21 juin 2008
Ange mémoire de Robert Charles Wilson

C’est suite à une chronique de Nébal (encore) que j’ai
acheté Ange Mémoire, second roman de Wilson. Un roman un peu dans le même veine
que La Cabane de l’Aiguilleur, une intrigue plaisante sans être pour autant
trépidante mais une superbe galerie de personnage dans un univers cruel.
Le futur évoqué par Wilson n’est pas très reluisant mais il ne s’attarde pas
dessus, la découverte de roche extraterrestre enfouie dans la jungle
amazonienne provoque une nouvelle ruée vers l’or et un conflit local où toutes
les alliances trempent leurs sales pattes. Après bien des horreurs la situation
redevient stable, les onirolithes sont étudiées, copiées et écoulées au marché
noir où elles font office de drogues douces.
Ces pierres bien étranges permettent de raviver les
souvenirs ou de partager celles de la civilisation extraterrestre, baptisées
les Exotiques, qui les a larguées sur Terre. Un nouveau champ scientifique
concernant le stockage des données à conquérir…
Cela avait comme implication évidente que le contrôle des
onirolithes permettait celui de l’économie planétaire et de l’avenir politique
du monde. Dans un siècle ayant débuté sans tambour ni trompette vingt ans
auparavant, la découverte fut interprétée comme la marque, sinon davantage,
d’un véritable changement : la Nouvelle Reconstruction,le remaniement industriel d’une économie mondiale. Pour la première fois depuis
les débats écologiques, les grandes puissances s’intéressèrent à l’arrière-pays
brésilien.
Cruz Wexler est un ancien scientifique, viré de la recherche
pour ses propos dérangeants. Gourou new age des onirolithes, régnant sur une
poignée d’artistes issues des bidons villes, il est bien décidé de mettre la
main sur un exemplaire de la nouvelle variété d’onirolithes qui vient
d’émerger de la boue brésilienne.
Byron Ostler est un petit trafiquant de pierres
extraterrestres mais aussi un vétéran du conflit qui a embrasé les environs du
site d’extraction avec Teresa Rafael, une artiste, il est chargé d’aller récupérer
une de ces nouvelles pierres.
Teresa a oublié son passé suite à un incendie cataclysmique
qui a emporté le taudis flottant où elle a passée son enfance. Les onirolithes
et Byron lui ont permis de sortir de l’enfer des drogues dures. Elle veut cette
nouvelle pierre.
Ray Keller est un ancien compagnon d’arme de Byron, alors
que Byron a abandonné son statut d’Ange pour retrouver le monde, Keller
traumatisé par une expérience sur le champ de bataille en est devenu un pour
bénéficier du détachement zen propre à cette caste.
Les Anges sont des individus ayant subits le câblage de leur
sens et doté d’une boite noire. Ils sont là pour fournir toutes les
informations nécessaires aux commandements des armées, ce statut de témoin
couplé à une formation psychologique adéquat leur confère un état de
détachement clinique de leurs environnements.
Contacté par Byron qui nourri quelques doutes quant à leur
mission, Keller se joint à l’expédition.
Ce qu’ils ignorent c’est qu’une agence gouvernementale a
lancée sur leurs traces un autre vétéran des conflits brésiliens, Oberg,
nourrissant une animosité personnelle aux onirolithes.
Cet individu est chargé d’empêcher la conclusion de la
transaction.
Hanté par le souvenir, il resta allongé dans le noir. Cela
n’était pas naturel, c’était extraterrestre, un stratagème de l’esprit. Le
passé avait disparu, les morts étaient morts, ils ne parlaient pas, et tout le
monde mourait, Oberg mourrait lui aussi un jour, et il ne dirait alors plus
rien, cela serait, comme il se devait, le vaste et accueillant océan de
l’oubli. Cela rendait la vie supportable. C’était sacré. Il ne fallait pas y
toucher.
Ange mémoire n’est pas un thriller et le cyberpunk y est
très léger, par contre la poignée de personnages y est très bien traitée, grâce
notamment aux multiples flashbacks, le thème souvenir et de l’oubli est de fait bien amené.
Ange mémoire est un très bon moment qui porte en lui les
prémisses des Chronolithes ou de Mysterium.
03 juin 2008
Quatre chemins de pardon d’Ursula K. Le Guin
Quatre chemins de pardon, quatre nouvelles sur la révolution
d’Yeowe et Werel dans le cadre du cycle de l’Ekumen.
