28 juillet 2009
Rois et Capitaines

Voilà une anthologie alléchante, alignant pas mal d’auteurs connus. Voyons en détail ce qu’il en est.
Jean-Philippe Jaworski ouvre le bal avec Montefellone, nouvelle incursion dans l’univers de Janua Vera et Gagner la guerre au cours du premier conflit annonçant la fin du royaume de Léomance. Le siège délicat de la cité de Montefellone par les forces loyalistes. Un récit apre et amer, toute la brutalité et l’horreur de la guerre étant narrée efficacement. Sans aucun doute le texte le plus réussi de cette anthologie.
Avec La damoiselle et le roitelet, Rachel Tanner livre une uchronie légère sur le thème de Jeanne d’Arc. Un récit bien mené et agréable mais se terminant peut être un peu trop aimablement, un défaut mineur malgré tout.
Dans la main de l’orage de Claire et Robert Delmas m’a laissé un peu dubitatifs, les auteurs jouent avec le mythe arthurien enfin surtout l’après Arthur mais ne parviennent pas à convaincre avec un texte un peu trop elliptique.
Sacre de Maïa Mazaurette narre un épisode mouvementé du jeune et futur Louis IX. Un texte bien mené plein de surprises et élégamment ironique.
L’impassible armada de Lionel Davoust est un texte maritime étrange aux confins du monde. Un conflit à mort entre deux flottes captives des glaces et qui ne semble pouvoir trouver de solution qu’avec l’élection d’une figure royale. Un récit étrange, très sombre et très ironique dans sa conclusion.
Avec Le prince des pucelles, Catherine Dufour met à mal, une fois encore nombre de contes de fées classiques de manière amusante, très sombre et, ici aussi, très ironique. L’auteur démontre ici quand elle n’a toujours pas terminée avec les contes de fées et leurs stéréotypes.Une réussite.
La reine sans nom de Thomas Day prend la forme d’une légende orientale qui tranche avec les autres textes. Un fantôme émerge de son tombeau à la recherche de son identité. Un récit tout en finesse mais respectant parfaitement le thème de l’anthologie.
Armand Cabasson nous plonge dans les étendues russes au
moment de l’invasion mongole avec Serpent-Bélier. Un prince tente de rallier
les tribus nomades et les lithuaniens non christianisés aux forces du grand
prince de sa cité. Un récit violent sur la tolérance très réussi.
Avec Au cœur de l’Aaran, Pierre Bordage livre un texte certes tragique mais assez faible. Je n’ai pas accroché.
Au plus élevé trône du monde permet à Johan Heliot de sauver d’Artagnan de la mort pour lui faire rencontrer Cyrano de Bergerac sur la lune. Un texte amusant dans la veine de la bande dessinée De capes et de crocs. Efficace et plaisant.
Le crépuscule de l’Ours de Julien d’Hem met en scène les doutes d’un capitaine mercenaire au soir de sa carrière. Un texte sans grande surprise.
L’orage de Laurent Kloetzer est une histoire labyrinthique
et onirique. Un exercice qui tombe un peu à plat malheureusement.
Une anthologie très sympathique, la plupart des textes étant prenant, seul trois d’entre eux ne m’ont pas convaincus.
05 avril 2009
Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté
des flots, ils n’ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue
comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre,
ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c’est
plus gras, c’est plus trouble et plus limoneux que le pot d’aisance de feu ma
grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ?
Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans
l’ivresse.
Avec Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski nous offre la
suite et la conclusion de la nouvelle Mauvaise donne incluse dans le recueil
Janua Vera. L’univers est le même et nous reprenons le fil quelque mois après
la conclusion de la nouvelle qui introduit Benvenuto l’assassin et le patricien
Leonide Ducatore. La guerre a eu lieu et la République a remportée une
victoire éclatante contre Ressine. Il n’en reste pas moins que la position de Ducatore est
instable et qu’il va avoir besoin de Benvenuto pour élaguer quelques branches
patriciennes qui lui font de l’ombre et négocier avec le Chah de Ressine, pour
conclure une paix durable. Paix que la République ne souhaite pas
particulièrement.
C’est reparti pour la valse des intrigues à une échelle
beaucoup plus grande que dans Mauvaise donne. Il y a beaucoup plus de joueurs autour
de la table et Benvenuto est devenu une pièce maîtresse, mais néanmoins
sacrifiable. Difficile de survivre dans un tel nid de vipères surtout
quand votre seigneur est un émule de Machiavel.
