img774

A la différence du tumulte qui a retenti dans ces murs deux nuits plus tôt, l'atmosphère reste très pesante. Une sorte de lassitude accable cette maigre foule : les combats, l'incendie du palais et la mort du souverain carnute ont étouffé les voix et les manifestations de colère. C'est à peine si j'entends quelques murmures, où bruissent parfois mon nom ou celui de mon oncle. Toutefois, je ne me berce guère d'illusions. Le mépris ou la froideur que je perçois dans les expressions me révèlent l'hostilité de ces petites gens. Je suis l'ennemi. Je suis l'incendiaire, l'assassin, le régicide. Savent-ils seulement que c'est Orbiotalos, en se rangeant du côté des rebelles, qui a violé les lois sacrées de l'hospitalité ? Pour eux, bien sûr, le haut roi est le seul responsable du sacrilège. Et moi, je suis son neveu. Je suis l'impie.

Je suis la catastrophe.

Emporté par les évènements Bellovèse a opté dans le feu de l'action pour la loyauté envers son oncle. Resté en arrière pour couvrir la retraite de ce dernier, le voilà à la merci du parti ennemi. Toutefois, il compte quelques alliés parmi les rebelles et surtout l'éminence grise derrière ce soulèvement souhaite l'éprouver...

Emmenés sous bonne garde, Bellovèse aura le temps de ruminer sur son sort et se livrer à quelques réminiscences, nous permettant de découvrir ses proches et les conditions de leur rencontre. Un exercice bienvenu vu que ceux-ci ne vont pas tarder à entrer sur le devant de la scène.

Arrivé en un lieu envouté, Bellovèse devra faire face à sa famille et rendre compte de ses actes les plus discutables, notamment ceux qu'il se cachait à lui même.

" - Sais-tu pourquoi la plupart des guerriers sont violents ?

- Parce que ce sont des guerriers."

Malgré l'obscurité, je peux presque sentir sle dédain dans son sourire.

" - C'est surtout parce qu'ils n'ont pas les mots, me reprend-elle. Faut de parler clair, ils se trompent, ils s'offusquent, ils règlent par les armes les malentendus qu'ils ne sont pas capables de débrouiller par la parole. Tu es un grand guerrier et un grand ignorant, Bellovèse : comme tu manques de lucidité, tu crois qu'on te trompe. Tu reproches à autrui de t'avoir caché ce que tu n'as pas su comprendre par toi-même. Mais il est temps de t'ouvrir les yeux. Viens t'asseoir, apprends ce que tu aurais dû reconnaître, et délibérons sur ton sort."

Plus lente, cette seconde partie de Chasse Royale, n'en reste pas moins très plaisante et prenante, tant elle est riche en révélation. Tant sur le passé de Bellovèse que sur son entourage, au fil des pages la saga celtique de Jaworski se déploie et gagne en profondeur. Un très bon moment, reste à endure l'attente de la suite...