Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

23 septembre 2009

Axis de Robert Charles Wilson

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Les trois décennies écoulées depuis la fin du Spin avaient vu la  région sauvage à l’est d’Equatoria se transformer en capharnaüm de villages de pêcheurs, de camps de bûcherons, d’usines primitives, de terres arables dégagées par brûlis, de routes tracées à la hâte, d’une douzaine de petites villes en plein développement et d’une plus grande, par laquelle transitaient la plupart des riches ressources de l’arrière-pays. Breaker Beach, à presque cent milles nautiques au nord de Port Magellan, était sans doute la plus laide des régions occupées par l’homme sur le littoral…

 Axis se déroule environ trente ans après la fin des évènements narrés dans Spin. Lise Adams revient sur Equatoria, la première de la série de planète liée à la Terre, afin de retrouver la trace de son père disparu là bas des années auparavant. son enquête traîne, tandis que sa vie sentimentale est chamboulée, oscillant entre Brian, son ex mari envahissant et Turk, un pilote indépendant … Tout bascule quand une pluie de cendres tombe sur Equatoria.

 « Ce n’est que de la pousiière, répondit Turk. Du moins d’après les astronomes. Les restes d’une vieille comète. »

Mais quelque chose de nouveau avait attiré l’attention de Lise. « Et ça ? » demanda-t-elle en montrant un endroit à l’est, plus bas sur l’horizon, là où le ciel sombre rencontrait les eaux encore plus sombre de l’océan. Elle avait l’impression que quelque chose tombait, là-bas… non des météorites, mais des points brillants qui restaient en l’air comme des fusées éclairantes. Leur lumière se reflétait dans l’océan, le colorant de traînées orange. Elle ne se souvenait pas avoir assisté à quoi que ce soit de ce genre durant son précédent séjour sur Equatoria. « Ca en fait partie ? »

Des cendres qui se révèlent rapidement liées aux Hypothétiques. Au même moment grâce aux contacts de Brian, Lise retrouve la trace d’une ancienne relation de son père, une Quatrième Age putative et donc recherchée. Via une relation de Turk, Lise entre en contact avec cette communauté de clandestin, Diane Dupree semblant en mesure de les mener à la mystérieuse relation de son père. Malheureusement l’aide fournie par Brian a éveillée l’intérêt d’une branche spéciale de son administration, chargée de la traque musclée des Quatrième Age.

Au cours des six mois suivants, Kev et Lyle cessèrent de venir aux services dominicaux, comme si l’église et le cadavre étaient désormais liés, mais Brian eut la réaction inverse. Il crut au pouvoir protecteur de la chapelle, justement parce qu’il avait vu ce qui s’en trouvait au-delà. Il avait vu une mort impie.

Il avait vu la mort, et celle-ci n’aurait pas dû le surprendre : il fut néanmoins scandalisé par ce qui sortit de sa boîte aux lettres vingt ans plus tard, entre les murs sanctifiés de son bureau et les frontières soigneusement définies, bien que de plus en plus fragiles, de sa vie d’adulte.

Wilson reprend donc sa recette habituelle, un évènement extraordinaire, et l’applique cette fois ci à l’univers de Spin. Contrairement au roman précédent, l’échelle de temps est très courte. Les pluies de cendres étant mêlées à une intrigue mettant en scène les Quatrième Age clandestin et la fascination d’une petite faction d’entre eux pour les Hypothétiques.

Un roman prenant mais qui n’a pas la portée de Spin, celui-ci se situant plutôt quelque part entre Ange Mémoire et Blindlake. L’attention portée aux personnages l’emporte toujours sur l’intrigue principale, l’univers n’est pas bouleversée mais des pistes sont lancées quant aux troisième tome : Vortex.

Au final, Axis se révèle une lecture agréable. Pas le meilleur Wilson, mais prenant et jouant avec l’univers de Spin de manière intéressante. Un très bon moment.

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11 mars 2009

Les fils du vent de Robert Charles Wilson

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- J’ai vu ce type, ce matin.

Ces mots résonnèrent comme des coups de cymbales dans la paisible cuisine. Le réfrigérateur bourdonnait dans le silence. Dehors, les grillons stridulaient à tue-tête. Septembre déjà. L’automne approchait.

- On rentrait en voiture, dit Mike d’une voix monocorde. Quand on est arrivés sur Spadina Street, il était là, c’est tout, comme s’il attendait. Et il m’a vu. On était quatre dans la voiture mais il me regardait.

Il repoussa sa tasse, posa les mains à plat sur la table.

- Il m’a fait signe.

Karen ne voulait pas poser la question, mais celle-ci sortit d’elle-même :

- Qui ? Qui t’a fait signe ?

Michael semblait regarder dans le vide.

- Tu sais, maman. L’Homme en gris.

 

Karen, Laura, Tim, trois enfants détenteurs d’un pouvoir extraordinaire : celui de voir ou d’aller dans des mondes parallèles. Ce pouvoir terrifie leur père, qui semble déterminer à leur ôter le goût de l’utiliser à coup de ceinturon, mais aussi provoque la présence d’un inquiétant personnage tout de gris vêtu.

