L’homme qui rétrécit de Richard Matheson

La dernière semaine.
Trois mots et un concept. Un concept qui avait pris naissance dans un éclair d’incompréhension avant de se transformer en cette horreur de chaque instant qui l’habitait à présent. La dernière semaine. Non, même pas ; la journée du lundi était déjà à demi écoulée ! Ses yeux s’égarèrent une seconde sur le morceau de bois marqué de traits au charbon qui lui servait de calendrier. Lundi 10 mars.
Encore six jours et il n’existerait plus.
Scott Carey est frappé par un mal mystérieux, il rétrécit de quelques millimètres tous les jours… Commencent alors pour lui la perte irrémédiable de tout son environnement : son emploi, ses relations avec son épouse et sa fille. Il devient aussi une proie pour un ivrogne pédophile, des adolescents brutaux, le chat, un moineau, une araignée…
Le récit met en scène Scott, prisonnier de la cave leur maison, luttant pour sa pitance quotidienne et chassé par une araignée. Dans ce décor familier mais cyclopéen, il oscille entre rage et déprime au fil de ses réminiscences.
A coup de flashback, le récit de son expérience est narré alternant avec sa survie quotidien dans la cave et l’affrontement inévitable avec l’araignée.
Comme il venait de passer sous les énormes pieds du portemanteau, il leva les yeux vers la falaise, et se demanda si l’araignée était là-haut. Oui, probablement, tapie au centre de sa toile, en train de dormir peut-être, ou de dévorer quelque insecte qu’elle avait tué.
Ca aurait pu être lui.
Il frissonna et reporta son regard sur le sol. Il ne
céderait jamais à l’araignée, aussi bas que puisse tomber son moral. C’était
une forme de vie trop étrangère. L’horreur et le dégoût qu’elle lui inspirait
étaient trop profondément enracinés en lui. Mieux valait ne pas y penser du
tout. Mieux valait ne pas penser qu’aujourd’hui l’araignée était aussi grande
que lui, son corps trois fois plus volumineux que le sien, ses longues pattes
noires aussi grosses que ses propres jambes.
Les situations sont extrêmement bien vues et variées. Scott n’est pas un super héros et certaines des tuiles qui lui tombent sur la tête sont de son propre fait, suite à ses colères récurrentes. Par ailleurs ses frustrations finissent par le conduire à des attitudes quelque peu malsaines.
Le roman se lit tout seul, les scènes avec l’araignée sont impressionnantes. Assez déprimant au premier abord, Matheson manie bien son récit pour que l’espoir persiste, quant à la fin elle est surprenante...
Un classique incontournable.