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Il se définit lui-même comme un mercenaire du petit écran, un pro qui gère son robinet à images du mieux possible. La critique est facile. Faire marcher une chaîne privée généraliste sans compromis, c'est une autre paire de manches. Les plumitifs de la presse écrite, Shaw ne les lit plus depuis longtemps. Son credo à lui c'est l'efficacité. Un peu comme Rommel, d'ailleurs. Shaw a compulsé plusieurs ouvrages consacrés au "renard du désert" pour préparer ce "Spécial D-Day", et il s'est trouvé de nombreux points communs avec l'illustre personnage. Aucun narcissisme là-dedans : les ressemblances en question sont parfois des défauts. Si l'on en croit ses biographes, Rommel tenant autant du chevalier que du mercenaire. C'était un soldat pas un idéologue. Il ne s'occupait guère de politique ; démarche sans doute plus confortable pour la conscience quand on sert un tyran. Qu'il s'appelle "Hitler" ou..."audimat" !

2061, le documentaire historique à franchit un nouveau pas grâce au saut quantique. Il est désormais possible d'envoyer des drones espion ou des caméramans dans le passé pour filmer quelques évènements historiques. Bien que cette technologie soit sous le contrôle de l'armée américaine, une chaine privée a pu obtenir le droit de monter des émissions : l'assassinat de Kennedy, le suicide de Marilyn Monroe... Une seule condition ne peut avoir d'interaction avec le passé.
Après le succès initial, les audiences chutent...  Un jeune loups aux dents longues du service création lance l'idée de suivre le débarquement en Normandie du 6 juin 1944 à Omaha Beach. Enthousiasme immédiat des responsables militaires...

Vu le danger inhérent à cette opération, il ne sera possible que d'intégrer une équipe très réduite sans pouvoir garantir sa survie... Deux individus sont sélectionnés et approchés : un historien replet, fanatique des reconstitutions historiques et partisan de l'histoire par le petit bout de la lorgnette et un journaliste de guerre, dépressif suite à la mort de sa femme, shooté à l'adrénaline. Les deux hommes acceptent sans problème de participer à cette aventure... Après quelques mois de préparation, équipés de manière ultramoderne mais discrète, les deux hommes sont envoyés embarquer en Angleterre le jour J.

De l'eau jusqu'aux cuisses, Mitch progressait au milieu de la version guerrière d'un inventaire à la Prévert : une gourde, un casque, des brodequins, un masque à gaz, un gilet de sauvetage en charpie, un bras... Les blessés peinaient pour garder le nez hors de la flotte. Choqués; affaiblis, engourdis par le froid, ils allaient mourir noyés à quelques mètres à peine du rivage. Ils gémissaient. Certains appelaient leur mère.
A mesure qu'il luttait pour gagner la plage, une évidence terrible s'imposa dans l'esprit de l'historien ; on avait beau étudier tous les documents d'époque, lire les témoignages, s'imprégner des moindres détails et se livrer à de studieuse simulations... Rien ne pouvait vous préparer à vivre un truc pareil. C'était indescriptible !
Il se retrouvait projeté en enfer. Ni plus, ni moins.

Dans un tel chaos, leur simple présence provoque des changements dans le déroulement de la bataille, une brèche est ouverte au niveau quantique, un autre futur côtoie celui-ci et les éléments issus de cette période alternative font leur apparition sur le champ de bataille...

L'exercice du voyage dans le temps et des modifications du cours des évènements n'est pas une nouveauté mais Christophe Lambert pratique cet exercice avec aisance. L'évocation du débarquement à Omaha Beach est très bien rendue, l'horreur est omniprésente sans avoir recours à l'arsenal futuriste qui entre en scène un peu plus tard. Un roman réussi et très agréable à lire, pas révolutionnaire mais une excellente distraction.