Les années passent et cette fratrie se disperse à peine arrivée à l’âge adulte. Karen se marie et donne naissance à Michael. Alors que son couple se sépare, l’Homme en gris refait son apparition autour de son fils.

Paniquée, sans véritable attache, Karen fuit avec Michael. Elle renoue contact avec sa sœur cadette qui les emmène dans une réalité plus à son goût. Laura révèlera à Michael, la teneur de son héritage et poussera ce petit monde a retrouver Tim et enquêter sur leurs origines.

Le récit est agencé comme Darwinia, intercalant des interludes qui mettent en scène les antagonistes et révèlent les tenants et aboutissants de l’intrigue. Il peine un peu à démarrer, on est loin des Chronolithes et j’ai eu l’impression de lire l’ébauche de Mysterium (bien plus abouti). Par ailleurs, les personnages ne sont pas aussi travaillés que dans les autres romans.

Les fils du vent est un roman pas désagréable mais pas totalement convainquant non plus, il manque quelque chose pour emporter l’adhésion. Un Wilson mineur, malgré quelques évocations de l’Amérique de la fin des années soixante.

- Des mondes, dit Laura. Tu ne crois pas que c’est ce que toute l’humanité recherche ? Un monde meilleur ? Tu sais, avant j’allais régulièrement au Haight de San Francisco, avec des copains. Et on y ressentait la même impression. Tu sais ce qu’il est devenu ce quartier, maintenant ? Un ghetto plein de gamins camés. C’est fini les belles idées. Oublié. Les autres sont tous partis… dans le désert, à Sonoma, dans l’Oregon. La vision a disparu. Alors je suis venue ici avec d’autres gens qui voulaient fonder une communauté, une façon de vivre ensemble plus créative… c’était ainsi qu’on parlait. Tu as vu la maison ? Une ruine. Jamie a fini par retourner chez ses parents, Christine est enceinte, Donald a préféré le Canada au Viêt-Nam et Jerry ne peut plus se passer de piqûre quotidienne. Alors fini, le beau rêve.

Karen n’en revenait pas. Drogue, piqûres, communautés. C’était d’un sordide…

- Pourtant, il ne faut pas que cela finisse. Parce que j’ai le pouvoir ; le phénoménal pouvoir de me balader en marge de la planète. Et je suis certaine qu’il existe un monde meilleur quelque part, qui ne s’embrouille pas dans les peut-être, pas un rêve, pas un de ces endroits dantesques que Tim ouvrait toujours.

 

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21 juin 2008

Ange mémoire de Robert Charles Wilson

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C’est suite à une chronique de Nébal (encore) que j’ai acheté Ange Mémoire, second roman de Wilson. Un roman un peu dans le même veine que La Cabane de l’Aiguilleur, une intrigue plaisante sans être pour autant trépidante mais une superbe galerie de personnage dans un univers cruel.

Le futur évoqué par Wilson n’est pas très reluisant mais il ne s’attarde pas dessus, la découverte de roche extraterrestre enfouie dans la jungle amazonienne provoque une nouvelle ruée vers l’or et un conflit local où toutes les alliances trempent leurs sales pattes. Après bien des horreurs la situation redevient stable, les onirolithes sont étudiées, copiées et écoulées au marché noir où elles font office de drogues douces. 

Ces pierres bien étranges permettent de raviver les souvenirs ou de partager celles de la civilisation extraterrestre, baptisées les Exotiques, qui les a larguées sur Terre. Un nouveau champ scientifique concernant le stockage des données à conquérir… 

Cela avait comme implication évidente que le contrôle des onirolithes permettait celui de l’économie planétaire et de l’avenir politique du monde. Dans un siècle ayant débuté sans tambour ni trompette vingt ans auparavant, la découverte fut interprétée comme la marque, sinon davantage, d’un véritable changement :  la Nouvelle  Reconstruction,le remaniement industriel d’une économie mondiale. Pour la première fois depuis les débats écologiques, les grandes puissances s’intéressèrent à l’arrière-pays brésilien. 

Cruz Wexler est un ancien scientifique, viré de la recherche pour ses propos dérangeants. Gourou new age des onirolithes, régnant sur une poignée d’artistes issues des bidons villes, il est bien décidé de mettre la main sur un exemplaire de la nouvelle variété d’onirolithes qui vient d’émerger de la boue brésilienne.
Byron Ostler est un petit trafiquant de pierres extraterrestres mais aussi un vétéran du conflit qui a embrasé les environs du site d’extraction avec Teresa Rafael, une artiste, il est chargé d’aller récupérer une de ces nouvelles pierres.
Teresa a oublié son passé suite à un incendie cataclysmique qui a emporté le taudis flottant où elle a passée son enfance. Les onirolithes et Byron lui ont permis de sortir de l’enfer des drogues dures. Elle veut cette nouvelle pierre.
Ray Keller est un ancien compagnon d’arme de Byron, alors que Byron a abandonné son statut d’Ange pour retrouver le monde, Keller traumatisé par une expérience sur le champ de bataille en est devenu un pour bénéficier du détachement zen propre à cette caste.
Les Anges sont des individus ayant subits le câblage de leur sens et doté d’une boite noire. Ils sont là pour fournir toutes les informations nécessaires aux commandements des armées, ce statut de témoin couplé à une formation psychologique adéquat leur confère un état de détachement clinique de leurs environnements.
Contacté par Byron qui nourri quelques doutes quant à leur mission, Keller se joint à l’expédition.

