23 septembre 2009
Axis de Robert Charles Wilson

Les trois décennies écoulées depuis la fin du Spin avaient vu la région sauvage à l’est d’Equatoria se transformer en capharnaüm de villages de pêcheurs, de camps de bûcherons, d’usines primitives, de terres arables dégagées par brûlis, de routes tracées à la hâte, d’une douzaine de petites villes en plein développement et d’une plus grande, par laquelle transitaient la plupart des riches ressources de l’arrière-pays. Breaker Beach, à presque cent milles nautiques au nord de Port Magellan, était sans doute la plus laide des régions occupées par l’homme sur le littoral…
Mais quelque chose de nouveau avait attiré l’attention de Lise. « Et ça ? » demanda-t-elle en montrant un endroit à l’est, plus bas sur l’horizon, là où le ciel sombre rencontrait les eaux encore plus sombre de l’océan. Elle avait l’impression que quelque chose tombait, là-bas… non des météorites, mais des points brillants qui restaient en l’air comme des fusées éclairantes. Leur lumière se reflétait dans l’océan, le colorant de traînées orange. Elle ne se souvenait pas avoir assisté à quoi que ce soit de ce genre durant son précédent séjour sur Equatoria. « Ca en fait partie ? »
Il avait vu la mort, et celle-ci n’aurait pas dû le surprendre : il fut néanmoins scandalisé par ce qui sortit de sa boîte aux lettres vingt ans plus tard, entre les murs sanctifiés de son bureau et les frontières soigneusement définies, bien que de plus en plus fragiles, de sa vie d’adulte.
Un roman prenant mais qui n’a pas la portée de Spin, celui-ci se situant plutôt quelque part entre Ange Mémoire et Blindlake. L’attention portée aux personnages l’emporte toujours sur l’intrigue principale, l’univers n’est pas bouleversée mais des pistes sont lancées quant aux troisième tome : Vortex.
Au final, Axis se révèle une lecture agréable. Pas le meilleur Wilson, mais prenant et jouant avec l’univers de Spin de manière intéressante. Un très bon moment.
11 mars 2009
Les fils du vent de Robert Charles Wilson

- J’ai vu ce type, ce matin.
Ces mots résonnèrent comme des coups de cymbales dans la paisible cuisine. Le réfrigérateur bourdonnait dans le silence. Dehors, les grillons stridulaient à tue-tête. Septembre déjà. L’automne approchait.
- On rentrait en voiture, dit Mike d’une voix monocorde. Quand on est arrivés sur Spadina Street, il était là, c’est tout, comme s’il attendait. Et il m’a vu. On était quatre dans la voiture mais il me regardait.
Il repoussa sa tasse, posa les mains à plat sur la table.
- Il m’a fait signe.
Karen ne voulait pas poser la question, mais celle-ci sortit d’elle-même :
- Qui ? Qui t’a fait signe ?
Michael semblait regarder dans le vide.
- Tu sais, maman. L’Homme en gris.
Karen, Laura, Tim, trois enfants détenteurs d’un pouvoir extraordinaire : celui de voir ou d’aller dans des mondes parallèles. Ce pouvoir terrifie leur père, qui semble déterminer à leur ôter le goût de l’utiliser à coup de ceinturon, mais aussi provoque la présence d’un inquiétant personnage tout de gris vêtu.
Les années passent et cette fratrie se disperse à peine arrivée à l’âge adulte. Karen se marie et donne naissance à Michael. Alors que son couple se sépare, l’Homme en gris refait son apparition autour de son fils.
Paniquée, sans véritable attache, Karen fuit avec Michael.
Elle renoue contact avec sa sœur cadette qui les emmène dans une réalité plus à
son goût. Laura révèlera à Michael, la teneur de son héritage et poussera ce
petit monde a retrouver Tim et enquêter sur leurs origines.
Le récit est agencé comme Darwinia, intercalant des interludes qui mettent en scène les antagonistes et révèlent les tenants et aboutissants de l’intrigue. Il peine un peu à démarrer, on est loin des Chronolithes et j’ai eu l’impression de lire l’ébauche de Mysterium (bien plus abouti). Par ailleurs, les personnages ne sont pas aussi travaillés que dans les autres romans.
Les fils du vent est un roman pas désagréable mais pas
totalement convainquant non plus, il manque quelque chose pour emporter
l’adhésion. Un Wilson mineur, malgré quelques évocations de l’Amérique de la
fin des années soixante.
- Des mondes, dit Laura. Tu ne crois pas que c’est ce que toute l’humanité recherche ? Un monde meilleur ? Tu sais, avant j’allais régulièrement au Haight de San Francisco, avec des copains. Et on y ressentait la même impression. Tu sais ce qu’il est devenu ce quartier, maintenant ? Un ghetto plein de gamins camés. C’est fini les belles idées. Oublié. Les autres sont tous partis… dans le désert, à Sonoma, dans l’Oregon. La vision a disparu. Alors je suis venue ici avec d’autres gens qui voulaient fonder une communauté, une façon de vivre ensemble plus créative… c’était ainsi qu’on parlait. Tu as vu la maison ? Une ruine. Jamie a fini par retourner chez ses parents, Christine est enceinte, Donald a préféré le Canada au Viêt-Nam et Jerry ne peut plus se passer de piqûre quotidienne. Alors fini, le beau rêve.
