Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez
Intrigué par une référence, citée par l'ami Anudar, j'ai fini par me diriger vers ce monument...
Quelque part en Amérique du Sud, José Arcadio Buendia se consume de désir pour sa cousine qu'il finit par épouser. Ursala, cette dernière, est terrifiée par l'éventualité de la naissance d'un enfant doté d'une queue de cochon, due à la consanguinité. Elle se refuse un temps à son époux... Des lazzi qui lui seront servis par son entourage débouchera un crime d'honneur. Vaincu par le remords et le fantôme de sa victime, José Arcadia fuira son lieux de naissance. Ursula et tous leurs amis les suivront dans cette fuite en avant pour un nulle part où ils fonderont le village de Macondo. Un lieu perdu, loin de tout, où personne n'est encore mort...
Cependant que Macondo fêtait la reconquête de ses souvenirs, José Arcadio Buendi et Melquiades secouaient un peu la poussière de leur vieille amitié. Le gitan venait au village, tout disposé à y rester. Il était allé chez les morts, en effet, mais s'en était retourné parce qu'il ne pouvait supporter la solitude. Banni de sa tribu, dépouillé de tout pouvoir surnaturel en châtiment de sa fidélité à la vie, il résolut de se réfugier dans ce coin perdu de la terre que la mort n'avait pas encore découvert, pour se consacrer à la mise en place et au fonctionnement d'un laboratoire de daguerréotypie.
A travers les frasques de l'extravagante lignée des Buendia se déroulera l'évolution du village de simple hameau en gros bourg... Comme une allégorie de l'histoire de l'Amérique du Sud, des fureurs insurrectionnelles d'Aureliano Buendia à l'installation d'une compagnie agricole américaine sous le regard de José Arcadio le second.
La nuit même où son autorité fut reconnue par tous les commandos rebelles, il se réveilla en sursaut pour réclamer à grands cris une couverture. Un froid intérieur qui le pénétrait jusqu'aux os et le mortifiait même en plein soleil l'empêcha de bien dormir pendant plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il en prît l'habitude. L'ivresse du pouvoir commença à se gâter de bouffées amères. Cherchant un remède contre le froid, il fit fusiller le jeune officier qui avait proposer l'assassinat du général Téofilo Vargas. Ses ordres étaient accomplies avant d'être communiqués, avant même qu'il ne les conçût, et allaient toujours beaucoup plus loin qu'ils n'aurait osé les faire aller. Egaré dans la solitude de son immense pouvoir, il commença à perdre la boussole.
Si le titre de ce roman se rapporte au sort réservé aux manuscrits prophétiques de Melquiades, il concerne aussi le sort la plupart des protagonistes de ce roman riche et dense. Tant celui de José Arcadio, attaché au chêne dans le cour suite à sa douce démence que celle d'Ursula luttant pendant des décennies pour dissimuler sa cécité causée par une cataracte. Sans oublier, la jalousie amoureuse aigre d'Amaranta ou la pudibonderie absurde de Fernanda qui les aliéneront.
Si les destins varient, les évènements vécus par une génération font échos à ceux vécus par la précédentes, accentués par une narration en boucle assez ingénieuse. Roman dense, pas forcément facile à suivre, Cent ans de solitude est une succcession de moments d'anthologie, de diatribes s'étendant sur plusieurs pages à une poignée de mots des plus spirituels. Un livre qui marque durablement.
