15 novembre 2009
L’usage des armes d’Iain M. Banks

Il était une fois, bien loin d’ici, de l’autre côté du puits
de gravité, une terre magique où il n’existait ni rois, ni lois, ni argent, ni
propriété, mais où chacun vivait en prince, où les gens étaient très bien
élevés et ne manquaient de rien. Ces gens vivaient en paix, mais ils
s’ennuyaient ferme, car le paradis peut faire cet effet au bout d’un
moment ; ils se lancèrent donc dans les bonnes œuvres. Disons qu’ils se
mirent à rendre visite aux gens plus défavorisés. Et toujours ils s’efforçaient
d’apporter avec eux ce qu’ils considéraient comme le bien le plus
précieux : la connaissance, l’information. Une information aussi étendue
que possible car ces gens avaient une étrange particularité : ils
méprisaient les rangs, les grades, et détestaient les rois…comme tout ce qui
relève de la hiérarchie…
Retour à la Culture… Sma en est une représentante atypique
dans la mesure où elle œuvre pour Contact en tant que diplomate, cherchant à
mettre fin à nombre de conflits en dehors de la Culture. Elle est
appelée en urgence, lorsque les Mentats de Contact identifient une crise
interplanétaire imminente dans un amas stellaire. Sma ne peut rien, il leur faut un politique indigène de
talent, à la retraite. Le seul individu capable de le convaincre de reprendre du
service est un ex agent de la Culture : Zakalwe. Ce dernier n’est pas un natif de la Culture, cet homme,
recruté par Sma, a néanmoins fait le coup de feu un peu partout dans l’univers
au service de Contact. Etant lui aussi à la retraite, Sma semble la personne la
plus appropriée pour le remettre en selle. Seul soucis on a perdu la trace de
Zakalwe… mais heureusement celui-ci semble se prendre pour un Mentat de
Contact…
Sma, cet… homme… a complètement merdé la dernière
fois ; nous avons perdu cinq ou six millions d’individu dans cette
histoire, et tout ça parce qu’il n’a pas voulu sortir du Palais d’Hiver pour
arranger les choses. Si je te montrais certaines des scènes d’horreur qui se
sont déroulés là-bas, tes cheveux en blanchiraient d’un seul coup. Et
maintenant, c’est ici qu’il est sur le point de déclencher une catastrophe
majeure. Depuis qu’il lui est arrivé ce qui lui est arrivé sur Fohls – depuis
qu’il essaie de jouer les humanistes, ce type est une véritable catastrophe ambulante.
En admettant qu’on réussisse à le retrouver et à l’emmener jusqu’à Voerenhutz,
je me demande avec inquiétude quel chaos il va bien pouvoir semer là-bas. Cet
homme porte
Le récit est organisé en deux trames alternée, la première quasi linéaire suis les pérégrinations de Sma puis de Zakalwe. Tandis que la seconde centrée sur des réminiscences de Zakalwe fonctionne à rebours, les évènements passés surgissant étant de plus en plus lointain et témoignant d’un malaise profond.
- Oui, je sais. Vous m’avez sauvé
Un texte maîtrisé et bien pensé mais pas particulièrement plaisant à lire, sa construction m’a paru trop alambiquée et certaines réminiscences trop hermétiques pour emporter pleinement l’adhésion. Un roman intéressant mais pas passionnant.
21 octobre 2009
Substance Mort de Philip K. Dick

A errer ainsi sur la voie publique, parmi toutes sortes de gens, il éprouvait un sentiment étrange concernant son identité. Ainsi qu’il l’avait expliqué aux spécimens du Lions Club, sans son complet brouillé il ressemblait à un toxico ; il causait comme un toxico ; ceux qui le croisaient le prenaient certainement pour un toxico et réagissaient en conséquence. Les autres junkies – tiens se dit-il, je parle même des « autres » junkies – lui coulaient un regard en forme de « paix, mon frère ». Pas les straights.
Fred est un policier dans le milieu des toxicomanes afin de
remonter la filière de
Ou bien : « Donna est morte ». Hank se
contenterait de prendre note. Peut-être demanderait-il : « Qui
lui a vendu l’acide et où est-il fabriqué ? »… « Où ont lieu les
obsèques ? On devrait aller relever quelques noms et quelques numéros
d’immatriculation. ». Fred soutiendrait la conversation sans se troubler.
