Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

20 décembre 2009

Retour sur l’horizon

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Cette anthologie de Serge Lehman, composée pour les dix ans de la collection Lunesd’Encre, s’avère une bonne surprise. Un seul texte m’a véritablement ennuyé, il y a beaucoup de bonnes surprises et les petites déceptions que j’ai ressenties à l’occasion ne sont pas rédhibitoires. 

Fabrice Colin / Emmanuel Werner (si je ne m’abuse pas), propose deux textes en un, Ce qui reste du réel, portant sur la création et la réalité assez dickien. Le résultat avec un style très agréable est intriguant et déroutant. Assez dickien en somme, pas totalement convaincu par le résultat mais je ne me suis pas ennuyé non plus, la chute m’a séduit.

Eric Holstein avec Tertiaire présente un texte un brin excessif dans la mise en scène de son univers mais son personnage de trader est une telle tête à claque que l’on suit avec jubilation ses déboires. Encore une fois un texte pas totalement convainquant mais diablement amusant

Catherine Dufour m’a un petit peu déçu avec Une fatwa de mousse de tramway, le commercial et le contexte de grands travaux mal fagotés sont plausibles (j’ai eu des impressions de déjà-vu) mais le texte rebondit assez maladroitement à mon goût sur la fin, pour rattraper son titre. Une nouvelle d’une ironie mordante, chargé d’humour noir mais auquel il manque un liant entre deux intrigues vers la fin. Un bon texte mais pas exceptionnel.

Jean-Claude Dunyach par contre m’a bien emporté avec Les Fleurs de Troie, très chargé de spleen. Un récit sur la perte de l’autre sur fond de prospections minières dans les champs d’astéroïdes. Va falloir que j’aille farfouiller dans ma pile pour lire un roman de Dunyach prochainement…

Maheva Stephan- Bugni dépeint dans Pirate, un monde très formaté et oppressant à la Brazil. Dans cet univers, un pauvre type un peu paumé, matraqué par le système se trouvera une raison de vivre après un passage dans les centres de rééducation du régime, j’y ai retrouvé une partie des ambiances du V for Vendetta d’Alan Moore. Un très beau texte.

Laurent Kloetzer nous replonge dans l’ironie cinglante avec son terroriste de Trois Singes. Une nouvelle à chute remarquablement menée et assez réjouissante dans sa conclusion glaciale, les conneries ça finit toujours par vous péter à la gueule… Je me suis régalé.

Thomas Day avec Lumière Noire nous fait visiter une Terre post singularité et post apocalyptique. Un texte où l’auteur se retient de ses excès de violence habituelle, très prenant, lucide quant à la nature humaine et proposant au final une fin assez optimiste. Bonne pioche, j’ai dévoré cette nouvelle.

André Ruellan avec Temps mort, nous fait le récit d’une agonie. Un texte pas très SF à mon goût et que Greg Egan a traité de manière plus convaincante. Temps mort est toutefois trop court pour que l’on puisse s’ennuyer en le lisant.

Léo Henry avec Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais, propose une société se focalisant sur la culture et s’échinant à ne pas laisser passer sombrer le moindre artiste putatif. Mais tous les Mozart n’ont pas envie d’être sauvés. Un bon texte un brin ironique proposant quatre histoires en une, une vraie poupée russe.

Penchés sur le berceau des géants de Daylon est assez elliptique et poétique. Des grosses bestioles orbitent autour de Terre et l’humanité en tire plein d’avantages et d’innovations jusqu’au jour où les géants sont menacés, l’interventionnisme est-il la bonne solution ? Un texte agréable.

Philippe Curval avec Dragonmarx m’a quelque peu ennuyé. Le mixage entre la légende des Nibelungen et le communisme est d’une lourdeur peu digeste

Jérôme Noirez donne une signification au Bloop, dans Terre de Fraye un texte qui commence de manière assez délirante et ironique pour se conclure magistralement dans un registre totalement différent. Sans aucun doute un des meilleurs textes de cette anthologie.

