Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

14 décembre 2009

Partie de Chasse de Bilal et Christin

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Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko, bien qu'atteint d'une paralysie faciale qui le rend muet, reste un homme puissant dans l'URSS des années 80.
Révolutionnaire aux côté de Lénine et Staline, il a traversé toutes les épreuves du régime communiste russe. Très influent, il a orchestré la main mise soviétique sur les différents pays européens du bloc soviétique.

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Amateur de chasse, il se rend en Pologne, dans une résidence somptueuse, à la frontière avec la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et l'URSS. Un endroit idéal pour une partie de chasse avec ses amis des différents pays du bloc de l'Est.

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Amis,  presque tous membres influents des polices secrètes de leur pays respectifs, ayant traversé avec Vassili les différentes tempêtes qui ont secouées leurs nations. Vieux, amers et désabusés pour la plupart, chacun y va de ses réminiscences ainsi que du rôle de leur ami dans leur vie.

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A travers ces récits, l'on découvre des pages d'histoire d'Europe de l'Est mais aussi la redoutable influence du vieux russe muet. Une influence toujours d'actualité, malgré le fait qu'il n'occupe plus que des postes de prestige en URSS, suffisante pour réunir ses pions pour une ultime partie sur l'échiquier russe. Car le moment est venue de sacrifier, encore une fois, une pièce.

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Récit élégiaque du communisme européen, Partie de Chasse dresse le portrait sans complaisance d'un héros soviétique, hanté par son passé et tourné vers l'avenir. Ecrit en 1983, le récit se conclu par un texte magnifiquement illustré ajouté lors de la réédition de 1990. En effet, si cette BD se voulait annonciatrice de la Perestroïka, elle n'avait pas prévu l'effondrement du bloc communiste d'où la nécessité d'un prologue pour rattraper l'histoire.

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Crépusculaire, allégorique tant dans le texte que le dessin, Partie de Chasse est une grande réussite. Le meilleur de la collaboration entre Enki Bilal et Pierre Christin. Chargée d'histoire, cet oeuvre est un incontournable de la BD franco-belge.

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15 novembre 2009

La forge de Vulcain de Roger Leloup

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Seconde aventure vinéenne de Yoko Tsuno et sans doute l'une des meilleures...
On y constatera aussi son amour pour les engins volants humains ou extra-terrestres sans sombrer toutefois dans les excès de la fin de la série.

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Par les actualités Yoko apprend qu'une exploitation pétrolière off-shore est confrontée à des difficultés inattendues au large de la Martinique, se heurtant à une matière inconnue à ce jour. Concluant à une présence des Vinéens dans le secteur, elle décide de sauter sur l'occasion pour reprendre contact.

Sur place, elle constate que la situation de l'exploitation s'est considérablement dégradée et réussit à se rendre utile dans le sauvetage d'un vinéen en détresse. Ce premier contact humain - vinéen ne se présente pas sous les meilleures auspices d'autant plus que les dirigeants de ces derniers semblent particulièrement tendus.

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Invitée dans les profondeurs de la terre, Yoko sera confrontée à des vinéens aux bords de la guerre civile et lancés dans des projets titanesques du fait de l'intensification des essais nucléaires souterrains humains. Par ailleurs, Khâny semble avoir besoin d'elle tant pour son statut de terrienne que par son absence de fichage au sein du système de sécurité vinéen.

Dans cet album, les vinéens paraissent moins sympathiques : encore plus sécuritaires que précédement et surtout plus bellicistes. Dès que la tension monte, le moindre engin ou outil est converti en arme... Yoko devra faire des pieds et des mains pour éviter que la situation ne dégénère en conflit armée voire en mini apocalypse.

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L'action est menée tambour battant dès la deuxième page de l'album et la tension ne redescend que par les interventions comiques de Pol. Prenant, doté d'une intrigue solide, mêlant action et concept scientifique, La forge de Vulcain est sans aucun doute le meilleur album mettant en scène les vinéens, et un incontournable de la BD SF.

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28 octobre 2009

L'Orgue du Diable de Roger Leloup

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Deuxième aventure de Yoko Tsuno, lançant les aventures technologiques de l'héroïne.

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Le trio est en train de faire un reportage au fil du Rhin quand il assiste à une chute dans le fleuve. La rescapée est une certaine Ingrid Hallberg, organiste déplorant le suicide de son père sur la rive proche. Très vite les évènements se précipitent et Yoko en voulant aider son prochain se retrouvent agressée à plusieurs reprise de manière assez violente.

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De fil en aiguille, il apparait que le père d'Ingrid aurait travaillé à la restauration d'un orgue monstrueux. Reste à trouver le dit instrument et comprendre la raison de toutes ces agressions.