Ce qu’ils ignorent c’est qu’une agence gouvernementale a lancée sur leurs traces un autre vétéran des conflits brésiliens, Oberg, nourrissant une animosité personnelle aux onirolithes.
Cet individu est chargé d’empêcher la conclusion de la transaction. 

Hanté par le souvenir, il resta allongé dans le noir. Cela n’était pas naturel, c’était extraterrestre, un stratagème de l’esprit. Le passé avait disparu, les morts étaient morts, ils ne parlaient pas, et tout le monde mourait, Oberg mourrait lui aussi un jour, et il ne dirait alors plus rien, cela serait, comme il se devait, le vaste et accueillant océan de l’oubli. Cela rendait la vie supportable. C’était sacré. Il ne fallait pas y toucher. 

Ange mémoire n’est pas un thriller et le cyberpunk y est très léger, par contre la poignée de personnages y est très bien traitée, grâce notamment aux multiples flashbacks, le thème souvenir et de l’oubli est de fait bien amené.
Ange mémoire est un très bon moment qui porte en lui les prémisses des Chronolithes ou de Mysterium.

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18 mai 2008

Mysterium de Robert Charles Wilson

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Avec ce gros pavé de chez Lunes d’Encre c’est deux romans et cinq nouvelles ou novellas qui sont présentés ici, préfacés par l’auteur. 

Ce recueil s’ouvre avec « La cabane de l’aiguilleur », premier roman de Wilson. Ce récit fantastique met en scène un couple de créatures venu d’ailleurs, séparées et perdues aux Etats-Unis pendant la Grande Dépression. L’un d’eux erre avec des vagabonds qui exploitent sa force tandis que l’autre plus fragile n’a de cesse de se trouver des alliés pour la protéger en attendant que son compagnon la retrouve.

Dureté de la vie pour les saisonniers, petite ville étriquée percluse de préjugés oppressant tout ceux qui sont différents. La touche fantastique est très légère et l’ensemble est plus une illustration de l’époque à travers une vaste gamme de personnages très travaillés.
Un bon roman dont la forme n’est pas sans rappeler « Cœurs perdus en Atlantide » de Stephen King.

 
« Mysterium » est le gros morceau de ce recueil.
Un objet étrange est découvert lors de fouille archéologique, mortellement radioactif il est ramené aux Etats-Unis pour y être étudié dans un laboratoire construit de toute pièce dans une réserve indienne à proximité de la ville de Two Rivers.
Un matin une explosion se produit dans le laboratoire, tous les occupants sont tués. Le laboratoire et ses environs, Two Rivers incluse, sont transportés dans un univers parallèle pas foncièrement différent aux premiers abords. 

Mais, depuis samedi, le coin avait changé. Une vieille, vieille forêt coupait en deux le damier des terrains vagues. Le mystère prenait d’étranges proportions.
Il faisait frais et humide dans ces bois denses, profonds, au sol noir riche d’odeurs. C’était attirant et repoussant à la fois, et il n’osa pas s’aventurer bien loin dans la pénombre.
Mais la lisière le fascinait. Elle courait en ligne droite, sauf si on la suivait des yeux depuis le bout du lotissement. Là, on aurait dit qu’elle s’incurvait. Mais ce n’était peut-être qu’une illusion d’optique.
Les arbres n’étaient pas tous intacts. Les pins à cheval sur la frontière étaient proprement coupés en deux. Sinistre. Une sève jaune, collante, saignait du cœur vert pâle. D’un côté, de belles branches chargées d’aiguilles, de l’autre, rien.

 
Ce nouveau monde n’est pas vierge ni totalement étranger aux habitants, ils sont toujours sur Terre aux Etats-Unis. Mais dans ce monde, l’Amérique du Nord est dominée par une théocratie, très oppressante, en guerre. L’avance technologique des nouveaux venus intéresse les puissants de ce monde parallèle, les habitants de Two Rivers sont rapidement soumis à une loi martiale tandis que des scientifiques sont forcés de venir les étudier.
Les personnages présentés sont assez nombreux tant d’un côté que de l’autre et bien campés.
Un superbe texte capable de rivaliser avec Spin et Blindlake. 

La nouvelle  « Le Mariage de la dryade » reprend l’univers de BIOS et l’on en apprend un peu plus sur les colons d’Isis, via une jeune femme reconstruite après avoir été gravement accidentée. Sans mémoire, elle a du tout réapprendre en seize ans et tandis que son mari attend le retour d’une femme qui ne sera en aucun cas similaire à celle qu’il a connu, cette dernière est en proie à de curieuses expériences avec la faune locale.
Une agréable conclusion à BIOS sans être toutefois indispensable.
 

« Le Grand Adieu » et « Les Affinités » sont des textes très courts et assez efficaces, j’ai une préférence pour le second qui anticipe sur les phénomènes de rapprochement uniquement en fonction des points communs. 

