Terreur Apache de W.R. Burnett
Arizona 1886, deux chefs apaches sortent de leurs réserves, Toriano le plus jeune, éduqué à l'occidentale, entend bien mener une équipée sauvage pour obtenir le prestige lui permettant de prendre l'ascendant sur toutes les tribus apaches... Vu le terrain et la maîtrise de celui ci par les insoumis, l'armée rappelle Walter Grein, pour diriger ses irréguliers. Une poignée d'éclaireurs étant plus efficace qu'un régiment de cavalerie dans le désert accidenté de l'Arizona.
Devant lui, juste au-delà des dernières pentes herbues, le Bassin s'étirait jusqu'aux contreforts des collines, plat et effondré, tel le sol d'une planète morte. On y trouvait des rochers aussi larges que des maisons, de profondes ravines calcaires, des amoncellements de sable soufflés par le vent, et de gigantesques cactus saguaros qui mesuraient trois fois la taille d'un homme à cheval, surgissant de cette désolation comme des croix aux formes torturées. En été, seuls les plus courageux s'aventuraient à le traverser. Celui qui se perdait pouvait dire adieu à la vie. La chaleur atteignait soixante degrés à midi, sans la moindre goutte d'eau à la ronde. Au printemps, ce n'était pas trop mal, la nuit comme le jour. Les Apaches surnommaient cet endroit la "Terre du Mal". Beaucoup de mauvaise médecine... D'après eux, les coyotes du Bassin étaient tous des animaux surnaturels, des esprits des morts, à la manière des loups-garous.
Arrivé sur place, Grein se retrouve confronté entre deux logiques, celle des envoyés de Washington qui souhaite une résolution en douceur et celle des Apaches de la réserve ou en fuite vers le Mexique voulant la tête de Toriano, tête brûlée voué à amener le désastre sur leurs existences... Grein en accord avec les apaches mettra les pieds dans le plat et se mettra du monde à dos.
- Autre chose... Vous dites, "les indiens". Mais il ne s'agit pas juste des Indiens. Il s'agit des Apaches. De nombreux indiens répondent à la gentillesse : les Pueblos, par exemple, ce sont des gens très aimables ; ou même les Navajos, qui ont renoncé à leurs mauvaises coutumes. Mais pas les Apaches. Savez-vous ce que veut dire "Apache" ? C'est un mot zuni qui signifie "ennemi". Les autres indiens les ont désignés ainsi - eux-mêmes se nomment les "N'De". En réalité, "ennemis" est bien le terme qui convient : ennemis de la race humaine et de tout ce qui est vivant.
Car Grein est une contradiction ambulante, ouvertement raciste dans ses propos, il respecte le mode de vie apache parfaitement adapté aux conditions locales. Taciturne et doté d'une langue acérée, il n'est vraiment à l'aise qu'avec les apaches dont la nonchalance en ville lui convient plus que les conventions occidentales. N'ayant en tête que la compétence, il ne s'entoure que de vauriens occidentaux et d'apaches renégats. L'hostilité qu'il provoque conjuguée à la méconnaissance de la situation par les autorités compliqueront la situation et feront un temps le jeu de Toriano.
Le capitaine gratifia l'assemblée d'un regard sans complaisance. Le plus bel assortiment de gredins et de dangereuses crapules qu'il eût jamais vu. Dutchy, qui avait tué trois hommes blancs en quelques années mais n'avait toujours pas été jugé. Mackinnon, un ivrogne. Riggs, un excellent éclaireur, mais capable aussi de se comporter comme un fou furieux lors de ses virées en ville. Sans-Pareil, ce que l'on trouvait sous le soleil qui s'apparentât de plus près à un idiot. Mitch et Boze, deux des pires "gentils" Indiens de la réserve, qui voleraient jusqu'à la dernière pierre d'un bâtiment si on leur en laissait le temps. Quant à Grein - eh bien, de l'avis du capitaine, ce n'était qu'un Toriano à l'envers, version anglaise.
Du moins jusqu'à ce que son lâche la bride de Grein et de sa bande, pour les lancer dans une équipée suicidaire dans les badlands...
Bien que s'inspirant de personnages réels, on sent que W.R. Burnett a aussi officié dans le polar tant Grein évoque l'archétype du dur à cuire, efficace et peu causant. La narrration est efficace et l'ambiguïté de tout ce petit monde bien démontrée, seule le petit détour par la romance platonique sonne faux, seul défaut de ce page turner des plus efficace. Un bon moment.
Une lecture conseillée par la Librairie Charybde, l'avis de Nébal.
