Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

15 novembre 2009

L’usage des armes d’Iain M. Banks

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Il était une fois, bien loin d’ici, de l’autre côté du puits de gravité, une terre magique où il n’existait ni rois, ni lois, ni argent, ni propriété, mais où chacun vivait en prince, où les gens étaient très bien élevés et ne manquaient de rien. Ces gens vivaient en paix, mais ils s’ennuyaient ferme, car le paradis peut faire cet effet au bout d’un moment ; ils se lancèrent donc dans les bonnes œuvres. Disons qu’ils se mirent à rendre visite aux gens plus défavorisés. Et toujours ils s’efforçaient d’apporter avec eux ce qu’ils considéraient comme le bien le plus précieux : la connaissance, l’information. Une information aussi étendue que possible car ces gens avaient une étrange particularité : ils méprisaient les rangs, les grades, et détestaient les rois…comme tout ce qui relève de la hiérarchie… 

Retour à la Culture… Sma en est une représentante atypique dans la mesure où elle œuvre pour Contact en tant que diplomate, cherchant à mettre fin à nombre de conflits en dehors de la Culture. Elle est appelée en urgence, lorsque les Mentats de Contact identifient une crise interplanétaire imminente dans un amas stellaire. Sma ne peut rien, il leur faut un politique indigène de talent, à la retraite. Le seul individu capable de le convaincre de reprendre du service est un ex agent de la Culture : Zakalwe. Ce dernier n’est pas un natif de la Culture, cet homme, recruté par Sma, a néanmoins fait le coup de feu un peu partout dans l’univers au service de Contact. Etant lui aussi à la retraite, Sma semble la personne la plus appropriée pour le remettre en selle. Seul soucis on a perdu la trace de Zakalwe… mais heureusement celui-ci semble se prendre pour un Mentat de Contact… 

Sma, cet… homme… a complètement merdé la dernière fois ; nous avons perdu cinq ou six millions d’individu dans cette histoire, et tout ça parce qu’il n’a pas voulu sortir du Palais d’Hiver pour arranger les choses. Si je te montrais certaines des scènes d’horreur qui se sont déroulés là-bas, tes cheveux en blanchiraient d’un seul coup. Et maintenant, c’est ici qu’il est sur le point de déclencher une catastrophe majeure. Depuis qu’il lui est arrivé ce qui lui est arrivé sur Fohls – depuis qu’il essaie de jouer les humanistes, ce type est une véritable catastrophe ambulante. En admettant qu’on réussisse à le retrouver et à l’emmener jusqu’à Voerenhutz, je me demande avec inquiétude quel chaos il va bien pouvoir semer là-bas. Cet homme porte la poisse. Oublions la disparition de Beychaé ; c’est en organisant celle de Zakalwe qu’on rendrait un fier service à tout le monde.

Le récit est organisé en deux trames alternée, la première quasi linéaire suis les pérégrinations de Sma puis de Zakalwe. Tandis que la seconde centrée sur des réminiscences de Zakalwe fonctionne à rebours, les évènements passés surgissant étant de plus en plus lointain et témoignant d’un malaise profond.

 Il eut un sourire triste.

- Oui, je sais. Vous m’avez sauvé la vie. Mais vous m’avez également menti ; vous m’avez – non, écoute moi ! – vous m’avez chargé de missions imbéciles où je croyais appartenir à un camp alors que j’étais en fait dans l’autre ; vous m’avez obligé à me battre pour des aristos incompétents que j’aurais étranglés sans le moindre remords à l’occasion de guerres où je ne savais pas que vous souteniez les deux camps ; vous m’avez rempli les testicules d’une semence non humaine que j’étais censé injecter à une pauvre créature de sexe féminin… vous avez failli me faire tuer… bien failli me faire tuer une dizaine de fois, sinon plus

 Le récit principal n’est pas des plus passionnants mais se lit tout seul tandis que les réminiscences de Zakalwe, quelque peu obscures sont plus ardues. Quoi qu’il en soit, Banks met en avant ici la realpolitik de Contact et ses faiblesses. Les Mentats ne sont pas omniscients ni la Culture omnipotente. De son côté, Zakalwe est un personnage torturé d’une noirceur étonnante qui n’a pas assez de plusieurs vie pour expier son passé.

Un texte maîtrisé et bien pensé mais pas particulièrement plaisant à lire, sa construction m’a paru trop alambiquée et certaines réminiscences trop hermétiques pour emporter pleinement l’adhésion. Un roman intéressant mais pas passionnant.

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21 octobre 2009

Substance Mort de Philip K. Dick

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A errer ainsi sur la voie publique, parmi toutes sortes de gens, il éprouvait un sentiment étrange concernant son identité. Ainsi qu’il l’avait expliqué aux spécimens du Lions Club, sans son complet brouillé il ressemblait à un toxico ; il causait comme un toxico ; ceux qui le croisaient le prenaient certainement pour un toxico et réagissaient en conséquence. Les autres junkies – tiens se dit-il, je parle même des « autres » junkies – lui coulaient un regard en forme de « paix, mon frère ». Pas les straights.

