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Eh bien quoi ? Qu'as-tu donc, malgré tout, à faire grise mine ? Aurais-tu peur ? En ma présence, ce serait faire preuve de sagesse, mais je vois bien que ce n'est pas moi qui t'effraie. Tu regardes autour de toi ? Ce sont ces places vides, à tes côtés, qui te chagrinent ? Et ces banquettes autour de mon feu, hier occupées par mes compagnons, aujourd'hui désertées ? Serais-tu mal à l'aise de te retrouver en tête à tête avec moi, tandis que toute la halle, autour de nous, retentira bientôt du banquet ? Rassure-toi. Seuls, nous ne le resterons guère. De vieux héros vont se joindre à nous. Je te demande juste un peu de patience, ils arrivent de loin. Il leur faudra quelques temps pour gagner Mediolanon, mais ils ne nous feront pas défaut. Chaque année, ils reviennent me visiter, ils font honneur à mon hospitalité. Quand tu sentiras un courant d'air froid couler depuis le seuil ; quand la lueur des feux tremblera en mon palais ; quand les chiens se dresseront sur leurs pattes et se mettront à gémir, alors, ils seront parmi nous.

Deuxième nuit de conte pour Ségovèse et son invité, le récit de la jeunesse est terminé, il reprend le cours de son histoire, neuf ans après Même pas mort. Ségovèse a trouvé sa place parmi la cour de son oncle, fondé une famille... Mais les terres celtes dépérissent, les enfants les plus jeunes du Haut-Roi sont morts, les mauvais présages s'accumulent. Ambigat a décidé de réunir tous les rois celtes pour fêter à Autricon, cité importante sur le plan religieux, avec force de sacrifices, la venue de l'été... Le trajet vers la place forte se déroule sous de mauvais auspices et rapidement la tension s'accroit au cours de la fête.

"Cela me fait plaisir que tu acceptes de me parler, dit le roi éduen.

- Et à moi donc ! enchaîne mon autre voisin en me passant son bras sur les épaules. On a tout juste pu échanger deux mots !"

Je reconnais aussitôt cet accent aulerque comme cette familiarité sans façon. Le guerrier à moitié nu n'est pas Uercobios mais mon ami Satobogios le Cénoman. J'abandonne discrètement mon poignard : en compagnie de ce frère d'armes, je suis à peu près certain de ne pas être menacé. Articnos m'a fait porter son invitation par mon beau-père, il m'accueille avec un compagnon qui m'est cher : malgré la bousculade, tout cela a été pesé. La présence de Comnertos et de Satonogios est conçue pour me mettre en confiance et, dans un certain sens, pour me rendre des égards. Toutefois, elle témoigne aussi de l'influence que le souverain éduen exerce sur des héros qui n'appartiennent pas à son peuple ; et cela, c'est une démonstration de force, certes feutrée, mais autrement plus convaincante que les intimidations braillardes d'un Bouoas.

La tension monte graduellement jusqu'à un déchaînement de violence qui ira crescendo et fera la part belle aux hauts faits. Un récit apre et prenant, restituant efficacement le monde celte tant dans ses moeurs que sa société complexe. Un très bon moment, légèrement diminué par la fin abrupte, reste juste à espérer que la suite ne se fera pas trop attendre.

Les avis de Hugin & Munin ; Just a word.