Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

16 janvier 2008

Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach

a

Ostvan attendit donc seul, mais il laissa son verre de côté. Les heures passèrent et ses pensées s’assombrirent. Finalement s’élevèrent dans le silence les cris d’un nouveau-né mêlés à ceux de l’accouchée, et Ostvan entendit les lamentations et les pleurs des femmes. Il se leva à grand-peine, comme si chaque mouvement le faisait souffrir. Il décrocha l’épée du mur et la posa sur la table. Puis il attendit, debout patiemment résigné, jusqu’à ce que la sage-femme sorte de la chambre, le nouveau-né dans les bras.
« C’est un garçon, dit-elle, impassible. Allez-vous le tuer maître ? »

 
Une civilisation médiévale, une caste prestigieuse dont les membres passent leur temps à confectionner un tapis avec les cheveux de leurs femmes et de leurs filles. Travail de fourmis nécessitant une vie d’efforts méticuleux. L’argent gagné par la vente du tapis permettra de subvenir aux besoins de l’unique héritier mâle autorisé pour le restant de ses jours. Suffisamment pour qu’il puisse se consacrer à son tour à la confection d’un tapis…
Cette société s’étend sur toute la planète et les tapis sont régulièrement collectés pour décorer le palais de l’Empereur immortel, par delà les étoiles…
Cet ordre des choses se poursuis depuis des millénaires quand arrivent des rumeurs bien curieuses, l’Empereur serait mort vaincu par des rebelles, il y aurait d’autres planètes qui produiraient des tapis de cheveux. 

Andreas Eschbach multiplie les points de vue dans ce récit, changeant de narrateur à chaque chapitre et s’éloignant de plus en plus du lieu de départ de l’intrigue afin d’en révéler les tenants et aboutissants d’une ampleur astronomiques.

Une intrigue démente et cruelle, un récit qui s’éloigne des épopées héroïques classiques, notamment celles de Jack Vance, où un être parti de rien de chamboule l’univers. Pas de héros donc au sein d’une trame sombre au dénouement implacable. Un excellent roman qui tord le cou aux poncifs du space opera et de fait rafraîchi le genre. 

Tout était tellement semblable : les grands ports délabrés, les villes misérables et puantes tapies tout autour, et les vieillards dans leurs tuniques sombres et râpées, qui ne voulaient pas comprendre, qui vous parlaient de l’Empereur, de son Empire et d’autres planètes sur lesquelles on faisait fermenter du vin ou cuire du pain pour la table du souverain, de planètes qui tissaient des vêtements pour lui, cultivaient des fleurs ou dressaient des oiseaux chantants pour ses jardins… Mais on n’avait rien trouvé de cela ; juste des milliers de mondes sur lesquels on tissait des tapis, rien que des tapis, un flot débordant et continu de tapis en cheveux humains qui s’écoulait depuis des millénaires à travers la galaxie…

Posté par efelle à 19:53 - Science Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 janvier 2008

Oms en série de Stefan Wul

518MDMVK2NL__SS500_

A l’entrée du parc où nichaient les oms libres, on distinguait un rectangle de clarté dans la nuit.
Terr en fut intrigué. Brave eut beau lui démontrer que ce rectangle était un écriteau à l’usage des draags, et que les affaires des draags n’intéressaient pas les oms, le jeune garçon laissa son compagnon rentrer seul et alla prudemment rôder du côté de l’entrée normale des draags.
Il ne fut pas long à comprendre. L’écriteau disait : « Parc fermé demain – Désomisation ».

Petit exercice de relecture d’un roman que je n’avais pas ouvert depuis le collège et bonne surprise car ce texte n’a pas vieilli et est plaisant à lire. 

Les draags ont explorés la Terre et rapportés sur leur planète des êtres humains dont la civilisation c’est écroulée et l’intelligence a décrue : les oms.
Terr est un jeune om, qui au contact des outils d’éducation de sa jeune maîtresse s’est instruit.
Mis à jour, il prend la fuite et est recueilli par une bande d’oms sauvages qui survivent en parasitant la civilisation draag.
Commence alors une épopée menée tambour battant, le récit bondit d’une période critique à une autre via des ellipses. On couvre ainsi une longue période de temps en peu de pages.
Résurgence d’une civilisation, stagnation d’une autre, un très bon roman qui se lit très vite. 

