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Pour ce second tome, les auteurs de l'anthologie Wild Cards ont produit un roman à plusieurs mains. George R.R. Martin fournissant le fil rouge avec ses interludes Jube. Si Walter John Williams assure le plus gros du recueil et des récits pulps bien prenant, les deux récits les plus réussis sont de la plume de Lewis Shiner dans Pièces de Sang et de George R.R. Martin dans Un hiver bien long. Chacun réussissant à donner une dimension tragique à leur personnage fétiche.

Du côté du récit, la trame est assez classique, une entité extra-terrestre se dirige vers la Terre, prête à consommer toute la biomasse de la planète. Dans le même temps à Jokertown, une secte déjantée entend communier avec le monstre pour se hisser en haut de l'échelle humaine, se trompant lourdement sur les attentions du monstre vorace. Les as et joker devront faire face, de même que Jube un extra-terrestre se faisant passer pour un joker, venu sur Terre étudier l'espèce humaine.

On ne voyait rien et pourtant, elle était toujours là, il le savait. Elle croisait dans la nuit spatiale, loin de la Terre, aussi noire et massive qu'un astéroïde. Elle glissait entre les étoiles en les masquant, silencieuse et froide, offrant l'apparance d'un corps céleste sans vie. Combien de mondes, combien de races avaient péri pour avoir cru à ce mensonge ? A l'intérieur, elle vivait et évoluait, gagnait chaque jour en intelligence, en sophistication. Et après chaque revers, sa tactique s'affinait.

Pour les différentes espèces du Réseau, elle était l'ennemie aux cent noms : la semence du démon, le grand cancer, la mère infernale, la dévoreuse de monde, la mère des cauchemars.

Si le plus gros de l'intrigue tourne autour de personnages pré-existant, notamment le Docteur Tachyon, ponctuant le roman de leur présence en second plan quand l'intrigue ne tourne pas auteur, quelques nouveaux as sont introduits, assez élégamment.

Travnicek entrevit le spectre de la créature de Victor Frankestein, et ne put réprimer un frisson de peur. L'androïde était-il capable de se rebeller ? De développer des sentiments hostiles à l'égard de son créateur ? Non, cétait impossible. Travnicek avait mis en place des dispositifs de sécurité. L'Homme Modulaire ne pouvait pas évoluer en contradiction avec ses directives de base tant sa conscience digitale demeurait physiquement intacte, de même qu'un homme ne pouvait, sans assistance, changer de profil génétique.

Un sentiment d'aise commença à réchauffer Travnicek. Il contempla l'androïde, admiratif et fier d'avoir programmé un aussi brillant élève.

"Tu te débrouilles bien, pour un grille-pain, lâchat-t-il enfin en éteignant l'écran. Tu me rappelles celui que j'ai été à une autre époque." Il leva un doigt menaçant. "Mais ce soir, pas de partie de jambes en l'air. Retrouve-moi la vieille."

Au final, le récit se situe dans le haut de gamme de la littérature pulps (sans pour autant atteindre le meilleur des différents auteurs), jouant avec les codes et rendant hommage aux classiques du genre (en littérature et cinéma). Un bon divertissement, plaisant et efficace, offrant un dénouement surprenant et très bien vu.