Karen n’en revenait pas. Drogue, piqûres, communautés. C’était d’un sordide…
- Pourtant, il ne faut pas que cela finisse. Parce que j’ai le pouvoir ; le phénoménal pouvoir de me balader en marge de la planète. Et je suis certaine qu’il existe un monde meilleur quelque part, qui ne s’embrouille pas dans les peut-être, pas un rêve, pas un de ces endroits dantesques que Tim ouvrait toujours.
21 juin 2008
Ange mémoire de Robert Charles Wilson

C’est suite à une chronique de Nébal (encore) que j’ai
acheté Ange Mémoire, second roman de Wilson. Un roman un peu dans le même veine
que La Cabane de l’Aiguilleur, une intrigue plaisante sans être pour autant
trépidante mais une superbe galerie de personnage dans un univers cruel.
Le futur évoqué par Wilson n’est pas très reluisant mais il ne s’attarde pas
dessus, la découverte de roche extraterrestre enfouie dans la jungle
amazonienne provoque une nouvelle ruée vers l’or et un conflit local où toutes
les alliances trempent leurs sales pattes. Après bien des horreurs la situation
redevient stable, les onirolithes sont étudiées, copiées et écoulées au marché
noir où elles font office de drogues douces.
Ces pierres bien étranges permettent de raviver les
souvenirs ou de partager celles de la civilisation extraterrestre, baptisées
les Exotiques, qui les a larguées sur Terre. Un nouveau champ scientifique
concernant le stockage des données à conquérir…
Cela avait comme implication évidente que le contrôle des
onirolithes permettait celui de l’économie planétaire et de l’avenir politique
du monde. Dans un siècle ayant débuté sans tambour ni trompette vingt ans
auparavant, la découverte fut interprétée comme la marque, sinon davantage,
d’un véritable changement : la Nouvelle Reconstruction,le remaniement industriel d’une économie mondiale. Pour la première fois depuis
les débats écologiques, les grandes puissances s’intéressèrent à l’arrière-pays
brésilien.
Cruz Wexler est un ancien scientifique, viré de la recherche
pour ses propos dérangeants. Gourou new age des onirolithes, régnant sur une
poignée d’artistes issues des bidons villes, il est bien décidé de mettre la
main sur un exemplaire de la nouvelle variété d’onirolithes qui vient
d’émerger de la boue brésilienne.
Byron Ostler est un petit trafiquant de pierres
extraterrestres mais aussi un vétéran du conflit qui a embrasé les environs du
site d’extraction avec Teresa Rafael, une artiste, il est chargé d’aller récupérer
une de ces nouvelles pierres.
Teresa a oublié son passé suite à un incendie cataclysmique
qui a emporté le taudis flottant où elle a passée son enfance. Les onirolithes
et Byron lui ont permis de sortir de l’enfer des drogues dures. Elle veut cette
nouvelle pierre.
Ray Keller est un ancien compagnon d’arme de Byron, alors
que Byron a abandonné son statut d’Ange pour retrouver le monde, Keller
traumatisé par une expérience sur le champ de bataille en est devenu un pour
bénéficier du détachement zen propre à cette caste.
Les Anges sont des individus ayant subits le câblage de leur
sens et doté d’une boite noire. Ils sont là pour fournir toutes les
informations nécessaires aux commandements des armées, ce statut de témoin
couplé à une formation psychologique adéquat leur confère un état de
détachement clinique de leurs environnements.
Contacté par Byron qui nourri quelques doutes quant à leur
mission, Keller se joint à l’expédition.
Ce qu’ils ignorent c’est qu’une agence gouvernementale a
lancée sur leurs traces un autre vétéran des conflits brésiliens, Oberg,
nourrissant une animosité personnelle aux onirolithes.
Cet individu est chargé d’empêcher la conclusion de la
transaction.
Hanté par le souvenir, il resta allongé dans le noir. Cela
n’était pas naturel, c’était extraterrestre, un stratagème de l’esprit. Le
passé avait disparu, les morts étaient morts, ils ne parlaient pas, et tout le
monde mourait, Oberg mourrait lui aussi un jour, et il ne dirait alors plus
rien, cela serait, comme il se devait, le vaste et accueillant océan de
l’oubli. Cela rendait la vie supportable. C’était sacré. Il ne fallait pas y
toucher.
Ange mémoire n’est pas un thriller et le cyberpunk y est
très léger, par contre la poignée de personnages y est très bien traitée, grâce
notamment aux multiples flashbacks, le thème souvenir et de l’oubli est de fait bien amené.