Fred est un policier dans le milieu des toxicomanes afin de remonter la filière de la Substance Mort, Bob Actor est un junkie, dealer occasionnel mais est aussi Fred. L’univers de Bob / Fred est passablement compliqué du fait de l’incohérence des raisonnements des drogués vivants avec lui et de la paranoïa qui l’envahit peu à peu. Le grand écart devient plus difficile quand ses supérieurs, qui ignorent tout de son identité, le somme d’enquêter sur Bob Actor… 

Ou bien : « Donna est morte ». Hank se contenterait de prendre note. Peut-être demanderait-il : « Qui lui a vendu l’acide et où est-il fabriqué ? »… « Où ont lieu les obsèques ? On devrait aller relever quelques noms et quelques numéros d’immatriculation. ». Fred soutiendrait la conversation sans se troubler.

Fred était comme ça. Mais plus tard sur le trottoir, quelque part entre la pizzeria et la station service Arco (un dollar deux cents le gallon d’ordinaire), Fred se changerait en Bob Actor, et les terribles couleurs de l’évènement filtreraient à nouveau en lui, qu’il le veuille ou non. 

A mesure que la surveillance de Bob Actor s’intensifie, Fred / Bob perd pied tant du fait de la drogue que de cette situation schizophrénique. Une véritable descente aux enfers…

Bob Actor se répéta la question. Combien y a-t-il de Robert Actor ? Dingue. Au moins deux, à vue de nez. Le nommé Fred, qui se prépare à espionner le nommé Bob. Même type. Voire. Fred est-il vraiment le même que Bob ? Quelqu’un sait-il ? Moi je le saurais, j’imagine, puisque je suis la seule personne au monde à savoir que Fred est Bob Actor. Mais qui suis-je ? Lequel des deux ?

Un roman portant moins sur cette situation aliénante que sur les ravages de la drogue sur les esprits. Les discussions oiseuses sans queue ni tête se succèdent, de même que les situations surréalistes. Au final un récit assez cynique, tenant plus du témoignage (d’après le mot de la fin) malgré une construction surprenante.

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15 octobre 2009

Un jour je serai invincible d’Austin Grossman

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Imaginez-vous enfourchant ce graphe, glissant sur une pente de plus en plus douce qui vous conduit vers l’élite intellectuelle : vous arrivez au dernier million, à la dernière dizaine de milliers – des types beaucoup plus intelligents que ceux que vous croisez dans la vie de tous les jours -, à la dernière centaine… et voilà que vous cessez de glisser, que la courbe devient horizontale et se réduit à une succession de points espacés. Allez jusqu’aux derniers de ces grains de sable, la crème de la crème de l’intelligence, le génie multiplié par mille. Qu’on trouve pas mal d’excentriques parmi eux, quoi de plus normal ? Mais on peut quand même se demander pourquoi la majorité d’entre nous finissent derrière les barreaux.

 Un monde de comics, des super-héros et des vilains. Les héros sont comme toujours puissants, bornés, primaires, conservateurs et réactionnaires. Parmi les vilains se trouvent une poignée de pointures, des génies du mal et notamment : Docteur Impossible !

J’ignore exactement ce qui m’attend, mais… je m’imagine vaguement des combats contre des super-vilains maléfiques ; des discussions franches dans notre jet privé ; des clins d’œil et des séances d’entraînement sans concessions. Des triomphes. Des camarades prêts à se sacrifier pour moi. Plus question de jouer les boucliers humains pour des machos à la gomme ; plus question de passer des nuits à écouter les échanges radio des flics, en me retenant de ne pas cogner les murs. Adieu, vie de merde.

Une jeune femme traverse la rue, un camion passe, paf la fille. Sur son lit d’hôpital, une officine occulte lui offre une vie de cyborg en lieu et place d’une de légume. Après quelques années de barbouzes pour la NSA, la jeune femme se met au service de la justice, sous le nom de Fatale !

Suite à la disparition de Corefire, la version locale de Superman, l’association des Champions se reforment et intègrent de nouveaux membres dont Fatale. Dans le même temps, l’ennemie juré de Corefire, Docteur Impossible réussit, de manière jubilatoire, à s’évader de sa prison.

Commence alors un récit à deux voix, celle du méchant ultime, à l’intelligence démoniaque et à l’égo pathétique qui tente une nouvelle fois d’étendre sa domination sur la planète et à celle d’une apprentie super héros, intégrant un groupe hétéroclite, peu soudé du fait de dissensions passées. Bien que correspondants parfaitement aux normes des comics, ces derniers paraissent rapidement assez antipathiques tandis que les pérégrinations du Docteur Impossible sont assez jubilatoires tant du fait de ses succès que de ses échecs.

 Il est risqué de tenter une visite surprise chez un méta humain aux abois. Impossible de savoir quelle bizarrerie il vous aura concoctée, entre le cafard transgénique et le trou noir de poche. J’envisage une seconde d’appeler les autres.

