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Omar hésita, poings serrés, yeux mi-clos, veines du cou saillantes.
"Ne vous laissez pas abuser par mon état." Un temps. "Il n'y a que deux façons d'envisager la suite. je me repose un peu ici avec vous trois. Je me repose un peu ici sans vous trois." De la main qui tenait le pistolet, le motard se mit à caresser les cheveux de Zoé.

Moissac, Tarn et Garonne, ses vignes, ses agriculteurs racistes qui tentent de faire quitter la région à un confrère trop coloré à leurs goûts...
Deux évènements viennent troubler la routine nauséabonde de ce bled, un fuyard à moto, blessé, se terre dans le vignoble. Des trafiquants de drogues décident de se rencontrer en bordure de ce même endroit...
Les acheteurs, des colombiens venus se mettre au vert en Europe et leur avocat espagnol, tombent sur le blessé... Pas de bol, ce dernier est acculé et les abat tous les trois... Tandis qu'il se réfugie dans une ferme locale, prenant en otage la famille persécutée, les acheteurs italiens arrivés en retard, ne peuvent que constater le massacre et effacer des preuves...

Un triple homicide qui tombe mal, à la veille d'un procès qui devrait secouer l'establishment toulousain en ce début d'année 2002, le Parquet fait pression pour une conclusion rapide.
La section de recherche de la Gendarmerie de Toulouse qui s'est vu confiée l'affaire piétine quelque peu quand les évènements se précipitent, un avocat et un homme de main débarquent de Colombie en jet privé, informés de la situation par les italiens... Peu de temps après, un policier de l'anti-drogue espagnole informe ses collègues français de l'identité probable des cadavres et arrive pour se joindre à l'enquête.


La magnanimité servile des magistrats du Parquet ne leur coûtait au final pas grand-chose. Trois étrangers morts dans une voiture, tué pour ce qu'ils étaient, des criminels, par d'autres criminels, n'intéresseraient personne. Pas dans le contexte actuel. On expédierait les autopsies et on renverrait les corps chez eux vite fait bien fait, avec cet avocat sud-américain, seule personne capable d'apporter quelques éclairage sur ce probable règlement de comptes. Tout en suivant la procédure à la lettre, sans délai ni tracasseries inutiles.

Si la police piétine, ce n'est pas le cas du tueur colombien... Usant des méthodes paramilitaires anti FARC, il progresse à grand pas. Mais c'est sans compter quelques quiproquo avec les beaufs du cru, maniaques du fusil de chasse et prompt à faire les rapprochements qui les arrangent... Pendant ce temps, un motard blessé se prépare déjà à quitter la ferme qu'il squatte contre l'avis de ses occupants...

Debout dans la cuisine éteinte, en retrait de la porte vitrée, le motard se mit à surveiller l'extérieur. Le ciel s'éclaircissait au fil des minutes et demeurait couvert. La radio, en sourdine, annonçait une journée détrempée sur toute la moitié sud du pays. Une nouvelle qui l'arrangeait, la vigilance baisse quand il pleut.
Pas de pré ni de champ tout autour, juste des vergers et des vignobles aux plants dénudés, assombris par l'humidité, dressés comme des parterres de barbelés végétaux. Un horizon restreint, qui ne permettait pas de bien voir, juste d'être vu.
Un horizon hostile.
Le sien.

Un roman court, nerveux, se déroulant sur une période de temps très restreinte, moins de quatre jours, qu'on a du mal à reposer une fois lancé dedans. Ce coin de cambrousse est très bien rendu et la galerie de personnage, bien fournie, est haute en couleur. Chacun est bien à sa place et joue son rôle parfaitement, il y a peut être un peu trop de coïncidence dans le point de départ de l'intrigue mais la narration n'en souffre pas.
A noter que si ce roman peut se lire indépendamment de Citoyens Clandestins, il n'en constitue pas moins l'épilogue du roman précédent de DOA par le biais de ses trois dernières phrases. Un bon moment prolongeant le plaisir de son prédécesseur ou pouvant donner envie de s'y plonger.