Sept jours pour expier de Walter Jon Williams

Bienvenue à Atocha et ses 41 églises. Le panonceau se
dressait entre l’entrée de la ville proprement dite et la longue rangée de bars
et de clubs installés au-delà de la limite séparant la commune du reste du comté.
Les quarante et une église en question maintenaient la ville au régime sec
depuis 1919, mais le comté autorisait la vente d’alcool dans les débits de
boisson – la vente en gros était toujours illégale – et les kilomètres de route
de montagne poussiéreuse séparant Atocha de la mine de cuivre étaient bordés
d’établissements où les mineurs pouvaient dilapider leur paye avant même
d’arriver chez eux.
Atocha quelque part au Nouveau Mexique entre Albuquerque et
El Paso. Un coin aride typique avec sa réserve indienne et son champ
d’atterrissage pour ovnis. Ville minière
sinistrée par la fermeture imminente de la mine dont les espoirs économiques
reposent désormais dans le Laboratoire de Technologie Avancée, un centre de
recherche en physique quantique, installé sur son territoire.
Loren Hawn n’est pas vraiment quelqu’un de sympathique, chef
de la police d’Atocha, bigot et croyant en la justice dispensée à coup de
crosse de fusil dans la gueule… Commence pour lui une dure semaine :
gamins égorgeant des chats, petits malfrats braquant une épicerie, rixe
d’ivrogne, trafiquants de drogue mexicain en maraude…
En conséquence de cette rectitude, la journée de pénitence
du Grand Pardon juif s’était retrouvée multipliée par sept :la Sainte Eglise des
Apôtres d’Elohim et du Nazaréen méditait sur ses péchés une semaine entière. Tout ce qui était digne d’être fait, estimaient les Apôtres,
méritait de l’être convenablement.
La vie de Loren bascule définitivement quand un agonisant
vient mourir dans ses bras…
Un mort franchit la porte.
Loren le regarda, effaré, le cœur battant la chamade, dans un éclair de recognition horrifié. La terreur se déversa dans ses veines comme de l’eau glacée.
L’homme avait dans les vingt ans. Il portait un blue-jean, des bottes de cow-boy en cuir brun éraflé, et une chemise western bleu pâle avec des pointes de col métalliques et des boutons nacrés.
Le mort tituba et s’effondra. Loren se précipita.
L’autre était tombé la tête la première. Une auréole pâle marquait sa poche revolver droite d’où sortait une boîte ronde de tabac à priser Copenhagen. Loren s’agenouilla, retourna l’homme et vit du vermillon sur l’hexagone de céramique sur lequel il gisait. Un filet de sang à demi coagulé s’écoulait de sa bouche.
« Loren. Bon Dieu. Aide-moi, Loren. »
Le mort lui rappelle furieusement une connaissance décédée
depuis vingt ans dans un accident de
voiture… Son enquête le conduit vers le centre de recherche, l’inconnu ayant
volé le véhicule d’un physicien du site.Visiblement on lui cache quelque chose…
Rapidement les évènements vont s’enchaîner et la situation dégénérée :
avocat de la mafia mexicaine, plainte pour violence, lutte d’influence entre
politicien, éco-terroristes et des évènements mystérieux ça et là…
« Encore une chose, ajouta-t-il. Ils ont également laissé l’étiquette d’identification. »
Cette étiquette qu’on s’attache au gros orteil des cadavres. Loren sentit des pieds glacés lui courir le long de l’échine. Jusqu’à ce dernier détail, tout cet épisode se cantonnait dans le domaine du burlesque, une histoire extravagante d’intrus se glissant en catimini à l’Institut médico-légal, balançant un cadavre sur leur épaule, s’amusant avec les fioles de formaldéhyde – tels les personnages d’un film d’horreur bon enfant. Désormais, tout était devenu inquiétant, sinistre, lourd de sens. Le spectacle d’agents de la C.I.A., silencieux, efficaces, lui traversa l’esprit comme une bande de chats noirs. Des agents de la C.I.A. Ou ces Hommes en noir auxquels croyaient les allumés des ovnis. Ou des Cybercops. Laisser l’étiquette d’identification… Des supermen invisibles avaient accompli ce forfait, et ils aimaient bien s’amuser.
Un bled du sud des USA, un flic pas franchement sympathique, Walter Jon Williams s’exerce ici au polar en y mêlant une bonne dose de hard science, le cocktail est réussi. On ne s’ennuie pas à suivre les pérégrinations de Loren et les surprises qui l’attendent. Une ambiance franchement réussie, un excellent moment.