Mais le jeu en vaut la chandelle : capturer le Docteur Impossible à moi toute seule ! Rien à cirer de faire la une des journaux – le regard admiratif de Damoiselle suffira à mon bonheur.

Si les normes des comics sont respectées, il ne s’agit pas d’un nouveau Watchmen, loin de là, elles sont toutefois exploitées avec une ironie réjouissante. L’univers d’Austin Grossman se situant quelque part entre X Men et le Top Ten déjanté de Moore.

L’intrigue n’a rien de vraiment exceptionnelle, certaines intrigues secondaires étant prévisibles, mais reste néanmoins entraînante. Le ton est juste, le rythme impeccable alternant réminiscences, progression de l’intrigue et scènes d’actions jubilatoires. L’univers est bien dépeint, on se sent rapidement à l’aise parmi cette bande hétéroclite de super héros.

Pour devenir un super-vilain, on a besoin d’un certain nombre de choses. Pas la peine de se soucier d’une identité secrète, c’est un truc de héros. Cependant, ce serait bien pratique de tomber le masque et de disparaître au sein de la foule, des rues, du monde normal. Trop pratique, peut-être – pourquoi devenir l’esprit criminel le plus audacieux de la Terre (ou à tout le moins le numéro 4 de la liste) pour s’évaporer lorsque surgit la première difficulté ? Si on pouvait s’éclipser comme ça, ce serait bien moins impressionnant. Chaque fois que je me fais arrêter, on récite au début du procès la litanie de mes crimes, de plus en plus longue, de plus en plus flamboyante. J’ai été jugé pour des forfaits commis sur la Lune, dans d’autres temps et d’autres dimensions, et que je sois damné si je refuse un jour de les signer !

Un jour je serai invincible n’est pas le roman de l’année et n’a rien de transcendant mais est tout de même une excellente distraction et un regard ironique sur les comics. Le point de vue du méchant de service est très agréable, jubilatoire et délirant. Tandis que celui de Fatale, plus classique finit par emporter l’adhésion après un démarrage un peu poussif. Au final un roman assez amusant et très sympathique.

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03 octobre 2009

Narcose de Jacques Barbéri

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Copiant Nébal, j’ai décidé de remettre le choix d’une de mes lectures dans les mains de mon libraire préféré. Cela a donc donné Narcose de Jacques Barbéri, une œuvre qui ne m’était pas totalement inconnu mais dont la chronique de Nébal (encore lui) m’avait détourné. Le bougre se plaignant de coquilles très nombreuses, ayant lu le livre je ne peux que démentir cette affirmation. Aucune coquille ne m’a véritablement sauté au visage (alors que pour Temps de Baxter…), en fait je n’en ai remarqué qu’une seule, anecdotique.

 L’univers de Narcose est hallucinant, alors que les animaux sont en voie de disparition, on les dépèce pour transformer des morceaux de leur anatomie en prothèses de mode pour les humains. Chacun étant libre de s’affubler de tentacules ou d’une tête de bœufs…

Ajoutons à cela que les villes ne sont que les banlieues de cités sphériques fermées d’où l’élite dirige le monde…

A moins que tout cela ne soit que le rêve d’un individu vivant dans le rêve d’un autre. Qui sait ?

Anton Orosco est un architecte, promoteur immobilier et escroc de haut vol. Malheureusement il a commis la magouille de trop et la police est sur ses talons. Ne lui reste plus comme porte de sortie que l’usurpation du corps d’un autre. Méthode immorale et condamnable qu’il ne peut obtenir qu’auprès de la pègre et encore si cette dernière tient ses engagements.

Commence alors un récit halluciné et hallucinant mais parfaitement maîtrisé, contrairement à certains délires de Zelazny ou Stanilas Lem. Le récit est surprenant, marquant et se révèle en fait un superbe hommage à Lewis Carroll, empruntant sûrement aussi à Dick tout en passant par Star Trek.

Quant au CD vendu avec ce roman, il est à l'image du texte : étrange mais pas désagréable.

Un voyage totalement déjanté qui laisse un souvenir impérissable. Encore un très bon moment.

Merci Xavier !

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30 septembre 2009

L’homme des jeux d’Iain M. Banks

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La Culture est une société utopique, l’humanité vie côte à côte des IA de vaisseaux spatiaux immenses et de petits drones spécialisés. Une société puissante, pacifiste, garantissant les libertés individuelles, portée sur les loisirs. Mais la Culture n’est pas la seule puissance galactique de technologie élevée.

Le département Contact cache d’ailleurs à ses concitoyens l’existence de l’empire d’Azad, société militaire agressive, organisé autour du jeu éponyme. L’Azad définit les emplois publics et donne lieu à des enjeux ou des paris annexes sanglants. Un jeu extrêmement complexe dont le champion est sacré empereur.

Nous sommes loin de vivre une époque héroïque, reprit-il à l’intention du drone sans quitter le feu des yeux. L’individu n’a plus cours. Voilà pourquoi la vie nous est à tous si facile. Puisque nous ne comptons pas, nous ne risquons rien. Plus personne ne peut avoir de réel impact sur quoi que ce soit, de nos jours.