Werel est une planète où sévit un régime mêlant esclavage et
misogyne. Les femmes sont cloîtrées, les esclaves traités de mobiliers et les
esclaves de sexe féminin sont encore plus à plaindre. Yeowe sa colonie n’est qu’une
vaste exploitation tenue d’une main de fer. Ces textes narrent les luttes pour
la liberté des esclaves puis des femmes.
Mais je ne pense pas que nous puissions nous libérer toute
seules, ni ne libérer que nous seules. Il faut que les choses changent. Les
hommes se tiennent pour les patrons. Ils doivent cesser. S’il est une chose que
nous avons apprise durant toutes ces années, c’est qu’on ne change pas un
esprit à coups de fusil. Tuez le patron, vous deviendrez le patron. C’est la
façon de penser qu’il faut changer. L’esprit des esclaves et l’esprit des
patrons.
A l’exception de « Trahisons » ces textes sont violents et sombres on retrouve le désespoir des autochtones de « Le nom du monde est forêt ».
« Trahisons » le premier texte met en scène deux vieillards retirés du monde, anciens esclaves, vétérans de la révolution de Yeowe. Une enseignante et l’ancien chef de la révolution écarté pour corruption. Un texte puissant et amer.
« Jour de pardon » met en évidence de manière
efficace la place réservée aux femmes dans la société werelienne par l’intermédiaire
de Solly, diplomate de l’Ekumen. Un texte efficace mais finalement assez
convenu sans être désagréable.
« Un homme du peuple » et « Libération d’une
femme » constituent le plus gros morceau de ce recueil. Le premier nous
présente la société de Hain puis nous jette dans la société d’Yeowe post
révolutionnaire et embourbée dans les traditions misogynes. Tandis que le
second narre l’épopée de Rakam des cantonnements féminins des exploitations de
Werel à la société en mutation de Yeowe : sans doute le texte le plus dur
mais aussi le plus porteur d’espoir.
Durant les trente années de guerre, tout ce système d’instruction
et d’enseignement s’était effondré. Toute une génération avait grandi sans rien
apprendre que violence, méfiance, famine et maladie. La directrice de mon école
me dit : « Nos enfants sont illettrés, ignorants. Est-il donc
étonnant que les chefs des plantations aient pris la relève des patrons et des
corporations ? Qui les en aurait empêchés ? »
Ces hommes et ces femmes croyaient de toutes leurs forces
que seule l’éducation mènerait à la liberté. Ils étaient toujours en pleine guerre de Libération.
Un recueil puissant, dur, sans complaisance mais jamais excessif non plus, loin de tout manichéisme. On retrouve ici une bonne part de l’intensité « Des dépossédés ». Du très grand Le Guin.
18 mai 2008
Mysterium de Robert Charles Wilson

Avec ce gros pavé de chez Lunes d’Encre c’est deux romans et
cinq nouvelles ou novellas qui sont présentés ici, préfacés par l’auteur.
Ce recueil s’ouvre avec « La cabane de l’aiguilleur », premier roman de Wilson. Ce récit fantastique met en scène un couple de créatures venu d’ailleurs, séparées et perdues aux Etats-Unis pendant la Grande Dépression. L’un d’eux erre avec des vagabonds qui exploitent sa force tandis que l’autre plus fragile n’a de cesse de se trouver des alliés pour la protéger en attendant que son compagnon la retrouve.
Dureté de la vie pour les saisonniers, petite ville étriquée
percluse de préjugés oppressant tout ceux qui sont différents. La touche
fantastique est très légère et l’ensemble est plus une illustration de l’époque
à travers une vaste gamme de personnages très travaillés.
Un bon roman dont la forme n’est pas sans rappeler
« Cœurs perdus en Atlantide » de Stephen King.
« Mysterium » est le gros morceau de ce recueil.
Un objet étrange est découvert lors de fouille
archéologique, mortellement radioactif il est ramené aux Etats-Unis pour y être
étudié dans un laboratoire construit de toute pièce dans une réserve indienne à
proximité de la ville de Two Rivers.
Un matin une explosion se produit dans le laboratoire, tous
les occupants sont tués. Le laboratoire et ses environs, Two Rivers incluse,
sont transportés dans un univers parallèle pas foncièrement différent aux
premiers abords.
Mais, depuis samedi, le coin avait changé. Une vieille,
vieille forêt coupait en deux le damier des terrains vagues. Le mystère prenait
d’étranges proportions.