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L'Orgue du Diable est un thriller très efficace et rythmé, le trio s'appuie massivement sur du matériel TV pour avancer ainsi que sur les compétences en arts martiaux et le côté casse-cou de Yoko. On ne s'ennuie pas un instant dans cette histoire qui révèlent beaucoup de surprises tout en jouant avec les codes du fantastique. Sans doute un des meilleurs tomes de la série.

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18 octobre 2009

Valerian et Laureline tome 9 et 10 de Mezières et Christin

Suite à plusieurs discussions sur Orbital avec un ami, qui se reconnaîtra, je suis revenu aux fondamentaux.
A savoir le double album de Valerian et Laurine : Métro Châtelet Direction Cassiopée et Brooklyn Station Terminus Cosmos.
Une histoire d'autant plus chère à mon coeur qu'il s'agit de mon premier contact avec cette série, grâce aux premières planches de Brooklyn Station Terminus Cosmos, parue dans un vieux Pilote, que ma soeur m'avait gracieusement transmis.

Métro Châtelet Direction Cassiopée

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Alors que Laureline enquête dans la constellation de Cassiopée, Valerian est largué dans la France des années 80 où se manifeste de curieux phénomènes. Guidé par M Albert, l'agent fixe de Galaxity dans cette époque, Valérian est chargé d'éliminer toutes ses apparitions anachroniques, tandis que Laureline cherche les responsables à des années lumières de là.

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Si dans les albums précédents, Valérian avait pu apparaître quelque peu dépassé, il l'est ici encore plus. La tête ravagée par l'opération lui permettant de contacter psychiquement sa compagne, oscillant au bord du spleen du fait de son incompréhension des évènements. M Albert de son côté apparait autant comme un personnage sympathique et excentrique qu'un agent d'investigation extrêmement efficace.
Du côté de Laureline, son caractère rebelle est un peu éclipsé par une explosion de charisme et un côté incisif jubilatoire.

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Une première partie bien menée et très accrocheuse.


Brooklyn Station Terminus Cosmos

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Alors que le spleen de Valérian touche à sa fin de manière radicale, l'enquête avance à grands pas. M Albert connait les destinataires des manifestations sur Terre tandis que Laureline se rapproche de plus en plus des instigateurs.

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Valérian redevient l'agent efficace qu'il était avant de se retrouver de nouveau la tête à l'envers ce qui lui vaudra de nouvelles avanies.

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Un récit plus nerveux que le précédent, où les révélations s'enchaînent tandis que les épreuves subies par Valérian semblent lui avoir fait gagner en maturité.

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Au final, une histoire en deux tomes exceptionnels tant pour son ambiance (que l'on retrouvera en partie dans Les Spectres d'Inverloch et Les Foudres d'Hypsis), ses personnages secondaires hauts en couleurs que son scénario très élaboré.

Une indéniable réussite, un classique de la BD franco belge de SF incontournable qui n'a pas pris une ride.

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22 juillet 2009

En panne sèche d’Andreas Eschbach

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Même la dernière goutte d’essence permet encore d’accélérer. 

Markus Westermann est un jeune commercial allemand travaillant pour une firme informatique américaine, sélectionné pour les travaux de régionalisation du tout dernier logiciel au sein de la maison mère, il a bien l’intention de faire son trou aux USA.

Karl Block est un autrichien, technicien du pétrole à son compte. Il a trouvé du pétrole sur le terrain de la ferme familiale, l’exploite et compte bien révolutionner la planète avec sa méthode de prospection inédite.

Charles W. Taggard est un agent de la CIA, qui s’intéresse beaucoup à l’Arabie Saoudite depuis que le 11/09 a eu des répercussions indirectes catastrophiques sur sa vie.

Trois destins qui vont se croiser et s’entremêler sur fond de pénurie pétrolière.

En effet surexploité, le principal gisement saoudien va être ruiné avant même d’être épuisé.

La méthode de Block est elle fiable ? Permettra-t-elle de trouver du pétrole n’importe où comme il le prétend ?

Pendant que le monde sombre peu à peu dans le chaos par crainte de la pénurie, Markus va être pris dans un tourbillon qui l’élèvera au sommet afin de le projeter plus bas que terre. Le rêve américain dans toute sa splendeur… 

Comprenez-moi bien, l’énergie représente la base de tout. L’énergie technique. Tout repose là-dessus. En fonction de l’énergie dont vous disposez, vous pouvez extraire, affiner, transformer des matières premières et, ensuite, transporter dans le monde entier ce que vous avez fabriqué. L’économie globale est une machine d’une taille et d’une complexité insaisissables. Plus elle possède d’énergie, plus elle est rapide. L’Etat n’a presque rien à voir là-dedans. 

Sur fond de thriller, Eschbach peint une fresque, avec quelques flashbacks, qui retranscrit efficacement et de manière fluide l’épopée du pétrole et la situation actuelle. Incluant l’influence discrète des services secrets des grandes puissances. Notre civilisation repose entièrement sur le pétrole : nos transports, notre agriculture, nos industries, une simple pénurie suffirait à provoquer son effondrement et à déstabiliser l’ensemble de la planète.

