Reaper’s Gale de Steven Erikson

« The Malazan Book of the Fallen » est une décalogie de Dark Fantasy dans la veine de la Compagnie Noirede Glen Cook. Reaper’s Gale, le septième et dernier volume paru lui est d’ailleurs dédié.
The city
was a mess. Riots and earthquakes and Moranth munitions. Lostara Yil began to
realize that, if the arrival of the Bonehunters signified anything, it was the
promise of a return to order, a new settling of civilization, of laws and,
ironically of peace.
But Adjunct, if we tarry here too
long, that will turn. It always does. Nobody likes being under an occupier’s heel. Simple human nature, to take one’s
own despair and give it a foreigner’s face, then let looste the hounds of
blood.
See these
citizens ? These bright, gladdened faces ? Any one of them, before long, could
turn. The reapers of violence can hide behind the calmest eyes, the gentlest of
smiles.
Archéologue
et anthropologue de formation, Steven Erikson se fait un malin plaisir à
multiplier les peuples et les ethnies plus que des races stéréotypées. Dans son
univers, l’humanité est prédominante et les races non humanoïdes sont très
rares ou quasiment éteintes.
He
looked again to the wall on the right, where, hanging from an iron hook, there
was a bundle of fetishes. Feathers, strips of sealskin, necklaces of strung
shells, shark teeth. The bedraggled remnants of three children – all that
remained to remind them of their lives.
Tout cela serait simple si des règlements de compte entre
ascendants ne resurgissaient à nouveau à la surface.
Qu’est ce qu’un ascendant ? Simplement un mortel qui a travers la magie ou des épreuves à transcender son état. Tous les dieux sont des ascendants mais tous les ascendants ne sont pas des dieux. Plus clairement un dieu est un ascendant qui s’est retrouvé doté de croyant et généralement règne sur une contrée magique. Les dieux ne sont donc pas éternels ni à l’origine du monde malgré les prétentions des trois races humanoïdes Tiste (Tiste Andi, Tiste Liosan et Tiste Edur, respectivement peuples des ténèbres, de la lumière et de l’ombre) qui affirme que tout est issue de Mother Dark la déesse qui les a engendrée. Il semblerait aussi que les dieux soit quelque peu prisonnier de leur propre culte et privés d’une partie de leur libre arbitre par les a priori de leur fidèles.
Dans cette série, nous suivons donc les conflits qui opposent les membres de l’ancienne garde « malazan » aux conflits et insurrections qui secouent l’empire et le monde. En effet, dans un lointain passé des magiciens ont amenés dans ce monde une divinité issue d’un autre afin de lutter contre un tyran. Le rituel a mal tourné, les magiciens ont été détruits et l’entité a été brisée lors de son arrivée. Fortement lié au chaos et folle de douleur, elle a entrepris la destruction de son environnement puis a été stoppée et enchaîné par les ascendants de l’époque, cette entité connue sous le nom de Crippled God agit désormais discrètement et manipule tout ceux qu’elle peut atteindre afin de noyer le monde dans le sang, enfin en apparence…
Les intrigues sont multiples et les personnages innombrables malgré la forte attrition qui les frappent. Chez Erikson tout est lié et des évènements ayant eu lieu des millénaires auparavant peuvent avoir des répercussions au cours de l’époque contemporaine. Certains ascendants n’ont de cesse de se mêler des grandes lignes de l’histoire tandis que d’autres se contentent de rester neutre ou de se comporter de manière infantile. Toutefois les uns comme les autres peuvent se faire piéger par des mortels de manière assez jubilatoire.
Bugg
walked across the roof to stand beside the bed. He studied the repose form of
Tehol Beddict for a moment, then he collected the netting and draped it over
his master.
Eyes, one
brown, the other blue, blinked up at him. “Shouldn’t there be a frame or something ? I feel I
am readied for my own funeral here.”
“We used the
frame for this morning’s fire.”
“Ah. Well,
is this going to keep me from being bitten ?”
“Probably
not, but it looks rather fetching.”
