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Les lectures d'Efelle
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19 octobre 2011

Wastburg de Cédric Ferrand

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A l'embouchure du fleuve séparant les royaumes de Waelmstat et de Loritanie se dresse la cité franche de Wastburg. Une ville autrefois dominée par les majeers, des mages, avant que le magie ne s'épuise et ne laisse la place à un univers désenchanté dans tous les sens du terme...

De l'avis général, il fallait être grand et costaud pour entrer à la Garde. Les gens avaient en tête l'image du soldat baraqué qui en imposait quand il faisait sa ronde, dépassant d'une tête la foule agitée du marché. Il était vrai que quiconque avait goûté un jour aux méthodes de maintien de la paix des gardes savait qu'à Wastburg, la loi avait une bonne droite. Si bien qu'on attendait du gardoche moyen qu'il ait du chien.

C'est à travers le regard des membres de la Garde, du plus haut gradé aux orphelins faisant office de messagers pour une pièce, qu'on aborde la cité. Les petites gens étant les plus nombreux c'est eux qui auront le plus souvent la parole. L'intrigue apparaît ainsi en filigrane, le plus souvent d'un point de vue extérieur ignorant tout des tenants et aboutissants de ce qu'il vient de voir.

Waalder attaquait un cervelas et Trumgar faisant semblant de dormir. En vérité, il pesait le pour et le contre. Devait-il faire remonter l'information qu'un alchimiste de première bourre débaroulait en ville ? Wastburg avait toujours eu son lot de brasses-poudres et d'alambiqueux, mais un vrai alchimiste, ce n'était pas monnaie courante dans la cité. Depuis que les majeers n'étaient plus bons à rien, les alchimistes avaient pris du galon auprès des rois et des princes. C'est vers eux qu'on se tournait à présent. D'ailleurs, ne disait-ont pas que les alchimistes étaient tous d'anciens majeers ou fils de majeers reconvertis par la force des choses ? Au prix que devait demander un vrai alchimiste pour bosser, peu de monde pouvait se payer un tel contrat. Ca devait vouloir dire que le burgmaester avait une idée derrière la tête. Créer une grosse quantité d'or pour remplir les caisses de la cité et rénover Wastburg. Empoisonner un maester ou deux. Waalder se souvenait d'une histoire en Loritanie où, une nuit, tous les puits d'une cité avaient été empoisonnés : des centaines de morts. On disait qu'un alchimiste avait fait le coup parce que les habitants du coin avaient refusé de payer l'impôt. Dans tous les cas, ça ne regardait pas la Garde fluviale. Pas de raison de chercher des noises. Fallait juste ne plus boire d'eau pendant quelques jours.

Chaque chapitre est l'occasion de découvrir un nouveau protagoniste ainsi que son point de vue sur les évènements qui le touche, pas toujours en rapport avec l'intrigue principale. De temps en temps, l'un d'eux, tel le recruteur de la Garde, Polkan, réapparaît en toile de fois, l'occasion d'en apprendre alors un peu plus à travers le regard d'un autre personnage. Au fil de ses histoire individuelles, on obtient une vision de Wastburg, tant géographique, de ses bas quartiers au plus rupin, qu'ethnologique, sur les us et coutumes des deux ethnies qui cohabitent en ville et sur le gouffre culturel les séparant... De même toute les facettes de la Garde sont évoquées à travers une galerie de personnages très variées, du plus pourri au plus probe...

Bref, les journées au péage étaient longuettes, mais d'un autre côté, les pontards étaient rarement en danger. Le coupable ne pouvait pas décaniller en direction du Waelmstat, il y avait le même service d'ordre de l'autre côté du pont. Un coup de sifflet et les collègues d'en face savaient qu'un type essayait de se débiner. Paniqués, les fuyards sautaient généralement du pont, en oubliant qu'ils savaient nager aussi bien que des galets. C'étaient alors aux gardes fluviaux de mettre le grappin sur le fugitif tout mouillé, après lui avoir appris à faire la planche à coup de rame. Si quelqu'un avait l'idée saugrenue de sortir une lame pour menacer un pontard, un cri du garde suffisait à faire accourir des renforts qui fonçaient dans le tas sans se poser de question. Non, c'était franchement un poste sûr.

Si l'intrigue principale n'est narrée qu'en pointillé, l'écheveau des intrigues secondaires est dense et tout aussi passionnant avec des ambiances très variées, parfois portées sur plusieurs chapitres, notamment celle sur le cheval au péage qui commence comme une farce avant de se terminer en drame avec d'autres personnages. Le tout donnant une vision très vivante de la ville.

La tour. Il n'y avait pas moyen d'échapper à sa grandeur. Où qu'on soit dans la cité, elle s'imposait dès qu'on levait le pif pour se donner une idée de la météo. Et comme par hasard, la grande fenêtre de la chambre du burgmaester donnait pile-poil sur cet immense perchoir. De quoi y penser tous les matins, avant même d'avoir avalé quelque chose.

Là, avec son ombre qui glissait sans bruit sur les toits, la tour des majeers avait des allures de cadran solaire. Le matin, c'est vers le Waelmstat qu'elle lorgnait, en touchant le pont du bout de son ombre portée. A midi, elle pointerait en direction du port avant de s'étirer inlassablement vers la Loritanie où elle fondait lentement entre chien et loup.

Wastburg est un récit choral parfaitement maîtrisé, très prenant, narré avec gouaille. Un excellent moment se situant quelque part entre Leiber et Jaworski, incontournable pour l'amateur de fantasy.

 

Une interview de l'auteur par Gromovar.

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Commentaires
A
J'ai beaucoup aimé aussi.
I
Merci pour la critique, je note, je le prendrai quand il sortira en poche.
S
Eh bien, je suis preneuse, c'est certain, je me demande même pourquoi ce livre-là n'est pas déjà sur ma PAL...
L
Il m'a l'air bien tentant en effet !
C
Merci beaucoup, Efelle !<br /> Lire ça au petit-déj' part bien la journée.
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