Ange mémoire est un très bon moment qui porte en lui les
prémisses des Chronolithes ou de Mysterium.
18 mai 2008
Mysterium de Robert Charles Wilson

Avec ce gros pavé de chez Lunes d’Encre c’est deux romans et
cinq nouvelles ou novellas qui sont présentés ici, préfacés par l’auteur.
Ce recueil s’ouvre avec « La cabane de l’aiguilleur », premier roman de Wilson. Ce récit fantastique met en scène un couple de créatures venu d’ailleurs, séparées et perdues aux Etats-Unis pendant la Grande Dépression. L’un d’eux erre avec des vagabonds qui exploitent sa force tandis que l’autre plus fragile n’a de cesse de se trouver des alliés pour la protéger en attendant que son compagnon la retrouve.
Dureté de la vie pour les saisonniers, petite ville étriquée
percluse de préjugés oppressant tout ceux qui sont différents. La touche
fantastique est très légère et l’ensemble est plus une illustration de l’époque
à travers une vaste gamme de personnages très travaillés.
Un bon roman dont la forme n’est pas sans rappeler
« Cœurs perdus en Atlantide » de Stephen King.
« Mysterium » est le gros morceau de ce recueil.
Un objet étrange est découvert lors de fouille
archéologique, mortellement radioactif il est ramené aux Etats-Unis pour y être
étudié dans un laboratoire construit de toute pièce dans une réserve indienne à
proximité de la ville de Two Rivers.
Un matin une explosion se produit dans le laboratoire, tous
les occupants sont tués. Le laboratoire et ses environs, Two Rivers incluse,
sont transportés dans un univers parallèle pas foncièrement différent aux
premiers abords.
Mais, depuis samedi, le coin avait changé. Une vieille,
vieille forêt coupait en deux le damier des terrains vagues. Le mystère prenait
d’étranges proportions.
Il faisait frais et humide dans ces bois denses, profonds,
au sol noir riche d’odeurs. C’était attirant et repoussant à la fois, et il
n’osa pas s’aventurer bien loin dans la pénombre.
Mais la lisière le fascinait. Elle courait en ligne droite,
sauf si on la suivait des yeux depuis le bout du lotissement. Là, on aurait dit
qu’elle s’incurvait. Mais ce n’était peut-être qu’une illusion d’optique.
Les arbres n’étaient pas tous intacts. Les pins à cheval sur
la frontière étaient proprement coupés en deux. Sinistre. Une sève jaune,
collante, saignait du cœur vert pâle. D’un côté, de belles branches chargées
d’aiguilles, de l’autre, rien.
Ce nouveau monde n’est pas vierge ni totalement étranger aux
habitants, ils sont toujours sur Terre aux Etats-Unis. Mais dans ce monde,
l’Amérique du Nord est dominée par une théocratie, très oppressante, en guerre.
L’avance technologique des nouveaux venus intéresse les puissants de ce monde
parallèle, les habitants de Two Rivers sont rapidement soumis à une loi
martiale tandis que des scientifiques sont forcés de venir les étudier.
Les personnages présentés sont assez nombreux tant d’un
côté que de l’autre et bien campés.
Un superbe texte capable de rivaliser avec Spin et
Blindlake.
La nouvelle « Le Mariage de la dryade »
reprend l’univers de BIOS et l’on en apprend un peu plus sur les colons d’Isis,
via une jeune femme reconstruite après avoir été gravement accidentée. Sans
mémoire, elle a du tout réapprendre en seize ans et tandis que son mari attend
le retour d’une femme qui ne sera en aucun cas similaire à celle qu’il a connu,
cette dernière est en proie à de curieuses expériences avec la faune locale.
Une agréable conclusion à BIOS sans être toutefois
indispensable.
« Le Grand Adieu » et « Les
Affinités » sont des textes très courts et assez efficaces, j’ai une
préférence pour le second qui anticipe sur les phénomènes de rapprochement
uniquement en fonction des points communs.
« Le Théâtre Cartésien » et « YFL – 500 » mettent en scène,
un monde où l’économie a été totalement confiée aux machines, libre pour
chacun de se trouver une profession ou
de se contenter du minimum fournie par l’allocation chômage universel.
« Le Théâtre Cartésien » se concentre sur la
notion d’intelligence et de vie artificielle de manière assez cynique.
Cela correspondait à peu près à ce qu’avait fait Grand-père
les cinq dernières années de sa vie : partager de plus en plus de son moi
essentiel avec une petite armée d’appareils artificiels. Et quand il a fini par
mourir, la plus grande partie de sa personne a continué à fonctionner dans ces
amas de prothèses épibiotiques. Mais un jour ou l’autre, avec le temps, sans un
corps physique pour les ordonner et les réapprovisionner, les machines
redeviendraient à de simples états par défaut, signant la fin de Grand-père en
tant qu’entité cohérente. C’était une technologie utile, mais en fin de compte
imparfaite.