« Le Théâtre Cartésien » et « YFL – 500 » mettent en scène, un monde où l’économie a été totalement confiée aux machines, libre pour chacun de se trouver une profession ou de se contenter du minimum fournie par l’allocation chômage universel. 

« Le Théâtre Cartésien » se concentre sur la notion d’intelligence et de vie artificielle de manière assez cynique.

Cela correspondait à peu près à ce qu’avait fait Grand-père les cinq dernières années de sa vie : partager de plus en plus de son moi essentiel avec une petite armée d’appareils artificiels. Et quand il a fini par mourir, la plus grande partie de sa personne a continué à fonctionner dans ces amas de prothèses épibiotiques. Mais un jour ou l’autre, avec le temps, sans un corps physique pour les ordonner et les réapprovisionner, les machines redeviendraient à de simples états par défaut, signant la fin de Grand-père en tant qu’entité cohérente. C’était une technologie utile, mais en fin de compte imparfaite.
 

« YFL – 500 » de son côté met en scène un artiste en mal d’inspiration et incapable de rêver. Avec la complicité d’un médecin, il se servira de données personnelles afin de créer des œuvres d’art au point de ne plus pouvoir se passer d’un des donneurs involontaires. 

Outre son nom , il savait uniquement d’elle qu’elle avait séjourné à la clinique du Sommeil Bonnuit au début du printemps 2110, c'est-à-dire trois ans plus tôt. Comme il ne pouvait pas dire carrément le nom de la fille, il orientait la conversation sur la clinique Bonnuit.
De fait, beaucoup de monde à Chômeville y avait déjà séjourné, non à cause de troubles du sommeil, mais parce que la clinique était bien située et avait conduit jusqu’à la fin de l’année précédente un programme de recherche, dans le cadre duquel elle remettait une somme généreuse aux volontaires acceptant de dormir dans un lit à moniotoring le crâne relié à des appareils. Une nuit de travail peu contraignant et un moyen sympa d’obtenir de l’argent de poche quand la gratuité de la nourriture et de l’hébergement ainsi que les allocations de consommation garanties par la Rationnalisation ne semblaient pas suffire tout à fait.

 

Le recueil de se termine enfin sur « Julian : un conte de Noël », un récit qui n’est pas sans rappeler « Le Royaume Blessé » de Laurent Kloetzer, le fantastique en moins : un narrateur narrant les aventures d’un fils de héros, lui-même destiné à un destin hors norme. Dans le cas présent, cette nouvelle narre la fin de l’adolescence dans un monde impitoyable. Un bon texte pour lequel Robert C Wilson annonce une suite sous forme de roman. A suivre…

Un recueil très satisfaisant allant du fantastique à la science fiction pure en passant par le genre privilégié de Wilson à savoir l’intrusion d’un évènement extra ordinaire dans notre avenir proche.

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03 octobre 2007

Blind Lake de Robert Charles Wilson

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« Il savait très bien que, selon toute probabilité, il se trouvait face à sa dernière chance de sauver sa carrière de journaliste. Restait à savoir s'il voulait saisir cette chance. Comme l'avait souligné Elaine, d'autres options s'ouvraient à lui. L'alcoolisme ou la toxicomanie, par exemple, qu'il avait côtoyés d'assez près pour en comprendre l'attrait. Il pouvait également accepter un emploi de rédacteur de publicités ou de manuels techniques et avancer incognito jusque dans une cinquantaine paisible et respectable. Il ne serait pas le premier adulte à devoir revoir ses aspirations à la baisse et ne se sentait pas à plaindre pour cela.
Cette mission à Crossbank et Blind Lake était arrivée comme un rêve d'enfance trop longtemps différé. Un rêve éculé. Il avait grandit dans l'amour de l'espace, avait chéri les premières images des interféromètres optiques de la Nasa et d'Eurostar – des images préliminaires incluant les deux géantes gazeuses du système UMa47 (toutes les deux avec d'énormes et complexes systèmes d'anneaux) et une tache alléchante : une planète rocheuse à l'intérieur de la zone habitable de l'étoile. »

Blind Lake sera le dernier roman de Robert Charles Wilson que je lirai cette année en attendant la parution en français d'Axis en 2008.

Dans un futur proche à la géopolitique instable, un système quantique incompréhensible permet d'observer une planète lointaine avec un degré de précision stupéfiant. Il est possible de suivre la vie  d'un autochtone !  Mis au point par hasard le procédé n'est pas compris par ses concepteurs et les images obtenues bouleversent quelque peu les idées préconçues sur la place de l'humanité dans l'univers. Pour ces raisons, les sites d'observation astronomiques de Crossbanks et de Blind Lake sont hautement sécurisés et autarciques : le personnel est trié sur le volet, logé sur place avec toutes les installations civiles nécessaires à une vie de famille, seuls quelques travailleurs journaliers entrent et sortent.

