Ptah Hotep de Charles Duits

Or mon père mourut. Dans la Terre de Ham, l'étonnement fut grand, parce que mon père n'était pas encre venu dans les ans, et la douleur fut grande, parce que c'était un homme à la main ouverte.
Ptah Hotep est un jeune homme, noble et insouciant, ayant pour seul but de gagner les faveurs de la courtisane Aset quand la fin de son père lui ai annoncé. Après le décès de celui ci et l'observation d'une période de deuil, il se préoccupe plus d'Aset que de diriger le domaine familial. Cela causera la perte de sa bien aimée et la fin de son train de vie privilégié.
Il ne lui reste alors plus qu'à fuir les rebelles qui ont fait main basse tant sur ses biens que sur la province, désormais en révolte contre l'empereur de Rum. Bien que sa vie ait été mise en danger, Ptah Hotep reste un jeune écervelé qui finira rapidement dans la geôle de l'ursurpateur. Toutefois sa fierté, son arrogance et sa maîtrise des armes lui permettront de se lier à Sorcade, un vieux soldat, qui organisera sa fuite et lui permettront d'essayer de rallier la capitale impériale pour plaider sa cause et louer son bras.
Parfois comme je suivais Sorcade mon regard montait vers le ciel. Je considérais Thana la bleue au bouclier d'albâtre et le bouclier vivant de l'Athénade, qui me paraissait maculé de sang et des lueurs en jaillissaient qui étaient telles que des regards furieux. Et je me souvenais de l'avoir contemplé jadis en sortant d'un Temple de Hagaptah.
Toute ma jeunesse me paraissait nébuleuse et telle qu'un rêve et voici que c'était ce chemin que je suivais derrière Sorcade qui me paraissait nébuleux et je ne savais plus si c'était le passé qui était un rêve ou le présent.
Commence alors un périple où à chaque étape sera marquée par une femme qui ensorcelera Ptah Hotep à sa manière provoquant alors de nombreux retards dans la quête de ce dernier. Au fil du périple, les épisodes sanglants seront de plus en plus violents et marqueront durablement le jeune héros qui développera un dégoût de plus en plus prononcé pour la violence avant de commencer un véritable cheminement mystique qui le guidera tant vers la gloire que vers une forme d'humilité.
Comme j'étais près de la fenêtre, je tournai la tête et je vis le bouclier de Thana qui resplendissait sur l'horizon. Deux aigles passèrent devant le bouclier de Thana et il me sembla, mon Seigneur, mon divin Frère, que c'était un signe que tu m'envoyais. Mon âme frémit dans mon corps et il me sembla que la main d'Aset qui était sur mon coeur relâchait son étreinte. Sorcade dans son sommeil murmura des paroles indistinctes et je sus tout à coup que je partais.
Le coffre fut mis dans un bateau à godille et je descendis dans ce bateau et je quittai la ville de l'Iscandre, et Sorcade, et toute mon enfance et ma jeunesse, et je quittai ma patrie et j'abandonnai la terre qui m'avait vu naître et la terre dans laquelle reposait ma bien-aimée.
J'arrachai de la rive un morceau de cette terre et je la mangeai et l'avalai. Et je m'assis sur mon coffre et me couvris la tête avec un pan de mon manteau.
Le roman de Charles Duits est narré avec une telle emphase que la lecture est pénible au premier abord, les cent premières pages en particulier. L'immersion est brutale et le goût de l'auteur pour la répétition n'arrange rien. N'en reste pas moins une certaine fascination pour un univers qui semble à la fois proche du notre (une uchronie pour Anudar) et très éloigné notamment pour ce mélange joyeux des religions qui semblent exister en harmonie tant dans le respect de leur différence que sur des interprétations les rapprochant (notamment sur l'universalité de la femme en tant que déesse), on passe des rites musulmans à ceux de l'égypte antique mêlée de dieux greco-romains en un clin d'oeil avant d'atterir dans le panthéon hindou après un détour par le bouddhisme. C'est à la fois déstabilisantet enchanteur et l'on s'y fait très vite.
Le cheminement vers l'illumination et la modestie face à l'univers de Ptah Hotep, après nombre d'aventures picaresques, est agréable si l'on arrive à entrer dans cet univers et accepter ce style surchargé, même s'il tend à se fluidifier après le premier quart du roman. Un récit atypique, une lecture unique qui ne laisse pas indifférent. Un beau voyage si l'on arrive au bout.