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Les lectures d'Efelle
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30 janvier 2015

Victus, Barcelone 1714 d'Albert Sanchez Pinol

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Fils prodigue d'un négociant catalan, Marti Zuviria, se fait renvoyer des carmélites suite à l'incartade émêchée de trop. Toutefois, plutôt que de le renvoyer à son père, le doyen lui donne une lettre de recommandation pour le seigneur du château de Bazoches : le marquis de Vauban. Accepté par un heureux hasard et motivé par la beauté d'une des filles de Vauban, Marti suivra l'enseignement du maître et se destinera à une carrière d'ingénieur militaire.

Les généraux jeunes et ambitieux, par exemple, tendaient à être coehoorniens. Que leur importait de sacrifier le vie de cinq cents, mille, deux milles soldats lors d'une attaque audacieuse ? Ils recherchaient la gloire, et après tout ce n'étaient pas eux qui devaient traverser ces labyrinthes de pierre, leurs cruels fossés et leurs murs escarpés. Par contraste, et aussi peu doctes qu'ils soient en la matière, les soldats ordinaires étaient des vaubaniens radicaux. Par intérêt personnel ! Il faut dire que Vauban, en fait, n'était pas un militaire. Il n'en fut jamais un. L'ingénieur a toujours commandé au soldat. Lors du premièr siège qu'il put diriger, il écarta les généraux afin de s'adresser à la troupe en ces termes :"Donnez-moi votre sueur et j'épargnerai votre sang." De la sueur en échange du sang. C'était ça.

Peu de temps après la mort de Vauban, Marti intègre l'armée franco-espagnole au cours de la Guerre de succession d'Espagne. Soucieux de sa survie au point d'élever la lâcheté au rang d'art, Marti se débrouillera pour rester loin du fracas des armes ou toujours dans le bon camp. Néanmoins, ses origines catalanes prendront le dessus quand le sort de la Catalogne deviendra inquiétant.

Ne pas savoir ce que nous voulions hormis nous distraire sur un petit pied. Pas ça, ni ça. Ni la France, ni l'Espagne, mais nous étions incapables de construire notre propre édifice politique. Ni résignés à notre destin ni disposés à le changer. Pris entre les machoires lentes de la France et de l'Espagne, nous nous contentions de contourner la tempête. Aussi flottions-nous comme un madrier à la dérive. Nos classes dirigeantes, en particulier, étaient le comble de l'indécision chronique, toujours à mi-chemin entre la servilité et la résistance. Sénèque l'a déjà dit : si un marin ne sait pas vers quel port il se dirige, aucun vent ne lui sera favorable.

S'il a croisé les grands de France, c'est parmi les déshérités catalans que Marti se trouvera une famille : un orphelin de guerre accompagné d'un nain, rats des tranchées, une protistuée ingénieuse... Leurs trajectoires se croiseront plusieurs fois, de manière calamiteuse pour Marti, dans le sillage des armées, avant de les réunir à Barcelone. Une épopée véritablement picaresque et comique. Sur place après un temps de calme, la guerre les rattrape et Marti rempile dans les rangs locaux.

Pendant ce temps, Anfan passait entre les spectateurs avec un petit sac ouvert dans les mains, demandant la charité et chantant des vers rimés très populaires à l'époque :

- Entre Carlos tres i Felip cinc, m'han deixat ab lo que tinc ! Entre Charles III et Philippe V, ils m'ont laissés ce que j'avais sur moi.

Ah, le rire, cet exutoire de la peur, qui l'enfouit mais ne l'expulse pas. Car la troisième phase est la terreur.

Celle-ci arriva en ville comme la peste, apportée par des voyageurs. Tous les fuyards de Catalogne confluèrent vers Barcelone. Quand ils franchissaient les portes de la ville, ils étaient abordés par les Barcelonais, qui les interrogeaient sur ce qui se passait à l'intérieur des terres. La réponse était toujours la même :

- Tous les horizons brûlent.

Changement de ton avec le siège de Barcelone et l'inéluctable carnage... Courage du peuple, abnégation du général De Villarroel castillan rallié aux catalans, absurdité des positions des politiciens barcelonais...

Hommage à Vauban, roman historique successivement comique et tragique , Victus - Barcelone 1714 est un récit multiple, fort et prenant. Un excellent moment des plus recommandables.

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