Notre couple de héros entreprenant sauvera-t-il la planète ? 

Ce thriller est extrêmement prenant, les personnages secondaires sont nombreux, bien dépeint, attachants, les rebondissements très nombreux et je n’ai pas décroché du roman pendant trois jours. 

Au travers de ce livre, on obtient un résumé de notre situation actuelle, comment elle pourrait tourner avant de proposer des alternatives hypothétiques (moment où le roman bascule véritablement dans la science-fiction), décrivant les évènements tant du point de vue des responsables que du commun des mortels (le personnage de Dorothéa, la sœur de Markus, étant exemplaire de ce point de vue) et de décrire le résultat d’un effondrement. 

- Mais pourquoi ? Il reste du pétrole ! Même si les besoins augmentent, ce que je veux bien admettre, il reste une quantité folle de pétrole – des milliards de litres !

- Ce n’est pas la question, s’obstina Anstätter en se penchant vers lui. Bien sûr, nous n’avons consommé que la moitié environ du pétrole contenu dans le sol. Mais il s’agissait de la moitié facile à exploiter. Le pétrole qui reste aujourd’hui est plus profond, plus difficile à extraire, plus coûteux, il se trouve dans des contrées sauvages, inaccessibles. Bien sûr qu’on va continuer à extraire du pétrole de la terre. Mais on en produira moins et il sera plus cher. Vous atteignez le point de non-retour le jour où il vous faut plus d’énergie pour produire un litre de pétrole que celui-ci ne peut vous en fournir. A partir de ce moment-là, le pétrole cesse d’être une source d’énergie. 

Crédible, ce roman fait froid dans le dos… Difficile de le lâcher une fois commencer. Les rebondissements sont nombreux et si le roman n’est pas sans défaut, notamment au niveau des rencontres opportunes celles-ci sont suffisamment bien préparées pour qu’elles soient acceptables. Superbe thriller et excellent roman d’anticipation, Panne sèche est incontournable !

Il a aimé aussi :

La chronique de Gromovar

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27 juin 2009

The first book of Lankhmar de Fritz Leiber

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Retour aux sources du Sword and Sorcery à travers le premier tome de cette intégrale qui regroupe les quatre premiers tomes du cycle, pour un prix modique. Je pensais acquérir ainsi les textes les plus marquants du cycle mais manque de bol, The Swords of Lankhmar constitue le cinquième volume. Le cycle déclinant sérieusement après et la lecture dans le texte m’étant un peu difficile, j’ai acquis ce dernier tome en VF d’occasion chez Bragelonne, j’y reviendrai après une petite pause.

Malgré donc un style un peu difficile en anglais, cette série de Leiber est très agréable. En créant son concept de Sword and Sorcery, il dépeint un univers impitoyable ou évolue deux superbes bretteurs et voleurs amorales, régulièrement pathétiques car tel le le Cugel de Jack Vance, il se laisse par trop guider par leur arrogance et leur avidité. 

Ici point d'enjeux géopolitiques et de magie à effet pyrotechnique, les deux aventuriers sont des héros à la petite semaine tandis que la magie est faite d'enchantement sinistre qui assombrisse le décor.

 

Swords and Deviltry

 You’re clearly restless and dissatisfied here. So is any sound young man, anywhere, at your age. The wide world calls you. You’ve an itching foot. Yet let me say this : it takes more than wit and prudence – aye, and wisdom too – to cope with civilization and find any comfort. That requires low cunning, a smirching of yourself as civilization is smirched. You cannot climb to success there as you climb to as mountain, no matter how icy and treacherous. The latter demands all your best. The former, much of your worst : a calculated self-evil you have yet to experience, and need not. I was born a renegade. My father was a man of the Eight Cities who rode with Mingols. I wish now I had stuck to the Steppes myself, cruel as they are, nor harkened to the corrupting call of Lankhmar and the Eastern Lands.

Après une brève presentation du monde de Nehwon, ce premier volume commence avec la nouvelle The Snow Women, présentant le personnage de Fafhrd, sa soif d’évasion des terres gelées qui l’ont vu naître. L’intrigue l’opposant tant à sa mère, sa maîtresse qu’à un chef de guerre local est bien menée. Le jeune Fafhrd a soif de civilisation est ne pourra l’étancher qu’après avoir coupé les ponts avec son univers natal étriqué. L’histoire bien menée est particulièrement prenante. 

Vient après The Unholy Grail, nouvelle présentant le Souricier Gris. Moins prenante, on sens que Leiber est plus à l’aise avec le passé de Fafhrd, le Souricier conservant sa part de mystère. Quoi qu’il en soit ce dernier reste un personnage bien campé, mêlant une cruauté impitoyable à un mélange de candeur et de naïveté. 