« Donc, dit Charlie, on a vraiment deux projets de recherche en même temps : Hubble Plaza essaye de trier les données et ici on tente de comprendre comment on obtient les données. Mais on ne peut pas regarder de trop près. On ne peut pas démonter les O/BEC, les arroser de rayons X ou quoi que ce soit d'aussi agressif. En mesurer un, c'est le casser. Blind Lake ne se contente pas de dupliquer l'installation de Crossbank : il a fallu faire accomplir à nos machines le même processus de développement, sauf qu'on a utilisé les vieux interféromètres haute définition à la place de l'Ensemble Galilée, en abaissant délibérément la force du signal jusqu'à ce que les machines chopent le truc, quel qu'il soit. Il n'y a que deux installations de ce genre dans le monde, et toutes les tentatives d'en créer une troisième ont systématiquement échoué. On est en équilibre sur la pointe d'une épingle. C'est de ça que vous parlait ce type à Crossbank. Quelque chose de vraiment étrange et merveilleux ce passe ici, et on n'y comprend rien. Tout ce qu'on peut faire, c'est le pouponner en espérant qu'il ne va pas en avoir assez et s'éteindre tout seul. Ça pourrait s'arrêter n'importe quand. Bien entendu. Et pour n'importe quelle raison. »

Alors que les cadres dirigeants sont partis pour une conférence internationale et que trois journalistes sont admis à Blind Lake, la quarantaine est instaurée de l'extérieur sans explication. Le site de Blind Lake est toujours approvisionné en énergie et aliments mais est pour le reste totalement coupé du monde. Très vite, les détenus prendront la mesure de leur isolement en découvrant que des drones de combat mortels ont été mis en place autour du complexe. La vie s'organise alors dans ce nouveau contexte et les scientifiques continuent de travailler faute de mieux. Or c'est à ce moment là que Le Sujet, l'extraterrestre observé, change son comportement de manière radicale : il abandonne sa cité et se lance dans un périple à travers les étendues désertiques et abandonnées de sa planète.

Robert Charles Wilson s'empare ici de la mécanique quantique, très légèrement et avec une certaine poésie tout en privilégiant l'humain. Que ce soit avec Chris, journaliste sur le retour portant plusieurs fardeaux sur la conscience, Marguerite, responsable scientifique harcelée par Ray, son ex mari, responsable administratif psychotique et leurs fille, Tessa, gamine de neuf ans pertubée et sujette à des visions pour le moins inquiétante et encore quelques autres personnes. L'action se déroule sur des périodes clés, espacées dans le temps, et est décrite selon le point de vue de chacun des protagonistes.

Globalement, Blind Lake est un roman paisible loin de la fureur de BIOS, Darwinia ou des Chronolithes. L'évènement extraordinaire est ici une quarantaine inexplicable sujet de toutes les spéculations, la majeure partie de la narration concerne les protagonistes et le Sujet. Existe t il un lien entre le comportement de ce dernier et la quarantaine ? Comment fonctionne ces systèmes informatiques quantiques qui se programment     seuls ? Pourquoi cela fonctionne t il ? Et pour encore combien de temps ?
L'auteur répondra a quelques unes de ces questions tout en faisant évoluer ses personnages avec maestria. Une lecture plaisante qui se laisse dévorer très rapidement, pour un final très agréable emprunt d'une magie qui m'a donné l'impression de sortir d'un film de Miyazaki.

« Presque quatre mois de quarantaine, et on avait beau essayer de l'ignorer ou de la justifier, cela signifiait qu'il se passait quelque chose de prodigieusement mauvais – peut-être dehors, peut-être dedans. Quelque chose de mauvais, de dangereux et de caché qui finirait par venir avec bruit en pleine lumière. »

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19 septembre 2007

Darwinia de Robert Charles Wilson

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« L’adolescent posait la main sur l’Europe, recouvrant des indications dépassées. Terra incognita. Les publications de Hearst, emboîtant le pas au regain religieux national, appelaient parfois ironiquement le nouveau continent « la Darwinie », pour donner à entendre que le miracle avait jeté le discrédit sur l’histoire naturelle.
Il n’en était rien, Guilford en avait l’intime conviction, bien qu’il n’osât en parler. Pour lui, il ne s’agissait pas d’un miracle, juste d’un mystère. Inexplicable, mais peut être pas intrinsèquement tel.
Cette masse de terre, ces profondeurs océanes, ces montagnes, ces déserts glacés, tout cela changé en une nuit… C’était effrayant, surtout lorsqu’on évoquait les contrées inconnues que sa main dissimulait. On se sentait tellement fragile.
Un mystère. Qui, comme tous les mystères, attendait une question. Plusieurs, même. Des questions en forme de clés, fouillant une serrure obstinée.
Les yeux clos, le garçon retirait la main du globe terrestre. Il imaginait une immensité retournée à l’indétermination, légendée dans une langue inconnue.
Des mystères à l’infini.
Mais comment interroger un continent ? »

 
1912. En une nuit l’Europe est effacée de la surface du globe, ses habitants, ses nations et toutes les manifestations humaines disparaissent pour laisser place à une jungle sauvage à la faune et la flore inconnue.
La géopolitique et les croyances sont bouleversées. L’empire britannique est à terre et les autres nations européennes ne sont plus qu’un souvenir, les Etats-Unis d’Amérique deviennent de fait la première puissance mondiale.
Guillford Law a quatorze ans au moments des faits, fasciné par le phénomène, il participera huit plus tard, en tant que photographe, à une expédition scientifique en Darwinie.

