L’homme des jeux d’Iain M. Banks

La Culture est une société utopique, l’humanité vie côte à côte des IA de vaisseaux spatiaux immenses et de petits drones spécialisés. Une société puissante, pacifiste, garantissant les libertés individuelles, portée sur les loisirs. Mais la Culture n’est pas la seule puissance galactique de technologie élevée.
Le département Contact cache d’ailleurs à ses concitoyens l’existence de l’empire d’Azad, société militaire agressive, organisé autour du jeu éponyme. L’Azad définit les emplois publics et donne lieu à des enjeux ou des paris annexes sanglants. Un jeu extrêmement complexe dont le champion est sacré empereur.
Nous sommes loin de vivre une époque héroïque, reprit-il à l’intention du drone sans quitter le feu des yeux. L’individu n’a plus cours. Voilà pourquoi la vie nous est à tous si facile. Puisque nous ne comptons pas, nous ne risquons rien. Plus personne ne peut avoir de réel impact sur quoi que ce soit, de nos jours.
Gurgeh est un champion renommé de divers jeux de stratégie au sein de la Culture. Mais les succès n’ont plus la même saveur, d’autant plus qu’il semblerait que sa position soit menacée par une gamine brillante. Manipulé par un drone frustré, il sera mis en relation d’éléments de Contact et découvrira l’existence de l’empire d’Azad et de son jeu. Après quelques tergiversations, il acceptera de se rendre là bas pour concourir à titre officieux au prochain championnat. Le choc des cultures sera rude, si les azadiens sont assez proches de l’humain, il n’en diffère pas moins dans leurs caractéristiques sexuelles mais aussi leur organisation sociale totalement inégalitaire et cruelle.
- A vous entendre, déclara ce dernier, ce sont de vrais…(Il faillit dire barbares, mais le mot lui parut trop faible.) Animaux, acheva-t-il.
- Hmm, fit le drone. Justement, écoutez-moi bien maintenant. C’est là le terme qu’ils emploient pour définir les espèces qu’ils réduisent en esclavage : des animaux. Bien sûr, ce sont bien des animaux, de la même façon que vous en êtes un et que je suis, moi, une machine. Toutefois, ces créatures sont pleinement conscientes et vivent au sein d’une société au moins aussi élaborée que la nôtre. Peut-être plus en un sens. C’est un pur hasard que nous les ayons trouvés à un moment où leur civilisation nous paraît primitive ; un âge glaciaire de moins sur Eä, et les choses auraient très bien pu se produire dans l’autre sens.
Gurgeh devient rapidement l’objet de l’hostilité des azadiens dès l’obtention de quelques succès, alors que sa participation ne peut lui valoir que des fonctions honoraires. Les manipulations se multiplient, des pseudo extrémistes menacent sa vie… Survivra-t-il à cette société, jusqu’où ira-t-il dans le jeu et surtout pourquoi Contact l’a-t-il envoyé dans cette galère ?
- Notre représentant ici – vous ferez sa connaissance ce soir, s’il n’oublie pas de venir – trouva dommage que les orchestres ne puissent jouer l’hymne de la Culture lorsque les nôtres débarquent ici, puisqu’elle n’en a pas non plus. Alors il leur a sifflé le premier air qui lui est passé par la tête, et depuis huit ans ils le jouent dans réceptions et les cérémonies.
- Il m’avait bien semblé reconnaître une de leurs mélodies, admit Gurgeh.
- Le problème, c’est que ce fameux air s’intitule « Suce-moi à fond » ; en connaissez-vous les paroles ?
- Ah ! sourit Gurgeh. C’était cette chanson-là ! Je reconnais que ça pourrait être embêtant.
- Embêtant ! S’ils découvrent le pot aux roses, ils nous déclarerons sans doute la guerre ! Ce genre de bourde est très courant, chez Contact .
Ce premier roman du cycle de la Culture est une réussite. Malgré quelques maladresses, le récit est surprenant, prenant, à la fois grave et drôle. L’intrigue est bien équilibré et on ne passe pas tant de temps que cela autour de l’Azad, l’isolement de Gurgeh et son spleen suite au choc culturel est bien mis en scène. Un excellent moment.