« YFL – 500 » de son côté met en scène un artiste
en mal d’inspiration et incapable de rêver. Avec la complicité d’un médecin, il
se servira de données personnelles afin de créer des œuvres d’art au point de
ne plus pouvoir se passer d’un des donneurs involontaires.
Outre son nom , il savait uniquement d’elle qu’elle avait
séjourné à la clinique du Sommeil Bonnuit au début du printemps 2110,
c'est-à-dire trois ans plus tôt. Comme il ne pouvait pas dire carrément le nom
de la fille, il orientait la conversation sur la clinique Bonnuit.
De fait, beaucoup de monde à Chômeville y avait déjà
séjourné, non à cause de troubles du sommeil, mais parce que la clinique était
bien située et avait conduit jusqu’à la fin de l’année précédente un programme
de recherche, dans le cadre duquel elle remettait une somme généreuse aux
volontaires acceptant de dormir dans un lit à moniotoring le crâne relié à des
appareils. Une nuit de travail peu contraignant et un moyen sympa d’obtenir de
l’argent de poche quand la gratuité de la nourriture et de l’hébergement ainsi
que les allocations de consommation garanties par la Rationnalisation ne
semblaient pas suffire tout à fait.
Le recueil de se termine enfin sur « Julian : un conte de Noël », un récit qui n’est pas sans rappeler « Le Royaume Blessé » de Laurent Kloetzer, le fantastique en moins : un narrateur narrant les aventures d’un fils de héros, lui-même destiné à un destin hors norme. Dans le cas présent, cette nouvelle narre la fin de l’adolescence dans un monde impitoyable. Un bon texte pour lequel Robert C Wilson annonce une suite sous forme de roman. A suivre…
Un recueil très satisfaisant allant du fantastique à la science fiction pure en passant par le genre privilégié de Wilson à savoir l’intrusion d’un évènement extra ordinaire dans notre avenir proche.
03 octobre 2007
Blind Lake de Robert Charles Wilson

« Il savait très bien
que, selon toute probabilité, il se trouvait face à sa
dernière chance de sauver sa carrière de journaliste.
Restait à savoir s'il voulait saisir cette chance. Comme
l'avait souligné Elaine, d'autres options s'ouvraient à
lui. L'alcoolisme ou la toxicomanie, par exemple, qu'il avait côtoyés
d'assez près pour en comprendre l'attrait. Il pouvait
également accepter un emploi de rédacteur de publicités
ou de manuels techniques et avancer incognito jusque dans une
cinquantaine paisible et respectable. Il ne serait pas le premier
adulte à devoir revoir ses aspirations à la baisse et
ne se sentait pas à plaindre pour cela.
Cette mission à Crossbank et
Blind Lake était arrivée comme un rêve d'enfance
trop longtemps différé. Un rêve éculé.
Il avait grandit dans l'amour de l'espace, avait chéri les
premières images des interféromètres optiques de
la Nasa et d'Eurostar – des images préliminaires incluant
les deux géantes gazeuses du système UMa47 (toutes les
deux avec d'énormes et complexes systèmes d'anneaux) et
une tache alléchante : une planète rocheuse à
l'intérieur de la zone habitable de l'étoile. »
Blind Lake sera le dernier roman de
Robert Charles Wilson que je lirai cette année en attendant la
parution en français d'Axis en 2008.
Dans un futur proche à la
géopolitique instable, un système quantique
incompréhensible permet d'observer une planète
lointaine avec un degré de précision stupéfiant.
Il est possible de suivre la vie d'un autochtone ! Mis au point par
hasard le procédé n'est pas compris par ses concepteurs
et les images obtenues bouleversent quelque peu les idées
préconçues sur la place de l'humanité dans
l'univers. Pour ces raisons, les sites d'observation astronomiques de
Crossbanks et de Blind Lake sont hautement sécurisés et
autarciques : le personnel est trié sur le volet, logé
sur place avec toutes les installations civiles nécessaires à
une vie de famille, seuls quelques travailleurs journaliers entrent
et sortent.
« Donc, dit Charlie, on a
vraiment deux projets de recherche en même temps : Hubble Plaza
essaye de trier les données et ici on tente de comprendre
comment on obtient les données. Mais on ne peut pas regarder
de trop près. On ne peut pas démonter les O/BEC, les
arroser de rayons X ou quoi que ce soit d'aussi agressif. En mesurer
un, c'est le casser. Blind Lake ne se contente pas de dupliquer
l'installation de Crossbank : il a fallu faire accomplir à nos
machines le même processus de développement, sauf qu'on
a utilisé les vieux interféromètres haute
définition à la place de l'Ensemble Galilée, en
abaissant délibérément la force du signal
jusqu'à ce que les machines chopent le truc, quel qu'il soit.