David Calvo avec Je vous prends tous un par un, signe un texte court et amusant mais pas très marquant.

Enfin l’anthologie se conclue sur le mystérieux Hilbert Hôtel de Xavier Mauméjean. Un hôtel immense voire infini où les employés se succèdent génération après génération. Seul question qui persiste : d’où viennent les clients ? Elégant et agréable.


Une anthologie très agréable, avec peu de fausses notes, qui mérite surtout le détour pour les excellents textes, par ordre de préférence personnel, de : Jérôme Noirez ; Thomas Day, Maheva Stephan-Bugni, Laurent Kloetzer et Jean-Claude Dunyach. Les autres auteurs suivant, à une exception près, le mouvement avec plus ou moins de bonheur mais jamais de manière ennuyeuse.

Il en a parlé : avis de Vicklay

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28 juillet 2009

Rois et Capitaines

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Voilà une anthologie alléchante, alignant pas mal d’auteurs connus. Voyons en détail ce qu’il en est.

Jean-Philippe Jaworski ouvre le bal avec Montefellone, nouvelle incursion dans l’univers de Janua Vera et Gagner la guerre au cours du premier conflit annonçant la fin du royaume de Léomance. Le siège délicat de la cité de Montefellone par les forces loyalistes. Un récit apre et amer, toute la brutalité et l’horreur de la guerre étant narrée efficacement. Sans aucun doute le texte le plus réussi de cette anthologie.

Avec La damoiselle et le roitelet, Rachel Tanner livre une uchronie légère sur le thème de Jeanne d’Arc. Un récit bien mené et agréable mais se terminant peut être un peu trop aimablement, un défaut mineur malgré tout.

Dans la main de l’orage de Claire et Robert Delmas m’a laissé un peu dubitatifs, les auteurs jouent avec le mythe arthurien enfin surtout l’après Arthur mais ne parviennent pas à convaincre avec un texte un peu trop elliptique.

Sacre de Maïa Mazaurette narre un épisode mouvementé du jeune et futur Louis IX. Un texte bien mené plein de surprises et élégamment ironique.

L’impassible armada de Lionel Davoust est un texte maritime étrange aux confins du monde. Un conflit à mort entre deux flottes captives des glaces et qui ne semble pouvoir trouver de solution qu’avec l’élection d’une figure royale. Un récit étrange, très sombre et très ironique dans sa conclusion.

Avec Le prince des pucelles, Catherine Dufour met à mal, une fois encore nombre de contes de fées classiques de manière amusante, très sombre et, ici aussi, très ironique. L’auteur démontre ici quand elle n’a toujours pas terminée avec les contes de fées et leurs stéréotypes.Une réussite.

La reine sans nom de Thomas Day prend la forme d’une légende orientale qui tranche avec les autres textes. Un fantôme émerge de son tombeau à la recherche de son identité. Un récit tout en finesse mais respectant parfaitement le thème de l’anthologie.

Armand Cabasson nous plonge dans les étendues russes au moment de l’invasion mongole avec Serpent-Bélier. Un prince tente de rallier les tribus nomades et les lithuaniens non christianisés aux forces du grand prince de sa cité. Un récit violent sur la tolérance très réussi.

Avec Au cœur de l’Aaran, Pierre Bordage livre un texte certes tragique mais assez faible. Je n’ai pas accroché.

Au plus élevé trône du monde permet à Johan Heliot de sauver d’Artagnan de la mort pour lui faire rencontrer Cyrano de Bergerac sur la lune. Un texte amusant dans la veine de la bande dessinée De capes et de crocs. Efficace et plaisant.

Le crépuscule de l’Ours de Julien d’Hem met en scène les doutes d’un capitaine mercenaire au soir de sa carrière. Un texte sans grande surprise.

L’orage de Laurent Kloetzer est une histoire labyrinthique et onirique. Un exercice qui tombe un peu à plat malheureusement. 

Une anthologie très sympathique, la plupart des textes étant prenant, seul trois d’entre eux ne m’ont pas convaincus.