Gurgeh est un champion renommé de divers jeux de stratégie au sein de la Culture. Mais les succès n’ont plus la même saveur, d’autant plus qu’il semblerait que sa position soit menacée par une gamine brillante. Manipulé par un drone frustré, il sera mis en relation d’éléments de Contact et découvrira l’existence de l’empire d’Azad et de son jeu. Après quelques tergiversations, il acceptera de se rendre là bas pour concourir à titre officieux au prochain championnat. Le choc des cultures sera rude, si les azadiens sont assez proches de l’humain, il n’en diffère pas moins dans leurs caractéristiques sexuelles mais aussi leur organisation sociale totalement inégalitaire et cruelle.

 - A vous entendre, déclara ce dernier, ce sont de vrais…(Il faillit dire barbares, mais le mot lui parut trop faible.) Animaux, acheva-t-il.

- Hmm, fit le drone. Justement, écoutez-moi bien maintenant. C’est là le terme qu’ils emploient pour définir les espèces qu’ils réduisent en esclavage : des animaux. Bien sûr, ce sont bien des animaux, de la même façon que vous en êtes un et que je suis, moi, une machine. Toutefois, ces créatures sont pleinement conscientes et vivent au sein d’une société au moins aussi élaborée que la nôtre. Peut-être plus en un sens. C’est un pur hasard que nous les ayons trouvés à un moment où leur civilisation nous paraît primitive ; un âge glaciaire de moins sur Eä, et les choses auraient très bien pu se produire dans l’autre sens.

 Gurgeh devient rapidement l’objet de l’hostilité des azadiens dès l’obtention de quelques succès, alors que sa participation ne peut lui valoir que des fonctions honoraires. Les manipulations se multiplient, des pseudo extrémistes menacent sa vie… Survivra-t-il à cette société, jusqu’où ira-t-il dans le jeu et surtout pourquoi Contact l’a-t-il envoyé dans cette galère ?

 - Notre représentant ici – vous ferez sa connaissance ce soir, s’il n’oublie pas de venir – trouva dommage que les orchestres ne puissent jouer l’hymne de la Culture lorsque les nôtres débarquent ici, puisqu’elle n’en a pas non plus. Alors il leur a sifflé le premier air qui lui est passé par la tête, et depuis huit ans ils le jouent dans réceptions et les cérémonies.

- Il m’avait bien semblé reconnaître une de leurs mélodies, admit Gurgeh.

- Le problème, c’est que ce fameux air s’intitule « Suce-moi à fond » ; en connaissez-vous les paroles ?

- Ah ! sourit Gurgeh. C’était cette chanson-là ! Je reconnais que ça pourrait être embêtant.

- Embêtant ! S’ils découvrent le pot aux roses, ils nous déclarerons sans doute la guerre ! Ce genre de bourde est très courant, chez Contact .

Ce premier roman du cycle de la Culture est une réussite. Malgré quelques maladresses, le récit est surprenant, prenant, à la fois grave et drôle. L’intrigue est bien équilibré et on ne passe pas tant de temps que cela autour de l’Azad, l’isolement de Gurgeh et son spleen suite au choc culturel est bien mis en scène. Un excellent moment.

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23 septembre 2009

Axis de Robert Charles Wilson

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Les trois décennies écoulées depuis la fin du Spin avaient vu la  région sauvage à l’est d’Equatoria se transformer en capharnaüm de villages de pêcheurs, de camps de bûcherons, d’usines primitives, de terres arables dégagées par brûlis, de routes tracées à la hâte, d’une douzaine de petites villes en plein développement et d’une plus grande, par laquelle transitaient la plupart des riches ressources de l’arrière-pays. Breaker Beach, à presque cent milles nautiques au nord de Port Magellan, était sans doute la plus laide des régions occupées par l’homme sur le littoral…

 Axis se déroule environ trente ans après la fin des évènements narrés dans Spin. Lise Adams revient sur Equatoria, la première de la série de planète liée à la Terre, afin de retrouver la trace de son père disparu là bas des années auparavant. son enquête traîne, tandis que sa vie sentimentale est chamboulée, oscillant entre Brian, son ex mari envahissant et Turk, un pilote indépendant … Tout bascule quand une pluie de cendres tombe sur Equatoria.

 « Ce n’est que de la pousiière, répondit Turk. Du moins d’après les astronomes. Les restes d’une vieille comète. »

Mais quelque chose de nouveau avait attiré l’attention de Lise. « Et ça ? » demanda-t-elle en montrant un endroit à l’est, plus bas sur l’horizon, là où le ciel sombre rencontrait les eaux encore plus sombre de l’océan. Elle avait l’impression que quelque chose tombait, là-bas… non des météorites, mais des points brillants qui restaient en l’air comme des fusées éclairantes. Leur lumière se reflétait dans l’océan, le colorant de traînées orange. Elle ne se souvenait pas avoir assisté à quoi que ce soit de ce genre durant son précédent séjour sur Equatoria. « Ca en fait partie ? »

Des cendres qui se révèlent rapidement liées aux Hypothétiques. Au même moment grâce aux contacts de Brian, Lise retrouve la trace d’une ancienne relation de son père, une Quatrième Age putative et donc recherchée. Via une relation de Turk, Lise entre en contact avec cette communauté de clandestin, Diane Dupree semblant en mesure de les mener à la mystérieuse relation de son père. Malheureusement l’aide fournie par Brian a éveillée l’intérêt d’une branche spéciale de son administration, chargée de la traque musclée des Quatrième Age.