Nous avons… détribalisé l’om, nous l’avons rendu à son individualité. Il y a certes perdu les trois quarts de ses instincts sociaux tyranniques, mais non son instinct grégaire. Et il retrouve en plus son intelligence, son goût de la liberté ; peut-être demain son goût de  la conquête. Nous l'avons sorti de l'impasse de l'instinct pour le replacer sur la route du progrès.

 

Posté par efelle à 21:08 - Science Fiction - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 janvier 2008

L’Oiseau Impossible de Patrick O’Leary

51RuVXAQl6L__SS500_

Les tiges de blé autour d’eux s’apaisent et s’immobilisent comme si on venait de voler tout le vent du monde. Sans revenir à leur position verticale : elles demeurent inclinées. Pourtant il n’y a plus un souffle.
A quelques deux cent mètres en l’air, un objet rond s’est infiltré au centre du champ de vision de Micke et de Danny. Sans faire de bruit. Un point argenté cerclé d’un halo blanc, qui plane dans le ciel comme un œil énorme dévisageant la terre.
L’espace infini d’une fraction de seconde, les frères aperçoivent en panoramique deux petits garçons allongés dans un champ doré. Deux minuscules bonhommes d’allumettes côte à côte. Sombres. Abandonnés. Cette vision les hantera l’un et l’autre jusqu’à la fin de leurs jours.
Ils n’en reparleront jamais. Mais ils en conserveront chacun une image à l’identique, comme deux tirages du même négatif.

 

Michael et Danny, deux frères vivent un évènement extraordinaire au cours de leur enfance.
Plus tard ils s’éloigneront de plus en plus jusqu’à ce que des mystérieux agents secrets les somment de se retrouver. Ils remarqueront alors que le monde les entourant et de plus en plus étrange et que la vie ne semble plus avoir beaucoup de valeur… 

Un roman étrange en demi teinte, mêlant un début nostalgique, un second quart grand guignolesque à une seconde moitié onirique et mélancolique. La fin est très satisfaisante mais il m’a tout de même fallu m’accrocher au début. L’idée sous jacente et les relations entre les deux frères sont admirablement traitées mais l’ensemble à un petit côté brouillon qui ne le rend pas excellent, dommage…

Posté par efelle à 21:46 - Science Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 décembre 2007

Rainbows End de Vernor Vinge

51dLZtnGvyL

Le monde a changé, Robert. Aujourd’hui je peux trouver des réponses avec des méthodes qui auraient été impossibles il y a vingt ans. Cent milles personnes à travers le monde ont collaboré à ma recherche, par tout petits morceaux que personne ne pouvait reconnaître. Le plus gros risque, c’est que mes résultats soient tout simplement faux. La désinformation règne en maître, de nos jours. Même quand les mensonges ne sont pas délibérés, il y a toujours différents groupes de Fantasy qui essaient de déformer la réalité pour l’adapter à leur dernier jeu d’aventure. Mais en l’occurrence, si nous avons été induit en erreur, ce n’est pas une supercherie ordinaire. Il y a des détails et des corrélations qui proviennent de beaucoup trop de sources indépendantes.

 
Robert Gu a de la chance ! Son Alzheimer a pu être guéri malgré plusieurs années de déchéance intellectuelle totale, il est aussi compatible avec un traitement de la peau qui lui a rendu une apparence de jeune homme. Tous n’ont pas eu cette chance, il devrait être heureux.
Mais le monde a profondément changé, les technologies de l’information balbutiantes au tout début de sa maladie sont désormais arrivées à maturité et  se sont répandues à la vitesse de l’éclair.
Les ordinateurs portables sont has been, toute l’informatique est maintenant intégrée aux vêtements de chacun. Outre des effets esthétiques, chacun est en permanence connecté au réseau et bénéficie d’un affichage sur des lentilles de contact, une simple contraction musculaire permet de lancer une recherche sur internet. Le virtuel et le réel ne font plus qu’un, tout est modifiable à volonté : l’environnement, son apparence, celles des autres…

Robert a beau avoir l’apparence d’un adolescent et la forme physique d’un homme de cinquante quatre ans, il n’en reste pas moins un vieil homme de soixante quinze ans. Il est sur la touche incapable de s’adapter. Intégré au lycée de Fairmont dans une classe mêlant des vieillards rechapés à des  adolescents peu doués, il va devoir apprendre à évoluer dans ce nouveau monde. Pas facile quand on a été le plus grand poète américain et que le traitement qui vous a sauvé vous prive aussi de votre génie en la matière…
Ce nouveau monde n’est pas idyllique, les tensions entre nations existent toujours, les puissantes alliances de nations industrielles sont prospères mais le terrorisme est entré dans une phase apocalyptique, les menaces nucléaires ou bactériologiques sont devenues hebdomadaires tant les sectes et les groupuscules prolifèrent.