Il faisait frais et humide dans ces bois denses, profonds,
au sol noir riche d’odeurs. C’était attirant et repoussant à la fois, et il
n’osa pas s’aventurer bien loin dans la pénombre.
Mais la lisière le fascinait. Elle courait en ligne droite,
sauf si on la suivait des yeux depuis le bout du lotissement. Là, on aurait dit
qu’elle s’incurvait. Mais ce n’était peut-être qu’une illusion d’optique.
Les arbres n’étaient pas tous intacts. Les pins à cheval sur
la frontière étaient proprement coupés en deux. Sinistre. Une sève jaune,
collante, saignait du cœur vert pâle. D’un côté, de belles branches chargées
d’aiguilles, de l’autre, rien.
Ce nouveau monde n’est pas vierge ni totalement étranger aux
habitants, ils sont toujours sur Terre aux Etats-Unis. Mais dans ce monde,
l’Amérique du Nord est dominée par une théocratie, très oppressante, en guerre.
L’avance technologique des nouveaux venus intéresse les puissants de ce monde
parallèle, les habitants de Two Rivers sont rapidement soumis à une loi
martiale tandis que des scientifiques sont forcés de venir les étudier.
Les personnages présentés sont assez nombreux tant d’un
côté que de l’autre et bien campés.
Un superbe texte capable de rivaliser avec Spin et
Blindlake.
La nouvelle « Le Mariage de la dryade »
reprend l’univers de BIOS et l’on en apprend un peu plus sur les colons d’Isis,
via une jeune femme reconstruite après avoir été gravement accidentée. Sans
mémoire, elle a du tout réapprendre en seize ans et tandis que son mari attend
le retour d’une femme qui ne sera en aucun cas similaire à celle qu’il a connu,
cette dernière est en proie à de curieuses expériences avec la faune locale.
Une agréable conclusion à BIOS sans être toutefois
indispensable.
« Le Grand Adieu » et « Les
Affinités » sont des textes très courts et assez efficaces, j’ai une
préférence pour le second qui anticipe sur les phénomènes de rapprochement
uniquement en fonction des points communs.
« Le Théâtre Cartésien » et « YFL – 500 » mettent en scène,
un monde où l’économie a été totalement confiée aux machines, libre pour
chacun de se trouver une profession ou
de se contenter du minimum fournie par l’allocation chômage universel.
« Le Théâtre Cartésien » se concentre sur la
notion d’intelligence et de vie artificielle de manière assez cynique.
Cela correspondait à peu près à ce qu’avait fait Grand-père
les cinq dernières années de sa vie : partager de plus en plus de son moi
essentiel avec une petite armée d’appareils artificiels. Et quand il a fini par
mourir, la plus grande partie de sa personne a continué à fonctionner dans ces
amas de prothèses épibiotiques. Mais un jour ou l’autre, avec le temps, sans un
corps physique pour les ordonner et les réapprovisionner, les machines
redeviendraient à de simples états par défaut, signant la fin de Grand-père en
tant qu’entité cohérente. C’était une technologie utile, mais en fin de compte
imparfaite.
« YFL – 500 » de son côté met en scène un artiste
en mal d’inspiration et incapable de rêver. Avec la complicité d’un médecin, il
se servira de données personnelles afin de créer des œuvres d’art au point de
ne plus pouvoir se passer d’un des donneurs involontaires.
Outre son nom , il savait uniquement d’elle qu’elle avait
séjourné à la clinique du Sommeil Bonnuit au début du printemps 2110,
c'est-à-dire trois ans plus tôt. Comme il ne pouvait pas dire carrément le nom
de la fille, il orientait la conversation sur la clinique Bonnuit.
De fait, beaucoup de monde à Chômeville y avait déjà
séjourné, non à cause de troubles du sommeil, mais parce que la clinique était
bien située et avait conduit jusqu’à la fin de l’année précédente un programme
de recherche, dans le cadre duquel elle remettait une somme généreuse aux
volontaires acceptant de dormir dans un lit à moniotoring le crâne relié à des
appareils. Une nuit de travail peu contraignant et un moyen sympa d’obtenir de
l’argent de poche quand la gratuité de la nourriture et de l’hébergement ainsi
que les allocations de consommation garanties par la Rationnalisation ne
semblaient pas suffire tout à fait.
