La chair et l’ombre de Robert Holdstock

Enfant et adolescent, Jack a des absences peuplées de visions. Visions qui se manifestent autour de lui par un miroitement et quelques éléments du décor qui termine sur sa peau. Les sujets de ses visions sont toujours les mêmes : un couple, probablement préhistorique, qui fuit quelque chose, un animal, une cité…
A l’adolescence, Jack fait le commerce du récit de ses
visions très enjolivées à la
sauce Tolkien jusqu’à sa rencontre avec un archéologue qui
lui permet d’accéder aux fouilles locales. Dans un sanctuaire enfoui se
trouvent deux masques en plâtre, répliquant les visages du couple qui le hante.
Quelques temps plus tard, l’archéologue disparaîtra de manière spectaculaire et
hallucinante… Pour Jack, la vie continuera, les visions le laissant en paix.
Jack s’arrêta devant les masques, les regarda tour à tour, mit les yeux aveugles au défi de s’ouvrir, tenta de voir au-delà.
« Vous étiez morts. Je vous croyais morts… »
Par-delà les siècles, le plâtre froid resta aveugle.
« Laissez-moi tranquille. Laissez moi tranquille, je vous en supplie. J’ai une fille maintenant, et j’ai failli la tuer… »
Pendant dix ans leur monde avait dérivé loin du sien, les
entraînant dans le silence, dans un temps et un espace éloignés. Dix ans de
paix…
Dix ans plus tard, sa vie de famille est perturbée par le
retour des visions. Difficile de s’occuper d’une enfant à proximité d’une
rivière ou de conduire une voiture quand des absences peuvent surgir à tout
moment. Tout basculera quand Visage Gris, émergera de ses rêves pour peupler
les ombres du monde réel tandis que sa compagne continue de se terrer dans ses
rêves. Visage Gris n’est pas aimable, il veut retrouver sa compagne et imposera
à Jack un chantage cruel.
Angela son épouse et un de ses confrères l’entraîneront
alors dans une expérience stupéfiante : une plongée dans son inconscient
pour en extirper Visage Vert. Les expériences s’enchaîneront, Visage Gris se
faisant plus pressent à chaque échec. De même l’inconscient de Jack évoluera aussi,
au fil des découvertes qu’il effectue sur lui-même et son entourage.
« - J’ai besoin d’une séance de débriefing, non ? »
Sauf que cette fois, je me montrerai sélectif et discret…
« Oui, bien sûr. Mais ensuite… la maison un moment, et puis la lande. Oublions les visages verts et gris qui te pourrissent l’existence. »
Jack dévisagea la jeune femme. A présent, elle rayonnait d’enthousiasme, mais aussi d’une envie, d’une faim même, qu’il n’avait pas vue chez elle depuis des années.
Et tout ce qu’il arrivait à se dire, c’était :
Mais je ne VEUX pas oublier le visage vert qui me pourrit l’existence…
Plongée dans l’inconscient, découvertes d’ombres oniriques dans notre monde. Robert Holdstock tente de donner un petit ton SF, à coup de mécanique quantique et de psychologie façon Jung, à sa fantasy, avec une variation sur le thème de la Forêt des Mythagos. Personnellement, je trouve que le résultat relève toujours de sa fantasy si particulière. La chair et l’ombre se lit facilement et sans déplaisir mais il manque un petit quelque chose de vraiment accrocheur et ce malgré la multiplication des références, notamment à Moby Dick de Melville.
Déroutant au début, plaisant dans l’ensemble, bien mené mais pas indispensable.
Comme un grand et rudimentaire vaisseau de pierre, l’arche lourde et barbare de Gl’Thaan Oum sillonnait le temps. Brutale, énorme et révoltante, elle faisait surface comme la baleine pour chasser et se repaître des civilisations qui avaient essaimé partout dans le monde. Ce n’était pas un animal décervelé ; elle était sensible et furieuse, cette créature contre-nature modelée dans la terre. Son créateur lui avait insufflé l’espoir, et le sens puis l’avait abandonnée, et à présent, elle traquait ceux qui l’avaient trahie.