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12 décembre 2009

L’ère du dragon de Xavier Mauméjean

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Rassemblés autour de Bud Colt, les officiers des puissances attendaient dans le couloir. Les ministres tardaient à conclure la réunion préliminaire.

- Mais ce ne serait pas milord banane qui vient d’arriver ? Joins-toi à nous, compadre !

Lord Africa avait le choix entre balancer son poing dans la figure de l’Américain, ou laisser dire. Le pair du royaume ignora Bud Colt et se tint en retrait, observant les audaces polychromes des tenues de parade. Dorures, fourragères et médailles transformaient les uniformes en habits de cirque, en costumes de dompteurs qui ne parviendraient jamais à maîtriser l’Enfant des Singes.

Avec L’ère du Dragon, Xavier Mauméjean reprend son double postulat de la Ligue des héros et l’emmène plus loin… Les légations des puissances impérialistes sont menacées en Chine par la révolte des boxers. Révolte organisée par un allié de Peter Pan… Kraven n’est pas sur place, une bonne occasion pour laisser la vedette à Lord Africa, Bud Colt, English Bob, le baron von Tod, Cavor, et quelques autres. Les scènes d’action sont fréquentes, spectaculaires et plaisantes, on ne s’ennuie pas dans cet univers baroque et maîtrisé.

Pour fuir son attaquant le dirigeable perdit de l’altitude, piquant du nez en direction de la Cité Interdite. Le premier dragon lui barra la route en projetant ses serres dans la cabine. Le verre blindé explosa instantanément en mille débris effilés lacérant la chair des marins comme une mâchoire transparente expulsée du dragon. Les créatures ailées s’écartèrent à de l’appareil à l’unisson, figures d’un ballet aérien, terrifiantes et splendides, entortillant leur cou jusqu’à ne former qu’une seule bouche de feu. Le dégorgement incendiaire se répandit sur l’enveloppe du Rule Britannia illuminant Pélin d’une aube artificielle.

 

Celle d’un nouvel âge, refusé aux humains.

 

L’ambiance des romans fantastiques du XIXeme siècle est extrêmement bien rendue, on suit ces aventures très référencées avec plaisir d’autant plus que ces héros ne sont pas manichéens et encore moins unis.

 

Cassé en deux, le Boxer roula au sol. Il tenta de se relever quand le genou du héros lui défonça les côtes. Le pair du royaume tournait autour de l’homme, bras ballants, animé de la fureur des grands singes. Il s’apprêtait à l’achever quand English Bob retint son bras. Regard vide, Lord Africa se tourna vers le garçon. Il était couvert de sang.

- Que t’est-il arrivé ?

- Manfred von Tod. Il massacre des innocents. Le baron est devenu fou.

- Non, il s’adapte. Question de survie. Tu devrais faire pareil.

- Jamais, milord. Et je ne vous laisserai pas tuer ce prisonnier.

Un éclair de raison traversa le regard du Seigneur des Arbres. Il s’adressa aux guerriers africains :

- Soit, faisons comme Bobby l’entend. Prenez leurs nattes et clouez-les à l’arbre. Laissons ces fruits mûrir au soleil.

English Bob s’interposa.

- Bud Colt tranche les nattes des Chinois comme s’il s’agissait de scalps. Pas de torture, milord, pas de votre part. Qu’est –ce qui vous distinguerait l’un de l’autre ?

- J’ai été élevé à l’humain par la civilisation. Bud Colt, lui, bascule vers la bête. Il était fatal que l’on se rencontre à mi-parcours.

 

Tout en déroulant ses aventures à grand spectacles, Von Tod chassant le dragon en triplan au dessus de Pekin ou Kraven luttant sur le toit d’un train blindé en Ukraine par exemple, Mauméjean joue habilement sur la nature de Peter Pan menant la seconde partie de l’intrigue sur des sentiers surprenants.

 

Brandissant le meuble, Lord Kraven se redressa. Crochet s’apprêtait à conclure l’engagement lorsqu’il remarqua les écailles couvrant le tabouret. Elles étaient semblables à celles de l’immonde animal, à cette horrible créature oeuvrant pour Peter Pan, qui lui avait arraché le poignet, dévoré la chair, digéré les doigts, paume, ligne de vie et chance, infléchissant sa destinée pour lui interdire tout avenir et le figer dans un éternel présent, celui rythmé par la pendule gobée par le saurien, carillonnant dans ses cauchemars, temps de la vengeance, plat qui se mange froid, glacé comme le sang des reptiles.

 

Rafraichissant et bien construit, L’ère du Dragon est un excellent divertissement, jouant intelligemment avec pas mal de mythes, légendes et héros extraordinaires.

Il m'a donne envie de le lire : Nébal.

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