Des éminences du renseignement européens, indous et japonais se sont alliées pour faire face à une nouvelle menace, quelqu’un serait en train de mettre au point une arme biologique de sujétion de masse… La menace viendrait des Etats-Unis, tentative hégémonique ou initiative d’un groupuscule terroriste ? Les agents secrets décident d’enquêter à l’insu de leurs alliés américains. Pour ne pas éveiller les soupçons, ils font appel à une mystérieuse officine de hacker de haut vol : le Lapin. Cette dernière devra permettre une intrusion et un audit au sein des laboratoires biologiques se trouvant sur le site de l’université de San Diego d’où semble provenir la menace…

Quel rapport avec Robert ?  Il a retrouvé d’anciennes connaissances au lycée et se joint plus ou moins accidentellement à leur croisade pour empêcher une numérisation brutale de la bibliothèque universitaire de San Diego. La firme en charge du projet, en concurrence avec la Chine, doit agir vite pour rester en lice et a optée pour une méthode ultra rapide qui charcute les livres pour gagner du temps. On détruit des livres ! Il n’en faut pas plus pour qu’une bande de vieillards nostalgiques lui déclarent la guerre. Occasion rêvée pour le Lapin qui a besoin d’une diversion sur le même site. Robert constitue aussi un pion très intéressant dans la mesure où son fils et sa belle fille sont des cadres supérieurs du contre espionnage local. Que serait il capable de faire pour retrouver le talent artistique qui lui manque temps ? Jusqu’à quelle trahison ira-t-il ?

Vernor Vinge signe ici un magnifique roman aux multiples facettes et ambiances qui lui a valu le Prix Hugo 2007. Nostalgie du passé, monde de l’information et de la surveillance où vous ne savez jamais avec combien de personnes vous dialoguez réellement. Une société où des adolescents, confondant maîtrise technique et maturité,  se mêlent de choses qui les dépassent. Une magnifique anticipation de notre société de l’information qui se dévore d’autant plus vite qu’elle est beaucoup plus courte que les romans précédents de l’auteur, « Un Feu sur l’Abîme » ou « Au tréfonds du ciel ».

Posté par efelle à 16:20 - Science Fiction - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 novembre 2007

Temps de Stephen Baxter

41F8nPEbA3L__SS400_

« Bien sûr, Emma savait que Reid Malenfant – son astronaute raté d’ex-mari, et son patron actuel – achetait des moteurs de navette spatiale et les mettait à feu dans le désert californien. Elle croyait que ça faisait partie d’un plan compliqué de traitement des déchets.
Elle ignorait qu’il avait l’intention d’utiliser les fusées pour se rendre dans les astéroïdes.
Pas avant que Cornélius Taine ne lui en parle.
De cela, et de bien d’autres choses encore. »

Reid Malenfant, industriel obstiné et astronaute raté veut se rendre dans les étoiles. L’épuisement des ressources terriennes et l’exploitation de celle se trouvant dans les astéroïdes sont sa justification. Pour cela il est prêt à tout, contourner les lois et les règlements ne lui pose aucun problème, sauter par-dessus les lourdeurs administratives de la NASA non plus. Tel un bulldozer, Malenfant avance sans se soucier des conséquences…

Cornélius Taine est un mathématicien, brillant mais obsédé par la catastrophe de Carter : la fin de l’humanité. Très proche d’après des calculs statistiques alambiqués, douteux mais difficilement réfutables.

La rencontre de Taine et Malenfant sera explosive, ensemble ils oeuvreront pour ce qu’ils pensent être le bien de l’humanité, la fin justifiant les moyens. Même modifier génétiquement des calmars afin d’en faire des astronautes, puis d’en faire des concurrents de l’humanité pour la conquête du système solaire ! 