Fred était comme ça. Mais plus tard sur le trottoir, quelque
part entre la pizzeria et la station service Arco (un dollar deux cents le
gallon d’ordinaire), Fred se changerait en Bob Actor, et les terribles couleurs
de l’évènement filtreraient à nouveau en lui, qu’il le veuille ou non.
A mesure que la surveillance de Bob Actor s’intensifie, Fred / Bob perd pied tant du fait de la drogue que de cette situation schizophrénique. Une véritable descente aux enfers…
Bob Actor se répéta
Un roman portant moins sur cette situation aliénante que sur les ravages de la drogue sur les esprits. Les discussions oiseuses sans queue ni tête se succèdent, de même que les situations surréalistes. Au final un récit assez cynique, tenant plus du témoignage (d’après le mot de la fin) malgré une construction surprenante.
15 octobre 2009
Un jour je serai invincible d’Austin Grossman

Imaginez-vous enfourchant ce graphe, glissant sur une pente de plus en plus douce qui vous conduit vers l’élite intellectuelle : vous arrivez au dernier million, à la dernière dizaine de milliers – des types beaucoup plus intelligents que ceux que vous croisez dans la vie de tous les jours -, à la dernière centaine… et voilà que vous cessez de glisser, que la courbe devient horizontale et se réduit à une succession de points espacés. Allez jusqu’aux derniers de ces grains de sable, la crème de la crème de l’intelligence, le génie multiplié par mille. Qu’on trouve pas mal d’excentriques parmi eux, quoi de plus normal ? Mais on peut quand même se demander pourquoi la majorité d’entre nous finissent derrière les barreaux.
Mais le jeu en vaut la chandelle : capturer le Docteur Impossible à moi toute seule ! Rien à cirer de faire la une des journaux – le regard admiratif de Damoiselle suffira à mon bonheur.
Si les normes des comics sont respectées, il ne s’agit pas d’un
nouveau Watchmen, loin de là, elles sont toutefois exploitées avec une ironie
réjouissante. L’univers d’Austin Grossman se situant quelque part entre X Men
et le Top Ten déjanté de Moore.
Pour devenir un super-vilain, on a besoin d’un certain nombre de choses. Pas la peine de se soucier d’une identité secrète, c’est un truc de héros. Cependant, ce serait bien pratique de tomber le masque et de disparaître au sein de la foule, des rues, du monde normal. Trop pratique, peut-être – pourquoi devenir l’esprit criminel le plus audacieux de la Terre (ou à tout le moins le numéro 4 de la liste) pour s’évaporer lorsque surgit la première difficulté ? Si on pouvait s’éclipser comme ça, ce serait bien moins impressionnant. Chaque fois que je me fais arrêter, on récite au début du procès la litanie de mes crimes, de plus en plus longue, de plus en plus flamboyante. J’ai été jugé pour des forfaits commis sur la Lune, dans d’autres temps et d’autres dimensions, et que je sois damné si je refuse un jour de les signer !
Un jour je serai invincible n’est pas le roman de l’année et n’a rien de transcendant mais est tout de même une excellente distraction et un regard ironique sur les comics. Le point de vue du méchant de service est très agréable, jubilatoire et délirant. Tandis que celui de Fatale, plus classique finit par emporter l’adhésion après un démarrage un peu poussif. Au final un roman assez amusant et très sympathique.
03 octobre 2009
Narcose de Jacques Barbéri

Copiant Nébal, j’ai décidé de remettre le choix d’une de mes lectures dans les mains de mon libraire préféré. Cela a donc donné Narcose de Jacques Barbéri, une œuvre qui ne m’était pas totalement inconnu mais dont la chronique de Nébal (encore lui) m’avait détourné. Le bougre se plaignant de coquilles très nombreuses, ayant lu le livre je ne peux que démentir cette affirmation. Aucune coquille ne m’a véritablement sauté au visage (alors que pour Temps de Baxter…), en fait je n’en ai remarqué qu’une seule, anecdotique.
Ajoutons à cela que les villes ne sont que les banlieues de cités sphériques fermées d’où l’élite dirige le monde…
A moins que tout cela ne soit que le rêve d’un individu vivant dans le rêve d’un autre. Qui sait ?
Anton Orosco est un architecte, promoteur immobilier et escroc de haut vol. Malheureusement il a commis la magouille de trop et la police est sur ses talons. Ne lui reste plus comme porte de sortie que l’usurpation du corps d’un autre. Méthode immorale et condamnable qu’il ne peut obtenir qu’auprès de la pègre et encore si cette dernière tient ses engagements.