L'avis de Gromovar

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06 juin 2009

La maison aux fenêtres de papier de Thomas Day

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D’habitude, un cauchemar s’achève dans un cri, au moment où on se réveille, le corps couvert ou non de sueur. La lumière du soleil aidant, il ne laisse derrière lui que des lambeaux d’effroi, de sombres copeaux qui finissent eux aussi par disparaître, dévorés par la roue du temps.

Un cauchemar ne commence jamais avec les premières lueurs de l’aube.

Jamais.

Chaque matin, depuis son retour sur l’île où elle a passé la majeure partie de sa vie, Sadako se réveille et sait qu’un nouveau cauchemar commence, terrible répétition du mauvais rêve de la veille qui était lui-même un infâme pot-pourri des horreurs de l’avant-veille.

Le rituel est toujours le même. 

 

Thomas Day avec ce roman replonge dans son japonais teinté de fantasy, présenté dans l’excellente La voie du sabre et le mauvais L’homme qui voulait tuer l’empereur. Le moyen âge est ici abandonné pour la période moderne mettant en scène deux démons Hiroshima Oni et Nagasaki Oni, chacun à la tête d’une organisation de Yakuzas.

Nagasaki Oni élève Sadako, une femme panthère qui lui a été offerte enfant par son frère, dans une ambiance sado masochiste. Au terme de sa formation, il lui donnera l’épée khmer tueuse de démon, Besaatch Khan, et l’obligera à lutter à mort contre lui... Commencera pour Sadako une nouvelle carrière en tant que chef yakuza et exécutrice testamentaire de Nagasaki Oni. 

Pour son récit mêlant fantasy, contes asiatiques et histoires de yakuza, Thomas Day déploie l’artillerie lourde de la violence, du sexe et de quelques détails scatologiques. Il réussit malgré tout à garder un certain souffle à son histoire et le récit ne sombre pas derrière un empilement de scènes d’actions et de sexes comme c’est le cas avec L’homme qui voulait tuer l’empereur. Le récit est enlevé, les interludes plaisantes de même que les deux versions du conte sur la Besaatch Khan, qui ouvre et ferme le roman.

Un texte distrayant, bien mené qui transcrit bien les ambiances yakuzas.

Leur avis :

SBM

Le Cafard Cosmique

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22 avril 2009

SF 99

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Anthologie qui m’a été offerte en début d'année, par Xavier de la librairie Scylla, suite à un achat conséquent de livres parus au Bélial (et que je n’ai toujours pas lu d’ailleurs). SF 99 présente les auteurs francophones "marquants" (d'après Olivier Girard) de 1999 à travers quelques nouvelles. 

L’Amour au temps du silicium de Jean-Jacques Nguyen est remarquablement menée, tant pour ses interrogations sur le transfert de conscience dans des clones, que pour sa présentation d’une société coupée en deux ainsi qu’une petite surprise. Du bon cyberpunk à la sauce hard science. 

Déchiffrer la trame de Jean-Claude Dunyach est aussi courte qu’elle est élégante par contre on reste un peu sur sa fin. Il faudra que je revienne sur cet auteur. 

Amour flou de Marie-Pierre Najman aborde le cyberpunk de manière originale. Un texte plaisant sans plus. 

L’Homme qui fouillait la lumière d’Alain Bergeron est un mini thriller cyberpunk plaisant sans être exceptionnel. 

La Face claire des ténèbres de Thomas Day : Conan Doyle emmené dans monde parallèle steampunk par Watson, fréquente une version sombre de Sherlock Holmes. Des extra terrestres, Jack l’Eventreur et un démon… Bof, bof, le personnage d’Holmes est bien travaillé mais l’intrigue est d’autant plus négligée… Visiblement il s’agit du premier jet de L’instinct de l’équarisseur, apparemment plus recommandable, parce que là on s’ennuie un peu quand même. 

