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2 octobre 2013

Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

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"Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce q'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence."

J'ai daté : Killybegs, le 24 décembre 2006. J'ai signé. Et puis je suis rentré.

Contrepoint et complément à Mon traitre, Retour à Killybegs offre le point de vue de Tyrone Meehan. Plus que le récit d'une trahison, une page de l'Irlande, fresque familiale amère.

De l'engagement de son père, suivi de la déception suite à l'indépendance de l'Irlande. Père d'une famille nombreuse, le père de Tyrone doit renoncer à s'engager dans les brigades internationales en Espagne... Déçu, amer, il sombre dans l'alcoolisme et finit par disparaître. Accueilli par son oncle, Tyrone et toute sa famille quitteront l'Irlande pour Belfast en 1941... Une enfance en pleine guerre où l'engagement de l'IRA auprès de l'Allemagne exacerbent les tensions, commencent les premières violences de la part des loyalistes et l'engagement inexorable de Tyrone auprès des républicains.... Guetteur, transporteur d'armes, lui et quelques autres gamins s'investiront de plus en plus et connaitrons très tôt les geoles britanniques.

Mon premier cachot. Et mes première larmes. Elles attendaient un signe de moi. Depuis mon arrivée j'étais trop occupé par la fierté et la douleur. Mais une fois la porte close et les murs refermés sur moi, je n'avais que dix-sept ans. Plus Fianna, plus républicain, pas même irlandais, soldat de rien ni personne. J'ai pleuré, couché sur mon lit, genoux relevés contre ma poitrine et mains croisées sous le menton. A cet instant, j'ai compris que ma vie suffoquerait entre ces murs captifs et ma rue barbelée. J'entrerais, je sortirais jusqu'à mon dernier souffle. Mains libres, entravées, libérées de nouveau pour porter un fusil en attendant les chaînes. Sans savoir si la mort m'attendrait dehors ou dedans.

Au fil des ans, on assistera à l'ascension de Tyrone, héros local, tout au long du déroulement du conflit. La violence appelant la violence... Les années passent, les amis, les connaissances sont emprisonnés, meurent. Les scène douloureuses s'additionnent jusqu'à la fin des années Tatcher où Tyrone se fait finalement piéger...

Alors j'ai renoncé à mourir. A vivre aussi. Je serais ailleurs, entre ciel et terre. Je les emmerderais tous ! Les Brits, l'IRA, ces donneurs d'ordres ! Je n'en pouvais plus de cette guerre, de ces héros, de cette communauté étouffante. J'étais fatigué. Fatigué de combattre, de manifester, fatigué de prison, fatigué de clandestinité et de silence, fatigué de prières répétées depuis l'enfance, fatigué de haine, de colère et de peur, fatigué de nos peaux terreuses, de nos chaussures percées, de nos manteaux de pluie mouillés à l'intérieur.

Page d'histoire douleureuse, ce récit est beaucoup plus puissant que celui de Mon traitre, en rentrant dans la peau de Tyrone, on découvre, le prix de son combat, ce qui l'y a conduit et comment il en est venu à trahir. Situation finalement éprouvante, tant la sensation de trahir et remplacée par celle de l'être constamment, toutes ces intentions étant finalement retournées contre lui. Ambiance pesante et captivante, tant l'horreur, la cruauté et la durée du conflit transparaissent dans ce roman. Plus immersif et poignant que Mon traitre, Retour à Killybegs est une indéniable réussite, un incontournable.

 

L'avis de Brize.

 

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Commentaires
A
Bonjour, bravo pour cet article bien écrit. J'ai aussi adoré ce roman. Cela m'a permis de comprendre un peu mieux ce qui c'est passé en Irlande.
K
Tout le monde me dit que maintenant que j'ai lu mon traître, il faut que je lise celui-ci. Tu ne fais que renforcer cet avis!
B
Je n'avais pas lu "Mon traître" et j'ai découvert l'auteur avec ce roman, qui m'a fait très forte impression.
L
Merci pour cette chronique. J'en ai vu une très mauvaise adaptation théâtrale l'an dernier qui m'a complètement dissuadé de me tourner vers les romans.<br /> <br /> http://lependu.blogspot.ch/2013/04/mon-traitre-vidy.html
G
Il faudrait que je lise. Mais ce ne sera pas dans l'immédiat, la liste des trucs à lire ne cesse d'augmenter.
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