Commence alors un récit halluciné et hallucinant mais parfaitement maîtrisé, contrairement à certains délires de Zelazny ou Stanilas Lem. Le récit est surprenant, marquant et se révèle en fait un superbe hommage à Lewis Carroll, empruntant sûrement aussi à Dick tout en passant par Star Trek.
Quant au CD vendu avec ce roman, il est à l'image du texte : étrange mais pas désagréable.
Merci Xavier !
30 septembre 2009
L’homme des jeux d’Iain M. Banks

La Culture est une société utopique, l’humanité vie côte à côte des IA de vaisseaux spatiaux immenses et de petits drones spécialisés. Une société puissante, pacifiste, garantissant les libertés individuelles, portée sur les loisirs. Mais la Culture n’est pas la seule puissance galactique de technologie élevée.
Le département Contact cache d’ailleurs à ses concitoyens l’existence de l’empire d’Azad, société militaire agressive, organisé autour du jeu éponyme. L’Azad définit les emplois publics et donne lieu à des enjeux ou des paris annexes sanglants. Un jeu extrêmement complexe dont le champion est sacré empereur.
Nous sommes loin de vivre une époque héroïque, reprit-il à l’intention du drone sans quitter le feu des yeux. L’individu n’a plus cours. Voilà pourquoi la vie nous est à tous si facile. Puisque nous ne comptons pas, nous ne risquons rien. Plus personne ne peut avoir de réel impact sur quoi que ce soit, de nos jours.
Gurgeh est un champion renommé de divers jeux de stratégie au sein de la Culture. Mais les succès n’ont plus la même saveur, d’autant plus qu’il semblerait que sa position soit menacée par une gamine brillante. Manipulé par un drone frustré, il sera mis en relation d’éléments de Contact et découvrira l’existence de l’empire d’Azad et de son jeu. Après quelques tergiversations, il acceptera de se rendre là bas pour concourir à titre officieux au prochain championnat. Le choc des cultures sera rude, si les azadiens sont assez proches de l’humain, il n’en diffère pas moins dans leurs caractéristiques sexuelles mais aussi leur organisation sociale totalement inégalitaire et cruelle.
- Hmm, fit le drone. Justement, écoutez-moi bien maintenant.
C’est là le terme qu’ils emploient pour définir les espèces qu’ils réduisent en
esclavage : des animaux. Bien sûr, ce sont bien des animaux, de la même
façon que vous en êtes un et que je suis, moi, une machine. Toutefois, ces
créatures sont pleinement conscientes et vivent au sein d’une société au moins
aussi élaborée que
- Il m’avait bien semblé reconnaître une de leurs mélodies, admit Gurgeh.
- Le problème, c’est que ce fameux air s’intitule « Suce-moi à fond » ; en connaissez-vous les paroles ?
- Ah ! sourit Gurgeh. C’était cette chanson-là ! Je reconnais que ça pourrait être embêtant.
- Embêtant ! S’ils découvrent le pot aux roses, ils nous déclarerons sans doute la guerre ! Ce genre de bourde est très courant, chez Contact .
23 septembre 2009
Axis de Robert Charles Wilson

Les trois décennies écoulées depuis la fin du Spin avaient vu la région sauvage à l’est d’Equatoria se transformer en capharnaüm de villages de pêcheurs, de camps de bûcherons, d’usines primitives, de terres arables dégagées par brûlis, de routes tracées à la hâte, d’une douzaine de petites villes en plein développement et d’une plus grande, par laquelle transitaient la plupart des riches ressources de l’arrière-pays. Breaker Beach, à presque cent milles nautiques au nord de Port Magellan, était sans doute la plus laide des régions occupées par l’homme sur le littoral…
Mais quelque chose de nouveau avait attiré l’attention de Lise. « Et ça ? » demanda-t-elle en montrant un endroit à l’est, plus bas sur l’horizon, là où le ciel sombre rencontrait les eaux encore plus sombre de l’océan. Elle avait l’impression que quelque chose tombait, là-bas… non des météorites, mais des points brillants qui restaient en l’air comme des fusées éclairantes. Leur lumière se reflétait dans l’océan, le colorant de traînées orange. Elle ne se souvenait pas avoir assisté à quoi que ce soit de ce genre durant son précédent séjour sur Equatoria. « Ca en fait partie ? »
Il avait vu la mort, et celle-ci n’aurait pas dû le surprendre : il fut néanmoins scandalisé par ce qui sortit de sa boîte aux lettres vingt ans plus tard, entre les murs sanctifiés de son bureau et les frontières soigneusement définies, bien que de plus en plus fragiles, de sa vie d’adulte.
