minutes plus tôt, j'avais été prêt à galoper comme un pur-sang, mais j'avais à présent envie de filer me terrer comme un lapin.
"Tu es un brave garçon, et je n'aimerais pas rencontrer celui qui pourra te surpasser sur la plan de la force physique, mais tu en sais très peu sur la méchanceté dans ce monde, déclara lentement l'abbé. A vrai dire, je m'inquiète moins des dégâts que risque ton corps que de ceux que pourra subir ton âme. Vois-tu, tu ne sais strictement rien des hommes comme Maître Li ; il a dit qu'il s'arrêterait à Pékin pour prendre de l'argent, et je le soupçonne assez de..."
Sa voix mourut, et il chercha les mots justes. Puis il décida qu'il lui aurait fallu plusieurs années pour me préparer comme il convenait.
"Boeuf Numéro Dix, notre unique espoir repose sur Maître Li, dit-il d'un ton grave. Tu dois faire ce qu'il t'ordonne, et je prierai pour ton âme immortelle."
Menée tambour battant, cette quête donnera lieu à de nombreuses péripéties, allant de l'association avec des brigands au mariage forcé de Boeuf Numéro Dix avec un membre de la famille impériale, en passant par la délivrance de fantômes et la rectification de quelques injustices de manière radicale, sans oublier quelques déconvenues fracassantes à la Cugel (celui de Jack Vance). Au et fur de mesure de son déroulement, ils découvriront qu'ils sont le jouet de puissances qui les dépassent et que l'objet de leur quête est lié au destin d'une divinité : la Princesse des Oiseaux.
Il rangea la flûte dans sa ceinture, et agita un doigt devant mon nez.
"Rien, à la surface de cette terre - et je dis bien : rien - n'est à moitié aussi dangereux qu'une histoire pour enfants qui se trouve être vraie, et toi et moi, nous déambulons à l'aveuglette dans un mythe conçu par un fou. Souviens-toi de ce que je te dis ! s'exclama-t-il, furieux. Si le Lapins aux Clés réussit à nous introduire dans une autre cache secrète du Duc, nous allons assurément nous frotter à un mocassin d'eau ailé et blindé, long de deux cents pieds, capable d'atteindre un moucheron dans l'oeil, à dix lieues de distance, avec un jet de venin, et que ne pourra vaincre qu'un héros né à l'intérieur d'une aiguille à tricoter pendant une éclipse totale de lune, le vingt-troisième jour de février."
Récit picaresque dans une Chine légendaire où divinités, magie et créatures fantastiques sont réelles. Après un petit temps d'adaptation à cette ambiance chinoise on suit avec plaisir cette tortueuse intrigue, parfaitement maîtrisée. La galerie de personnage haute en couleur et pleine de surprise est un vrai bonheur. Il existe apparemment deux autres aventures de Li Kao du même auteur, je les lirai en 2011.
J'en avais entendu parlé chez elle : Mes Imaginaires...
La Brèche de Christophe Lambert

Il se définit lui-même comme un mercenaire du petit écran, un pro qui gère son robinet à images du mieux possible. La critique est facile. Faire marcher une chaîne privée généraliste sans compromis, c'est une autre paire de manches. Les plumitifs de la presse écrite, Shaw ne les lit plus depuis longtemps. Son credo à lui c'est l'efficacité. Un peu comme Rommel, d'ailleurs. Shaw a compulsé plusieurs ouvrages consacrés au "renard du désert" pour préparer ce "Spécial D-Day", et il s'est trouvé de nombreux points communs avec l'illustre personnage. Aucun narcissisme là-dedans : les ressemblances en question sont parfois des défauts. Si l'on en croit ses biographes, Rommel tenant autant du chevalier que du mercenaire. C'était un soldat pas un idéologue. Il ne s'occupait guère de politique ; démarche sans doute plus confortable pour la conscience quand on sert un tyran. Qu'il s'appelle "Hitler" ou..."audimat" !
2061, le documentaire historique à franchit un nouveau pas grâce au saut quantique. Il est désormais possible d'envoyer des drones espion ou des caméramans dans le passé pour filmer quelques évènements historiques. Bien que cette technologie soit sous le contrôle de l'armée américaine, une chaine privée a pu obtenir le droit de monter des émissions : l'assassinat de Kennedy, le suicide de Marilyn Monroe... Une seule condition ne peut avoir d'interaction avec le passé.
Après le succès initial, les audiences chutent... Un jeune loups aux dents longues du service création lance l'idée de suivre le débarquement en Normandie du 6 juin 1944 à Omaha Beach. Enthousiasme immédiat des responsables militaires...