Le recueil de se termine enfin sur « Julian : un conte de Noël », un récit qui n’est pas sans rappeler « Le Royaume Blessé » de Laurent Kloetzer, le fantastique en moins : un narrateur narrant les aventures d’un fils de héros, lui-même destiné à un destin hors norme. Dans le cas présent, cette nouvelle narre la fin de l’adolescence dans un monde impitoyable. Un bon texte pour lequel Robert C Wilson annonce une suite sous forme de roman. A suivre…
Un recueil très satisfaisant allant du fantastique à la science fiction pure en passant par le genre privilégié de Wilson à savoir l’intrusion d’un évènement extra ordinaire dans notre avenir proche.
06 mai 2008
La Paille dans l’Oeil de Dieu de Larry Niven et Jerry Pournelle

On dit que le Deuxième Empire de l’Homme règne sur deux
cents mondes et tout l’espace compris entre eux, soit plus de quinze millions
de parsecs cube…
Considérons plutôt la réalité. Imaginez
des myriades de minuscules bulles éparpillées dans un vaste océan noir. Nous
dominons certaines de ces bulles. Mais de l’océan, nous ne savons rien…
La guerre froide a pris fin… Les USA et l’URSS ont fusionnés, les étoiles ont été conquises et l’humanité s’est répandue dans l’espace. Des guerres ont divisées l’humanité et ravagées la Terre. Un nouvel empire s’est relevé des cendres avant de s’effondrer à son tour. Il y a une centaine d’années, le Deuxième Empire s’est dressé sur les décombres et depuis Sparta s’efforce d’unifier à nouveau les mondes humains isolés les uns des autres, par la diplomatie ou la force. La Marine Spatiale Impériale est le bras armé de l’Empereur et se charge de faire taire toutes velléités sécessionnistes. Voilà pour le décor.
Le Visage de Dieu le fixait à travers l’espace.
Le Sac à Charbon était une masse nébulaire de poussière et
de gaz, petite, à l’échelle sidérale, mais dense et assez proche du système
pour occulter un quart du ciel. La Terre et la capitale impériale, Sparta,
restaient à jamais invisibles de l’autre côté. Cette noirceur mouvante cachait
la majeure partie de l’Empire, mais offrait un écrin de velours soyeux à deux
étoiles voisines.
Même sans cet arrière-plan sombre, l’œil de Murcheson aurait
été l’astre le plus lumineux de la voûte céleste – une énorme géante rouge,
distante de trente-cinq années lumière. Le petit flocon sur le bord de cette
étoile était un soleil nain, de couleur jaune, plus petit, plus effacé, moins
intéressant : la Paille. D’ici, Le Sac à Charbon avait la forme d’un homme
encagoulé : sa tête et ses épaules. Et la super-géante rouge, légèrement
excentrée devenait un œil, attentif et malveillant.
Le Visage de Dieu. Cette vue du Sac à Charbon, à partir de
Néo-Cal, était un site connu dans tout l’Empire. Mais debout, ici, dans le
froid de l’espace, c’était différent. En photographie, ça ressemblait au Sac à
Charbon. Ici, c’était réel.
Et quelque chose que Blaine ne réussissait pas à distinguer
fondait sur lui, venu de la Paille dans l’Oeil de Dieu.
Blaine est un cadet de la haute aristocratie, officier dans la Marine. Lors d’une
intervention contre un mouvement rebelle, une initiative de sa part lui a
permis d’éviter un bain de sang et de mettre un terme à
la révolte. Cette initiative, lui vaut le privilège douteux de ramener le navire à la capitale
avec à son bord un invité, officieusement prisonnier, richissime et soupçonné
d’être à l’origine du mouvement sécessionniste local. A la première escale au chef lieu du secteur, le navire
reçoit une nouvelle affectation. Un vaisseau inconnu venant du système de la
Paille entre dans la zone d’influence humaine.
La première forme d’intelligence extra-terrestre rencontrée
par l’humanité…
La rencontre de Blaine avec ce vaisseau n’est pas très
concluante et il est décidé d’envoyer une délégation rencontrer les
« Pailleux » chez eux. L’expédition est placée sous le commandement
de l’amiral Kutuzov et son cuirassé, Le Lénine, célèbre pour avoir vitrifié une
planète. Il est chargé de la sécurité de l’expédition tandis que Blaine est responsable
du contact avec les extra-terrestres.
Le Mac Arthur, le croiseur de Blaine, sera bondé de
scientifiques en plus de son équipage standard et de son invité factieux pris
en charge lors de sa mission précédente.
« Commandant, je ne saisis pas votre problème. Pourquoi
n’auraient-ils pas pu lancer une expédition scientifique en quarante
minutes ? Pourquoi un vaisseau de guerre ? Après tout, le Mac-Arthur
assure les deux fonctions. Il vous a fallu un temps considérable pour
appareiller. Moi, j’étais prêt depuis des jours. »
Rod coupa la communication. Je vais lui tordre le cou.
