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Les lectures d'Efelle
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21 mai 2007

L’enjomineur – 1792 de Pierre Bordage

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A travers cette trilogie de « l’enjomineur », Pierre Bordage retrace l’histoire de la révolution française à Nantes, dans la région de Luçon en Vendée et à Paris. Dans ce premier tome les principaux protagonistes sont présentés : Emile, orphelin élevé par un prêtre des Lumières et réputé pour être le fils d’une fée et Cornuaud truand sanguinaire et maudit.

Si l’auteur s’attache à la trame historique, il y mêle subtilement et efficacement des éléments de fantasy : le merveilleux existe et la sorcellerie fonctionne. Emile, esprit des Lumières mais attaché à sa terre sera confronté au folklore vendéen : petit peuple, druide ou rebouteuse, fée tandis que Cornuaud sera victime d’un sombre envoûtement. 

« Dans quelques semaines, dans quelques jours, les chemins, les champs et les forêts cesseraient d’être sûrs, plus aucun principe ne se dresserait entre les soudards des deux camps et les populations sans défense. La violence hystérique avec laquelle les villageois de La Réorthe avait accueilli leur prêtre jureur augurait d’une guerre sans merci. L’Abbé Rambaud avait l’habitude de dire que les guerres religieuses et  les guerres civiles comptaient parmi les plus féroces, les plus cruelles de toute l’histoire humaine. Or le conflit qui s’annonçait serait à la fois religieux et civil, pétri d’une haine attisée par les agents des deux bords. L’affrontement servait les intérêts politiques et financiers des partis opposés, comme si cette terre autrefois paisible était devenu l’objet de toutes les tensions, comme si on n’avait pas d’autre choix que de la défendre ou de l’écraser. »

Comme le titre l’indique l’intrigue débute en 1792, Emile, ouvrier agricole mais cultivé vois la révolte prendre forme dans les campagnes vendéennes où les paysans ne supportent pas que les révolutionnaires s’immiscent dans leur liberté de culte, attisée par le clergé et la noblesse locale les esprits s’échauffent. Confronté à la violence envers des êtres qui lui sont chers, il n’aura plus d’autres choix que de se tourner vers les créatures étranges qui ne cessent de le hanter et auxquels il ne croit pas…

De son côté, Cornuaud, ex truand nantais, embarqué sur un navire du commerce triangulaire pour se faire oublier de la pègre locale, est envoûté (enjominé) par une sorcière suite au viol d’une fillette africaine lors de la traversée vers les Antilles. De retour en France, il sera consumé par un démon vengeur le poussant à massacrer les blancs, fossoyeurs du continent africain. Tout en cherchant à se défaire de ce maléfice, il intégrera un club révolutionnaire qui lui permettra de trouver refuge à Paris après quelques excès meurtriers. Là, il participera à la prise des Tuileries et aux évènements qui suivront toujours guidé par un soucis de délivrance plutôt qu’une quelconque ferveur révolutionnaire.

Enfin dans l’ombre, un culte de Mithra secret et sanguinaire attise l’hystérie collective parisienne et déjoue les tentatives de démantèlement des forces de police moribondes. 

La fresque révolutionnaire de Pierre Bordage est sans concession, il renvoie dos à dos monarchiste et révolutionnaire sans prendre parti. Les excès des deux camps sont narrés sans fioritures et les intermèdes fantastiques vécu par Emile sont rafraîchissants par rapport aux récits de massacres récurrents de ces heures sombres de la révolution.
En mêlant fantasy et réalité historique, grands évènements et intrigues secondaires, Pierre Bordage réussi ici un sans faute, tant les motivations humanistes voire naïves d’Emile que la sombre détermination de Cornuaud sont passionnantes à suivre…
A suivre donc dans 1793 et 1794.

A noter aussi les agréables illustrations intérieures qui ornent chaque début de chapitre.

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Commentaires
M
Effectivement, le contexte historique et l'utilisation de la magie peuvent faire penser à Alvin le Faiseur, mais le cycle d'OS Card est avant tout une uchronie, alors que celui de Bordage touche au fantastique. Je veux dire par là qu'il suit l'histoire officielle, non ? De plus, le cycle d'Alvin le Faiseur est un roman initiatique / voyage du Héros pur jus. Je ne pense pas qu'il faille céder à la comparaison facile. Et ces deux chroniques de 1792 m'ont convaincu de revenir à Bordage.
T
Ce qui me fait penser a Orson Scott Card c'est parce que ca se passe a peu pres a la meme epoque (18e siecle). <br /> <br /> Sinon, je me souviens avoir lu sa trilogie des Guerriers du Silence et meme si c'etait vraiment tres bien ecrit je sentais la aussi un arriere gout de deja vu (Starwars pour ne pas le citer).
V
Pour de l' Heroic Fantasy c'est assez original. Par contre j'ai trouvé la description du pays Vendéen un peu "lourde". <br /> <br /> J'avais assisté à une conférence de l'auteur l'an dernier, vendéen de toujours, parlant le patois avant la Français. Il a fait beaucoup de recherche ssur le pays, et pour moi ça se ressent trop. J'ai préféré d'autres sagas de Bordage.<br /> <br /> Mais bon, j'ai couru lire 93 et 94 dès leur sortie, et je ne l'ai pas regretté.
E
Possible mais on peut citer aussi Robert Holdstock ou David Gemmel avec son cycle du Lion de Macédoine, on doit pouvoir en trouver d'autres en cherchant bien... ;)
T
Il aurait pas piqué l'idee de depart a Orson Scott Card? parce que la il me semble qu'il y a de fortes similitudes: melanger l'histoire et la sorcellerie je pense tout de suite a l'excellent serie d'Alvin le Faiseur.
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