Vu le danger inhérent à cette opération, il ne sera possible que d'intégrer une équipe très réduite sans pouvoir garantir sa survie... Deux individus sont sélectionnés et approchés : un historien replet, fanatique des reconstitutions historiques et partisan de l'histoire par le petit bout de la lorgnette et un journaliste de guerre, dépressif suite à la mort de sa femme, shooté à l'adrénaline. Les deux hommes acceptent sans problème de participer à cette aventure... Après quelques mois de préparation, équipés de manière ultramoderne mais discrète, les deux hommes sont envoyés embarquer en Angleterre le jour J.
De l'eau jusqu'aux cuisses, Mitch progressait au milieu de la version guerrière d'un inventaire à la Prévert : une gourde, un casque, des brodequins, un masque à gaz, un gilet de sauvetage en charpie, un bras... Les blessés peinaient pour garder le nez hors de la flotte. Choqués; affaiblis, engourdis par le froid, ils allaient mourir noyés à quelques mètres à peine du rivage. Ils gémissaient. Certains appelaient leur mère.
A mesure qu'il luttait pour gagner la plage, une évidence terrible s'imposa dans l'esprit de l'historien ; on avait beau étudier tous les documents d'époque, lire les témoignages, s'imprégner des moindres détails et se livrer à de studieuse simulations... Rien ne pouvait vous préparer à vivre un truc pareil. C'était indescriptible !
Il se retrouvait projeté en enfer. Ni plus, ni moins.
Dans un tel chaos, leur simple présence provoque des changements dans le déroulement de la bataille, une brèche est ouverte au niveau quantique, un autre futur côtoie celui-ci et les éléments issus de cette période alternative font leur apparition sur le champ de bataille...
L'exercice du voyage dans le temps et des modifications du cours des évènements n'est pas une nouveauté mais Christophe Lambert pratique cet exercice avec aisance. L'évocation du débarquement à Omaha Beach est très bien rendue, l'horreur est omniprésente sans avoir recours à l'arsenal futuriste qui entre en scène un peu plus tard. Un roman réussi et très agréable à lire, pas révolutionnaire mais une excellente distraction.
Le serpent aux mille coupures de DOA

Omar hésita, poings serrés, yeux mi-clos, veines du cou saillantes.
"Ne vous laissez pas abuser par mon état." Un temps. "Il n'y a que deux façons d'envisager la suite. je me repose un peu ici avec vous trois. Je me repose un peu ici sans vous trois." De la main qui tenait le pistolet, le motard se mit à caresser les cheveux de Zoé.
Moissac, Tarn et Garonne, ses vignes, ses agriculteurs racistes qui tentent de faire quitter la région à un confrère trop coloré à leurs goûts...
Deux évènements viennent troubler la routine nauséabonde de ce bled, un fuyard à moto, blessé, se terre dans le vignoble. Des trafiquants de drogues décident de se rencontrer en bordure de ce même endroit...
Les acheteurs, des colombiens venus se mettre au vert en Europe et leur avocat espagnol, tombent sur le blessé... Pas de bol, ce dernier est acculé et les abat tous les trois... Tandis qu'il se réfugie dans une ferme locale, prenant en otage la famille persécutée, les acheteurs italiens arrivés en retard, ne peuvent que constater le massacre et effacer des preuves...
Un triple homicide qui tombe mal, à la veille d'un procès qui devrait
secouer l'establishment toulousain en ce début d'année 2002, le Parquet
fait pression pour une conclusion rapide.
La section de recherche de la Gendarmerie de Toulouse qui s'est vu confiée l'affaire piétine quelque peu quand les évènements se précipitent, un avocat et un homme de main débarquent de Colombie en jet privé, informés de la situation par les italiens... Peu de temps après, un policier de l'anti-drogue espagnole informe ses collègues français de l'identité probable des cadavres et arrive pour se joindre à l'enquête.
La magnanimité servile des magistrats du Parquet ne leur coûtait au final pas grand-chose. Trois étrangers morts dans une voiture, tué pour ce qu'ils étaient, des criminels, par d'autres criminels, n'intéresseraient personne. Pas dans le contexte actuel. On expédierait les autopsies et on renverrait les corps chez eux vite fait bien fait, avec cet avocat sud-américain, seule personne capable d'apporter quelques éclairage sur ce probable règlement de comptes. Tout en suivant la procédure à la lettre, sans délai ni tracasseries inutiles.