Un roman prenant mais qui n’a pas la portée de Spin, celui-ci se situant plutôt quelque part entre Ange Mémoire et Blindlake. L’attention portée aux personnages l’emporte toujours sur l’intrigue principale, l’univers n’est pas bouleversée mais des pistes sont lancées quant aux troisième tome : Vortex.
Au final, Axis se révèle une lecture agréable. Pas le meilleur Wilson, mais prenant et jouant avec l’univers de Spin de manière intéressante. Un très bon moment.
05 août 2009
L’aube incertaine de Roland C. Wagner
Suivi d’Honoré a disparu
Nouvelle affaire de meurtres à élucider pour Tem, engagé par une des huit principales technotrans, des multinationales omnipotentes. L’enquête et l’intrigue débute de manière assez lente malgré l’accumulation de cadavres avant que tout bascule suite aux brusques variations de l’efficacité de son talent de transparence.
Commence alors, comme dans l’Odyssée de l’Espèce, une narration à plusieurs voix. Plus que l’intrigue policière, c’est l’approfondissement de l’univers qui est prenant. Ce dernier ne paraissant plus aussi utopique que dans la Balle du Néant.
Les fausses pistes abondent dans la mesure où Tem est obsédé
par la psychosphère mais permet aussi d’en apprendre un peu plus à son sujet.
Un roman indissociable de la Balle du Néant et de l’Odyssée de l’Espèce, plus intéressant pour ses à côtés que pour son intrigue initiale. L’aube incertaine se lit sans déplaisir mais ne m’a pas passionné non plus, bien que le final soit réussi. Sympathique sans plus.
Pour Honoré a disparu, je l’ai déjà chroniqué dans l’anthologie SF 99.
22 juillet 2009
En panne sèche d’Andreas Eschbach

Même la dernière goutte d’essence permet encore d’accélérer.
Markus Westermann est un jeune commercial allemand travaillant pour une firme informatique américaine, sélectionné pour les travaux de régionalisation du tout dernier logiciel au sein de la maison mère, il a bien l’intention de faire son trou aux USA.
Karl Block est un autrichien, technicien du pétrole à son compte. Il a trouvé du pétrole sur le terrain de la ferme familiale, l’exploite et compte bien révolutionner la planète avec sa méthode de prospection inédite.
Charles W. Taggard est un agent de la CIA, qui s’intéresse beaucoup à l’Arabie Saoudite depuis que le 11/09 a eu des répercussions indirectes catastrophiques sur sa vie.
Trois destins qui vont se croiser et s’entremêler sur fond de pénurie pétrolière.
En effet surexploité, le principal gisement saoudien va être ruiné avant même d’être épuisé.
La méthode de Block est elle fiable ? Permettra-t-elle de trouver du pétrole n’importe où comme il le prétend ?
Pendant que le monde sombre peu à peu dans le chaos par
crainte de la pénurie, Markus va être pris dans un tourbillon qui l’élèvera au
sommet afin de le projeter plus bas que terre. Le rêve américain dans toute sa
splendeur…
Comprenez-moi bien, l’énergie représente la base de tout.
L’énergie technique. Tout repose là-dessus. En fonction de l’énergie dont vous
disposez, vous pouvez extraire, affiner, transformer des matières premières et,
ensuite, transporter dans le monde entier ce que vous avez fabriqué. L’économie
globale est une machine d’une taille et d’une complexité insaisissables. Plus
elle possède d’énergie, plus elle est rapide. L’Etat n’a presque rien à voir
là-dedans.
Sur fond de thriller, Eschbach peint une fresque, avec quelques flashbacks, qui retranscrit efficacement et de manière fluide l’épopée du pétrole et la situation actuelle. Incluant l’influence discrète des services secrets des grandes puissances. Notre civilisation repose entièrement sur le pétrole : nos transports, notre agriculture, nos industries, une simple pénurie suffirait à provoquer son effondrement et à déstabiliser l’ensemble de la planète.