De Londres, simple ville frontière aux Alpes en passant par les chutes du Rhin, l’expédition s’annonce périlleuse. Que ce soit la faune hostile ou les ressortissants expatriés des anciennes nations européennes, devenus colons, farouchement nationalistes et opposés à la politique de colonisation américaine.

Robert Charles Wilson par l’intermédiaire de quelques protagonistes dispersés à la surface du globe nous dresse un portrait saisissant d’une humanité confronté à un phénomène qui  la dépasse. Que ce soit pour le passionné Guilford Law au cours de son voyage infernal, pour sa femme Catherine et sa fille Lily quelque peu perdues à Londres ou Elias Vale spirite américain victime d’une étrange possession.
Renouveau religieux, dépression, tensions internationales, tout est présenté très clairement sans perdre de vue l’humanité des personnages ce qui semble constitué le style de Robert Charles Wilson.

Le récit est très agréable et alterne les points de vue d’une manière très efficace qui permet d’avoir en permanence une vue d’ensemble de la situation. Quant  à l’explication du phénomène, elle se situe au sein de la science fiction la plus vertigineuse d’où le classement de ce titre.
Un roman très efficace et profondément humain, Guilford Law est vraisemblablement un des personnages les plus attachants parmi les différents protagonistes des romans de Wilson.

« Je pense à l’Europe, reprit Randall. Une Europe si corrompue qu’elle a été rejetée dans le creuset de la Création pour y être refondue. Aussi extirpons-nous les graines de l’européanisme partout où nous les trouvons, quoi que cela puisse signifier. Hypocrisie pure et simple, évidemment. Marotte politique. Vous voulez voir l’Europe ? » Il engloba d’un geste la demeure à colonnades blanches des Sanders-Moss. « La voilà ! La cour de Versailles. Ou l’équivalent. »

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11 septembre 2007

BIOS de Robert Charles Wilson

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« Ce qui faisait entre autres de la planète une vaste et nouvelle pharmacopée. L'essentiel du financement de l'exploitation de Yambuku provenait d'ailleurs des collectifs pharmaceutiques chapeautés par le Trust des Travaux. Cela n'allait pas sans poser de problèmes : il fallait ainsi justifier auprès des comptables du Trust tout ce qui sortait de Yambuku. Nulle trace, ici, pour la science pure, on le faisait clairement comprendre aux employés d'origine kuiper. Hayes était particulièrement apprécié des Trusts, présumait-il, précisément parce qu'il n'était pas reparti chez lui pour y publier aussitôt une dizaine d'articles dans des revues scientifiques indépendantes ; un comportement qui, pour les Trusts, revenait à offrir à qui en voulait ce pour quoi ils avaient payé. »

Dans un futur lointain, la Terre est dominée par des Trusts eux même au main des Familles, aristocrates héréditaires, gouvernant la majeure partie de l'humanité d'une main de fer.
Tourné uniquement vers le profit, ces entités laisse croupir la main d'oeuvre non qualifiée dans des conditions misérables. L'espace a néanmoins été colonisé, des gouvernements indépendants se sont constitués sur Mars et dans des habitats spatiaux.

Aux confins de la sphère humaine se trouve Isis, une planète disposant d'une biodiversité comparable à celle de la Terre si ce n'est qu'elle est mortelle. Dans le passé d'Isis, la compétition des organismes mono cellulaires a été plus longue et plus intense que sur la Terre, les micro organismes sont agressifs et dotés de moyens de défense très élaborés. Intéressé par les débouchés pharmaceutiques potentiels, les Trusts ont financés l'étude d'Isis. Une station orbitale y a été installé ainsi que des stations d'études scientifiques au sol, véritables forteresses assiégées par les virus autochtones.

« Autour de la station, on avait brûlé ou assaisonné d'herbicides longue durée une large bande de terrain pour la débarrasser de sa végétation. Le coeur et les quatre anneaux coaxiaux de Yambuku étaient enchâssés dans ce désert noir telle une perle tombée à terre. La zone de combustion empêchait les plantes autochtones de grimper sur les murs en agrégat compressé de la station, d'obstruer ses sorties et d'affaiblir ses joints. Elle évoquait aussi à Hayes l'espace vide entre une forteresse et son mur d'enceinte. Un champ de tir.
Mais ce no man's land n'était d'aucune efficacité contre les micro-organismes aériens, cause probable des défaillances à répétition des joints, et déjà les mauvaises herbes tentaient de nouvelles avancées, comme si la forêt étendait à tâtons ses doigts verts. »

Zoé Fisher est la dernière avancée scientifique des Trusts, génétiquement créée, modifiée à coup de nanotechnologie, elle doit pouvoir évoluer  sur Isis avec un équipement allégé. Sabotée par un médecin afin qu'elle puisse ressentir des émotions, Zoé est envoyée sur Isis avec son cortège de cauchemars et d'émotions naissantes.
Sur place, jouet des intrigues byzantines des Familles et de la veulerie des cadres des Trusts, elle devra commencer son exploration d'Isis au moment où tout commencera à tourner à la catastrophe.