Si la police piétine, ce n'est pas le cas du tueur colombien... Usant des méthodes paramilitaires anti FARC, il progresse à grand pas. Mais c'est sans compter quelques quiproquo avec les beaufs du cru, maniaques du fusil de chasse et prompt à faire les rapprochements qui les arrangent... Pendant ce temps, un motard blessé se prépare déjà à quitter la ferme qu'il squatte contre l'avis de ses occupants...
Debout dans la cuisine éteinte, en retrait de la porte vitrée, le motard se mit à surveiller l'extérieur. Le ciel s'éclaircissait au fil des minutes et demeurait couvert. La radio, en sourdine, annonçait une journée détrempée sur toute la moitié sud du pays. Une nouvelle qui l'arrangeait, la vigilance baisse quand il pleut.
Pas de pré ni de champ tout autour, juste des vergers et des vignobles aux plants dénudés, assombris par l'humidité, dressés comme des parterres de barbelés végétaux. Un horizon restreint, qui ne permettait pas de bien voir, juste d'être vu.
Un horizon hostile.
Le sien.
Un roman court, nerveux, se déroulant sur une période de temps très restreinte, moins de quatre jours, qu'on a du mal à reposer une fois lancé dedans. Ce coin de cambrousse est très bien rendu et la galerie de personnage, bien fournie, est haute en couleur. Chacun est bien à sa place et joue son rôle parfaitement, il y a peut être un peu trop de coïncidence dans le point de départ de l'intrigue mais la narration n'en souffre pas.
A noter que si ce roman peut se lire indépendamment de Citoyens Clandestins, il n'en constitue pas moins l'épilogue du roman précédent de DOA par le biais de ses trois dernières phrases. Un bon moment prolongeant le plaisir de son prédécesseur ou pouvant donner envie de s'y plonger.
Cendres de Thierry Di Rollo

Cendres est un petit recueil aux ambiances très sombres mais variées, le seul point commun entre ses différentes nouvelles étant peut être l'ironie ou le cynisme qui finalement triomphe.
Les réfugiés comptent leurs pas, où qu'ils aillent. D'ailleurs, où aller vraiment ? Jusqu'aux barrières qui délimitent la zone ? Tout le monde, ici, s'y est risqué au moins une fois pour finalement comprendre qu'on ne peut pas s'évader. Et les rares inconscients l'apprennent à leurs dépens ; on aperçoit en effet, quelquefois, un corps carbonisé répandu sur le parterre de cendres, masse de chair grillée piteusement recroquevillée, au pied de l'enceinte ; et longtemps les relents de carne brûlée viennent flotter sur le camp. Longtemps. Dans l'indifférence la plus totale des survivants. Et parce que, au bout du compte, cela ne constitue jamais qu'une puanteur de plus, dans cet enfer irrespirable.
Cendres prend place au sein d'un étrange camp de réfugiés qui a des relents de camps de concentration.
Jaune Papillon raconte l'enlèvement d'un clochard pour servir les fins d'un parti politique.
Les Hommes dans le Château narre l'évasion d'une victime des chasses d'un pseudo Comte Zaroff. De l'horreur du domaine au paisible village avoisinant...
Quelques grains de riz porte sur l'obsession d'un richissime fan des Beattles prêt à tout pour réaliser l'adaptation la plus fidèle du texte d'une de leur chanson... Une nouvelle plus intéressante pour sa réflexion sur la signification d'adaption que pour sa fin...
Au final, un recueil très noir mais qui se lit sans déplaisir. Il faudra que je lise d'autres nouvelles ou romans de Thierry Di Rollo.
Rosée de feu de Xavier Mauméjean

"Relevez votre manche droite."
Les garçons s'exécutent. Ils savent ce qui les attend.
"Présentez l'avant-bras à votre dragon."
Le souffle de la bête suffit à brûler leur chair. Tatsuo serre les dents, réprime un grognement de douleur. Dorénavant, chaque pilote porte la marque de sa monture, comme un sceau qui le distingue des autres. Ce lien ne peut être rompu que par la mort.
Un moment de douleur honorable qui met fin à leur apprentissage. Désormais, Tatsuo et ses compagnons sont parés au combat.
1944, dans un monde où les dragons existent et prolifèrent en Asie, montures ancestrales des guerriers chinois et japonais, la Seconde Guerre Mondiale arrive à son terme...
Les dragons d'élevages japonais commencent à crouler sous la masse des avions de chasse de la flotte américaine. La défaite se profile à l'horizon, inexorable, les dirigeants des forces armées envisagent d'autres méthodes de combat pour harasser l'ennemi.