Au cours des six mois suivants, Kev et Lyle cessèrent de venir aux services dominicaux, comme si l’église et le cadavre étaient désormais liés, mais Brian eut la réaction inverse. Il crut au pouvoir protecteur de la chapelle, justement parce qu’il avait vu ce qui s’en trouvait au-delà. Il avait vu une mort impie.

Il avait vu la mort, et celle-ci n’aurait pas dû le surprendre : il fut néanmoins scandalisé par ce qui sortit de sa boîte aux lettres vingt ans plus tard, entre les murs sanctifiés de son bureau et les frontières soigneusement définies, bien que de plus en plus fragiles, de sa vie d’adulte.

Wilson reprend donc sa recette habituelle, un évènement extraordinaire, et l’applique cette fois ci à l’univers de Spin. Contrairement au roman précédent, l’échelle de temps est très courte. Les pluies de cendres étant mêlées à une intrigue mettant en scène les Quatrième Age clandestin et la fascination d’une petite faction d’entre eux pour les Hypothétiques.

Un roman prenant mais qui n’a pas la portée de Spin, celui-ci se situant plutôt quelque part entre Ange Mémoire et Blindlake. L’attention portée aux personnages l’emporte toujours sur l’intrigue principale, l’univers n’est pas bouleversée mais des pistes sont lancées quant aux troisième tome : Vortex.

Au final, Axis se révèle une lecture agréable. Pas le meilleur Wilson, mais prenant et jouant avec l’univers de Spin de manière intéressante. Un très bon moment.

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05 août 2009

L’aube incertaine de Roland C. Wagner

Suivi d’Honoré a disparu

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Nouvelle affaire de meurtres à élucider pour Tem, engagé par une des huit principales technotrans, des multinationales omnipotentes. L’enquête et l’intrigue débute de manière assez lente malgré l’accumulation de cadavres avant que tout bascule suite aux brusques variations de l’efficacité de son talent de transparence.

Commence alors, comme dans l’Odyssée de l’Espèce, une narration à plusieurs voix. Plus que l’intrigue policière, c’est l’approfondissement de l’univers qui est prenant. Ce dernier ne paraissant plus aussi utopique que dans la Balle du Néant.

Les fausses pistes abondent dans la mesure où Tem est obsédé par la psychosphère mais permet aussi d’en apprendre un peu plus à son sujet. 

Un roman indissociable de la Balle du Néant et de l’Odyssée de l’Espèce, plus intéressant pour ses à côtés que pour son intrigue initiale. L’aube incertaine se lit sans déplaisir mais ne m’a pas passionné non plus, bien que le final soit réussi. Sympathique sans plus.

Pour Honoré a disparu, je l’ai déjà chroniqué dans l’anthologie SF 99.

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22 juillet 2009

En panne sèche d’Andreas Eschbach

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Même la dernière goutte d’essence permet encore d’accélérer. 

Markus Westermann est un jeune commercial allemand travaillant pour une firme informatique américaine, sélectionné pour les travaux de régionalisation du tout dernier logiciel au sein de la maison mère, il a bien l’intention de faire son trou aux USA.

Karl Block est un autrichien, technicien du pétrole à son compte. Il a trouvé du pétrole sur le terrain de la ferme familiale, l’exploite et compte bien révolutionner la planète avec sa méthode de prospection inédite.

Charles W. Taggard est un agent de la CIA, qui s’intéresse beaucoup à l’Arabie Saoudite depuis que le 11/09 a eu des répercussions indirectes catastrophiques sur sa vie.

Trois destins qui vont se croiser et s’entremêler sur fond de pénurie pétrolière.

En effet surexploité, le principal gisement saoudien va être ruiné avant même d’être épuisé.

La méthode de Block est elle fiable ? Permettra-t-elle de trouver du pétrole n’importe où comme il le prétend ?

Pendant que le monde sombre peu à peu dans le chaos par crainte de la pénurie, Markus va être pris dans un tourbillon qui l’élèvera au sommet afin de le projeter plus bas que terre. Le rêve américain dans toute sa splendeur… 

Comprenez-moi bien, l’énergie représente la base de tout. L’énergie technique. Tout repose là-dessus. En fonction de l’énergie dont vous disposez, vous pouvez extraire, affiner, transformer des matières premières et, ensuite, transporter dans le monde entier ce que vous avez fabriqué. L’économie globale est une machine d’une taille et d’une complexité insaisissables. Plus elle possède d’énergie, plus elle est rapide. L’Etat n’a presque rien à voir là-dedans. 