« Nous perdons vingt-cinq milliards de tonnes de terres arables par an, l’équivalent de six déserts des années 30. Les nappes phréatiques – comme celle qui se trouve sous notre ceinture céréalière – s’épuisent. Nos plantes modernes génétiquement uniformes ne se révèlent pas très résistantes aux maladies. Et ainsi de suite. Nous sommes face à des problèmes qui échappent de plus en plus à notre contrôle, de manière exponentielle.
Je vais vous le dire autrement. Imaginez un nénuphar dont la taille double tous les jours. Il couvrira votre mare dans trente jours. Pour l’instant, il a l’air inoffensif. Vous pensez peut –être que n’aurez pas besoin d’agir avant qu’il ne recouvre la moitié de   la mare. Mais quand cela se produira-t-il ? Le vingt-neuvième jour.

Mesdames et messieurs, le vingt-neuvième jour est arrivé. »

 
Temps est sans nul doute un roman de hard science, toutefois la forme du roman de Baxter, alternant les points de vue et insérant des extraits d’articles de journaux, de points de vue de personnes lambda ou d’excités sur Internet, en rende la lecture aisée. Ici point d’explications scientifiques qui laissent le lecteur sur le bord du chemin.
Par contre les personnages sont de vrais déserts affectifs, quasi autistes, tenant plus de la caricature du savant fou jouant aux apprentis sorciers. Difficile de s’accrocher à de tels individus.
Même si l’idée du roman m’a rappelé quelques romans d’Arthur C Clarke et une nouvelle d’Isaac Asimov, son traitement, plein de rigueur scientifique (sa bibliographie est présentée en postface), la rende intéressante.
Baxter s’intéresse au devenir de l’univers, son roman est sombre et apocalyptique, mais n’accorde que peu de place à l’humain, sauf pour en dresser un portrait détestable, contrairement à Greg Egan ou Robert Charles Wilson.
Ses personnages deviennent rapidement antipathiques et les calmars de l’espace, intervenants secondaires, sont rapidement beaucoup plus sympathiques.
Pas désagréable mais pas totalement convainquant non plus, le roman se suffit parfaitement à lui-même et ne m’a pas donné envie de lire la suite qui vient de paraître.

Posté par efelle à 23:11 - Science Fiction - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 novembre 2007

Le Voyage de Haviland Tuf de George R.R. Martin

5138RAP17ML__SS500_

« Il s’agit d’un négociant indépendant, d’un genre particulier. Pas vraiment prospère. Et qui se retrouve coincé sur ShanDellor en attente d’une cargaison depuis maintenant une demi-année standard. Il doit être sur les dents – suffisamment, je dirais, pour sauter sur cette occasion. Il possède un petit vaisseau poussif avec un grand nom ridicule. Pas luxueux, mais qui nous emportera là-bas, et c’est tout ce qui compte. Il n’y aura pas à s’inquiéter de l’équipage, l’homme est seul à bord. Et il… pour tout dire, il est grand, mais doux, dedans comme dehors. Il élève des chats, à ce que j’ai entendu dire. N’aime pas trop les gens. Boit beaucoup de bière, mange trop. Je doute même qu’il porte une arme. Les rapports disent qu’il vivote, qu’il vagabonde d’une planète à l’autre pour vendre d’absurdes babioles et des petits bibelots minables dans son pauvre vaisseau miteux. Wackerfuss le tient pour une mauviette. Mais même s’il a tort, que peut faire un homme seul ? Qu’il s’avise seulement d’émettre une menace de dénonciation, l’employée et moi, on en fera de la pâtée pour ses chats. »

Tel est donc Haviland Tuf… Embauché, pour une expédition archéologique de récupération d’un ancien vaisseau de guerre cataclysmique, par une bande hétéroclite comptant autant de sociopathes que de naïfs stupides. Datant de l’age d’or de l’humanité, l’Arche est un ancien vaisseau de guerre biologique d’une taille monstrueuse, l’engin peut changer la face de n’importe quel planète, vestige d’une guerre sanglante ayant opposée l’humanité à une race extra terrestre. Vu la nature des employeurs de Tuf, la récupération va vite tourner au jeu de massacre auquel seul Haviland survivra. Commence alors pour lui une nouvelle carrière : celle d’ingénieur écologique itinérant.