Ce premier tome se termine avec Ill met in Lankhmar, récit de la première aventure commune des deux héros. De leur rencontre et association contre la Guilde des voleurs pour plaire à la compagne de Fafhrd jusqu’au dénouement tragique final qui va les lier l’un à l’autre. 

Swords and Deviltry ouvre magnifiquement le cycle avec deux superbes textes posant parfaitement les bases du genre.

 

Swords against Death 

They acquired new scars and skills, comprehensions and compassions, cynicisms and secrecies – a laughter that lightly mocked and a cool poise that tightly crusted all inner miseries and most of the time hid the barbarian in Fafhrd and the slum boy in the Mouser. They became outwardly merry, uncaring, and cool, but their grief and guilt stayed with them, the ghosts of Ivrian and Vlana haunting their sleeping and their waking dreams, so that they had little commerce with other girls, and that more discomfort than a joy. Their comradeship became firmer than a rock, stronger than steel, but all other human relation were fleeting. Melancholy was their commonest mood, though mostly hid even from each other. 

 

The Circle Curse sers d’introduction, narrant rapidement les aventures des deux héros dans leur refus de remettre un pied à Lankhmar jusqu’à leur inévitable retour sur place…

Vient ensuite Jewels in the Forest, une course au trésor autour et dans une ruine mystérieuse et mortelle.

Thieve’s House est sans contexte un des trois meilleurs textes du recueil, la guilde des voleurs comptant pigeonner voire tuer les deux héros afin de régler le contentieux qui les opposent. Une aventure qui offre la part belle au Souricier Gris tandis Fafhrd y souffrira d’un mal de tête récurent. Un texte bien mené, très plaisant.

Dans The Bleak Shore, les deux amis sont victimes d’un sorcier qui les envoient affronter une mort certaine

The Howling Tower met en scène une sombre histoire de sorcellerie où Fafhrd est encore mis en difficulté tandis que le Souricier démontrera avec férocité et opiniâtreté l’amitié qui le lie au barbare. 

Only his eyes responded to his will, turning from side to side, drinking in details with fearful curiosity : the endless series of vague carvings, wherein sea monsters and unwholesome manlike figures and vaguely anthropomorphic giant skates or rays seemed to come alive and stir as the phosphorescence fluctuated ; a group of highest windows or openings of some sort, form which dark slippery-weeds trailed down ; the pools of water here and there ; the still-alive, gasping fish which the others trod or kicked aside ; the clumps of bearded shells clinging to the corners ; the impression of things scuttling out of the way ahead. Louder and louder the thought drummed in his skull : surely the others must realize where they were. Surely they must know the phosphorescence was that of the sea. Surely they must know that this was the retreat of the more secret creatures of the deep. 

The Sunken Land tourne autour de la cité engloutie de Simorgya, un texte qui emprunte beaucoup à Lovecraft et dont visiblement Pratchett s’est inspiré à son tour pour Va-t-en-guerre. Une aventure très réussie dont Fafhrd est le principal protagoniste. Sans aucun doute encore un des meilleurs textes de ce tome. 

And Fafhrd could not speak. His shoulder muscles were contracted as if the weight of the sea were already pressing them down. His mind was engulfed and oppressed by the ominous presence of sunken Simorgya. Memories of the legends. Thoughts of the black centuries during which sea life had slowly crept and wriggled and swum through the mazes of rooms and corridors until it had a lair in every crack and cranny and Simorgya was one with the mysteries of the ocean. In a deep grotto that opened on the corridor he made out a thick table of stone, with a great stone chair behind it ; and though he could not be sure, he thought he distinguished an octopus shape slouched there in a travesty of a human occupant, tentacles coiling the chair, unblinking eyes staring glisteningly. 

The Seven Black Priests est un petit texte reliant les aventures marines précédentes du duo à leur retour dans Lankhmar. Encore une fois, leur avidité les mêlera à un sombre ensorcellement. Un texte assez classique qui ne se distingue pas particulièrement du reste de la production de Leiber mais reste néanmoins très agréable.

Avec Claws from the Night retour à Lankhmar où de redoutables oiseaux voleurs sévices. Pas de coin impressionner Fafhrd et le Souricier Gris bien décidé à faire main basse sur une magnifique pierre précieuse. Histoire d’un vol avec trois parties sur l’affaire. Voici le troisième texte de ce volume à m’avoir tapé dans l’œil. Bien mené, mêlant dérision et aventure épique. Un classique du sous genre créé par Leiber.

The Price of pain-ease est un petit texte qui annonce la fin du deuil porté par les deux aventuriers. A l’instigation des deux archimages Sheelba et Ningauble, ils vont aller défier la mort dans son domaine.