Sur fond de thriller, Eschbach peint une fresque, avec quelques flashbacks, qui retranscrit efficacement et de manière fluide l’épopée du pétrole et la situation actuelle. Incluant l’influence discrète des services secrets des grandes puissances. Notre civilisation repose entièrement sur le pétrole : nos transports, notre agriculture, nos industries, une simple pénurie suffirait à provoquer son effondrement et à déstabiliser l’ensemble de la planète.

Notre couple de héros entreprenant sauvera-t-il la planète ? 

Ce thriller est extrêmement prenant, les personnages secondaires sont nombreux, bien dépeint, attachants, les rebondissements très nombreux et je n’ai pas décroché du roman pendant trois jours. 

Au travers de ce livre, on obtient un résumé de notre situation actuelle, comment elle pourrait tourner avant de proposer des alternatives hypothétiques (moment où le roman bascule véritablement dans la science-fiction), décrivant les évènements tant du point de vue des responsables que du commun des mortels (le personnage de Dorothéa, la sœur de Markus, étant exemplaire de ce point de vue) et de décrire le résultat d’un effondrement. 

- Mais pourquoi ? Il reste du pétrole ! Même si les besoins augmentent, ce que je veux bien admettre, il reste une quantité folle de pétrole – des milliards de litres !

- Ce n’est pas la question, s’obstina Anstätter en se penchant vers lui. Bien sûr, nous n’avons consommé que la moitié environ du pétrole contenu dans le sol. Mais il s’agissait de la moitié facile à exploiter. Le pétrole qui reste aujourd’hui est plus profond, plus difficile à extraire, plus coûteux, il se trouve dans des contrées sauvages, inaccessibles. Bien sûr qu’on va continuer à extraire du pétrole de la terre. Mais on en produira moins et il sera plus cher. Vous atteignez le point de non-retour le jour où il vous faut plus d’énergie pour produire un litre de pétrole que celui-ci ne peut vous en fournir. A partir de ce moment-là, le pétrole cesse d’être une source d’énergie. 

Crédible, ce roman fait froid dans le dos… Difficile de le lâcher une fois commencer. Les rebondissements sont nombreux et si le roman n’est pas sans défaut, notamment au niveau des rencontres opportunes celles-ci sont suffisamment bien préparées pour qu’elles soient acceptables. Superbe thriller et excellent roman d’anticipation, Panne sèche est incontournable !

Il a aimé aussi :

La chronique de Gromovar

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Le Grand Livre de Mars de Leigh Brackett

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Ce recueil se compose en fait de trois romans et d’un recueil de nouvelles ayant pour point commun Mars vue par Leigh Brackett. Ecrit dans les années 50 et 60 ces textes ont  en commun cette planète aride et fantasmée au passé plusieurs fois millénaires sur laquelle les premiers terriens viennent d’arriver plein d’arrogance.

Des civilisations cruelles, des ambiances oscillant en permanence entre science-fiction et fantasy, des héros constamment hors la loi,  rarement au service de l’ordre établi, des personnages féminins puissants et équivoques : un ensemble qui donne des aventures avec un grand A loin de tout manichéisme.
 

L’épée de Rhiannon 

Matt Carse est un terrien hors norme pour Mars. Archéologue de formation, il est en fait pilleur de tombes, parfaitement intégré à la pègre martienne dans une des villes les plus sauvages. Abordé par un voleur de faible envergure, le voilà sur la trace du tombeau de Rhiannon le maudit. Une entité post humaine ayant vécu des millénaires auparavant et d’après la légende enfermée par ses pairs pour l’éternité, afin de méditer ses crimes… 

« Voilà comment je suis tombé sur l’endroit, raconta le voleur. Sur une corniche, ma bête s’est cassé une patte dans un trou et le sable, en s’écoulant à l’intérieur, a élargi la crevasse. La tombe était creusée là, à même la roche de la falaise. Mais quand je l’ai découverte, l’entrée était bouchée. »

Il se retourna et fixa sur Carse son maussade regard jaune.

« C’est moi qui l’ai trouvée, répéta-t-il. Je ne vois toujours pas pourquoi je vous donnerais la part du lion !

- Parce que je suis le lion », répondit gaiement Carse.

Il fit quelques passes avec l’épée, sentit qu’elle convenait à son poignet flexible et regarda glisser sur l’arme la lumière des étoiles. L’excitation lui faisait battre le cœur, l’excitation de l’archéologue autant que du pillard. 

Las, l’arrogance et l’avidité de Carse lui joueront un mauvais tour quand son associé le jettera dans la prison intemporelle de Rhiannon… Sans bien comprendre ce qui lui arrive, Carse se retrouve dans la haute antiquité martienne quand l’eau coulait encore à flot sur sa surface…

Aventurier déphasé, il deviendra esclave, chef rebelle, puis paria craint de tous quand les autochtones comprendront que la malédiction et l’héritage de Rhiannon sont en lui. 

Une aventure hors norme, superbement menée sur les mers de Mars jusqu’à la confrontation finale face à des êtres immondes. Une lecture très plaisante et distrayante, pleines de rebondissements.

