Le sens du vent d'Iain M. Banks

- Il se trouve, poursuivit Tersono que même le mieux disposé et le plus, euh... résolu des vaisseaux risque de ne pas accéder à la demande que vous avez dit vouloir formuler. En fait, je suis prêt à parier gros qu'il la rejetterait.
Ziller continua de mordiller sa pipe. Elle s'était éteinte.
- Ce qui signifie que Contact a déjà fait le nécessaire, pas vrai ?
Tersono oscilla à nouveau.
- On pourrait dire qu'un petit sondage a été effectué.
- Oui, on pourrait. Et, bien sûr, toujours en supposant que vos Mentaux disent tous la vérité.
- Oh, il ne mentent jamais. Ils dissimulent, ils esquivent, ils tergiversent, ils confondent, ils troublent, ils distraient, ils occultent, ils déforment subtilement et font exprès de comprendre de travers avec ce qui semble souvent une délectation positivement jubilatoire et sont en général parfaitement capables de réussir à donner une impression sans aucune équivoque de leur comportement futur tout en projetant en réalité de faire exactement le contraire, mais ils ne mentent jamais. Loin de moi cette pensée !
Sur une orbitale de la Culture, Masaq', Ziller, un compositeur de génie, de la race des chelgriens, a trouvé refuge. Tournant le dos à son peuple, du fait de l'impitoyable système de caste qui perdure... Quelques années auparavant, la Culture a tenté de donné un coup de pouce à la civilisation chelgrienne, corrompant les représentants locaux pour promouvoir un idéal démocratique. Les mentaux de la Culture n'avait pas pris en compte la nature prodonde des chelgriens, une guerre civile a éclatée à l'instigation des castes libérées. Cinq milliards de morts en moins de cinquante jours, au terme desquels la Culture a mis un terme au conflit en révélant ses manipulations, sa responsabilité et faisant acte de contrition.
Les Chelgriens ont rebâtis leurs mondes et l'élite religieuse de cette société a décidée d'envoyer vers la Culture et le compositeur en exilt un émissaire, Quilan. Un ancien officier des forces armées, reconverti en moine suite à la disparition de son épouse au cours du conflit. Contact exulte et lui déroule le tapis rouge, Ziller se renfrogne et tente d'éviter une rencontre qu'il juge pour le moins suspecte malgré les assurances de la Culture.
- J'imagine qu'il avancera qu'ils ont besoin de vous dit patiemment Kabe.
- Pour que je sois leur trophée au lieu d'être celui de la Culture ?
- Je crois que "trophée" n'est pas le terme qui convient. "Symbole" serait peut-être un meilleur choix. Les symboles sont importants, les symboles fonctionnent. Et lorsque ce symbole est une personne, alors, le symbole devient... dirigeable. Une personne symbolique peut jusqu'à un certain point, choisir sa propre voie et déterminer non seulement son propre destin, mais aussi celui de la société dont elle fait partie. En tout cas, ils vont avancer que votre société, votre civilisation tout entière a besoin de faire la paix avec son plus illustre dissident afin de pouvoir faire la paix avec elle-même et entamer sa reconstruction.
Pendant ce temps, Ziller oeuvre sur un opéra commandé par le Mental Central de l'orbital. Ce dernier, vétéran du conflit contre les Idirans souhaite célébrer la fin de ce dernier, des siècles auparavant, quand la lumière du nova provoquée au cours du conflit va atteindre Masaq'. De son côté Quilan découvre au fur et à mesure, le passager inclus dans son esprit et l'étendue de sa mission...
Plus vraisemblablement, le nom du vaisseau était une coïncidence. Il y avait parfois chez les gens de la Culture une sorte d'attitude négligente, l'envers de la médaille d'une société célèbre pour son exhaustivité et sa ténacité dans ses entreprises, à croire que de temps en temps ils trouvaient qu'ils allaient trop loin dans leur minutie obsessionnelle et essayaient de la compenser en se lançant brusquement dans un comportement frivole ou irresponsable.
Si le roman penche régulièrement du côté de la farce avec le comportement de star capricieuse de Ziller et les situations incongrues qui tombent sous le regard de l'ambassadeur Kabe (un envoyé d'anciens alliés des Idirans), le spleen est de rigueur en ce qui concerne Quilan, ses réminiscences et ses échanges avec les avatars du Central ou Kabe. Chacun portant à sa manière les cicatrices d'un conflit brutal.
Avec Le sens du vent, Banks atteint ici un équilibre rare mêlant des souvenirs douloureux à la légèreté du mode de vie des humains de la Culture, alternant les deux avec brio. Ce roman très riche est une indéniable réussite et sans aucun doute un incontournable tant du cycle que de la science fiction.