Enfin Bazaar of the Bizarre clos le tome avec une aventure délirante présentant le Souricier sous son jour le plus ridicule tandis que Fafhrd le sortira d’un très mauvais pas.

 

Swords in the mist 

“Now that’s a strange thing. We’ve won I know not how many jewels and oddments of gold and electrum in our adventurings – and even letters of credit of the Guild of the Grain Merchants. Where have they all flown to ? – the credit letters on parchment wings, the jewels jetting fire like tiny red and green pearly cuttlefish. Why aren’t we rich ?”

The Mouser snorted, “Because you dribble away our get on worthless drabs, or oftener still pour it out for some noble whim – some plot of bogus angels to storm the walls of Hell. Meanwhile I stay poor nursemaiding you.” 

The Cloud of Hate ouvre le récit de manière efficace et classique. Une horde de sombre prêtre lançant un brouillard maléfique afin de troubler la presque paisible Lankhmar. Les deux héros s’opposeront à eux après une esquisse de remise en cause. 

Lean times in Lankhmar est indéniablement le grand moment du tome. Lassé l’un de l’autre, Fafhrd et le Souricier Gris sont partis chacun de leur côté. Le premier traversant une crise mystique et devenant l’acolyte du seul et unique prêtre d’Issek à la Cruche tandis que le second se mettra au service d’un membre de la pègre, spécialisé dans le racket des différents cultes dans Lankhmar. Un récit assez enlevé et délirant, qui présente le système religieux de local où les cultes arrivent de l’extérieur et progressent, ou non, vers l’intérieur de la cité au fil des succès qu’ils accumulent. Aussi une bonne occasion d’évoquer les fameux et redoutables dieux de Lankhmar… 

Viennent ensuite Their Mistress, the Sea et When the Sea-King’s away, une aventure maritime légère et son introduction. Amusantes à défaut d’être passionnantes.

The Wrong Branch fait la jonction entre les aventures maritimes précédentes et Adept’s Gambit. Ce dernier texte assez long, avec l’antiquité de la Terre pour décor, oppose les deux héros à un couple de sorcier, à l’instigation de Ningauble. Le récit d’Ahura est plaisant mais ne sauve pas l’ensemble qui reste peu prenant.
 

Swords against wizardry 

Après In the Witch’s Tent qui n’est qu’une introduction rigolote, Fafhrd et le Souricier Gris se lance, suite à la découverte d’un texte annonçant un trésor divin, à l’escalade du plus haut sommet de Nehwon, Stardock dans la nouvelle éponyme. 

They found themselves the best and highest holds they could, close together, and stared up at their problem. Even Hrissa, a-cling by the Mouser seemed subdued.

Fafhrd said softy, “I mind me now they used to say there was an out-jutting around the Obelisk’s top. His crown, I think my father called it. I wonder…”

“Don’t you know ?” The Mouser demanded, a shade harshly. Standing rigid on his holds, his arms and legs were aching worse than ever.

“O Mouser,”Fafrhd confessed, “in my youth I never climbed Obelisk Polaris farther than halfway to last night’s camp. I only boasted to raise our spirits.”

There being nothing to say to that, the Mouser shut his lips, though somewhat thinly. 

Un grand moment de bravoure alpin, plus troublé par les éléments que par leurs concurrents ou les résidents du sommet. Une aventure assez prenante où l’on se demande si le duo ne va pas finir congelé. 

The Two Best Thieves in Lankhmar sert de jonction mais démontre aussi de manière impressionnante la « lose attitude » du duo dès qu’il s’agit de profiter de leur butin. Une courte nouvelle assez ironique et plaisante. 

The Lords of Quarmall, emmène séparément, les deux compagnons, dans la cité souterraine de Quarmall. Sur place, ils seront confrontés au conflit de succession opposant les deux fils du seigneur local. Un récit mêlant le côté bouffon du Souricier à celui de justicier de Fafhrd… Les sorciers de Quarmall sont hauts en couleur et en viendraient presque à voler la vedette aux deux héros. Sans aucun doute un des meilleurs récits de Leiber.

 

A travers cette moitié d’intégrale, j’ai redécouvert avec plaisir les pérégrinations de Fafhrd et du Souricier Gris. Cet ensemble de texte représente un incontournable de la fantasy tant l’ambiance unique se démarque encore de la production actuelle. Je ne vois que Cugel pour leur faire concurrence en matière de franchissement d’obstacles insurmontables et de vautrage devant la ligne d’arrivée.

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25 mai 2009

Little Brother de Cory Doctorow

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Never underestimate the determination of a kid who is time-rich and cash-poor. 

Marcus, alias W1n5t0n, est un lycéen de dix-sept ans, sans doute un peu plus malin que la moyenne, un peu geek sur les bords, il prend un malin plaisir à échapper à la surveillance électronique instaurée dans son établissement. Avec quelques amis, il sèche les cours pour participer à un jeu de piste mi internet mi IRL. Cela l’amène à être avec ses trois comparses à proximité du site d’un attentat, un pont de San Francisco (pas le Golden Gate) étant pulvérisé.