Guam tombe le 21 juillet, et Tinian le 24. L'ennemi n'a que faire des pourparlers. Tojo aussi s'en désintéresse. Reclus dans sa résidence de Setagaya, à quatre-vingt kilomètres du mont Fuji, il sait que son rôle est terminé.
Mois après mois, la détermination de l'adversaire conforte Obayashi dans ses choix. L'âme du Japon resplendit de vertu, telle la lame d'une épée neuve. Mais son brillant ternit s'il n'est pas entretenu. Tojo a rouillé l'âme nippone, et pourtant l'éclat demeure. Il suffit de polir le sabre à nouveau.
Récit crépusculaire, sans fioritures ni pathos, narrant trois destins au sein de cette guerre. Hideo le jeune garçon qui suit la guerre à travers le prisme de la propagande, son frère ainé, Tatsuo, ayant dû abandonné ses études supérieurs pour devenir pilote et enfin Obayashi, jeune officier de carrière ayant définit la stratégie du sacrifice volontaire.
Au sortir de la réunion, Obayashi se retrouve seul avec l'amiral Onishi. Celui-ci paraît las, sa bouche est marquée d'un pli amer.
"Nous avons engendré un monstre", lâche-t-il soudain.
Obayashi se raidit. Comment l'initiateur du projet peut-il tenir pareils propos, alors que les victoires s'accumulent ? Maintenant que les hésitations de Fukudome sont levées, la bonne conscience de Takijiro Onishi n'a-t-elle plus de rempart ? Ces scrupules tardifs heurtent le maître archer qui demande :
"Amiral, que peut-on espérer d'autre ?"
Son supérieur grimace un sourire et répond :
"Finir écrasés par une bombe. Mais je suppose que c'est beaucoup trop demander."
Tandis que Hideo joue dans la cour de récréation à rejouer les victoire en Chine, Tatsuo goûte à la chance d'être trop talentueux pour qu'on lui demande de se porter volontaire au suicide. Il doit escorter et protéger de la chasse ennemie ses camarades lors de leur dernier vol. Obayashi de son côté, effectue la tâche que l'on attend de lui, détaché des contingences matériels et du doute, arpentant la voie du Kyujustsu et regardant de haut ses supérieurs.
Les pilotes escorteurs sont harassés. Durant leurs maigres heures de sommeil, ils dorment tout habillés. Ainsi, il suffit d'enfiler ses bottes avant de courir jusqu'à la piste. Tatsuo a pris l'habitude de fumer. A mesure que le tabac se consume, il semble recouvrer de l'énergie. Exactement l'inverse d'un Ryû-jin qui s'affaiblit en brûlant son hydrogène. Plus qu'opposés, pilote et monture sont complémentaires, Tatsuo en est persuadé. Il se sent davantage proche de Taro le dragon que de ses camarades.
Mêlant histoire réelle, avec son lot d'atrocité et de carnages, à son univers fictif, Xavier Mauméjean retrace la chute inexorable du Japon. Une place importante est accordé aux réminiscences, rappelant les horreurs commises par l'armée japonaise et permettant de situer les personnages historiques et leur évolution. L'introduction des dragons en lieu et place des avions, permet tant la mise en place d'une complicité entre l'homme et sa monture, qu'une conclusion à la fois tragique, ironique et originale à cette guerre.
"Votre tension est basse, je vais vous faire une piqûre de glucose."
Tatsuo relève sa manche, c'est vrai qu'il n'en peut plus. L'escorte des volontaires vole fréquemment à des hauteurs comprises entre sept et dix mille mètres, par une température pouvant avoisiner les - 60°. Son organisme est malmené par la faible pression atmosphérique. Sans parler de la raréfaction en oxygène que compense à peine le masque. Les consignes de vol préconisent une mission par mois à ces hauteurs, et il en fait pratiquement une tous les jours. Même Taro, son dragon, semble rechigner à prendre l'air. En-a-t-il assez d'affronter des machines volantes, ou est-il sensible au sacrifice de ses congénères ? Tatsuo l'ignore, impossible de lire quoi que ce soit dans ses yeux d'or. Mais le fait est là, Taro souffle bruyamment avant de s'engager sur la piste.
Etrange époque qui voit un Ryû se détourner des cieux.
Trois points de vue complémentaire sur la fin de cette guerre, un texte sombre et clinique, très efficace et bien documenté. Xavier Mauméjean réussit son pari et son récit théâtral se lit tout seul, un excellent moment.