 

Le secret de Sinharat 

Eric John Stark est un terrien, naufragé sur Mercure au cours de son enfance, il a été élevé comme un sauvage avant d’être retrouvé par des terriens. Depuis il est l’éternel rebelle, défenseur de toute les causes perdues opposant les barbares autochtones des planètes du système solaire à l’impérialisme technologique terrien. 

Exceptionnellement et surtout pour bénéficier d’une remise de peine, Stark accepte de saboter le soulèvement massif des nomades martiens. Sur place, Stark découvre que le chef barbare Kynon s’est rendu sur terre pour s’instruire et en a ramené des gadgets lui permettant de faire croire qu’il détient la technologie maîtresse de la défunte civilisation de Sinharat : le transfert de corps. Ayant uni les tribus nomades avec quelques effets de manches, il s’est aussi adjoint les services de la pègre de la cité de Valkis et de quelques forbans terriens, dont Stark.

Parmi tout ce petit monde, les antagonismes existent et Stark va devoir rester vivant dans ce nid de vipères jusqu’à l’arrivée dans les ruines maudites de Sinharat.

L’ancien lit de la mer s’incurvait en une sorte de gigantesque cuvette dont l’extrémité opposée se perdait dans la distance. Jamais, même sur Mercure, Stark n’avait vu un pays plus cruel, à ce point abandonné des dieux et des hommes. On aurait dit que quelque glacier primordial avait trouvé la mort ici, qu’il avait creusé sa propre tombe à l’aube fuligineuse de l’histoire humaine. Son corps s’était désagrégé mais son squelette demeurait : ossements de basalte, de granit, de marbre et de porphyre de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les dimensions concevables, charriés par les glaces descendant du pôle et disséminés ici et là, telles des stèles commémorant leur passage.

Le Ventre des Pierres…

On pouvait lui donner un autre nom, se dit Stark : la Mort. 

Dans ce texte très prenant Leigh Brackett confirme son sens de l’aventure et des retournements de situations. Les ambiances martiennes sont particulièrement réussies, on ressent vraiment la déchéance de la planète rouge. 

 

Le Peuple du talisman 

Ils marchèrent vers l’est toute la nuit, la journée du lendemain et la nuit suivante, ne s’arrêtant que pour reposer les bêtes et avaler une ration de pemmican. Et Stark, captif des montagnards, réalisa combien il se trouvait au cœur du Pays Arctique, une région qu’un hémisphère séparait des lignes spatiales et commerciales de Mars – et des visiteurs venus d’autres planètes. Le futur n’avait jamais touché ces montagnes sauvages, ces plaines arides. Le présent lui-même ne les avait pas rejointes. La grandeur de son passé suffisait à ce pays. 

Pour tenir une promesse à un ami qui a pris une balle à sa place, Stark se rend au sein dans l’arctique martien afin de rendre au peuple de son ami, un talisman que ce dernier a dérobé des années auparavant. Voilà Stark dans une région hostile qu’il ne connaît pas, rapidement capturé par les barbares locaux. Ciaran le chef barbare, constamment masqué, porte un intérêt particulier au terrien, n’hésitant pas à le torturer certain que ce dernier possède quelque savoir concernant l’antique cité de Kushat qu’il compte mettre à sac.

Stark, ayant des réserves de sauvagerie digne de mettre en déroute n’importe quel barbare martien, il parvient à s’échapper et à rallier Kushat, la cité natale de son ami. Une cité bénéficiant de la protection accordée par le talisman de Ban Cruach fondateur du site. Las, l’original est donc en possession de Stark, tandis qu’une imitation repose dans le reliquaire. Un faux créé par la noblesse locale afin d’éviter toute remise en cause de leur pouvoir. Ajoutons à cela une population qui ne croit pas à la menace barbare et voilà Stark tombé de Charybde en Scylla. 

Il frissonna. Pas seulement en raison du froid. En fait, il avait horreur des villes. Les villes étaient des pièges : dépouillant l’homme de sa liberté, elles l’emprisonnaient entre des murs, le soumettaient à l’autorité, formaient le lieu d’élection d’une catégorie de gens qu’il n’aimait pas : les moutons et les petits rapaces qui en usaient. Il avait pourtant connu des villes qui avaient du caractère, au moins, comme Valkis et Jekkara, les cités des Bas-Canaux , loin au sud, aussi vieilles que Kushat mais encore animées par une perversité maléfique. Peut-être était-ce la froidure boréale qui faisait peser son funèbre linceul sur ces rues. 

Face à la horde barbare, Stark s’alliera à la lie de la ville pour faire face puis fuir l’inévitable défaite. Allant chercher refuge, là où Ban Cruach trouva le précieux talisman, par delà les Portes de la Mort, une faille que gardait la cité… 

Encore plus réussi et efficace que Le secret de Sinharat, ce récit est un superbe texte plein de surprises jusque dans son dénouement. Stark confirmant son statut d’héros définitivement atypique. Un grand moment épique. 