Les quatre adolescents sont raflés, face aux autorités Marcus fait le malin en faisant valoir ses droits à la vie privée et ne donnant pas le code de son téléphone portable. Le voilà soumis à des méthodes de coercition efficaces pour le briser…

Quelques jours plus tard, trois amis sont relâchés. De Darryl, le quatrième larron blessé dans les mouvements de foule avant la rafle, aucunes nouvelles…

Terrorisés afin qu’ils ne révèlent rien de ce qu’ils ont subits, les gamins découvrent un San Francisco mis en coupe réglée par le Département de Sécurité Intérieur et le Patriot Act II. 

The best part of all of this is how it made me feel : in control. My technology was working for me, serving me, protecting me. It wasn’t spying on me. This is why I loved technology : if you used it right, it could give you power and privacy. 

La technologie est détournée pour surveiller la population (passe de péage, passe des transports en commun, surveillance internet…) et interroger toute personne ayant un profil sortant de la norme. Mais qu’est ce que la norme ? Marcus veut contre attaquer, les ridiculiser tant les moyens déployés sont autant énormes et liberticides qu’inefficaces. Si un gamin de dix-sept ans peut les contourner, les terroristes le peuvent aussi. Tout commence par la propagation d’une distribution Linux sécurisée : Paranoïd Linux ; afin de créer un réseau de confiance. Très vite Marcus constatera que l’état ne supporte plus quoi que ce soit qu’il ne puisse contrôler, même les évènements festifs… 

Le roman de Cory Doctorow est très riche et fluide à lire, en quelques lignes on est informé des bases de la cryptologie moderne, du P2P, de l’open source, du mouvement pour les droits civiques et des débuts du mouvement hippie. Marcus étant un adolescent, on aborde aussi quelques sujets plus légers tel que les MMORPG et les jeux de rôle grandeur nature. Plaidoyer pour les libertés civiques et contre l’instrumentalisation du terrorisme, brûlot contre l’administration Bush, Little Brother est bien construit, tout coule de source malgré la densité des thèmes abordés. 

« Governments are instituted among men, deriving their just powers from the consent of the governed, that whenever any form  of government become destructive of these ends, it is the right of the people to alter or abolish it, and to institute new government, laying its foundation on such principles, and organizing its powers in such form, as to them shall seem most likely to effect their safety and happiness. » I remembered it word for word.

Un roman très efficace sur le thème du contrôle d’état et de la disparition des libertés individuelles, Cory Doctorow rend la « culture geek » accessible et ce de manière très agréable.

Petit bonus, les trois postfaces de Doctorow, Bruce Schneier et Andrew Huang sont très intéressantes et complètent agréablement le récit.

Un roman incontournable et prenant, difficile de le lâcher une fois commencé… A lire de toute urgence ! 

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Il m'a donné envie de le lire :
Gromovar

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07 mai 2009

Le Patrouilleur du temps de Poul Anderson

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Second recueil sur la patrouille du temps mais présentant des textes écrits non plus dans les années cinquante mais dans les années quatre vingt, et beaucoup plus matures et aboutis. 

D’ivoire, de singe et de paons prend place dans la Tyr antique du roi Hiram . Des forbans du futur menacent de raser la cité phénicienne si leur exigence, la livraison technologie du futur, ne leur est pas accordé. Des criminels suffisamment bien organisés pour ne pas avoir besoin de trainer en ville à l’époque menacée. Manse est confronté à un ancien adversaire impitoyable et devra faire preuve de beaucoup d’astuces et renoncer à quelques a priori sur les mentalités de l’époque pour triompher. Un texte assez tendre présentant une superbe galerie de personnages secondaires. 

Le Chagrin d’Odin le Goth est sans aucun doute le meilleur texte de ses deux premiers volumes de la patrouille du temps. Carl Farness travaille en tant qu’historien et scientifique pour la patrouille, il est spécialisé dans la culture goth. En cherchant à se documenter sur les origines de la Volsungasaga, elle-même une des sources du chant des Niebelungen, il s’attache aux Goth et fonde une famille… 

Ca arrive, c’est arrivé, ça arrivera, encore et encore. Des agents succombant au repli sur soi, en dépit de fréquentes permissions et de contacts avec des collègues au tempérament prosaïque comme moi. D’autres cédant à la panique, malgré leur préparation poussée ; d’autres encore victimes de choc culturel, ou de choc tout court. Vous vous êtes retrouvé dans un monde de brutalité, de misère, de crasse, d’ignorance, de tragédie inutile – voire de cruauté, de brutalité, d’injustice, d’atrocités sans nom… Vous ne pouviez pas en sortir indemne. Vous deviez vous assurer que vos Goths n’étaient ni pires ni meilleurs que vous-même, seulement différents ; et vous avez dû transcender cette différence pour mettre au jour leur identité ; alors vous avez souhaité les aider, et puis voilà que s’ouvre une porte sur quelque chose de tendre et de merveilleux… 

Rattrapé par le flic de service, en la personne de Manse Everard, Carl est plus ou moins remis dans le droit chemin. Il n’en reste pas moins que sous l’apparence du Vagabond, un avatar primitif d’Odin, il continue ses travaux et veille sur ses descendants au fil des générations.

