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Larga, un village des plus pauvres au sein de la pauvre Moldavie... Toutefois ses habitants ont l'espoir, l'espoir de s'échapper de ce quotidien morne pour se rendre dans une terre enchanteresse : l'Italie. Un mythe que tous voudraient atteindre mais malmenés par des passeurs indélicats, la dernière expédition de groupe n'a pas été plus loin que Chisinau. Le moral est au plus bas, des drames familiaux se nouent...

- Donc finalement soupira, le vieux Tudor, vous avez dépassé les bornes, tous les deux.

- Oui, confirma Vassili avant de lancer dans l'obscurité : Tu entends, Macha, on a dépassé les bornes, avec cette pendaison !

Tudor profita de l'accalmie pour revenir prudemment à la charge :

- Bon, ben maintenant qu'on est d'accord là-dessus, laisse-nous l'enterrer. Ca va pas nous prendre bien longtemps. Reconnais que tu as pas vraiement besoin qu'elle pende là, juste derrière ta maison.

- C'est pas faux, répondit Vassili en secouant la tête. Ni elle ni son cadavre ne me sont d'aucune utilité. Même les corbeaux, ça les effraie pas, ils continuent à venir dans mon potager. Qui l'aurait cru...

Heureusement le suicide reste une exception et les villageois industrieux, par plus petit groupe, tente leur chance avec des plans de plus en plus délirants : constituer une équipe de curling de classe internationnale, construire un avion à partir d'un tracteur, construire un sous marin de poche... Pour d'autres, le doute est de rigueur, l'Italie n'existe pas ou alors on préfère l'oublier vu le travail que la cadette a dégoté là-bas...

Dans un pays qui a du mal à se remettre de la chute de l'URSS, le quotidien n'est pas rose, la corruption règne, les douaniers devenant des despotes sous couvert de libre entreprise et le chef de l'état n'aspirant, lui aussi, qu'à mettre les voiles... Une accumulation de frustration qui finira par exploser.

Bouche bée, les paroissiens écoutaient le père Païssii dont la verve confinait à la fureur à mesure que son sermon se faisait plus apocalyptique.

- N'est-il pas dit dans l'Evangile qu'il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille ? demanda le père Païssii en agitant sa Bible. Et si c'est bien le cas, pourquoi cette Italie impie vit-elle dans la satiété et l'abondance pendant que nous crevons de faim, de misère et d'aumônes ? Car en fait, qui sont les vrais chrétiens, mes frères ? Les italiens, qui se sont vendus à la foi mensongère de l'église romaine ? Non. Les vrais enfants du Christ, c'est nous. Par conséquent, c'est à nous de commander ! Et donc de déposséder les impurs pour doter les purs !

Roman picaresque, à l'humour acide et amer, Des mille et une façons de quitter la Moldavie constitue un excellent moment, que se soit par les entreprises délirantes des migrants, l'évocation des ruines du régime communiste ou simplement comment un simple paysan mènera par le bout du nez un étudiant en sociologie de la capitale. Une série de vignette aux ambiances variées rappelant Italo Calvino. Une lecture amusante, dépaysante et recommandable.