« Imaginez Isis comme une tueuse. Elle veut entrer. Elle nous veut, nous. Jusqu'à présent, elle a tâtonné dans la serrure avec un trousseau de clés – des composés chimiques – en cherchant celle qui correspondait. Un effort terriblement long et frustrant, ce qui nous a amenés à nous croire plus ou moins en sécurité. Mais voilà qu'elle a trouvé la bonne clé. La tueuse a la clé, et tout ce qu'il lui reste à faire, c'est de l'utiliser, d'ouvrir patiemment une porte après l'autre, parce qu'il est trop tard pour changer la serrure. » Il résuma son point de vue : Bref, on est baisé.

Dans ce court roman, Robert Charles Wilson, alterne les points de vue et les lieux, Zoé n'étant qu'un protagoniste parmi d'autres, ce qui donne au texte un grand dynamisme. Anticipation sociale, « film catastrophe », découverte d'entité véritablement extra terrestre, Wilson réussit à mêler tout ces thèmes de manière très efficace. Son livre se lit rapidement avec plaisir et se conclut de manière surprenante. Pas révolutionnaire, ni aussi remuant que Spin ou les Chronolithes, BIOS reste un bon roman qui passe agréablement le temps.

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07 mai 2007

Les Chronolithes de Robert Charles Wilson

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« L’ironie veut que j’ai détesté le monument presque avant tout le monde. Très peu de temps après, la silhouette de cette pierre fraîche et bleue allait devenir un symbole reconnu et détesté (ou, par esprit de contradiction, adoré) par la très grande majorité de la race humaine. Mais à ce moment-là, il n’y avait que moi.
J’imagine qu’on peut en tirer comme morale que l’histoire ne braque pas toujours ses projecteurs sur les gentils.
Et bien sûr, que les coïncidences n’existent pas. »

 

2021, Scott Warden et sa petite famille vivote sommairement en Thaïlande quand se produit un évènement qui va changer sa vie et celle de l’humanité : au cours d’une explosion nocturne dans la cambrousse, un étrange monolithe est apparu. Dessus une inscription commémore la victoire d’un certain Kuin en 2041 soit 20 ans plus tard.
Rapidement d’autres monuments plus sophistiqués apparaîtront à leur tour en Asie, tous à la gloire militaire de Kuin, parfois en plein milieu de villes qui s’en trouveront ravagées. Ils seront rapidement baptisés « chronolithes » par la presse.
Les pays ainsi frappés sont rapidement déstabilisés avant de sombrer totalement ou partiellement dans le chaos. Au fil des années, les monuments se multiplient de l’Asie vers le Moyen-Orient puis l’Afrique. L’économie s’effondre et la récession frappe violement les Etats-Unis conjointement à des catastrophes écologiques importantes.

Contrairement à Tyler Dupree dans « Spin », Scott Warden n’est pas introverti et les évènement sont plus sinistres même si moins terrifiant à une échelle cosmique : la menace est définitivement humaine.

Qui est Kuin ? Pourquoi clamer ses victoires par avance ?  Comment le fait il ? Des questions que l’on se posera autour de Scott même si ses propres préoccupations resteront plutôt terre à terre.

« Nous comprenons les Chronolithes de la manière dont un théologien du moyen-âge comprendrait une automobile. C’est lourd, les garnitures chauffent si on les laisse au soleil, il y a des pièces pointues et d’autres non. Certains de ces détails peuvent avoir de l’importance, la plupart n’en ont sans doute pas, mais on ne peut les éliminer sans s’appuyer sur une théorie globale. Ce qui est précisément ce dont nous manquons. »

 
Encore une fois Robert Charles Wilson mêle l’humain aux grands évènements avec bonheur, les épreuves traversées par Warden sont tout aussi intéressantes que la compréhension des raisons du phénomène.
A travers plusieurs décennies et trois cent vingt pages, l’on suivra Warden et la détérioration rapide des sociétés. Les états occidentaux succombant au militarisme et à la paranoïa, les nations en développement  s’écroulant, tandis que les partisans irrationnels de Kuin, le conquérant du futur, se multiplient un peu partout en dépit du bon sens. 

« J’ai eu l’impression d’être confronté à la folie millénariste à laquelle nous avions échappé au tournant du siècle, ces centaines de hadjis tirant profit de la carte blanche que leur procurait sur le plan moral la garantie d’une fin du monde. Que Kuin soit rédempteur ou destructeur, le lendemain comme le surlendemain lui appartenaient, voire tous les lendemains, du moins dans l’esprit des hadjis. Et du moins, en l’occurrence, ils ne seraient pas déçus : le Chronolithe arriverait comme prévu ; Kuin imprimerait sa marque sur le sol nord-américain. Un grand nombre d’entre eux laisserait probablement la vie dans le choc thermique et les secousses, mais s’ils le savaient et selon toute probabilité ils le savaient, ils ne s’en souciaient pas. C’était une loterie, après tout. Gros lots et risques de tombeau. Kuin récompenserait les croyants… du moins les croyants qui survivraient. »

Faut il étudier le phénomène pour tenter de l’interrompre ? Est-ce possible ? Cela ne revient il pas à trouver les méthodes qui le rendront possible et prendre le risque de les livrer ainsi à Kuin ? Telles sont les questions qui hanteront le récit tandis que Scott tentera de préserver les siens contre vents et marées.