Impassible, misanthrope, ultra protecteur envers ses chats, obèse mais végétarien, intelligent et surtout honnête, contrairement au Cugel de Jack Vance, Haviland Tuf est véritablement le seul honnête homme dans un univers malhonnête. Il ne ment que par omission et encore rarement. Disposant d’un vaisseau qui attire nombre de convoitise et détenteur d’un pouvoir dont la seule mention corrompt les hommes les plus intègres, Haviland sillonnera la galaxie en proposant ses services.

 « Votre point de vue est bien clair, dit Tuf en grattant Dax derrière l’oreille. Quoique votre façon de l’exprimer n’ait pas l’heur de me séduire. Néanmoins, si l’arrangement que vous suggérez avec tant de vigueur bénéficiera sans aucun doute à la Maison d’Arneth-du-Bois-d’Or, les autres Grandes Maisons de Lyronica ont, quant à elles, tout à y perdre, sans compter que cela m’obligerait à tirer un trait sur de substantiels revenus futurs. Peut-être que je ne comprends que partiellement votre proposition. Je suis facilement distrait et il se peut que j’aie mal entendu la partie de votre développement où vous évoquiez la somme que vous comptiez me proposer pour que j’accède à votre requête de ne plus traiter avec les Grandes Maisons de Lyronica. »

 Les situations sont variées, traitées intelligemment par George R.R. Martin alternant scène dramatique et moment comique pour donner un ensemble jubilatoire. Haviland Tuf, honnête mais pas naïf, a de nombreux points communs avec les personnages de Jack Vance sans pour en avoir pour autant la violence.

Un space opera très honnête, distrayant et jubilatoire. En tant que personnage, Haviland Tuf, vaut le détour à lui seul.

 « Haviland Tuf passa la main par-dessus son épaule et gratta Chaos derrière l’oreille. « Pourquoi faut il, demanda-t-il sur un ton de reproche, que l’on doute toujours de nous ? »
Le chat ne répondit pas. »


Posté par efelle à 10:04 - Science Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 octobre 2007

Radieux de Greg Egan

51tuW_gzELL

« Une heure plus tard, j’étais si nerveux qu’il tenait du miracle que je ne me sois pas encore fait sauter le pied. Je déchargeai le revolver puis m’assis pour jouer à la roulette russe avec le barillet vide. En dépit de tout, je n’étais toujours pas prêt à mettre une balle dans la tête de quiconque au nom de la défense des axiomes de la théorie des nombres. »

 

Second recueil de Greg Egan et très bonne surprise : les nouvelles plongeant au cœur de la science sont moins nombreuses et seule une d’entre elles m’a laissé perplexe, sans comprendre grand-chose : La Plongée de Planck. Les autres nouvelles sont plus légères côté science mais soulève beaucoup de question quant à la personnalité, la notion de bonheur, la conscience de soi, l’acceptation de l’homosexualité, le besoin d’irrationnel. 

« Pour la plupart des gens, naviguer à l’intérieur de leur propre psyché, c’est comme tourner en rond dans un labyrinthe. C’est ça que l’évolution nous a légué : une prison misérable et déroutante. Et la seule chose que les drogues grossières comme la cocaïne, l’héroïne et l’alcool ont jamais faite, c’est de construire des raccourcis vers telle ou telle impasse. Ou, en ce qui concerne le LSD, de tapisser les murs avec des miroirs. Quant aux Chevaliers blancs, ils n’ont fait que présenter les mêmes effets sous un emballage différent.
Mais les Chevaliers gris, eux, vont permettre de transformer le labyrinthe à volonté. Ils ne vous confinent pas dans un minuscule répertoire émotionnel ; ils vous donnent le pouvoir complètement. Ils vous laissent décider exactement qui vous êtes, ce que vous êtes. »

 
Les textes suivant ont particulièrement retenus mon attention :

Paille au vent : pour sa remise en question du soi et de sa personnalité.

Radieux : une approche poétique des mathématiques sous couvert de thriller.

Cocon : une excellente interrogation sur l’homosexualité dans notre société et le droit à la différence.

Vif Argent : pour le besoin d’irrationnel présent en chacun de nous.

Des raisons d’être heureux : magnifique texte sur la notion de bonheur et sur l’absence de celui-ci.

