L’usage des armes d’Iain M. Banks

Il était une fois, bien loin d’ici, de l’autre côté du puits de gravité, une terre magique où il n’existait ni rois, ni lois, ni argent, ni propriété, mais où chacun vivait en prince, où les gens étaient très bien élevés et ne manquaient de rien. Ces gens vivaient en paix, mais ils s’ennuyaient ferme, car le paradis peut faire cet effet au bout d’un moment ; ils se lancèrent donc dans les bonnes œuvres. Disons qu’ils se mirent à rendre visite aux gens plus défavorisés. Et toujours ils s’efforçaient d’apporter avec eux ce qu’ils considéraient comme le bien le plus précieux : la connaissance, l’information. Une information aussi étendue que possible car ces gens avaient une étrange particularité : ils méprisaient les rangs, les grades, et détestaient les rois…comme tout ce qui relève de la hiérarchie…
Retour à la Culture… Sma en est une représentante atypique dans la mesure où elle œuvre pour Contact en tant que diplomate, cherchant à mettre fin à nombre de conflits en dehors de la Culture. Elle est appelée en urgence, lorsque les Mentats de Contact identifient une crise interplanétaire imminente dans un amas stellaire. Sma ne peut rien, il leur faut un politique indigène de talent, à la retraite. Le seul individu capable de le convaincre de reprendre du service est un ex agent de la Culture : Zakalwe. Ce dernier n’est pas un natif de la Culture, cet homme, recruté par Sma, a néanmoins fait le coup de feu un peu partout dans l’univers au service de Contact. Etant lui aussi à la retraite, Sma semble la personne la plus appropriée pour le remettre en selle. Seul soucis on a perdu la trace de Zakalwe… mais heureusement celui-ci semble se prendre pour un Mentat de Contact…
Sma, cet… homme… a complètement merdé la dernière fois ; nous avons perdu cinq ou six millions d’individu dans cette histoire, et tout ça parce qu’il n’a pas voulu sortir du Palais d’Hiver pour arranger les choses. Si je te montrais certaines des scènes d’horreur qui se sont déroulés là-bas, tes cheveux en blanchiraient d’un seul coup. Et maintenant, c’est ici qu’il est sur le point de déclencher une catastrophe majeure. Depuis qu’il lui est arrivé ce qui lui est arrivé sur Fohls – depuis qu’il essaie de jouer les humanistes, ce type est une véritable catastrophe ambulante. En admettant qu’on réussisse à le retrouver et à l’emmener jusqu’à Voerenhutz, je me demande avec inquiétude quel chaos il va bien pouvoir semer là-bas. Cet homme porte la poisse. Oublions la disparition de Beychaé ; c’est en organisant celle de Zakalwe qu’on rendrait un fier service à tout le monde.
Le récit est organisé en deux trames alternée, la première quasi linéaire suis les pérégrinations de Sma puis de Zakalwe. Tandis que la seconde centrée sur des réminiscences de Zakalwe fonctionne à rebours, les évènements passés surgissant étant de plus en plus lointain et témoignant d’un malaise profond.
Il eut un sourire triste.
- Oui, je sais. Vous m’avez sauvé la vie. Mais vous m’avez également menti ; vous m’avez – non, écoute moi ! – vous m’avez chargé de missions imbéciles où je croyais appartenir à un camp alors que j’étais en fait dans l’autre ; vous m’avez obligé à me battre pour des aristos incompétents que j’aurais étranglés sans le moindre remords à l’occasion de guerres où je ne savais pas que vous souteniez les deux camps ; vous m’avez rempli les testicules d’une semence non humaine que j’étais censé injecter à une pauvre créature de sexe féminin… vous avez failli me faire tuer… bien failli me faire tuer une dizaine de fois, sinon plus…
Le récit principal n’est pas des plus passionnants mais se lit tout seul tandis que les réminiscences de Zakalwe, quelque peu obscures sont plus ardues. Quoi qu’il en soit, Banks met en avant ici la realpolitik de Contact et ses faiblesses. Les Mentats ne sont pas omniscients ni la Culture omnipotente. De son côté, Zakalwe est un personnage torturé d’une noirceur étonnante qui n’a pas assez de plusieurs vie pour expier son passé.
Un texte maîtrisé et bien pensé mais pas particulièrement plaisant à lire, sa construction m’a paru trop alambiquée et certaines réminiscences trop hermétiques pour emporter pleinement l’adhésion. Un roman intéressant mais pas passionnant.