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« Il s’agit d’un négociant indépendant, d’un genre particulier. Pas vraiment prospère. Et qui se retrouve coincé sur ShanDellor en attente d’une cargaison depuis maintenant une demi-année standard. Il doit être sur les dents – suffisamment, je dirais, pour sauter sur cette occasion. Il possède un petit vaisseau poussif avec un grand nom ridicule. Pas luxueux, mais qui nous emportera là-bas, et c’est tout ce qui compte. Il n’y aura pas à s’inquiéter de l’équipage, l’homme est seul à bord. Et il… pour tout dire, il est grand, mais doux, dedans comme dehors. Il élève des chats, à ce que j’ai entendu dire. N’aime pas trop les gens. Boit beaucoup de bière, mange trop. Je doute même qu’il porte une arme. Les rapports disent qu’il vivote, qu’il vagabonde d’une planète à l’autre pour vendre d’absurdes babioles et des petits bibelots minables dans son pauvre vaisseau miteux. Wackerfuss le tient pour une mauviette. Mais même s’il a tort, que peut faire un homme seul ? Qu’il s’avise seulement d’émettre une menace de dénonciation, l’employée et moi, on en fera de la pâtée pour ses chats. »

Tel est donc Haviland Tuf… Embauché, pour une expédition archéologique de récupération d’un ancien vaisseau de guerre cataclysmique, par une bande hétéroclite comptant autant de sociopathes que de naïfs stupides. Datant de l’age d’or de l’humanité, l’Arche est un ancien vaisseau de guerre biologique d’une taille monstrueuse, l’engin peut changer la face de n’importe quel planète, vestige d’une guerre sanglante ayant opposée l’humanité à une race extra terrestre. Vu la nature des employeurs de Tuf, la récupération va vite tourner au jeu de massacre auquel seul Haviland survivra. Commence alors pour lui une nouvelle carrière : celle d’ingénieur écologique itinérant.

Impassible, misanthrope, ultra protecteur envers ses chats, obèse mais végétarien, intelligent et surtout honnête, contrairement au Cugel de Jack Vance, Haviland Tuf est véritablement le seul honnête homme dans un univers malhonnête. Il ne ment que par omission et encore rarement. Disposant d’un vaisseau qui attire nombre de convoitise et détenteur d’un pouvoir dont la seule mention corrompt les hommes les plus intègres, Haviland sillonnera la galaxie en proposant ses services.

 « Votre point de vue est bien clair, dit Tuf en grattant Dax derrière l’oreille. Quoique votre façon de l’exprimer n’ait pas l’heur de me séduire. Néanmoins, si l’arrangement que vous suggérez avec tant de vigueur bénéficiera sans aucun doute à la Maison d’Arneth-du-Bois-d’Or, les autres Grandes Maisons de Lyronica ont, quant à elles, tout à y perdre, sans compter que cela m’obligerait à tirer un trait sur de substantiels revenus futurs. Peut-être que je ne comprends que partiellement votre proposition. Je suis facilement distrait et il se peut que j’aie mal entendu la partie de votre développement où vous évoquiez la somme que vous comptiez me proposer pour que j’accède à votre requête de ne plus traiter avec les Grandes Maisons de Lyronica. »

 Les situations sont variées, traitées intelligemment par George R.R. Martin alternant scène dramatique et moment comique pour donner un ensemble jubilatoire. Haviland Tuf, honnête mais pas naïf, a de nombreux points communs avec les personnages de Jack Vance sans pour en avoir pour autant la violence.

Un space opera très honnête, distrayant et jubilatoire. En tant que personnage, Haviland Tuf, vaut le détour à lui seul.

 « Haviland Tuf passa la main par-dessus son épaule et gratta Chaos derrière l’oreille. « Pourquoi faut il, demanda-t-il sur un ton de reproche, que l’on doute toujours de nous ? »
Le chat ne répondit pas. »