J’écoperai de la cour martiale, mais je plaiderai la légitime défense. Je ferai
témoigner tous ceux qui le connaissent. Je parie qu’on m’acquittera.
Une fois dans le système de la Paille, les humains entrent en
contact avec les autochtones d’un abord plutôt amical. Les scientifiques
semblent voir tout cela d’un bon œil tandis que Kutuzov et Blaine sont plus
réservés. Les scientifiques sont ils trop candides, les militaires sont ils
trop paranoïaques ? Chacun rejette le problème sur l’autre…
- Ils ont un amiral dans leur vaisseau, affirma Kutuzov.
Tout comme nous. Je le savais. Que leur dites-vous quand ils posent des
questions à mon sujet ?
Rod entendit un borborygme derrière lui et en déduisit que
Renner s’étranglait. « Le moins possible, amiral. Juste que nous sommes
sous les ordres du Lénine. Je ne pense pas qu’ils connaissent votre nom, ni
même qu’ils sachent si nous dépendons d’une chaîne de décision chapeautée par
une assemblée ou un seul homme.
- Parfait. »
Kutuzov souriait presque. « C’est à peu près autant que ce que vous savez
de leur propre hiérarchie, da ? Soyez-en sûr, il y a un amiral à bord de
ce vaisseau, et il veut que vous vous approchiez de sa planète. Voici mon dilemme :
est-ce que j’en apprends davantage en vous laissant y aller que lui en vous y
attirant ? »
Horvath se détourna de l’écran en adressant une prière
muette au Ciel, à ses Saints et à ses Mystères : comment traiter avec un
homme pareil ?
Les deux tiers du récit laissent la part belle au point de vue
humain afin de ménager le suspens. Par la suite la poignée de protagonistes
humains alternera avec quelques Pailleux, ces derniers semblant aussi
confrontés à quelques problèmes internes.
Un récit résolument non manichéen où les solutions extrêmes sont examinées froidement d’un côté comme de l’autre tandis qu’une minorité tente d’obtenir un impossible consensus. Le problème étant que chacun n’est enclin qu’à voir les défauts de l’autre. C’est à juste titre que le livre s’ouvre sur une citation des évangiles : « D’où vient que tu vois la paille qui est dans l’œil de ton frère tandis que tu ne remarques pas la poutre qui est dans le tien ? ».
Les deux auteurs en alternant les points de vue de
personnages antagonistes jouent avec le lecteur, difficile de donner raison à une
faction ou en général aux humains ou aux pailleux.
Du Space Opera avec un vernis de science, un texte qui n’a
pas pris une ride, un excellent moment et beaucoup de surprises. A lire absolument !
19 avril 2008
Quinzinzinzili de Régis Messac

Encore une lecture dut à Nébal. Régis Messac (1893 – 1945) est un précurseur
français de la science fiction, marqué par la première guerre mondiale, il est
assez pessimiste quant à l’avenir.
Quinzinzinzili a été écrit en 1935 et décrit rapidement la
fin du monde suite à une seconde guerre mondiale apocalyptique :
l’humanité est rayée de la carte suite à une modification temporaire de la
composition de l’air.
Gérard Dumaurier est un dilettante cultivé en charge de
l’éducation des deux enfants d’un parvenu anglo-saxon. L’un des deux enfants
étant atteint de tuberculose, Dumaurier doit s’installer quelque temps en
altitude avec les enfants.
Quand la catastrophe se propage en France, ce petit monde
participait à une visite d’un ensemble de grotte avec un petit groupe
assimilable aux scouts.
Piégé sous terre, ils survivront à l’apocalypse. Quelques
temps plus tard, la surface redevient habitable et le monde s’offre aux
derniers hommes. Un adulte et une dizaine d’enfants de nationalités différentes
dont une fille.