Compte tenu du double contrat que j’avais rempli, il aurait
été trop compromettant pour mon patron de s’afficher publiquement avec moi. D’un
autre côté, il fallait aussi m’honorer, ce qu’il avait fait en me laissant aux
soins de son fils. De plus, même un débile mental comme Mucio pouvait se
trouver utilisé par un manipulateur aussi fin que Leonide Ducatore. Le Podestat
savait que son fils était méprisé par l’aristocratie : publier l’amitié de
Mucio pour moi, c’était me traiter en familier, mais aussi me discréditer en
tant qu’homme de main ou de confiance. Une façon subtile de désarmer les
soupçons qu’on pourrait nourrir sur mon action, en tablant sur l’association
inconsciente qu’on établirait entre le crétin et don Benvenuto. Enfin, il y
avait un autre volet aux calculs du Podestat. J’étais le seul témoin ciudalien
de ses petits trafics avec l’ennemi. J’étais sur le fil, d’autant que j’étais
bien placé pour savoir que le Podestat n’avait aucun scrupule à se débarrasser
des gêneurs. En me donnant son fils pour compagnon de table, et même mieux, en
m’offrant son fils pour goûteur, le Podestat me faisait savoir que je n’avais
rien à craindre. Un gage personnel de bonne foi. Du moins, pour l’instant…
Plus qu’une simple suite de Mauvaise donne, ce roman reprend tout le panorama dépeint par petites touches dans Janua Vera et l’approfondit. Ciudalia apparaît plus que jamais comme un croisement entre Venise et Florence en pleine renaissance tandis que les royaumes alentours sont encore au Moyen Age. Royaumes dont on apprendra beaucoup tant leur géopolitique et leur histoire ont été influencées par la république.
La touche fantasy est toujours très légère, la magie dans cet univers est faite d’envoutement subtil et non de déferlements pyrotechnique, les races étrangères sont peu présentes, intégrées parmi les hommes et dépeintes avec habilité. On retrouve ainsi avec plaisir, Annoeth, l’elfe insouciant du Conte du Suzelle mais présenté sous un jour plus tragique.
Cet univers est de fait bien agréable et très envoutant, la démarche de l’auteur le rapprochant de Guy Gavriel Kay (Les lions d’Al Rassan ou Le dernier rayon du soleil) et de Laurent Kloetzer (Le royaume blessé).
Le récit est sans faille, les rebondissements nombreux, les
trahisons et coups de théâtre s’enchaînent, émaillées par quelques scènes d’actions
trépidantes. Benvenuto n’est pas omnipotent, échoue, met les pieds dans le plat
et connaît le doute régulièrement.
Avec Gagner la guerre, Jaworksi signe ici une fresque
magistrale avec un personnage principal très attachant et une superbe galerie
de personnages secondaires. On s’attache à tout ce petit monde qui s’agite dans
une lutte de pouvoir où les puissants entraînent les humbles dans leur chute ou
déchéance. Des intrigues enlevées, de l’action, des scènes marquantes et des
personnages bien campés dans un univers fascinant, Gagner la guerre est un roman
incontournable en fantasy !
Leonide Ducatore avait autant de motifs de m’en vouloir que le clan Mastiggia, et j’avais trimardé obstinément sur des routes mortelles pour me jeter dans la gueule du loup. Même Belisario ne me serait d’aucune protection dans ce cas de figure : s’il apprenait que j’avais culbuté sa sœur, le jeune preux serait sans doute le premier à vouloir me fendre la coquetière. Je me souvins des ombres qui avaient visité mes songes au cours de la nuit où j’avais failli périr de froid, et de ce que m’avait dit le fantôme de Welf : On n’attend plus que toi, Benvenuto. On te garde une place. Tu nous rejoindras bientôt, à Ciudalia. Mission accomplie, les gars. On n’allait plus tarder à pouvoir taper le carton.
14 juin 2008
Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski
J’ai acquis ce recueil du fait de la critique du Cafard Cosmique.
Rappelé à mon bon souvenir par la critique récente de Nébal et finalement
l’attribution du prix du Cafard Cosmique 2008, je l’ai finalement sortie de ma
pile à lire. Bonne pioche !
Jean-Philippe Jaworski dépeint en sept nouvelles aux
ambiances très différentes, la vie dans une région médiévale teintée légèrement
de fantasy. Des textes émouvants et amers, à l’exception de Jour de guigne qui
lui est d’inspiration pratchettienne, et une belle galerie de personnages sans
manichéisme.
La présentation de Laurent Kloetzer en quatrième de
couverture est très parlante aussi je me permet de la
citer : « Dans ses récits à la langue raffinée, il tient les
chroniques d’un monde dont on aurait aimé qu’il fût le nôtre, qui mêle les
brumes d’or de Tolkien à une histoire médiévale rêvée. Mais dans les cités
impossibles, dans les batailles ou les intrigues politiques, l’auteur réserve
sa tendresse aux gens du peuple, paysannes, soldats abandonnés, ruffians des
quais, à ceux qui vivent vraiment dans ce monde, et qui ont toujours plus à
perdre qu’à gagner. »
Une fantasy légère, un monde médiéval assez réaliste d’ambiance italienne, ces nouvelles sont prenantes et c’est avec regret que j’ai refermé ce livre tant j’aurais aimé en apprendre plus sur cet univers.