 
Globalement ces textes sont  donc moins ardus que ceux d’Axiomatique mais tout aussi riche, seuls des détails techniques sont passés à la trappe ce qui rend la lecture d’autant plus agréable pour le novice en science. La plupart de ces nouvelles empruntent la forme du thriller et de l’enquête ce qui contribue sans doute aussi à l’allégement de la part scientifique, le narrateur découvrant progressivement le nœud de l’intrigue en même temps. Un bon recueil pour découvrir Greg Egan sans avoir besoin d’une solide culture scientifique.
 

« Nous pensions que nous transmettions à nos enfants tout ce qui importait : la science, l’histoire, la littérature, l’art. De vastes bibliothèques d’information se trouvaient à portée de leurs doigts. Mais nous ne nous étions pas suffisamment battus pour faire passer la vérité la plus chèrement acquise : la morale ne peut venir que de l’intérieur. La signification ne peut surgir que du dedans. En dehors de nos crânes, l’univers est indifférent.
Peut-être, à l’Ouest, avions nous porté les coups fatals aux vieilles religions doctrinaires, aux vieux monolithes de l’illusion… mais cette victoire ne signifiait rien.
Parce que partout, le poison insidieux de la spiritualité prenait maintenant leur place. »

 

 

Posté par efelle à 11:57 - Science Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 octobre 2007

Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour

51GJ1EFWKDL

« D’innombrables générations de femmes ont, à travers les siècles, laissé leurs yeux sur des ouvrages minutieux et mal payés. Ma mère me paraissait atteindre une stature historique, celle de la femme veuve qui reprise patiemment la survie de sa famille à la lueur d’une chandelle. La chandelle était halogène mais ça ne changeait rien à cette détresse alimentaire, ni à son inextinguible patience. L’humanité doit tout à ces parques obscures qui ont nourri leurs enfants maille après maille, puis tiré leur suaire sur leurs yeux usés sans une plainte tandis que le monde se chargeait de leur précieuse progéniture, transformant leurs fils en chair à canon et leurs filles en chair à soldats. Tant de résignation effraie, elle intimide aussi. Les Animaux ne s’embarrassent pas de portées quand les circonstances ne s’y prêtent pas. Si toutes les mères abandonnées avaient fait pareil, si elles avaient, sans patience, jeté leurs rejetons dans la marmite à soupe au lieu d’essayer de les élever, l’être humain ne serait plus qu’un mauvais souvenir. »

 

Dans le futur, une vieille femme chinoise, quelque peu cynique, se lance dans une série d’aveux, narrant les évènements qui ont marqués son enfance, plus d’une centaine d’année plus tôt. Le livre est cette narration adressée tant à cet interlocuteur qu’au lecteur.

L’avenir dépeint par Catherine Dufour n’est pas gai, bien au contraire, tout n’est plus que pollution et nature à l’agonie. L’humanité se terre dans d’immenses cités constituées de bâtiments gigantesques. Les plus riches vivent au somment les plus pauvres vers la base, les exclus dans les sous sols ou dehors, ces derniers constituant la caste la plus nombreuse.
Dans cet univers terne une jeune fille chinoise, à l’enfance tragique, croisera le chemin d’un biologiste de retour d’une enquête avortée en Polynésie sur une soudaine réapparition du paludisme.
A travers le récit de leur vie et celui d’une poignée de personnes proches, c’est tout un monde en décomposition qui est dépeint.

Fable cynique, techno thriller teinté de magie vaudou, anticipation pessimiste, le goût de l’immortalité ne laisse pas indifférent. Très original dans sa forme, captivant et glaçant. A lire d’urgence !


