Tancrède d’Ugo Bellagamba

Tancrède de Hauteville, neveu de Bohémond de Tarente est un normand d’Italie. A la suite de son oncle, il répond à l’appel à la croisade d’Urbain II. Alors que Bohémond est bien le digne fils de son père et compte se tailler un domaine en orient, Tancrède apparaît comme un croyant sincère.
Lors de leur arrivée à Constantinople, le choc est rude
quand la plupart des chefs de la croisade prête allégeance à l’empereur Alexis
Comnène.
Je suis un Croisé, pas un arrière-arrière vassal d’un Grec, fût-il Empereur. Je suis bien décidé à mener la Croisade sans me plier aux exigences diplomatiques du Basileus. Les puissances temporelles n’ont pas à interférer avec une quête spirituelle.
Si j’ai accepté de recevoir Bohémond dans ma tente, au sommet d’une éminence naturelle qui descend en pente douce jusqu’à la mer, c’est simplement en raison de nos liens familiaux. S’il croit me faire changer d’avis, il se trompe lourdement.
Le soleil, comme mon ressentiment, chemine vers son zénith,
dardant ses rayons sur les parties métalliques de l’armure du nouveau vassal d’Alexis
Comnène.
Dans cette uchronie, Ugo Bellagamba met magnifiquement en
scène son Tancrède. Les faits historiques avérés sont présentés avec justesse.
Du refus du serment de Bohémond à son différent à Tarse avec Baudouin de
Boulogne (futur comte d’Edesse puis roi de Jérusalem).
Je repère immédiatement Baudouin, encadré par ses chevaliers
à l’air farouche. Ils ressemblent plus à des mercenaires qu’à des pénitents.
Lui-même, petit et gros, le visage mangé par une barbe sale et le baudrier de
travers, ressemble à l’un de ces barons félons qui écument les frontières des
principautés occidentales à la recherche de richesses à dérober. Il n’a rien de
la dignité de son aîné. C’est bien simple, à ses côtés, le truculent Bohémond
aurait pu passer pour un ascète accompli.
Le point de divergence est la prise d’Antioche. Tancrède n’en
peux plus de ces massacres aveugles et de l’opportunisme de la plupart des
chefs de la croisade. Il rompt définitivement tout lien avec son oncle et les croisés. Après un temps d’incertitudes,
il décide de contribuer à la défense de la ville sainte en tentant d’unir les
seigneurs musulmans avec le concours d’agents fatimides.
Dans le regard du jeune sultan, je ne peux déceler aucune duperie.
Pourtant, on dirait qu’il récite des phrases apprises par cœur.
« Pourquoi faire appel à moi ?
- Parce que toi et tes chevaliers êtes désormais une pièce
libre sur l’échiquier du Destin. Parce que je crois qu’une trentaine de
guerriers déterminés, emmenés par un chef aux idées claires, peut changer le
futur mieux que cents armées. Si tu m’aides, je te livrerai les clefs de la
sauvegarde de Jérusalem. »
Bellagamba déploie ensuite son récit, imposant à son
personnage un cheminent qui va l’emmener très loin de ses positions initiales…
La narration est plaisante et la dureté de l’époque bien retranscrite. Toutefois,
il y a quelques maladresses dans le début du récit avec des dates qui sont
cités trop souvent (alors que chaque chapitre est déjà daté), par ailleurs j’ai
eu un peu de mal à adhérer à une unification musulmane aussi rapide, même avec
le concours du Vieux de la
Montagne. L’introduction du personnage de Clorinde en tant
que musulmane m’a un peu surpris initialement mais ce point est mineur et a été
fait apparemment dans le but de mêler à l’uchronie, un opéra redécouvert par un
parent de l’auteur. Enfin, j’ai eu une
petite frustration de ne pas trouver plus de descriptions des inventions « pneumatiques ».
Au final, ce roman est une uchronie intéressante, teintée d’utopie. L’ambiance de la croisade est bien rendue et les rebondissements sont sympathiques. Malgré quelques détails plus faibles, Tancrède n’en reste pas moins un bon roman mais pas totalement maîtrisé.