Il n'y a que deux installations de ce genre dans le monde, et toutes
les tentatives d'en créer une troisième ont
systématiquement échoué. On est en équilibre
sur la pointe d'une épingle. C'est de ça que vous
parlait ce type à Crossbank. Quelque chose de vraiment étrange
et merveilleux ce passe ici, et on n'y comprend rien. Tout ce qu'on
peut faire, c'est le pouponner en espérant qu'il ne va pas en
avoir assez et s'éteindre tout seul. Ça pourrait
s'arrêter n'importe quand. Bien entendu. Et pour n'importe
quelle raison. »
Alors que les cadres dirigeants sont
partis pour une conférence internationale et que trois
journalistes sont admis à Blind Lake, la quarantaine est
instaurée de l'extérieur sans explication. Le site de
Blind Lake est toujours approvisionné en énergie et
aliments mais est pour le reste totalement coupé du monde.
Très vite, les détenus prendront la mesure de leur
isolement en découvrant que des drones de combat mortels ont
été mis en place autour du complexe. La vie s'organise
alors dans ce nouveau contexte et les scientifiques continuent de
travailler faute de mieux. Or c'est à ce moment là que
Le Sujet, l'extraterrestre observé, change son comportement de
manière radicale : il abandonne sa cité et se lance
dans un périple à travers les étendues
désertiques et abandonnées de sa planète.
Robert Charles Wilson s'empare ici de
la mécanique quantique, très légèrement
et avec une certaine poésie tout en privilégiant
l'humain. Que ce soit avec Chris, journaliste sur le retour portant
plusieurs fardeaux sur la conscience, Marguerite, responsable
scientifique harcelée par Ray, son ex mari, responsable
administratif psychotique et leurs fille, Tessa, gamine de neuf ans
pertubée et sujette à des visions pour le moins
inquiétante et encore quelques autres personnes. L'action se
déroule sur des périodes clés, espacées
dans le temps, et est décrite selon le point de vue de chacun
des protagonistes.
Globalement, Blind Lake est un roman
paisible loin de la fureur de BIOS, Darwinia ou des Chronolithes.
L'évènement extraordinaire est ici une quarantaine
inexplicable sujet de toutes les spéculations, la majeure
partie de la narration concerne les protagonistes et le Sujet. Existe
t il un lien entre le comportement de ce dernier et la quarantaine ?
Comment fonctionne ces systèmes informatiques quantiques qui
se programment seuls ? Pourquoi cela fonctionne t il ? Et pour
encore combien de temps ?
L'auteur répondra a quelques
unes de ces questions tout en faisant évoluer ses personnages
avec maestria. Une lecture plaisante qui se laisse dévorer
très rapidement, pour un final très agréable
emprunt d'une magie qui m'a donné l'impression de sortir d'un
film de Miyazaki.
« Presque quatre mois de quarantaine, et on avait beau essayer de l'ignorer ou de la justifier, cela signifiait qu'il se passait quelque chose de prodigieusement mauvais – peut-être dehors, peut-être dedans. Quelque chose de mauvais, de dangereux et de caché qui finirait par venir avec bruit en pleine lumière. »
19 septembre 2007
Darwinia de Robert Charles Wilson

« L’adolescent posait la main sur l’Europe, recouvrant
des indications dépassées. Terra incognita. Les publications de Hearst,
emboîtant le pas au regain religieux national, appelaient parfois ironiquement
le nouveau continent « la Darwinie », pour donner à entendre que le
miracle avait jeté le discrédit sur l’histoire naturelle.
Il n’en était rien, Guilford en avait l’intime conviction,
bien qu’il n’osât en parler. Pour lui, il ne s’agissait pas d’un miracle, juste
d’un mystère. Inexplicable, mais peut être pas intrinsèquement tel.
Cette masse de terre, ces profondeurs océanes, ces
montagnes, ces déserts glacés, tout cela changé en une nuit… C’était effrayant,
surtout lorsqu’on évoquait les contrées inconnues que sa main dissimulait. On
se sentait tellement fragile.
Un mystère. Qui, comme tous les mystères, attendait une
question. Plusieurs, même. Des questions en forme de clés, fouillant une
serrure obstinée.
Les yeux clos, le garçon retirait la main du globe
terrestre. Il imaginait une immensité retournée à l’indétermination, légendée
dans une langue inconnue.
Des mystères à l’infini.
Mais comment interroger un continent ? »
1912. En une nuit l’Europe est effacée de la surface du
globe, ses habitants, ses nations et toutes les manifestations humaines
disparaissent pour laisser place à une jungle sauvage à la faune et la flore
inconnue.
La géopolitique et les croyances sont bouleversées. L’empire
britannique est à terre et les autres nations européennes ne sont plus qu’un souvenir,
les Etats-Unis d’Amérique deviennent de fait la première puissance mondiale.
Guillford Law a quatorze ans au moments des faits, fasciné
par le phénomène, il participera huit plus tard, en tant que photographe, à une
expédition scientifique en Darwinie.