Cap Tchernobyl de Sylvie Denis présente un futur où les machines ont accédés à la conscience et commence à s’émanciper de la tutelle humaine sans pour autant passé par la case révolte violente. C’est le second texte de Sylvie Denis que je lis, le premier étant Les clés du paradis présenté dans le n°52 de Bifrost. Un auteur dont il faut que je lise un roman. 

Les Singes de Robert Wolff, un texte de fantasy sans intérêt de la même clique que la BD 7 Guerrières. 

Honoré a disparu de Roland C. Wagner, un texte amusant qui fait partie des Futurs Mystères de Paris et s’intègre après l’Aube Incertaine que je n’ai pas encore lu (du moins d’après la réédition de l’Atalante qui se trouve dans ma PAL), du coup j’ai un peu coincé sur la fin, d’autant plus qu’elle est assez expédiée. Plaisant sans plus et le sentiment que le personnage de l’Aya Gloria est trop omnipotent. 

Le Vide, le silence et l’obscur de Serge Lehman doit relever du Livre des Ombres, aborder cet univers aussi brutalement est un peu déstabilisant et m’a laissé dubitatif concernant la chute. Ca se lit agréablement mais s’oublie tout aussi vite, pas assez convainquant pour franchir le pas. 

Scintillements d’Ayerdhal est un space opera militariste, revu avec humanisme, présentant la fin d’un conflit plusieurs fois centenaire. L’archétype du militaire borné ne m’a pas semblé dans le ton sans pour autant diminuer la qualité de la nouvelle et sa fin magnifique. Un très bon texte.

Au final un ensemble de texte agréables, des auteurs bien différents et un petit saut en arrière dans le temps amusant via l’éditorial (dire qu’en 99 on parlait déjà de Greg Egan et de R C Wilson).

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20 juillet 2008

Le Trône d’ébène de Thomas Day

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Dans l’ombre, Nandi la lionne, la plus belle des mères de Quobé, veillait à ce que son fils restât sur le chemin de   la douleur. Elle se refusait à intervenir ou à protéger Chaka de la méchanceté des autres garçons du village, non par cruauté envers lui, ou pour se venger de Senza N’Gakona qu’elle continuait d’aimer de tout son cœur bien qu’il les ait abandonnés, mais parce que ses rêves remplis de serpents lui murmuraient que Chaka étaient promis à un grand avenir, et que ce futur, sifflant et crachant comme le mamba, ne pouvait prendre racine que dans une quantité inimaginable de supplices et d’humiliations. Rien n’égale la fureur d’un animal blessé, se répétait silencieusement Nandi, jour après jour, en observant son fils perdre ses batailles sans jamais pleurer, les gagner sans jamais rire ni se moquer.
 

Reprenant le principe de La Voie du sabre, Thomas Day, s’empare de Chaka, roi des zoulous pour le plonger dans un univers de fantasy légère où les dieux ont une existence et une puissance avérées bien que subtiles.
Enfant rejeté avec sa mère suite aux manigance des premières épouses de son père, Chaka sera élevé dans le mythe de la prophétie zoulu. Guidé et manipulé par la sorcière Isangoma. L’enfant battu et isolé deviendra un solide jeune homme qui commencera alors son irrésistible ascension.

Quête fantastique, intrigues, guerres, violence et mort dans le sud de l’Afrique. L’ambiance est suffisamment dépaysante pour que le roman fonctionne parfaitement jusqu’au final magistral. Le combat d’un homme pour sauver ses dieux de l’arrivée des occidentaux.
L’épopée de Chaka, d’enfant martyrisé à celle d’un Caligula africain se dévore. Les pages filent sans ennui et le côté violence esthétisante de « La Voie du Sabre » est absent sans pour autant sombrer dans le gore de « L’homme qui voulait tuer l’empereur ».
Un roman parfaitement maîtrisé et par son décor très original.

C’est à cette période de sa vie que Chaka prit l’habitude de regarder les étoiles et de se dire qu’il y en avait autant que ses ennemis sur terre. Autant d’ennemis, si ce n’est plus…

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