Le dernier Loup-Garou de Glen Duncan

J'ai épuisé les différents modes les uns après les autres : hédonisme, ascétisme, spontanéité, réflexion - tous, depuis ce malheureux Socrate jusqu'au porc vautré dans la satisfaction. Ma mécanique est usée. Je ne suis pas taillé pour le rôle. Le ressenti est toujours là, mais j'en suis écoeuré. Ce qui constitue en soi un ressenti dont je suis écoeuré. J'en ai juste... j'en ai juste assez de la vie.
Jake Marlowe est un loup-garou, depuis deux cents ans. Lui et ses semblables sont chassés par une organisation occulte, les progrès technologiques aidant, l'avantage est passé dans le camp des chasseurs. Jake est désormais le dernier de son espèce... Las de la vie, il accepte ce fait et semble prêt à voir venir le bourreau, acceptant sa fin avec cynisme.
Je pensais au Berlinois - Wolfgang de son prénom (Dieu est mort, l'ironie en pleine forme). Je me représentai ses derniers instants : le givre tournoyant sous son corps, le clair de lune illuminant son museau et sa fourrure poissée de sueur, la fraction de seconde durant laquelle fusionnaient dans ses yeux incrédulité, peur, horreur, tristesse, soulagement - avant l'ultime éclair blanc de l'argent.
"Que vas-tu faire ?" répéta Harley.
Tout en wolf, plus de gang. Humour noir. Je regardais par la fenêtre. La neige tombait, aussi implacable qu'une des plaies de l'Ancien Testament.
Si Jake est prêt à accepter la venue des chasseurs, sa nemesis n'est pas prête à accepter une chasse sans un minimum de sport... Le chasseur en chef va s'ingénier à lui trouver des motivations d'ici la venue de la pleine lune. Un petit jeu sadique qui va prendre une autre tournure quand d'autres joueurs vont se mêler de la partie, des vampires notamment.
Un imperceptible courant d'air au parfum de neige m'apprit que la sangsue était entrée par une des fenêtres de la chambre. Je fis demi-tour sur la pointe des pieds comme un personnage de dessin animé, passant à toute allure en revue mentale le contenu de la maison, à la recherche d'un pieu en vois improvisé. (C'est vraiment une histoire de pieu en bois, alors ? demanderait sans doute Madeline. Oui, c'est vraiment une histoire de pieu en bois. Ou de soleil, ou de décapitation. Quoi qu'il en soit, armez-vous d'un crucifix, d'eau bénite, d'ail et de latin... et préparez-vous à une déception fatale.)
Grâce à son ton ironique et sa narration rock n'roll, le loup-garou tourmenté de Glen Duncan emporte l'adhésion. Sa lassitude se comprend, entre le choeur de ses victimes qui le hante, et le temps qui passe le laissant inchangé sur la rive de l'humanité. Ne lui reste plus que l'alcool et le sexe...
Entre chasseurs sadiques, vampires tortueux et initiés humains déjantés, l'histoire ne laissera pas énormément de temps mort à Jake. Même si cette dernière cède à quelques facilités, le ton ironique emporte l'adhésion. On s'amuse de cet avalanche d'humour noir et des quelques scènes outrancières, entre deux moments plus enlevés et introspectifs. Retour à la source du mythe et pied de nez aux séries de fantasy urbaine bien formatées, Le dernier Loup-Garou constitue un bon moment et un excellent divertissement.
Les avis de : Gromovar, Lorhkan, A.C. de Haenne.