Notre couple de héros entreprenant sauvera-t-il la planète ?
Ce thriller est extrêmement prenant, les personnages
secondaires sont nombreux, bien dépeint, attachants, les rebondissements très nombreux et je n’ai pas décroché du roman pendant trois jours.
Au travers de ce livre, on obtient un résumé de notre
situation actuelle, comment elle pourrait tourner avant de proposer des alternatives
hypothétiques (moment où le roman bascule véritablement dans la
science-fiction), décrivant les évènements tant du point de vue des
responsables que du commun des mortels (le personnage de Dorothéa, la sœur de
Markus, étant exemplaire de ce point de vue) et de décrire le résultat d’un
effondrement.
- Mais pourquoi ? Il reste du pétrole ! Même si les besoins augmentent, ce que je veux bien admettre, il reste une quantité folle de pétrole – des milliards de litres !
- Ce n’est pas la question, s’obstina Anstätter en se
penchant vers lui. Bien sûr, nous n’avons consommé que la moitié environ du
pétrole contenu dans le sol. Mais il s’agissait de la moitié facile à
exploiter. Le pétrole qui reste aujourd’hui est plus profond, plus difficile à
extraire, plus coûteux, il se trouve dans des contrées sauvages, inaccessibles.
Bien sûr qu’on va continuer à extraire du pétrole de la terre. Mais on en
produira moins et il sera plus cher. Vous atteignez le point de non-retour le
jour où il vous faut plus d’énergie pour produire un litre de pétrole que
celui-ci ne peut vous en fournir. A partir de ce moment-là, le pétrole cesse
d’être une source d’énergie.
Crédible, ce roman fait froid dans le dos… Difficile de le lâcher une fois commencer. Les rebondissements sont nombreux et si le roman n’est pas sans défaut, notamment au niveau des rencontres opportunes celles-ci sont suffisamment bien préparées pour qu’elles soient acceptables. Superbe thriller et excellent roman d’anticipation, Panne sèche est incontournable !
Il a aimé aussi :
Le Grand Livre de Mars de Leigh Brackett

Ce recueil se compose en fait de trois romans et d’un recueil de nouvelles ayant pour point commun Mars vue par Leigh Brackett. Ecrit dans les années 50 et 60 ces textes ont en commun cette planète aride et fantasmée au passé plusieurs fois millénaires sur laquelle les premiers terriens viennent d’arriver plein d’arrogance.
Des civilisations cruelles, des ambiances oscillant en
permanence entre science-fiction et fantasy, des héros constamment hors la loi,
rarement au service de l’ordre établi,
des personnages féminins puissants et équivoques : un ensemble qui donne des
aventures avec un grand A loin de tout manichéisme.
L’épée de Rhiannon
Matt Carse est un terrien hors norme pour Mars. Archéologue
de formation, il est en fait pilleur de tombes, parfaitement intégré à la pègre
martienne dans une des villes les plus sauvages. Abordé par un voleur de faible
envergure, le voilà sur la trace du tombeau de Rhiannon le maudit. Une entité
post humaine ayant vécu des millénaires auparavant et d’après la légende
enfermée par ses pairs pour l’éternité, afin de méditer ses crimes…
« Voilà comment je suis tombé sur l’endroit, raconta le voleur. Sur une corniche, ma bête s’est cassé une patte dans un trou et le sable, en s’écoulant à l’intérieur, a élargi la crevasse. La tombe était creusée là, à même la roche de la falaise. Mais quand je l’ai découverte, l’entrée était bouchée. »
Il se retourna et fixa sur Carse son maussade regard jaune.
« C’est moi qui l’ai trouvée, répéta-t-il. Je ne vois toujours pas pourquoi je vous donnerais la part du lion !
- Parce que je suis le lion », répondit gaiement Carse.
Il fit quelques passes avec l’épée, sentit qu’elle convenait
à son poignet flexible et regarda glisser sur l’arme la lumière des étoiles.
L’excitation lui faisait battre le cœur, l’excitation de l’archéologue autant
que du pillard.
Las, l’arrogance et l’avidité de Carse lui joueront un mauvais tour quand son associé le jettera dans la prison intemporelle de Rhiannon… Sans bien comprendre ce qui lui arrive, Carse se retrouve dans la haute antiquité martienne quand l’eau coulait encore à flot sur sa surface…
Aventurier déphasé, il deviendra esclave, chef rebelle, puis
paria craint de tous quand les autochtones comprendront que la malédiction et
l’héritage de Rhiannon sont en lui.
