La Revanche de la Rose de Michael Moorcock

Dernier roman en date dans le cycle d'Elric, Moorcock se permet de prendre quelques risques en intégrant un personnage, à la personnalité forte, issu de l'univers de Gloriana. Un mélange des genres audacieux pour une aventure hors normes.
La Revanche de la Rose (1991)
De retour d'une aventure dont on ne saura pas grand chose (surtout une astuce pour intégrer le roman à ce point du cycle), Elric est confronté à deux rencontres pour le moins étrange : le poète Wheldrake venant d'un univers élisabéthain et surtout d'une dragonne. Elric arrive à se faire reconnaître de cette dernière et se laisse emmener, trop heureux de voler à nouveau, savourant simplement ce plaisir...
Mais la dragonne était mandaté et emmène Elric par delà le temps dans le passé lointain de Melniboné avant même la construction d'Imrryr. Dans les ruines d'une cité plus antique, Elric est confronté à l'âme de son père. Sans doute l'être qui lui voue le plus de haine.
Son père l'informe rapidement de ses exigences, à la veille de sa mort, il a caché son âme dans un coffret afin d'échapper à l'emprise d'Arioch et pouvoir rejoindre celle de sa femme pour l'éternité. Malheureusement, un enchainement de trahison a éloigné le coffret de Melniboné à travers plusieurs plans d'existence. Elric doit mettre la main sur ce coffret afin d'accomplir l'âme de son père. S'il ne s'exécute pas, Sadric attachera à jamais son âme à celle de son fils. Et voilà Elric qui file pour régler son Oedipe !
La dragonne dépose Elric dans un autre monde, en un point ressemblant tellement au sien qu'il à nouveau sur Wheldrake. Leur chemin croisera ensuite celui de Gaynor, un ancien défenseur de la Balance désormais voué au Chaos, à la recherche de mystérieuse soeurs. Plus tard, en ville, les deux compagnons se joindront à la Rose, elle aussi à la recherche de trois soeurs.
Ensemble, ils prendront pied au sein de l'étrange et perverse Nation Tsigane, une organisation toujours en mouvement, prompte à recourir à l'esclavage tout en se cachant derrière un vernis de culture et d'arrogance.
Il s'ensuivit un certain nombre de rites d'initiation inconnus d'Elric, mais que Wheldrake redoutait comme étant bien trop familiers et que la Rose accepta, comme si, elle aussi, avait parfaitement connu ce genre d'expériences.
Il y eut des banquets, des discours, des représentations, des visites aux quartiers les plus vieux et les plus baroques du village, de petits sermons sur son histoire, son architecture et son incomparable restauration, jusqu'à ce qu'Elric, qui ruminait toujours le vol de l'âme de son père, en vînt à souhaiter qu'ils se transforment tous en des créatures qu'il serait plus apte à affronter... des monstres bondissants, tranchants et bavants sortis du Chaos, ou un demi-dieu irraisonnable, par exemple. Il était rare qu'il eût à ce point le désir de tirer son épée pour qu'elle réduise au silence cette mixture de préjugés, de semi-ignorance, de snobisme, d'idées reçues, de voix bruyantes et supérieures, si totalement rassurées par tout ce qu'elles rencontraient et lisaient qu'elles croyaient, de manière absolument confiante et invulnérable, avoir la maîtrise totale de la réalité...
Alors que la patience d'Elric (et du lecteur) arrive à son terme, les évènements s'accélèrent. Gaynor, dans un autre village, a commis l'irréparable. Le sort des tsiganes est scellé. Avec l'aide d'une famille d'extra lucide, les trois aventuriers, se lance sur la piste du monstre. En effet, il a mis la main sur les trois soeurs et il apparait maintenant à Elric que celles ci qui détiennent l'âme de son père... Commencera alors une épopée baroque à travers plusieurs plans, dont celui du Chaos primordial, tout droit dans les pattes d'un Arioch omnipotent en son domaine.
Car c'était là un autre détail qu'avait appris Elric : se compromettre avec la Tyrannie entraînait la destruction. Le choix le plus sain et le plus logique se situait toujours dans la résistance. Ceci donnait à Elric sa force... sa colère profonde envers l'injustice et l'inégalité.... la certitude, maintenant qu'il avait vécu à Tanelorn, qu'il était possible de vivre en harmonie avec des mortels de toutes extractions, de demeurer vif et impliqué dans ce monde. Ceci, il se refusait à le vendre ou à le mettre à l'encan et, rejetant ainsi de s'abandonner totalement au Chaos, sa seule conscience devait porter le fardeau de ses crimes et il devait vivre nuit et jour en sachant qui il avait tué ou détruit.
L'occasion pour Elric de s'affirmer et de prendre ses distances avec le Chaos. A priori décousue, l'intrigue se révèle progressivement très structurée une fois que son connu les agendas de chacun. La narration est soutenue par la présence de Wheldrake, notamment avec le triangle amoureux qu'il formera avec une jeune fille extralucide et un démon. Une situation détonante qui donne une touche d'humour à l'ensemble.
Roman atypique dans le cycle, la Revanche de la Rose, est une véritable prise de risque de Moorcock, fin des aventures formatées pour laisser place au baroque débridé. Un exercice casse gueule dont l'auteur se tire très bien, avec une conclusion apaisée et surtout un Elric à la personnalité plus affirmée. Un excellent moment, incontournable dans le cycle.