De Londres, simple ville frontière aux Alpes en passant par les chutes du Rhin, l’expédition s’annonce périlleuse. Que ce soit la faune hostile ou les ressortissants expatriés des anciennes nations européennes, devenus colons, farouchement nationalistes et opposés à la politique de colonisation américaine.
Robert Charles Wilson par l’intermédiaire de quelques
protagonistes dispersés à la surface du globe nous dresse un portrait
saisissant d’une humanité confronté à un phénomène qui la dépasse. Que ce soit
pour le passionné Guilford Law au cours de son voyage infernal, pour sa femme
Catherine et sa fille Lily quelque peu perdues à Londres ou Elias Vale spirite
américain victime d’une étrange possession.
Renouveau religieux, dépression, tensions internationales,
tout est présenté très clairement sans perdre de vue l’humanité des personnages
ce qui semble constitué le style de Robert Charles Wilson.
Le récit est très agréable et alterne les points de vue
d’une manière très efficace qui permet d’avoir en permanence une vue d’ensemble
de la situation. Quant à l’explication du phénomène, elle se situe au sein de
la science fiction la plus vertigineuse d’où le classement de ce titre.
Un roman très efficace et profondément humain, Guilford Law
est vraisemblablement un des personnages les plus attachants parmi les
différents protagonistes des romans de Wilson.
« Je pense à l’Europe, reprit Randall. Une Europe si corrompue qu’elle a été rejetée dans le creuset de la Création pour y être refondue. Aussi extirpons-nous les graines de l’européanisme partout où nous les trouvons, quoi que cela puisse signifier. Hypocrisie pure et simple, évidemment. Marotte politique. Vous voulez voir l’Europe ? » Il engloba d’un geste la demeure à colonnades blanches des Sanders-Moss. « La voilà ! La cour de Versailles. Ou l’équivalent. »
11 septembre 2007
BIOS de Robert Charles Wilson

« Ce qui faisait entre
autres de la planète une vaste et nouvelle pharmacopée.
L'essentiel du financement de l'exploitation de Yambuku provenait
d'ailleurs des collectifs pharmaceutiques chapeautés par le
Trust des Travaux. Cela n'allait pas sans poser de problèmes :
il fallait ainsi justifier auprès des comptables du Trust tout
ce qui sortait de Yambuku. Nulle trace, ici, pour la science pure, on
le faisait clairement comprendre aux employés d'origine
kuiper. Hayes était particulièrement apprécié
des Trusts, présumait-il, précisément parce
qu'il n'était pas reparti chez lui pour y publier aussitôt
une dizaine d'articles dans des revues scientifiques indépendantes
; un comportement qui, pour les Trusts, revenait à offrir à
qui en voulait ce pour quoi ils avaient payé. »
Dans un futur lointain, la Terre est
dominée par des Trusts eux même au main des Familles,
aristocrates héréditaires, gouvernant la majeure partie
de l'humanité d'une main de fer.
Tourné uniquement vers le
profit, ces entités laisse croupir la main d'oeuvre non
qualifiée dans des conditions misérables. L'espace a
néanmoins été colonisé, des gouvernements
indépendants se sont constitués sur Mars et dans des
habitats spatiaux.
Aux confins de la sphère humaine
se trouve Isis, une planète disposant d'une biodiversité
comparable à celle de la Terre si ce n'est qu'elle est
mortelle. Dans le passé d'Isis, la compétition des
organismes mono cellulaires a été plus longue et plus
intense que sur la Terre, les micro organismes sont agressifs et
dotés de moyens de défense très élaborés.
Intéressé par les débouchés
pharmaceutiques potentiels, les Trusts ont financés l'étude
d'Isis. Une station orbitale y a été installé
ainsi que des stations d'études scientifiques au sol,
véritables forteresses assiégées par les virus
autochtones.
« Autour de la station, on
avait brûlé ou assaisonné d'herbicides longue
durée une large bande de terrain pour la débarrasser de
sa végétation. Le coeur et les quatre anneaux coaxiaux
de Yambuku étaient enchâssés dans ce désert
noir telle une perle tombée à terre. La zone de
combustion empêchait les plantes autochtones de grimper sur les
murs en agrégat compressé de la station, d'obstruer ses
sorties et d'affaiblir ses joints. Elle évoquait aussi à
Hayes l'espace vide entre une forteresse et son mur d'enceinte. Un
champ de tir.
Mais ce no man's land n'était
d'aucune efficacité contre les micro-organismes aériens,
cause probable des défaillances à répétition
des joints, et déjà les mauvaises herbes tentaient de
nouvelles avancées, comme si la forêt étendait à
tâtons ses doigts verts. »
Zoé Fisher est la dernière
avancée scientifique des Trusts, génétiquement
créée, modifiée à coup de
nanotechnologie, elle doit pouvoir évoluer sur Isis avec un
équipement allégé. Sabotée par un médecin
afin qu'elle puisse ressentir des émotions, Zoé est
envoyée sur Isis avec son cortège de cauchemars et
d'émotions naissantes.
