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13 mai 2009

Avaleur de mondes de Walter Jon Williams

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« Moi seul suis en cause. J’ai accompli des merveilles durant mon premier siècle d’existence, puis je me suis laissé aller avec les années. J’ai abandonné ma carrière parce que les Onze m’étaient de loin supérieures, me réfugiant dans des contes issus des Mille et Une Nuits. Huit cents ans d’entrainement aux arts martiaux, et tout ça pour rien. Une litanie de relations amoureuses dénuées de passion et débouchant sur de banales séparation à l’amiable. » 

Aristide a connu l’heure la plus sombre de l’humanité et a contribué à l’avènement de la société actuelle. Une société qui créé des univers de poche, aux lois physiques arbitraires, afin de satisfaire aux caprices de l’humanité. Tout est possible de l’univers hyper technologique à celui éternellement bloqué à l’âge de pierre. Le seul point commun de ses univers étant leur accroche dans le notre et le système de sauvegarde rendant l’être humain quasiment immortel, la question du moi n’étant pas tranchée… A tel point qu’un même individu peut exister en plusieurs exemplaires afin de mener des expériences extrêmement opposées : ainsi Aristide explore en dilettante les univers de poches tandis que plusieurs de ses avatars se sont lancés dans l’exploration spatiale ou participent à des expériences radicales de post humanité. L’humanité n’est en effet qu’apparente, libre à chacun de se faire modifier pour adopter une forme amphibienne ou aérienne dans l’univers adéquat. Et tout cela dans des buts totalement futiles…. 

« Quinze cents ans, murmura-t-il. Des siècles riches d’étonnants progrès… l’immortalité ou quasiment, le voyage interstellaire, la création de plusieurs dizaines d’univers de poche taillés sur mesure pour le genre humain. Mais aussi quinze cents ans de délires, de gaspillages, d’occasions manquées et de stupidité. Quel est le bilan ? L’univers abrite plus de milliards d’êtres humains indignes et inutiles que jamais, et tout ce que je trouve à dire pour le justifier, c’est qu’au moins nous n’avons plus connu de guerre… je veux dire de vraie guerre. » Il soupira. « Et voici qu’il nous en arrive une. Et j’ai vu tellement d’absurdités que cela ne me surprend même pas. Ca fait une éternité que je m’attends à ce moment. » 

Aristide joue donc à l’aventurier, avec pour prétexte d’étudier les espaces implicites des univers de poches, des zones non désirées résultantes des créations volontaires : des randonnées dans le désert en fait. Dans ces univers l’humain côtoie l’entité artificielle limitée, permettant quelques délires jeu de rolesques notamment dans la simplification de la société... Aristide résout ainsi des situations bloquées en se contentant de parler à chaque partie en présence comme dans les jeux informatiques actuels…

Quoi qu’il en soit, il découvre par hasard, la présence d’intrus dans ce monde, qui passent leur temps à capturer des humains pour les envoyer dans un autre univers de poche.

En y mettant bon ordre, il met en lumière un conflit d’une ampleur insoupçonné qui frappera très durement cette société tant dans l’univers originel que dans les mondes de poches. 

Trou de ver, univers alternatif artificiels, sphère de Dyson, sauvegarde de la mémoire et maîtrise du corps, intelligence artificielle, Walter Jon Williams déploie l’artillerie lourde de la science fiction pour donner naissance à un univers franchement déjanté où l’existentialisme demeure l’unique problème et encore pour une minorité. 

« La crise existentielle l’avait profondément marquée. Nos IA pouvaient accomplir des calculs phénoménaux, mais quel en était le but ? Nous pouvions créer la vie et nous dupliquer à l’infini, mais dans quel but ? Si nous persistions à ignorer les réponses à ces questions, alors nous n’étions que de vulgaires automates, suivant aveuglément les impératifs de notre programmation biologique. » 

Dans cet univers, Aristide est un privilégié disposant d’une réputation, d’amitiés et de gadgets exceptionnels, de quoi le rendre quelque peu agaçant. Par ailleurs, Williams prend son temps pour déployer son univers et son intrigue, ils se passent plus de choses dans les cinquante dernières pages que les deux cents premières !  Sans compter pas mal d’emprunts ou de clins d’oeils dans des scènes d’actions qui tirent en longueur.

Bref Avaleur de Mondes (beuh c’est quoi cette traduction de titre) est à rapprocher d’Aristoï avec un traitement des états d’âmes de ces surhommes plus en profondeur.

Bilan mitigé donc, le concept de base est intéressant mais Williams semble avoir voulu faire passer sa réflexion existentialiste à grand coups de pages d’actions et de clichés ce qui nuit à l’ensemble. Un roman qui se laisse lire mais indéniablement pas le meilleur de l’auteur. 

Nous sommes des êtres implicites vivant dans un espace implicite.

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