Posté par efelle à 23:19 - Science Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 octobre 2007

Un monde d’azur de Jack Vance

41F73HT3JZL

« Il entra dans le bungalow et se versa une coupe de vin, puis retourna rêvasser sur le banc. La sérénité du ciel et le calme des eaux l’apaisèrent et il finit même par sourire de sa propre véhémence jusqu’au moment où, son regard venant se poser sur l’endroit dévasté dernièrement par le Roi Kragen, sa mauvaise humeur le reprit de plus belle.
Il observa pendant quelques instants les signaux lumineux et cela ne fit que le confirmer dans son opinion que le style de Zander toujours fort dépouillé se desséchait à l’extrême. Comme il se retournait il aperçut un remous noirâtre à la surface de l’eau, tout contre le filet de protection : une masse sombre et luisante, au milieu des herbes marines et des lianes aquatiques, que les remous de l’eau entouraient de festons scintillants. Il s’approcha du bord et écarquilla les yeux pour mieux voir dans l’obscurité, totale maintenant. Un petit Kragen essayait de pénétrer dans le lagon de Tranque malgré le filet protecteur. »

 

Des criminels transférés en vaisseau spatial se révoltent et échouent leur engin sur une planète inhabitée totalement dépourvue de terres émergées.
Dix générations plus tard une civilisation s’est constituée sur les gigantesques plantes aquatiques qui prospèrent le long de l’équateur. L’absence de terres émergées et le climat doux et constant ont donnés lieux à une société primitive où le recyclage est un mode de vie, les os humains constituant la plupart des outils.
Tout irait pour le mieux si les humains n’étaient victime des kragen, créatures marines intelligentes qui viennent piller et ravager les cultures. Le pire de tous étant le Roi Kragen, monstre de vingt mètres de long, dont les humains achètent la protection à coup d’offrandes.
Sklar Hast, jeune homme impétueux, décide que la coupe est pleine quand un jeune kragen vient roder autour de chez lui et que le Roi Kragen ne daigne pas se montrer et assurer sa part du Pacte, à savoir protéger les humains des kragens. Avec quelques autres sous le coup de la colère, ils vaincront la créature qui les terrifie depuis des générations.
Le temps de la soumission semble terminer mais c’est sans compter sur la caste des médiateurs qui prospèrent grâce à leur monopole de la communication avec le Roi Kragen.
Très vite l’adversaire ne devient pas la créature mais les tenants de l’ordre établi, aussi inique soit il. 

Avec « Un monde d’azur », Jack Vance propose un magnifique récit sur la résistance et les mécanismes de l’autoritarisme. Assez court, ce roman se dévore en quelques heures et est difficile à abandonner une fois commencé. Certainement l’un de ses meilleurs textes. 

« Vu de loin, le Roi Kragen ressemblait à un ogre difforme en train de nager la brasse. Ses yeux antérieurs au fond de leur tube corné semblaient regarder en direction de l’îlot et se fixer sur la masse mutilée du kragen. Les hommes de leur côté le fixaient fascinés, les muscles aussi raides que la tige d’une plante marine. Le kragen qu’ils avaient capturé et qui leur avait semblé tellement monstrueux, semblait maintenant une miniature, une poupée, un jouet. »

Posté par efelle à 12:53 - Science Fiction - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 octobre 2007

Blind Lake de Robert Charles Wilson

41VX7B9V8ML

« Il savait très bien que, selon toute probabilité, il se trouvait face à sa dernière chance de sauver sa carrière de journaliste. Restait à savoir s'il voulait saisir cette chance. Comme l'avait souligné Elaine, d'autres options s'ouvraient à lui. L'alcoolisme ou la toxicomanie, par exemple, qu'il avait côtoyés d'assez près pour en comprendre l'attrait. Il pouvait également accepter un emploi de rédacteur de publicités ou de manuels techniques et avancer incognito jusque dans une cinquantaine paisible et respectable. Il ne serait pas le premier adulte à devoir revoir ses aspirations à la baisse et ne se sentait pas à plaindre pour cela.
Cette mission à Crossbank et Blind Lake était arrivée comme un rêve d'enfance trop longtemps différé. Un rêve éculé. Il avait grandit dans l'amour de l'espace, avait chéri les premières images des interféromètres optiques de la Nasa et d'Eurostar – des images préliminaires incluant les deux géantes gazeuses du système UMa47 (toutes les deux avec d'énormes et complexes systèmes d'anneaux) et une tache alléchante : une planète rocheuse à l'intérieur de la zone habitable de l'étoile. »

Blind Lake sera le dernier roman de Robert Charles Wilson que je lirai cette année en attendant la parution en français d'Axis en 2008.