Tehol closed
his blue eye. “I see…”
Bugg sighed. « Gallows humour, Master. »
« My,
you are in a state, aren’t you ? »
“I am
undecided,” bugg said, nodding. “Yes I know, one of my eternal flaws.”
“What you
require, old friend, is a mortal’s perspective on things. So let’s hear it. Lay
out the dilemma for me, Bugg, so that I might provide you with properly pithy
solution.
“The Errant
follows the Warlock King, to see what he plans. The Warlock King meddles with
nefarious rituals set in place by another ascendant, who in turn leaves off
eating a freshly killed corpse and makes for an unexpected rendezvous with said
Warlock King, where they will probably make each other ‘s acquaintance then
bargain to mutual benefit over the crumbling chains binding another ascendant –
one soon to be freed, which will pertub someone far to the north, although that
one is probably not yet ready to act. In the meantime, the long-departed Edur
fleet skirts the Draconean Sea and shall soon enter
the river mouth on its fated return to our fair city, and with it are two fell
champions, neither of whom is likely to do what expected of them. Now, to add
spice to all that, the secret that is the soul of one Scabandari Bloodeye will,
in a depressingly short time, cease to be a secret, and consequently and in
addition to and to concomitant with, are in for an interesting summer.”
“Is that all ?”
“Not in
the least, but one mouthful at a time, I always say.”
Par ailleurs, la guerre est courante et sale ! Les champs de batailles sont marqués par l’utilisation de la magie, d’explosifs chimiques (pour les malazan) et d’armement médiéval, un mélange baroque à mi chemin entre guerre moderne et antique. Les membres et les tripes jonchent le sol, les génocides sont monnaie courante sans parler de meurtres, viols et compagnie conséquences des intrigues politiques de moindre envergures.
Aussi sombre que soit son univers, Steven Erikson y a intégré
une note humoristique par l’ajout de protagonistes pour le moins improbables
déjantés ou dotés d’une faconde hallucinante. Chaque tome intègre ainsi une
part d’humour entre de grandes séquences héroïques bien sombres, on reste
toutefois très loin de l’humour de Eddings ou de Vance, bien qu’Erikson tourne
quelque fois en dérision les poncifs du genre, à sa manière : sombre.
A
snort from Fear Sengar, where he sat on a stone bench near the portal way. “Boredom
is stealing the last fragments of sanity in your mind, slave. I for one will
not miss them.”
“The wizards
and Silchas are probably arguing the manner of your execution, Fear Sengar,”
Udinaas said. “You are their most hated enemy, after all. Child of the
Betrayer, spawn of lies and all that. It suits your grand quest, for the moment
at least, doesn’t it ? Into the viper’s den – every hero needs to do that right
? And moments before your doom arrives,
out hisses your enchanted sword and evil minions die by the score. Ever
wondered what the aftermath of such slaughter must be ? Dread depopulation,
shattered families, wailing babes – and should that crucial threshold be
crossed, then inevitable extinction is assured, hovering before them like a
grisly spectre. Oh yes, I heard my share when I was child, of epic tales and
poems and all the rest. But I always started worrying… about those evil minions,
the victims of those bright heroes and their intractable righteousness. I mean,
someone invades your hide-out, your cherished home, and of course you try to
kill and eat them. Who wouldn’t ? There they were, nominally ugly and
shifty-looking, busy with their own little lives, plaiting nooses or some such
thing. Then shock ! The alarms are raised ! The intruders have somehow slipped their chains
and death is a whirlwind in every corridor ! »
Reaper’s Gale se détache un peu de la série dans la mesure où elle apporte de nombreuses réponses et résout de nombreuses intrigues secondaires lancées en début de série. Les pistes en suspend sont moins nombreuses en fin de volume qu’en début, ce qui est un soulagement par rapport au tome précédent « The Bonehunters » et relance de fait l’intérêt de la série qui avait quelque peu décru.
« The malazan book of the fallen » est une série fleuve sombre, complexe, épique et résolument dramatique tant Erikson arrive à nous surprendre en exécutant les personnages les plus attachants aux moments les plus inattendus. A réserver aux amateurs chevronnés.
A noter que cette série est depuis peu éditée en français chez Calmann-Lévy.