Malheureusement il a les mains liés et assiste au déroulement du poème tragique en direct avec ses descendants pour protagonistes.

Une superbe novella, rendant attachant Wisigoth et Ostrogoth à la veille de l’invasion de l’Ukraine par les Huns. Un texte prenant, Carl Farness est poignant et vole la vedette à Manse Everard, représentant désormais l’agent équilibré type. Exceptionnel ! 

La nouvelle qui clôt le recueil, La Mort et le Chevalier, est une source de frustration. Anderson met en scène la France de Philippe le Bel à la veille de l’arrestation massive des templiers. Le style est efficace et le décor bien planté mais l’intrigue est très limité et on a une énorme impression de trop peu. Il y avait là matière à faire beaucoup plus. Dommage. 

Deux novellas et une nouvelle, un très bon texte et un autre exceptionnel et incontournable. Un excellent recueil.

Nébal m'a donne envie de le lire ici.

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25 avril 2009

Le dernier de son espèce d’Andreas Eschbach

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La durée  de ma vie ne dépend pas de moi. Vivre pleinement ne dépend que de moi. Demande-moi de ne pas traverser les jours de ma vie dans une bassesse comparable aux ténèbres. Que je mène ma vie, que ce ne soit pas elle qui me mène.

Sénèque, Lettres à Lucilius.

 

Duane Fitzgerald est un cyborg, un de cinq survivants d’un projet américain de création de soldats de choc. Lancé dans les années quatre-vingt, inspiré par la série « L’homme qui valait trois milliards », ce projet a avorté et été abandonné. Ne reste plus que cinq soldats mis en retraite avant d’avoir jamais pu servir leur pays pour lesquels ils ont sacrifié leur humanité. 

Pousser mon chariot dans les travées est pourtant à chaque fois une véritable torture. Fruits et légumes, filets de pommes de terre – succulente réminiscence des pommes au four fumantes de ma jeunesse, servies avec de la crème aigre en accompagnement d’un steak et arrosées d’une délicieuse Heineken… Songeur, je flânai quelques instants au rayon boucherie. J’aurais sacrifié mon bras droit pour pouvoir une fois encore savourer un barbecue sous le ciel sans étoiles d’un doux soir d’été. Humer une fois encore le parfum épicé de la chair grillée en salivant à l’idée qu’une de ces merveilles grésillant sur la braise serait bientôt mienne, arrosée de ketchup et de bière glacée… La vérité, cependant, me rattrapa au galop : mon bras droit, je l’avais sacrifié depuis longtemps. 

Condamné à un régime alimentaire unique, que le gouvernement US lui envoie régulièrement par La Poste, Duane erre dans le village natal irlandais de son père. Dix années d’inactivité pendant lesquelles il a pu constater sa déchéance. Son corps vieillit et n’est plus adapté aux implants musculaires, les connexions électriques ont bougées et ne sont plus optimales, son système informatique plante… Duane a trouvé refuge dans la lecture et la philosophie de Sénèque pour supporter son quotidien monotone. Coupé du reste de l’humanité son seul rayon de soleil est l’observation d’une jeune femme à distance prudente. 

Tout change brutalement quand un inconnu, visiblement étranger au pays, surgit et le recherche ostensiblement… Une rencontre qui finira par avoir lieu et amorcera la fin de la vie routinière de Duane. 

Entre retour sur son passé et son quotidien morne, Duane constitue un superbe personnage amer, désenchanté et profondément humain. Cobaye abandonné, mutilé inutilement. Le roman se dévore rapidement tant le ton est juste et captivant. Une tragédie bien menée avec un superbe dénouement. A lire de toute urgence ! 

Je me demande si j’ai jamais compris ce qu’éprouvaient les autres. Ce qui les motivait. Ce qui les avait conduits jusque-là pour forger ce destin.
Je me demande si j’ai jamais compris ce qui me motivait moi-même.
Vraiment.

La chronique de Gromovar

La critique du Cafard Cosmique


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05 avril 2009

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

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Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n’ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c’est plus gras, c’est plus trouble et plus limoneux que le pot d’aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l’ivresse. 

