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Les lectures d'Efelle
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6 mars 2014

L'Ouvreur des Chemins de Laurence Suhner

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Déjà, un cône de ce néant orbitait vers la surface du Glacier, le plafond de la salle disparaissait dans un brouillard. A la fois aussi compact et solide que le roc, aussi mouvant et bouillonnant qu'un liquide porté à ébullition, et ça se métamorphosait au fur et à mesure de sa progression au coeur de la matière : ça l'empoisonnait comme virus. Dominant avec difficulté son effroi, Taurok avait ordonné la mise en place d'une batterie de dispositifs de sécurité. Devant leur inefficacité, ils avaient ensuite recouru à la technique du pare-feu. A grand fort d'hommes, des nanostructures de carbone expansé avaient été injectées dans les parois du couloir et du portique pour enrayer le processus. Un type de protection autodispersive supposée contenir à peu près n'importe quoi. Du moins, n'importe quoi de connu.

Mais comment circonscrire ce qui n'est rien ? Comment brider le néant ? Museler l'entropie ? Surtout si celle-ci trépigne d'une noire colère...

Suite de Vestiges, ce second tome de la trilogie de Laurence Suhner démarre tambour battant avec une déflagration apocalyptique dévastant les vestiges, décimant tant les chercheurs que les barbouses de la milice... L'occasion pour Ambre d'être sauvé par l'Etranger, tandis qu'une poignée de chercheurs profitant de la désorganisation générale réussisse à échapper à leurs geôliers et rallier les Enfants de Gemma. Répit de courte durée, la milice ne lâchant pas le morceau malgré la catastrophe en marche, mené tant par ses officiers opportunistes et bas du front, que part Tranktak transfiguré par son constact avec le fluide...

Ses tentatives continuaient à se dérouler dans un autre univers parallèle à celui de son visiteur. Il ne prêtait pas plus d'attention à Gemma qu'au Soleil, qu'à la molécule d'ADN ou au malheureux atome d'hydrogène - perdu au milieu de ce cafouillis- avec lequel elle avait entamé sa démonstration. Finalement, ses gribouillis ne ressemblaient à rien. Des hiéroglyphes et des cercles - même pas ronds ! - sur le sol. Pas plus scientifiques qu'artistiques. Elle était impuissante à se faire comprendre. Elle aurait pu aussi bien se rouler par terre ou lui tirer la langue. Elle songea aux pompeux traités d'exobiologie théorique qu'elle avait appris par coeur, aux déclarations de la cinquième commission Grand Arc. De pures et stériles abstractions ! De la masturbation intellectuelle pour bureaucrates désoeuvrés ! Pourquoi s'imaginait-on toujours qu'une civilisation extraterrestre éprouve nécessairement le désir de communiquer ? L'anthropocentrisme était loin d'avoir dit son dernier mot.

Du côté d'Ambre, l'étrangeté de l'expérience et le stress imposé par la traque de la milice, réduisent fortement son arrogance et ses certitudes scientifiques. Elle commencera un nouveau cheminement lui permettant de renouer avec son passé et son héritage indoue, pas forcément incompatible avec ses ambitions scientifiques. Pour ce qui concerne, Kya, le moment est venu de murir, déjà en se confrontant à des individus l'éclipsant puis face à des évènements de plus en plus traumatisants, d'épreuves à surmonter. Si sa maladresse et sa candeur restent une des clés de l'intrigue, le personnage gagne en capital sympathie, la gamine insupportable s'effaçant peu à peu.

Du côté des personnages secondaires c'est le jeu de massacre, le désastre n'épargnant pas grand monde... D'autant plus que le petit groupe d'indépendantistes et de scientifiques tentera de barrer le chemin à l'horreur quantique qui croît...

Sans doute rêvait-elle... Ce ne pouvait être qu'un délire, un avant-goût de la mort inéluctable qui l'attendait, qui les attendait tous maintenant. Jamais l'astronef ne réussirait à freiner à temps.

Et le Grand Arc continuait de grossir, et Taurok de hurler. Et le rythme d'enfler.

Elle devait profiter de ces derniers instants qui lui étaient accordés. Son regard plongea vers la surface du vaisseau des Bâtisseurs, essaya de comprendre, d'en déchiffrer la trame.

C'était étrange, cette façon d'en finir, encastrée dans l'objet de ses désirs et de ses fantasmes. Si proche et pourtant toujours impénétrable à ses yeux.

Beaucoup plus nerveux que le premier tome, la mise en place étant terminé et l'apocalypse en marche, l'Ouvreur des Chemins est une lecture agréable. La partie mystique du premier tome est prolongée mais aussi justifiée avec l'entrée en scène de ce Yog Sothoth quantique, cauchemar à la Lovecraft réussi. L'intrigue est bien mené, sans digressions inutiles et encore une fois on a hâte de lire la suite. Essai transformé en ce qui me concerne, à suivre...

 

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Commentaires
G
Une surprise alors ce second tome, le conseillerais-tu si on a eu un peu de mal avec le premier mais que l'on souhaiterait redonner sa chance à la série ?
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