Ma civilisation - l’ancienne, veux-je dire – j’en vivais,
j’en usais, j’en profitais sans la connaître. Je prenais le train, et je savais
trouver le guichet où il fallait aller pour prendre mon billet, mais c’est tout
ce que je savais. Je serais bien incapable de construire une locomotive, ni de
dire au juste comment elle fonctionne, ni même d’en conduire une, si par hasard
j’en retrouvais une en état de marche. Idem pour l’auto, quoique je sache
conduire, il est vrai ; mais je serais incapable d’effectuer la réparation
la plus élémentaire. Les hommes de mon temps poussaient des leviers et
tournaient des commutateurs, mais ne savaient rien de ce qu’il y avait au bout
des leviers ou derrière les commutateurs. Maintenant, toute la machinerie a
sauté en l’air. Anéanties, mes machines. Et l’homme de l’âge des machines est
tout ce qu’il y a de plus ignorant des machines. Est-ce moi qui pourrais
reconstituer la plus simple des mécaniques qui faisaient jadis marcher ma
civilisation ? Non, quoique j’ai su scander des vers de Virgile et traduit
Shakespeare en vers français…
Déprimé, catatonique, Dumaurier ne s’occupera pas des
enfants pendant un temps et ces derniers construiront alors leur propre
société, pétrie de superstitions et d’ignorance.
Déformant la prière latine du notre père, ils se créeront un
dieu : Quinzinzinzili (Qui es in coelis). Responsable de toute la magie du
monde jusqu’à la flamme jaillissant d’un briquet.
Désespéré et désabusé, Dumaurier sera le témoin cynique de
l’évolution de cette nouvelle société.
Lanroubin s’est redressé et pousse un long cri furieux. Un
cri de vainqueur qui résonne sous la grotte.
Il peut être fier, ce galopin à la crinière en torche. Ah
oui, c’est un exploit mémorable. Cette arme grossière et primitive, ce bloc de
quartz, je vois que ce sera l’ancêtre d’une longue série d’armes : haches,
massues, boomerangs… et puis les arcs, les flèches, et plus tard les
catapultes, et enfin les canons, les tanks, les bombes. Lanroubin vient de réinventer la guerre. Il ne lui a pas
fallu longtemps. L’âge d’or a été court.
C’est un génie, ce Lanroubin. Désormais l’influence de
Manibal est en déclin. La science a triomphé de la force.
Ah, ah, ah, ah !
Roman amer, acide et très efficace. Une excellente interrogation
sur la nature de notre civilisation et ses bases. Le récit est écrit à la manière d’un journal à moins qu’il
ne s’agisse d’un cahier remis à un fou dans sa cellule comme cela est insinué
au début du roman.
A lire !
Oh, et puis…
Qu’est-ce que ça peut me faire ?
M’en fous. Quinzinzinzili !
Quinzinzinzili !
15 avril 2008
House Harkonnen de Brian Herbet et Kevin J. Anderson

Second épisode de la trilogie se passant avant le Dune de
Frank Herbert.
L’essentiel de l’action tournera autour de la Maison Atréide ainsi que marginalement autour de celles des Harkonnen dans une ambiance de
tragédie grecque.
Malheureusement, l’intrigue est laborieuse et les anecdotes
révélées dans le tome précédent assénées à de multiples reprises. Côté
grotesque on n’est pas en reste avec un Bene Gesserit toute puissant et le
centre de formation de Ginaz totalement anachronique. D’ailleurs tout ce qui se
passe dans ce dernier lieu ne présente guère d’intérêt.
Une intrigue poussive et prévisible qui s’accélère toutefois
vers la fin, pas mal d’éléments caricaturaux. Pas grand-chose de positif à l’exception
d’une ou deux répliques bien placées…
Je n’en attendais rien d’exceptionnel et la magie du cycle
de Whittemore a sans doute créé un contraste mais là j’ai vraiment eu du mal à
continuer ma lecture.
Un gros livre dont je me serais bien passé.
15 mars 2008
Dune : House Atreides de Brian Herbert et Kevin J. Anderson

Bon et bien la preuve est faite quand c’est en anglais, je lis moins vite…
J’avais entendu beaucoup de mal de cette série produite par
le fils de Frank Herbert et encore plus sur celle concernant le Jihad
Butlérien.
Finalement l’avis de Nicolas et les débats de l’Atelier
de Culture SF m’ont incités à franchir le pas, en anglais la traduction présentant
apparemment quelques défauts.
L’intrigue repose essentiellement sur l’accession au pouvoir de Shaddam IV, ce qui avec les manigances de son éminence grise Hasimir Fenring, va provoquer des remous dans tout le Landsraad et finalement toucher de plein fouet la Maison Atréides.
Le démarrage de l’intrigue est un peu laborieux, les deux
auteurs ayant du mal à lancer l’univers et les complots en cours aussi bien que
Frank Herbert. Le récit est très ouvert et implique énormément de factions et
alterne énormément de point de vue, afin de distiller des détails pas toujours
très intéressants.