 

Les terriens arrivent 

Ce recueil de nouvelles plus tardives que les textes précédents met en scène Mars soumise à l’hégémonie terrienne. La civilisation s’est répandue sans toutefois atteindre les cités des Bas-Canaux où la perversité antique des différentes civilisations martiennes survie, patiemment entretenue par les autochtones. Quoi qu’il en soit le temps des aventuriers à la Carse ou Stark est terminé. Dans l’ensemble ces textes m’ont fait pensés aux Chroniques martiennes de Bradbury avec qui Leigh Brackett était très liée.

Des textes sombres et amers où les terriens sont déstabilisés et soumis à de violents chocs culturels. Changement de registres sans pour autant renoncer au décor planté dans les romans précédents, l’auteur atteint là l’excellence.

 

Cet ouvrage s’est donc révélé une excellente surprise, même si la conception de Mars parait désuète mais au combien envoutante, les textes gardent leur puissance (comme pour les Chroniques Martiennes de Bradbury) que ce soit le souffle épique des trois romans ou l’amertume des nouvelles.

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Le Déchronologue de Stéphane Beauverger

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Des événements auxquels je pris part, et dont il sera question dans ce récit, j’espère que chacun saura prendre la mesure avec clémence. Que le lecteur ose pardonner les effronteries et le grand désordre régnant dans ces cahiers, mais ma mémoire n’est plus ce qu’elle était, ni le temps ce qu’il paraît. « Fugit irreparababile tempus », écrivit le poète Virgile… Comme il avait tort ! Je sais, moi, que les voiles du temps sont déchirées, pour porter jusqu’à mon siècle des choses qui n’auraient pas dû s’y échouer. A mes yeux, les calendriers n’ont plus aucun sens, et les dates comme les anniversaires ont pris des airs de garces mal maquillées. Dans mon obsession à découvrir l’origine de ces plaies ouvertes, j’ai approché les grands secrets de mon époque et œuvré pour les recoudre. Quelles chances avais-je donc d’y parvenir ? Aucune, sans doute…

 

Le capitaine Henri Villon, pirate français, venu contesté l’hégémonie espagnole dans les Caraïbes est confronté à une curieuse tempête alors qu’il avait été pris en chasse par trois navires espagnols. Un navire gigantesque surgi de la tourmente et pulvérise tout navire lui barrant la route…

 

Trop paniqué ou trop téméraire, le second chasseur espagnol qui avait espéré couper notre course venait à son tour d’ouvrir le feu sur l’apparition. Moins de cinq secondes plus tard, une nouvelle détonation rauque couvrit le grondement de la tourmente. La foudre tomba sur le navire, qui explosa comme un baril de poudre. Je jure que tous ceux qui assistèrent à l’événement demeurèrent figés, abasourdis par la violence du châtiment. C’était Goliath écrasant David sous sa sandale. Les mystères des abysses punissant les incrédules. J’en pleurai d’impuissance.

- Bosco…

- Capitaine ?

- Il faut repêcher les rescapés.

- …

Je tournai vers mon second un visage ruisselant de larmes :

- Personne ne mérite de mourir noyé s’il a survécu à ça.

 

Mais comme nous l’apprendrons par le récit, non chronologique, tout cela avait commencé bien avant… Villon en effet était obsédé par l’apparition de merveilles mystérieuse qui commence à inonder les archipels : nourriture en conserve, médicaments… Les espagnols les thésaurisent, d’où viennent elles ? Quelles menaces se cachent derrière tout ceci ? 

Le récit de Beauverger est déstabilisant au premier abord, on saute d’une époque à une autre… Les effets sont présentés avant les causes. Construction ingénieuse qui maintient en haleine et ce jusqu’au dénouement. L’ambiance est magnifiquement transcrite, on ressent fortement ce milieu de la flibuste. Grand buveur de taffia, corsaire à l’occasion, Villon court après ses obsessions et lutte face aux espagnols dans un XVIIeme siècle qui se délite complètement suite à de mystérieux phénomènes temporels. 

Le gouverneur m’écoutait vraiment. Son regard fixait un point sur mon front comme pour y lire mes secrets.

- De fait, murmura-t-il pour lui-même, nous n’avons ouï dire que nos ennemis avaient essuyé de nombreuses pertes. L’attaque sur Providence, bien sûr, qui a échoué… Et cette nouvelle selon laquelle Lisbonne et le Portugal auraient gagné leur indépendance ce dernier hiver. Et maintenant, ces rumeurs insistantes de cités et de ports qui ne répondent plus, ces lignes d’approvisionnement qui se délitent… Oui, nous vivons une époque de tempêtes, capitaine Villon, vous avez au moins raison sur ce point…

 

En mêlant à la flibuste du XVIIeme siècle une intrigue de science-fiction, Stéphane Beauverger nous livre un roman ciselé, prenant, habilement construit et porté par un style très plaisant. Un excellent roman à l’ambiance marquante.

 

Debout j’ai vécu, debout je m’en vais mourir. Que dire de plus qui ne sonnerait pas moins sincère ?

Posté par efelle à 18:19 - Science Fiction - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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