Sur place, jouet des intrigues
byzantines des Familles et de la veulerie des cadres des Trusts, elle
devra commencer son exploration d'Isis au moment où tout
commencera à tourner à la catastrophe.
« Imaginez Isis comme une
tueuse. Elle veut entrer. Elle nous veut, nous. Jusqu'à
présent, elle a tâtonné dans la serrure avec un
trousseau de clés – des composés chimiques – en
cherchant celle qui correspondait. Un effort terriblement long et
frustrant, ce qui nous a amenés à nous croire plus ou
moins en sécurité. Mais voilà qu'elle a trouvé
la bonne clé. La tueuse a la clé, et tout ce qu'il lui
reste à faire, c'est de l'utiliser, d'ouvrir patiemment une
porte après l'autre, parce qu'il est trop tard pour changer la
serrure. » Il résuma son point de vue : Bref, on
est baisé.
Dans ce court roman, Robert Charles Wilson, alterne les points de vue et les lieux, Zoé n'étant qu'un protagoniste parmi d'autres, ce qui donne au texte un grand dynamisme. Anticipation sociale, « film catastrophe », découverte d'entité véritablement extra terrestre, Wilson réussit à mêler tout ces thèmes de manière très efficace. Son livre se lit rapidement avec plaisir et se conclut de manière surprenante. Pas révolutionnaire, ni aussi remuant que Spin ou les Chronolithes, BIOS reste un bon roman qui passe agréablement le temps.
07 mai 2007
Les Chronolithes de Robert Charles Wilson

« L’ironie veut que j’ai détesté le monument presque
avant tout le monde. Très peu de temps après, la silhouette de cette pierre
fraîche et bleue allait devenir un symbole reconnu et détesté (ou, par esprit
de contradiction, adoré) par la très grande majorité de la race humaine. Mais à
ce moment-là, il n’y avait que moi.
J’imagine qu’on peut en tirer comme morale que l’histoire ne
braque pas toujours ses projecteurs sur les gentils.
Et bien sûr, que les coïncidences n’existent pas. »
2021, Scott Warden et sa petite famille vivote sommairement
en Thaïlande quand se produit un évènement qui va changer sa vie et celle de
l’humanité : au cours d’une explosion nocturne dans la cambrousse, un
étrange monolithe est apparu. Dessus une inscription commémore la victoire d’un
certain Kuin en 2041 soit 20 ans plus tard.
Rapidement d’autres monuments plus sophistiqués apparaîtront
à leur tour en Asie, tous à la gloire militaire de Kuin, parfois en plein
milieu de villes qui s’en trouveront ravagées. Ils seront rapidement baptisés
« chronolithes » par la presse.
Les pays ainsi frappés sont rapidement déstabilisés avant de
sombrer totalement ou partiellement dans le chaos. Au fil des années, les
monuments se multiplient de l’Asie vers le Moyen-Orient puis l’Afrique. L’économie
s’effondre et la récession frappe violement les Etats-Unis conjointement à des
catastrophes écologiques importantes.
Contrairement à Tyler Dupree dans « Spin », Scott Warden n’est pas introverti et les évènement sont plus sinistres même si moins terrifiant à une échelle cosmique : la menace est définitivement humaine.
Qui est Kuin ? Pourquoi clamer ses victoires par
avance ? Comment le fait il ? Des questions que l’on se
posera autour de Scott même si ses propres préoccupations resteront plutôt
terre à terre.
« Nous comprenons les Chronolithes de la manière dont un théologien du moyen-âge comprendrait une automobile. C’est lourd, les garnitures chauffent si on les laisse au soleil, il y a des pièces pointues et d’autres non. Certains de ces détails peuvent avoir de l’importance, la plupart n’en ont sans doute pas, mais on ne peut les éliminer sans s’appuyer sur une théorie globale. Ce qui est précisément ce dont nous manquons. »
Encore une fois
Robert Charles Wilson mêle l’humain aux grands évènements avec bonheur, les
épreuves traversées par Warden sont tout aussi intéressantes que la
compréhension des raisons du phénomène.
A travers plusieurs décennies et trois cent vingt pages,
l’on suivra Warden et la détérioration rapide des sociétés. Les états
occidentaux succombant au militarisme et à la paranoïa, les nations en
développement s’écroulant, tandis que
les partisans irrationnels de Kuin, le conquérant du futur, se multiplient un
peu partout en dépit du bon sens.