Dans un futur proche à la géopolitique instable, un système quantique incompréhensible permet d'observer une planète lointaine avec un degré de précision stupéfiant. Il est possible de suivre la vie  d'un autochtone !  Mis au point par hasard le procédé n'est pas compris par ses concepteurs et les images obtenues bouleversent quelque peu les idées préconçues sur la place de l'humanité dans l'univers. Pour ces raisons, les sites d'observation astronomiques de Crossbanks et de Blind Lake sont hautement sécurisés et autarciques : le personnel est trié sur le volet, logé sur place avec toutes les installations civiles nécessaires à une vie de famille, seuls quelques travailleurs journaliers entrent et sortent.

« Donc, dit Charlie, on a vraiment deux projets de recherche en même temps : Hubble Plaza essaye de trier les données et ici on tente de comprendre comment on obtient les données. Mais on ne peut pas regarder de trop près. On ne peut pas démonter les O/BEC, les arroser de rayons X ou quoi que ce soit d'aussi agressif. En mesurer un, c'est le casser. Blind Lake ne se contente pas de dupliquer l'installation de Crossbank : il a fallu faire accomplir à nos machines le même processus de développement, sauf qu'on a utilisé les vieux interféromètres haute définition à la place de l'Ensemble Galilée, en abaissant délibérément la force du signal jusqu'à ce que les machines chopent le truc, quel qu'il soit. Il n'y a que deux installations de ce genre dans le monde, et toutes les tentatives d'en créer une troisième ont systématiquement échoué. On est en équilibre sur la pointe d'une épingle. C'est de ça que vous parlait ce type à Crossbank. Quelque chose de vraiment étrange et merveilleux ce passe ici, et on n'y comprend rien. Tout ce qu'on peut faire, c'est le pouponner en espérant qu'il ne va pas en avoir assez et s'éteindre tout seul. Ça pourrait s'arrêter n'importe quand. Bien entendu. Et pour n'importe quelle raison. »

Alors que les cadres dirigeants sont partis pour une conférence internationale et que trois journalistes sont admis à Blind Lake, la quarantaine est instaurée de l'extérieur sans explication. Le site de Blind Lake est toujours approvisionné en énergie et aliments mais est pour le reste totalement coupé du monde. Très vite, les détenus prendront la mesure de leur isolement en découvrant que des drones de combat mortels ont été mis en place autour du complexe. La vie s'organise alors dans ce nouveau contexte et les scientifiques continuent de travailler faute de mieux. Or c'est à ce moment là que Le Sujet, l'extraterrestre observé, change son comportement de manière radicale : il abandonne sa cité et se lance dans un périple à travers les étendues désertiques et abandonnées de sa planète.

Robert Charles Wilson s'empare ici de la mécanique quantique, très légèrement et avec une certaine poésie tout en privilégiant l'humain. Que ce soit avec Chris, journaliste sur le retour portant plusieurs fardeaux sur la conscience, Marguerite, responsable scientifique harcelée par Ray, son ex mari, responsable administratif psychotique et leurs fille, Tessa, gamine de neuf ans pertubée et sujette à des visions pour le moins inquiétante et encore quelques autres personnes. L'action se déroule sur des périodes clés, espacées dans le temps, et est décrite selon le point de vue de chacun des protagonistes.

Globalement, Blind Lake est un roman paisible loin de la fureur de BIOS, Darwinia ou des Chronolithes. L'évènement extraordinaire est ici une quarantaine inexplicable sujet de toutes les spéculations, la majeure partie de la narration concerne les protagonistes et le Sujet. Existe t il un lien entre le comportement de ce dernier et la quarantaine ? Comment fonctionne ces systèmes informatiques quantiques qui se programment     seuls ? Pourquoi cela fonctionne t il ? Et pour encore combien de temps ?
L'auteur répondra a quelques unes de ces questions tout en faisant évoluer ses personnages avec maestria. Une lecture plaisante qui se laisse dévorer très rapidement, pour un final très agréable emprunt d'une magie qui m'a donné l'impression de sortir d'un film de Miyazaki.

« Presque quatre mois de quarantaine, et on avait beau essayer de l'ignorer ou de la justifier, cela signifiait qu'il se passait quelque chose de prodigieusement mauvais – peut-être dehors, peut-être dedans. Quelque chose de mauvais, de dangereux et de caché qui finirait par venir avec bruit en pleine lumière. »

Posté par efelle à 16:06 - Science Fiction - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Page précédente  1  2  3   Page suivante »