Avec Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski nous offre la suite et la conclusion de la nouvelle Mauvaise donne incluse dans le recueil Janua Vera. L’univers est le même et nous reprenons le fil quelque mois après la conclusion de la nouvelle qui introduit Benvenuto l’assassin et le patricien Leonide Ducatore. La guerre a eu lieu et la République a remportée une victoire éclatante contre Ressine. Il n’en reste pas moins que la position de Ducatore est instable et qu’il va avoir besoin de Benvenuto pour élaguer quelques branches patriciennes qui lui font de l’ombre et négocier avec le Chah de Ressine, pour conclure une paix durable. Paix que la République ne souhaite pas particulièrement. 

C’est reparti pour la valse des intrigues à une échelle beaucoup plus grande que dans Mauvaise donne. Il y a beaucoup plus de joueurs autour de la table et Benvenuto est devenu une pièce maîtresse, mais néanmoins sacrifiable. Difficile de survivre dans un tel nid de vipères surtout quand votre seigneur est un émule de Machiavel. 

Compte tenu du double contrat que j’avais rempli, il aurait été trop compromettant pour mon patron de s’afficher publiquement avec moi. D’un autre côté, il fallait aussi m’honorer, ce qu’il avait fait en me laissant aux soins de son fils. De plus, même un débile mental comme Mucio pouvait se trouver utilisé par un manipulateur aussi fin que Leonide Ducatore. Le Podestat savait que son fils était méprisé par l’aristocratie : publier l’amitié de Mucio pour moi, c’était me traiter en familier, mais aussi me discréditer en tant qu’homme de main ou de confiance. Une façon subtile de désarmer les soupçons qu’on pourrait nourrir sur mon action, en tablant sur l’association inconsciente qu’on établirait entre le crétin et don Benvenuto. Enfin, il y avait un autre volet aux calculs du Podestat. J’étais le seul témoin ciudalien de ses petits trafics avec l’ennemi. J’étais sur le fil, d’autant que j’étais bien placé pour savoir que le Podestat n’avait aucun scrupule à se débarrasser des gêneurs. En me donnant son fils pour compagnon de table, et même mieux, en m’offrant son fils pour goûteur, le Podestat me faisait savoir que je n’avais rien à craindre. Un gage personnel de bonne foi. Du moins, pour l’instant… 

Plus qu’une simple suite de Mauvaise donne, ce roman reprend tout le panorama dépeint par petites touches dans Janua Vera et l’approfondit. Ciudalia apparaît plus que jamais comme un croisement entre Venise et Florence en pleine renaissance tandis que les royaumes alentours sont encore au Moyen Age. Royaumes dont on apprendra beaucoup tant leur géopolitique et leur histoire ont été influencées par la république.

La touche fantasy est toujours très légère, la magie dans cet univers est faite d’envoutement subtil et non de déferlements pyrotechnique, les races étrangères sont peu présentes, intégrées parmi les hommes et dépeintes avec habilité. On retrouve ainsi avec plaisir, Annoeth, l’elfe insouciant du Conte du Suzelle mais présenté sous un jour plus tragique.

Cet univers est de fait bien agréable et très envoutant, la démarche de l’auteur le rapprochant de Guy Gavriel Kay (Les lions d’Al Rassan ou Le dernier rayon du soleil) et de Laurent Kloetzer (Le royaume blessé).

A tout cela s’ajoute la gouaille du narrateur et les tours qu'il n’hésite pas à jouer au lecteur putatif de son témoignage.

Le récit est sans faille, les rebondissements nombreux, les trahisons et coups de théâtre s’enchaînent, émaillées par quelques scènes d’actions trépidantes. Benvenuto n’est pas omnipotent, échoue, met les pieds dans le plat et connaît le doute régulièrement. 

Avec Gagner la guerre, Jaworksi signe ici une fresque magistrale avec un personnage principal très attachant et une superbe galerie de personnages secondaires. On s’attache à tout ce petit monde qui s’agite dans une lutte de pouvoir où les puissants entraînent les humbles dans leur chute ou déchéance. Des intrigues enlevées, de l’action, des scènes marquantes et des personnages bien campés dans un univers fascinant, Gagner la guerre est un roman incontournable en fantasy ! 

Leonide Ducatore avait autant de motifs de m’en vouloir que le clan Mastiggia, et j’avais trimardé obstinément sur des routes mortelles pour me jeter dans la gueule du loup. Même Belisario ne me serait d’aucune protection dans ce cas de figure : s’il apprenait que j’avais culbuté sa sœur, le jeune preux serait sans doute le premier à vouloir me fendre la coquetière. Je me souvins des ombres qui avaient visité mes songes au cours de la nuit où j’avais failli périr de froid, et de ce que m’avait dit le fantôme de Welf : On n’attend plus que toi, Benvenuto. On te garde une place. Tu nous rejoindras bientôt, à Ciudalia. Mission accomplie, les gars. On n’allait plus tarder à pouvoir taper le carton.

Posté par efelle à 18:21 - Fantasy - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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