La volonté de se raccrocher à l’œuvre originelle se sens
constamment et donne lieu quelque fois à des mises en scène peu crédibles
(l’aide reçue par Duncan Idaho pour quitter Giedi Prime par exemple) ou
redondantes (la conception de Jessica). Dans l’ensemble, toutefois le récit
suis son court et présente un intérêt.
Mon seul regret reste l’idée saugrenue qui a voulu liée
cette période à celle de La Maison des Mères. Je ne crie pas au sacrilège mais
l’exploitation qui en résulte est assez branlante tant elle est en avance sur son
temps. Dommage.
Alors House Atreides est il un mauvais livre ?
Non, certains personnages sont attachants, notamment le
jeune Duncan Idaho, et l’éclairage donné au Bene Gesserit, au Bene Tleilax et à
Hasimir Fenring est très intéressant.
Est-ce un chef d’œuvre à la hauteur du roman initial ?
Non, il manque le souffle épique et le renversement de
l’univers. D’ailleurs celui-ci étant effectué dans Dune, il ne serait avoir
lieu dans cette nouvelle série.
Il reste donc de ceci une lecture agréable et sans prétention. Je penses qu’arrivé au terme du troisième tome (et après avoir finit le Quatuor de Jerusalem de Whittemore que je lis en alternance de cette série) je relirai Dune.
05 février 2008
Les baladins de la Planète Géante de Jack Vance

Certaines décisions s’imposaient. Par sa venue, il avait
prouvé à Ashgale la futilité de ses minables tromperies ; mais devait-il
continuer, tenter de gagner l’invitation à Mornune ? Réussir serait
agréable, mais l’échec amer… bien qu’il n’éprouve aucune envie d’effectuer le
long voyage vers l’amont jusqu’au lac Insondable.
Il prit sa décision. Il allait participer au concours, mais
de façon détachée, sans trop y croire. Son principal rival étant Garth Ashgale,
bien entendu, deux méthodes pour l’emporter s’offraient : proposer un
divertissement d’une supériorité manifeste, au prix d’efforts acharnés, ou avec
une égale diligence, s’assurer de l’infériorité du spectacle de l’autre. Il
fallait explorer les deux options sous tous les angles.
Retour sur la Planète Géante sur les conseils de Jmlo ici même. Il n’est plus question de tentative d’acquisition d’arsenal technologique comme dans le roman précédent mais simplement d’une lutte entre entrepreneurs de théâtre flottant itinérant et d’un périple en terres inconnues pour participer à un prestigieux concours.
Lutte entre deux compagnies, coups tordus en tout genre, subtils ou non. Rencontre de peuples variés aux coutumes variées. Un Vance des plus classiques mais qui est assez jubilatoire du fait du personnage d’Appolon Zamp, entrepreneur astucieux et sans scrupules, capable de vengeance mesquine. Une version artistique de Cugel en moins libidineux et implacable, plus sage et mesuré.
La recette de Jack Vance fonctionne assez bien encore une
fois : le thème du voyage, de l’exotisme et de l’humour. Les situations
sont variées, les rebondissements nombreux : on s'amuse à suivre cette compagnie hétéroclite.
Un bon moment sans atteindre toutefois ses meilleurs romans
(tel Emphyrio, le cycle de Lyonesse ou les deux derniers tome de La Geste des
Princes Démons), dont il serait dommage de se passer.
« Au fond d’un cachot, voilà où nous finirons. Non,
Zamp, comme d’habitude, vous courez après une chimère. Notre meilleur espoir d’éviter
un péage exorbitant réside dans la politesse, la coopération, l’amabilité. Si
cela se révèle insuffisant, il n’y aura pas le choix : nous devrons retourner
à Coble. Haskel ! Installez les banquettes ! Ornez-les de banderoles
décoratives !
- Peut-être avez-vous raison, dit Zamp, mais je désire vous
montrer une note importante dans le Guide du Fleuve. »
Il conduisit Gassoon jusqu’à la porte de son bureau, s’effaça
poliment pour le laisser passer, puis
ferma le battant sur le rugissement incrédule du maître du navire. Il bloqua la
porte au moyen de deux perches étayées contre une cloison voisine, ces perches
ayant été mesurées, taillées et préparées le matin même pour cet usage précis.
16 janvier 2008
Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach

Ostvan attendit donc seul, mais il laissa son verre de côté.
