Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

16 novembre 2008

Aztechs de Lucius Shepard

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Six longues nouvelles aux programme de ce recueil : trois de science fiction, Aztechs, Le dernier testament et Ariel ; trois légèrement fantastique ou hallucinatoire, La présence, Le rocher aux crocodiles et L’éternité et après. 

Aztechs a pour décor une ville frontalière mexicaine, s’étendant jusqu’à la barrière flamboyante de séparation avec les USA. Dans cette ville où sévissent les cartels, la poignée de protagoniste sera mandatée par l’IA Aztechs pour négocier la sécession de la région avec les cartels. Bien entendu, rien n’est ce qu’il parait être et après un déchaînement de violence tout ce petit monde sera entraîner vers un dénouement surprenant. Un décors peu courant et impitoyable dans un texte très cyberpunk. 

Ariel est une histoire d’amour – haine sur fond d’univers multiples. Une histoire moins attendue qu’elle n’en avait l’air sans toutefois être très surprenante. Un bon moment.

Le dernier testament met en scène un expert en sécurité domestique en proie à un implant récréatif lui donnant la sensibilité d’un poète maudit, François Villon. A mi chemin entre fantastique et science fiction, un récit très intéressant avec une scène d’action pour le moins originale.

La présence change de registre, évoquant de manière subtile la douleur représentée par la plaie béante qu’est Ground Zero. 

Avec Le rocher aux crocodiles, on file au Zaïre post Mobutu pour affronter un autre genre de traumatisme latent, une ambiance africaine très réussie pour une excellente nouvelle fantastique. 

Enfin L’éternité et après nous entraîne en Russie post soviétique en pleine déliquescence. Un truand tentant de racheter le contrat de la prostituée dont il est amoureux. Il lui suffit pour cela de livrer l’argent du contrat de cette dernière au légendaire criminel qui le détient. Las, dans son club, L’éternité, tout n’est que faux semblant et Viktor va être soumis à nombre de rencontre et d’expérience hallucinatoire avant de découvrir la vérité sur les lieux et lui-même. Un récit fantastique et humain très bien maîtrisé. 

Au final ce recueil est d’excellente facture, avec une variété appréciable d’ambiances et de décors, confirmant à mes yeux l’intérêt à suivre à Lucius Shepard.

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06 août 2008

Radieuse Etoile verte de Lucius Shepard (Bifrost n°51)

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Une chronique rapide pour présenter la novella présentée dans le cadre du numéro spécial Lucius Shepard de Bifrost. 

Elevé dans le cirque de la Radieuse Etoile verte, le jeune Philip reçoit un message de sa mère (via une puce pornographique) lui indiquait qu’il a été placé pour échapper à son meurtrier de père qui en a après son héritage. Elevé dans un esprit de vengeance par Vang Ky, un ami de sa mère, Philip aura le choix d’accomplir cette vengeance et de prendre possession de son héritage ou de vivre modestement mais en sécurité.

Un Vietnam futuriste en toile de fond, où l’on peut transférer sa personnalité dans des programmes informatiques paradisiaques pour éviter la mort. Un étrange vétéran de la guerre du Vietnam plus que centenaire remâchant sans cesse la même histoire, Lucius Shepard compose une histoire pleine de faux semblants et de désenchantements. Un ensemble très plaisant.

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05 août 2008

Les continents perdus

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Thomas Day présente ici une anthologie sur le voyage, au travers de quatre novellas et une nouvelle, assez dépaysantes. Au programme quelques noms assez prestigieux : Lucius Shepard, Ian R. Mac Leod et Walter Jon Williams, dans un exercice assez inhabituel pour ce dernier et deux auteurs qui m’étaient totalement inconnus Michael Bishop et Geoff Ryman dont les textes sont très marquants. 

Walter Jon Williams ouvre le bal avec Le Prométhée invalide, une uchronie légère mettant en scène le couple Shelley et leur rencontre avec lord Byron, aristocrate valide et militaire auréolé de gloire. De leurs rencontres naîtra le Frankenstein de Mary Shelley dans une version quelque peu différente.
Le récit commence de manière assez verbeuse avec l’affrontement entre la future madame Shelley, en apôtre des idées progressistes, et lord Byron résolument conservateur, sur le site même de Waterloo. Les idées pleuvent ainsi que les références à Jane Austen, sans être désagréable cette partie m’a parue assez hermétique si l’on ne dispose pas des références culturelles de l’époque, ce qui est mon cas.
La suite est beaucoup plus plaisante avec l’évolution de Byron, en quête perpétuelle d’une gloire vaine, l’implication des Shelley dans ses folies et le récit qui en naîtra finalement.
Dans l’ensemble la narration est très fluide et la condition féminine de l’époque très bien rendue. Un récit très intéressant et bien mené.
 

Avec Tirkiluk, Ian R. Mac Leod nous mène sur une île de l’arctique en 1942 dans un poste météorologique. Le protagoniste  recueille une jeune esquimau rejetée par les siens et se retrouve piégé par la mythologie indigène. Hallucinations ou récit purement fantastique, la réponse n’est pas aisée dans cette histoire crépusculaire fascinante. 

