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Les lectures d'Efelle
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27 février 2010

Aqua TM de Jean-Marc Ligny

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Fatou lève les yeux au ciel, en quête d’un nuage, d’un répit, d’un miracle. Mais c’est toujours pareil : le ciel est ocre, saturé de latérite, le soleil voilé cogne à mort. La température doit atteindre 55°C dans la cour. Des nuages, ça fait bien cinq ans qu’elle n’en a pas vu, du moins assez épais pour donner de la pluie. Le Gouvernement a beau les bombarder de cristaux de sel, les wackmen opérer des sacrifices, les imams et les prêtres adresser des prières, ça ne sert à rien. Dieu les a abandonnés, les esprits des ancêtres aussi et les ONG également. Quant à l’Etat, il n’a pas les moyens. Il n’y a plus que les vautours, qui attendent patiemment. Ceux-là n’abandonnent jamais.

 

2030, le réchauffement climatique fait rage, l’Afrique de l’Ouest se désertifie, l’Europe coule sous les inondations, les Etats-Unis sont ravagés par des tornades. Les états ont privatisés à tout va et ce sont privés de tout moyen d’actions sociales : les déshérités sont de plus en plus nombreux et violents, la population aisée et leurs serfs s’enferment dans des enclaves. A tout cela s’ajoute le terrorisme high-tech de la Divine Légion, une secte chrétienne américaine qui vient de rayer de la carte les Pays Bas en faisant sauter les digues et neutralisant les appareils électroniques.

Truth est un hacker de haut vol, ayant réussi le casse du siècle : le piratage d’un satellite privé de recherche géologique. Dans son butin se trouve des informations concernant la présence d’une nappe phréatique inattendue au Burkina Faso, plus qu’asséché. Assoiffé de reconnaissance, il met cette image en ligne et en informe le gouvernement concerné.

Le maire tourne son regard vers l’ancien lac en contrebas, qui étend vers le nord sa morne étendue de sable et d’argile craquelée, langue de désert ochracée qui vient lécher les faubourgs de la ville. Même à cette distance il distingue les centaines de petites silhouettes qui s’activent, creusent sous le soleil de plomb filtré par un nuage permanent de poussière latéritique. Les tas de sable s’accumulent certains atteignent une belle taille déjà. On dirait une ruée vers l’or, sauf qu’ici l’or est liquide et vital – et qu’ils n’en trouveront pas. L’eau est à 250 m, pour l’atteindre il faut des moyens que même l’ONEA ne possède pas, puisque la présidente les fait venir d’Europe. Or personne ne veut rien entendre : l’eau est là, il suffit de creuser…

 

Tandis que la présidente du Burkina Faso obtient d’une ONG européenne et de la Chine le matériel qui doit lui être acheminée par camion. Laurie, sœur de Truth et membre de l’ONG SOS est chargée du convoyage, Rudy réfugié climatique hollandais qui a tout perdu et cherche à fausser compagnie à une organisation néo nazi et peut être aussi à quelques dealers, lui servira de chauffeur.

Une seule réponse sur une centaine d’annonces, c’est significatif : personne ne veut aller dans un pays où les conditions de vie sont infernales. Du coup, Laurie en est venue à se demander ce qui la motive vraiment, elle, au-delà des bonnes raisons qu’elle s’est données. N’est-ce pas une espèce de fascination morbide pour l’agonie : quitter la mort humide pour la mort sèche, mais côtoyer la mort de toute façon ? Ou bien cette immersion volontaire dans l’atroce réalité du monde n’est-elle pas, à l’inverse, une sorte de thérapie psychologique à ce qui commence à toucher tout le monde, même ceux qui se croient à l’abri dans leurs univers virtuels ou leurs enclaves climatisées : côtoyer la mort en permanence, l’attendre chaque jour ?

De son côté, le PDG de la holding détenant le satellite de prospection, entend bien faire valoir ses droits sur cette nappe d’abord légalement puis à coups de barbouzes plus ou moins doués.

- Les gars, vous m’étonnez. Je n’ai pas l’impression d’avoir affaire à des agents de la CIA censés défendre les intérêts des Etats-Unis, mais à des écolos tiers-mondistes. C’est quoi, votre problème ?

- Notre problème, c’est qu’on est sur place, et pas vous.

- Vous devriez venir voir, monsieur Fuller.

- Bordel, non ! Je ne mettrai pas les pieds dans ce nid à poussière, sauf pour y inaugurer ma station de pompage ! Cette nappe m’appartient, il n’est pas question que je négocie quoi que ce soit !

- Arrêter de postillonner, monsieur Fuller, ça fait des taches sur l’écran.

 

Avec Aqua TM, Jean-Marc Ligny signe un pavé de 730 pages qui se lit très bien, à la narration bien maîtrisée. Après un début assez désespéré, la narration distille des bribes d’espoir en dépeignant les modes de vie des différents peuples du désert. L’ensemble est prenant, l’auteur réussissant à instiller quelques pointes d’humour à un tableau globalement très noir. Le trait manque parfois de nuance mais constitue néanmoins un récit très sympathique mêlant mysticisme et prospective géopolitique sur fond de thriller.

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Commentaires
L
J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur de ce livre lors de mon achat, mon livre est donc dédicacé :) Pour l'instant je suis vers la page 150 et j'accroche assez...Billet à venir!
H
Il a beau être long, il se lit facilement et c'est un grand roman, primé à juste titre.
E
J'ai bien aimé aussi cette nouvelle, il me semble qu'elle doit se passer après Aqua TM par contre.
T
Lu la nouvelle Le porteur d'eau dans un Bifrost consacré à Ligny (avec une longue interview très intéressante) qui se passe dans le même univers et qui donne très envie de lire ce bouquin. Ta chronique me met tout autant l'eau à la bouche. En voilà un qui file tout droit dans ma làl. J'espère qu'il sortira en poche.
E
Merci pour cette chronique, je ferai comme Gromovar et verrai si l'occasion se présente
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