Les heures passèrent et ses pensées s’assombrirent. Finalement s’élevèrent dans
le silence les cris d’un nouveau-né mêlés à ceux de l’accouchée, et Ostvan
entendit les lamentations et les pleurs des femmes. Il se leva à grand-peine,
comme si chaque mouvement le faisait souffrir. Il décrocha l’épée du mur et la
posa sur la table. Puis
il attendit, debout patiemment résigné, jusqu’à ce que la sage-femme sorte de la
chambre, le nouveau-né dans les bras.
« C’est un garçon, dit-elle, impassible. Allez-vous le
tuer maître ? »
Une civilisation médiévale, une caste prestigieuse dont les
membres passent leur temps à confectionner un tapis avec les cheveux de leurs
femmes et de leurs filles. Travail de fourmis nécessitant une vie d’efforts méticuleux. L’argent gagné par la vente du
tapis permettra de subvenir aux besoins de l’unique héritier mâle autorisé pour
le restant de ses jours. Suffisamment pour qu’il puisse se consacrer à son tour
à la confection d’un tapis…
Cette société s’étend sur toute la planète et les tapis sont
régulièrement collectés pour décorer le palais de l’Empereur immortel, par delà
les étoiles…
Cet ordre des choses se poursuis depuis des millénaires
quand arrivent des rumeurs bien curieuses, l’Empereur serait mort vaincu par
des rebelles, il y aurait d’autres planètes qui produiraient des tapis de
cheveux.
Andreas Eschbach multiplie les points de vue dans ce récit, changeant de narrateur à chaque chapitre et s’éloignant de plus en plus du lieu de départ de l’intrigue afin d’en révéler les tenants et aboutissants d’une ampleur astronomiques.
Une intrigue démente et cruelle, un récit qui s’éloigne des
épopées héroïques classiques, notamment celles de Jack Vance, où un être parti de rien de chamboule l’univers.
Pas de héros donc au sein d’une trame sombre au dénouement implacable. Un
excellent roman qui tord le cou aux poncifs du space opera et de fait rafraîchi
le genre.
Tout était tellement semblable : les grands ports délabrés, les villes misérables et puantes tapies tout autour, et les vieillards dans leurs tuniques sombres et râpées, qui ne voulaient pas comprendre, qui vous parlaient de l’Empereur, de son Empire et d’autres planètes sur lesquelles on faisait fermenter du vin ou cuire du pain pour la table du souverain, de planètes qui tissaient des vêtements pour lui, cultivaient des fleurs ou dressaient des oiseaux chantants pour ses jardins… Mais on n’avait rien trouvé de cela ; juste des milliers de mondes sur lesquels on tissait des tapis, rien que des tapis, un flot débordant et continu de tapis en cheveux humains qui s’écoulait depuis des millénaires à travers la galaxie…
13 janvier 2008
Oms en série de Stefan Wul

A l’entrée du parc où nichaient les oms libres, on
distinguait un rectangle de clarté dans la nuit.
Terr en fut intrigué. Brave eut beau lui démontrer que ce
rectangle était un écriteau à l’usage des draags, et que les affaires des
draags n’intéressaient pas les oms, le jeune garçon laissa son compagnon
rentrer seul et alla prudemment rôder du côté de l’entrée normale des draags.
Il ne fut pas long à comprendre. L’écriteau
disait : « Parc fermé demain – Désomisation ».
Petit exercice de relecture d’un roman que je n’avais pas
ouvert depuis le collège et bonne surprise car ce texte n’a pas
vieilli et est plaisant à lire.
Les draags ont explorés la Terre et rapportés sur leur
planète des êtres humains dont la civilisation c’est écroulée et l’intelligence
a décrue : les oms.
Terr est un jeune om, qui au contact des outils d’éducation
de sa jeune maîtresse s’est instruit.
Mis à jour, il prend la fuite et est recueilli par une bande
d’oms sauvages qui survivent en parasitant la civilisation draag.
Commence alors une épopée menée tambour battant, le récit
bondit d’une période critique à une autre via des ellipses. On couvre ainsi une
longue période de temps en peu de pages.
Résurgence d’une civilisation, stagnation d’une autre, un
très bon roman qui se lit très vite.
Nous avons… détribalisé l’om, nous l’avons rendu à son individualité. Il y a certes perdu les trois quarts de ses instincts sociaux tyranniques, mais non son instinct grégaire. Et il retrouve en plus son intelligence, son goût de la liberté ; peut-être demain son goût de la conquête. Nous l'avons sorti de l'impasse de l'instinct pour le replacer sur la route du progrès.