« J’ai eu l’impression d’être confronté à la folie millénariste à laquelle nous avions échappé au tournant du siècle, ces centaines de hadjis tirant profit de la carte blanche que leur procurait sur le plan moral la garantie d’une fin du monde. Que Kuin soit rédempteur ou destructeur, le lendemain comme le surlendemain lui appartenaient, voire tous les lendemains, du moins dans l’esprit des hadjis. Et du moins, en l’occurrence, ils ne seraient pas déçus : le Chronolithe arriverait comme prévu ; Kuin imprimerait sa marque sur le sol nord-américain. Un grand nombre d’entre eux laisserait probablement la vie dans le choc thermique et les secousses, mais s’ils le savaient et selon toute probabilité ils le savaient, ils ne s’en souciaient pas. C’était une loterie, après tout. Gros lots et risques de tombeau. Kuin récompenserait les croyants… du moins les croyants qui survivraient. »
Faut il étudier le phénomène pour tenter de l’interrompre ? Est-ce possible ? Cela ne revient il pas à trouver les méthodes qui le rendront possible et prendre le risque de les livrer ainsi à Kuin ? Telles sont les questions qui hanteront le récit tandis que Scott tentera de préserver les siens contre vents et marées.
Un exercice très original sur le paradoxe temporel. Un excellent roman qu'il est très difficile de refermer avant la fin.
11 mars 2007
Spin - Robert Charles Wilson
Et voici le prix Hugo 2006 : Spin.
Les années passeront, les trois adolescents deviendront jeunes adultes quand la réalité de l’évènement d’octobre les frappe de plein fouet.
Elle a serré sa parka sur ses épaules en frissonnant. Pas à
cause de la température, juste parce qu’elle était arrivée à la question
fondamentale : « Combien de temps, Jason ? Combien de
temps passe dehors ? »
Dehors, derrière le ciel vide.
Jason a hésité, manifestement peu disposé à lui répondre.
« Beaucoup, a-t-il admis.
- Dis nous, a insisté Diane d’une voix éteinte.
- Eh bien… Il y a toutes sortes de mesures. Mais au dernier lancement, ils ont fait rebondir un signal de calibration à la surface de la lune. La lune s’éloigne un peu plus de la Terre tous les ans vous le saviez ? Très peu, mais c’est mesurable. En mesurant la distance, on obtient une espèce de calendrier grossier, de plus en plus précis au fur et à mesure que le temps passe. Si on ajoute cela aux autres données significatives comme le mouvement des étoiles proches…
- Combien de temps, Jason ?
- Il s’est passé cinq ans et deux mois depuis l’Evènement d’Octobre. A l’extérieur de la barrière, cela correspond à un peu plus de cinq cent millions d’années. »
Je n’ai rien trouvé à dire. Pas
un mot. Cela m’a laissé sans voix. Et sans pensées.
A ce moment là, il n’y
avait pas le moindre bruit, rien que le vide acerbe de la nuit.
A ce rythme, la Terre assistera à la fin du Soleil dans cinquante ans… L’évènement devient alors le Spin.
Cinquante c’est encore loin et la panique ne prend que de manière insidieuse accroissement des mouvements religieux, de la criminalité… La société se maintient malgré tout et une solution ingénieuse voie le jour. S’il n’est pas possible de briser l’obstacle, il faut le contourner. Le décalage temporel devient un avantage dès qu’il s’agit de terra former Mars puis de la coloniser pour que l’humanité puisse continuer son existence ailleurs. Une humanité non soumise au Spin pourrait alors trouver une solution au cours des millions d’années s’écoulant pour sauver les terriens… Un faible espoir auquel s’accrocher.
Aussi quand Mars colonisée depuis à peine une année
terrestre se voit à son tour entourée d’une barrière Spin, l’histoire de l’humanité
amorce un tournant.
Robert Charles Wilson présente ici un texte exceptionnel, passionnant et jamais ennuyeux. L’humanité face à une apocalypse molle… A travers le regard de Tyler, l’auteur nous présente toutes les facettes des réactions humaine : refuge dans la foi, renoncement, anarchie, détermination à trouver une solution, opportunisme. La narration alterne présent et passé, les évènements évoqués au présent étant explicités ensuite par la narration des souvenirs de Tyler.
Accrocheur, efficace, intelligent et accessible : une réussite indéniable.
Des gens plus jeunes que moi m’ont demandé : Pourquoi n’as-tu pas paniqué ? Pourquoi personne n’a-t-il paniqué ? Il n’y a pas eu d’émeutes, de pillages ? Pourquoi votre génération a-t-elle laissé faire, pourquoi vous êtes-vous tous laissés entrer dans le Spin sans même un murmure de protestation ?
Il m’arrive de répondre : Mais il s’est passé des choses terribles.
Il m’arrive aussi de répondre : Mais nous ne comprenions pas. Et qu’aurions-nous pu y faire ?
Il m’arrive aussi de répondre par la parabole de la grenouille. Lâchez une grenouille dans de l’eau bouillante, elle en sortira aussitôt d’un bond. Placez-la dans une casserole d’eau tiède que vous mettez à chauffer à feu doux, et la grenouille mourra avant de se rendre compte du problème.