Viennent ensuite les textes plus imposants et marquants avec en premier lieu Apartheid, Supercordes et Mordecai Thubana de Michael Bishop. Une plongée dans l’Apartheid de la fin des années quatre vingt, une présentation d’une théorie du tout destiné à lié mécanique quantique et gravité et l’analogie entre les deux. Un afrikaner suite à un accident de la route avec un éléphant mystérieux est embarqué dans un autobus reliant matin et soirs les guetto noirs à Pretoria. Il y fera la connaissance de Mordecai Thubana, un couvreur fasciné par la physique et rêvant d’apporter sa pierre à l’édifice, avant d’être le témoin intangible de l’oppression aveugle mise en œuvre par le pouvoir en place.
Un texte dur, marquant et très intéressant. Un premier contact avec Michael Bishop qui donne envie de plonger sur ses œuvres traduites, ce que je ne manquerai d’ailleurs pas de faire.
 

Lucius Shepard, avec Le train noir, entraîne des vagabonds du rail dans le Delà grâce à de mystérieux trains organiques. Un monde fantastique où l’on peut se purger de tout ce qui empoisonne l’âme pour se reconstruire, une contrée mortelle qu’on n’a pas envie de quitter. Contrairement à ses prédécesseurs, Billy Aller-Simple, se lancera dans l’exploration de cette contrée, bien décidé à en savoir plus. Un récit étrange, très prenant, une magnifique allégorie.
 

Geoff Ryman conclu le recueil avec Le pays invaincu, une évocation du conflit et du génocide Cambodgien. Le pays n’est jamais nommé (sauf dans la préface de Thomas Day) et l’environnement résolument science fictif : la bio ingénierie permettant de créer des maisons vivantes domestiquées, le commerce courant d’organes, la gestation d’armes biologiques auprès de mères porteuses. Le récit présente la vie d’une femme dans un pays ravagé où les libérateurs se révèleront pires que les occupants. Un récit marquant où l’horreur quotidienne côtoie l’humanisme et l’espoir.
 

Une bonne novella de Walter Jon Williams et quatre excellents textes, cette anthologie est incontestablement une réussite que je n’oublierai pas de sitôt.

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17 avril 2008

Louisiana Breakdown de Lucius Shepard

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Extrait de la préface de l’auteur et accessoirement quatrième de couverture :
Aussi, si d’aventure vous allez faire une balade dans le sud-ouest de la Louisiane et que vous tombez sur une station-service délabrée où quelques vieux portant bretelles écoutent du base-ball à la radio en crachant leur jus de chique dans un pot, que vous passez ensuite devant une gargote et que vous apercevez après cela une fenêtre décorée de symboles occultes, un conseil : méfiez-vous et levez le camp au plus vite. Car si ce n’est sans pas doute pas Graal, c’est manifestement un endroit tout aussi bizarre, un de ces endroits où il est préférable de ne pas s’attarder. Ignorer ce conseil, c’est au mieux courir le risque de réaliser combien il demeure fort peu de magie dans ce monde, et combien elle est employée à des fins misérables. Au pire, c’est tomber amoureux. Et il ne faut surtout pas tomber amoureux dans un pareil lieu. Croyez-moi sur parole et lisez donc ce qui est arrivé à Jack Mustaine…

Comment qualifier Louisiana Breakdown ? Etrange ? Envoûtant ?
Jack Mustaine tombe en passe à proximité de la bourgade de Graal. Etrange lieu où le panneau indicateur figure une image d’Epinal. Quel est donc ce dessin une coupe ou deux visages se faisant faces. Découvrir le deuxième, c’est ne plus voir le premier, s’égarer.
Etrange ville où le sheriff arrive avant la dépanneuse et tente de vous racketter avant d’être remis au pas par le notable local, Joe Dill.
Joe Dill, un type qui a une obsession bien particulière concernant le Vietnam, fait figure de norme à Graal où la quasi-totalité de la population se prétend médium.
Dans ce lieu indolent, Jack va faire figure de chien au milieu d’un jeu de quilles… 

Plusieurs fiches ne portaient pas de titre. Intrigué, Mustaine lit une pièce dans la machine et composa BB-174 : « La Frangine de l’Enfer », par Victime. Ses doigts tapotèrent avec impatience le plastique jusqu’à la fin de la chanson Zydeco. Puis le juke-box ronronna, cliqueta, le disque tomba sur la platine et un type se mit à haleter d’une voix glutineuse sur des accords de guitare scandés sans aucun rythme.
Au bout de quelques mesures, quelqu’un débrancha la prise du juke-box. Ses lampes s’éteignirent ; la platine ralentit et la chanson se perdit dans un grognement sourd. Plusieurs danseurs lancèrent des regards clairement antipathiques à Mustaine, qui se sentit encore plus en dehors de son élément.

 

Si en fuyant son passé, Jack échoue à Graal… Vida, dont l’histoire commence à 6h66, se débat pour échapper aux forces qui l’oppressent. Elue Reine du Solstice, hantée par un sorcier vaudou qui souhaite la ramener près de lui. Hallucination, fantasme ou présence surnaturelle ? La population de la ville semble protéger un secret…

Le récit alternera les points de vue de Jack et de Vida. Rationnel, irrationnel les deux se valent.

Envoûtant, très immersif, Louisana Breakdown est un voyage non pas dans le fantastique mais dans l’étrange. Un superbe roman porteur d’une ambiance bien particulière et assez déroutant.
 

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