Un exercice très original sur le paradoxe temporel. Un excellent roman qu'il est très difficile de refermer avant la fin.

Posté par efelle à 18:50 - Science Fiction - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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11 mars 2007

Spin - Robert Charles Wilson

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Et voici le prix Hugo 2006 : Spin.

Dans un futur pas si lointain, la terre est soudainement enveloppée d’une barrière l’isolant de l’univers. La vie restant encore possible sous un soleil artificiel. Commence alors pour Tyler Dupree, Jason et Diane Lawton une existence sans étoiles ni lune. Cette histoire nous est narrée par Tyler narrateur introverti qui assiste au évènement de manière clinique. Jason, génie sous la tutelle de son père, sera fasciné par le phénomène et oeuvrera pour le comprendre tandis que sa sœur Diane, en proie à une terreur profonde, cherchera des réponses du côté de la religion.

Les années passeront, les trois adolescents deviendront jeunes adultes quand la réalité de l’évènement d’octobre  les frappe de plein fouet.

 

Elle a serré sa parka sur ses épaules en frissonnant. Pas à cause de la température, juste parce qu’elle était arrivée à la question fondamentale :  « Combien de temps, Jason ? Combien de temps passe dehors ? »
Dehors, derrière le ciel vide.
Jason a hésité, manifestement peu disposé à lui répondre.

« Beaucoup, a-t-il admis.

- Dis nous, a insisté Diane d’une voix éteinte.

- Eh bien… Il y a toutes sortes de mesures. Mais au dernier lancement, ils ont fait rebondir un signal de calibration à la surface de la lune. La lune s’éloigne un peu plus de la Terre tous les ans vous le saviez ?  Très peu, mais c’est mesurable. En mesurant la distance, on obtient une espèce de calendrier grossier, de plus en plus précis au fur et à mesure que le temps passe. Si on ajoute cela aux autres données significatives comme le mouvement des étoiles proches…

- Combien de temps, Jason ?

- Il s’est passé cinq ans et deux mois depuis l’Evènement d’Octobre. A l’extérieur de la barrière, cela correspond à un peu plus de cinq cent millions d’années. »

 Un nombre à vous couper le souffle.
Je n’ai rien trouvé à dire. Pas un mot. Cela m’a laissé sans voix. Et sans pensées.
A ce moment là, il n’y avait pas le moindre bruit, rien que le vide acerbe de la nuit.

 

A ce rythme, la Terre assistera à la fin du Soleil dans cinquante ans… L’évènement devient alors le Spin.

Cinquante c’est encore loin et la panique ne prend que de manière insidieuse accroissement des mouvements religieux, de la criminalité… La société se maintient malgré tout et une solution ingénieuse voie le jour. S’il n’est pas possible de briser l’obstacle, il faut le contourner. Le décalage temporel devient un avantage dès qu’il s’agit de terra former Mars puis de la coloniser pour que l’humanité puisse continuer son existence ailleurs. Une humanité non soumise au Spin pourrait alors trouver une solution au cours des millions d’années s’écoulant pour sauver les terriens… Un faible espoir auquel s’accrocher.

Aussi quand Mars colonisée depuis à peine une année terrestre se voit à son tour entourée d’une barrière Spin, l’histoire de l’humanité amorce un tournant. 

Robert Charles Wilson présente ici un texte exceptionnel, passionnant et jamais ennuyeux. L’humanité face à une apocalypse molle… A travers le regard de Tyler, l’auteur nous présente toutes les facettes des réactions humaine : refuge dans la foi, renoncement, anarchie, détermination à trouver une solution, opportunisme. La narration alterne présent et passé, les évènements évoqués au présent étant explicités ensuite par la narration des souvenirs de Tyler.

Accrocheur, efficace, intelligent et accessible : une réussite indéniable.

 

Des gens plus jeunes que moi m’ont demandé : Pourquoi n’as-tu pas paniqué ? Pourquoi personne n’a-t-il paniqué ? Il n’y a pas eu d’émeutes, de pillages ? Pourquoi votre génération a-t-elle laissé faire, pourquoi vous êtes-vous tous laissés entrer dans le Spin sans même un murmure de protestation ?

Il m’arrive de répondre : Mais il s’est passé des choses terribles.

Il m’arrive aussi de répondre : Mais nous ne comprenions pas. Et qu’aurions-nous pu y faire ?

Il m’arrive aussi de répondre par la parabole de la grenouille. Lâchez une grenouille dans de l’eau bouillante, elle en sortira aussitôt d’un bond. Placez-la dans une casserole d’eau tiède que vous mettez à chauffer à feu doux, et la grenouille mourra avant de se rendre compte du problème. 

Posté par efelle à 12:09 - Science Fiction - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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