Une aventure hors norme, superbement menée sur les mers de
Mars jusqu’à la confrontation finale face à des êtres immondes. Une lecture
très plaisante et distrayante, pleines de rebondissements.
Le secret de Sinharat
Eric John Stark est un terrien, naufragé sur Mercure au
cours de son enfance, il a été élevé comme un sauvage avant d’être retrouvé par
des terriens. Depuis il est l’éternel rebelle, défenseur de toute les causes
perdues opposant les barbares autochtones des planètes du système solaire à
l’impérialisme technologique terrien.
Exceptionnellement et surtout pour bénéficier d’une remise de peine, Stark accepte de saboter le soulèvement massif des nomades martiens. Sur place, Stark découvre que le chef barbare Kynon s’est rendu sur terre pour s’instruire et en a ramené des gadgets lui permettant de faire croire qu’il détient la technologie maîtresse de la défunte civilisation de Sinharat : le transfert de corps. Ayant uni les tribus nomades avec quelques effets de manches, il s’est aussi adjoint les services de la pègre de la cité de Valkis et de quelques forbans terriens, dont Stark.
Parmi tout ce petit monde, les antagonismes existent et Stark va devoir rester vivant dans ce nid de vipères jusqu’à l’arrivée dans les ruines maudites de Sinharat.
L’ancien lit de la mer s’incurvait en une sorte de gigantesque cuvette dont l’extrémité opposée se perdait dans la distance. Jamais, même sur Mercure, Stark n’avait vu un pays plus cruel, à ce point abandonné des dieux et des hommes. On aurait dit que quelque glacier primordial avait trouvé la mort ici, qu’il avait creusé sa propre tombe à l’aube fuligineuse de l’histoire humaine. Son corps s’était désagrégé mais son squelette demeurait : ossements de basalte, de granit, de marbre et de porphyre de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les dimensions concevables, charriés par les glaces descendant du pôle et disséminés ici et là, telles des stèles commémorant leur passage.
Le Ventre des Pierres…
On pouvait lui donner un autre nom, se dit Stark : la
Mort.
Dans ce texte très prenant Leigh Brackett confirme son sens
de l’aventure et des retournements de situations. Les ambiances martiennes sont
particulièrement réussies, on ressent vraiment la déchéance de la planète
rouge.
Le Peuple du talisman
Ils marchèrent vers l’est toute la nuit, la journée du
lendemain et la nuit suivante, ne s’arrêtant que pour reposer les bêtes et
avaler une ration de pemmican. Et Stark, captif des montagnards, réalisa
combien il se trouvait au cœur du Pays Arctique, une région qu’un hémisphère
séparait des lignes spatiales et commerciales de Mars – et des visiteurs venus
d’autres planètes. Le futur n’avait jamais touché ces montagnes sauvages, ces
plaines arides. Le présent lui-même ne les avait pas rejointes. La grandeur de
son passé suffisait à ce pays.
Pour tenir une promesse à un ami qui a pris une balle à sa place, Stark se rend au sein dans l’arctique martien afin de rendre au peuple de son ami, un talisman que ce dernier a dérobé des années auparavant. Voilà Stark dans une région hostile qu’il ne connaît pas, rapidement capturé par les barbares locaux. Ciaran le chef barbare, constamment masqué, porte un intérêt particulier au terrien, n’hésitant pas à le torturer certain que ce dernier possède quelque savoir concernant l’antique cité de Kushat qu’il compte mettre à sac.
Stark, ayant des réserves de sauvagerie digne de mettre en
déroute n’importe quel barbare martien, il parvient à s’échapper et à rallier
Kushat, la cité natale de son ami. Une cité bénéficiant de la protection
accordée par le talisman de Ban Cruach fondateur du site. Las, l’original est
donc en possession de Stark, tandis qu’une imitation repose dans le reliquaire.
Un faux créé par la noblesse locale afin d’éviter toute remise en cause de leur
pouvoir. Ajoutons à cela une population qui ne croit pas à la menace barbare et
voilà Stark tombé de Charybde en Scylla.
Il frissonna. Pas seulement en raison du froid. En fait, il
avait horreur des villes. Les villes étaient des pièges : dépouillant
l’homme de sa liberté, elles l’emprisonnaient entre des murs, le soumettaient à
l’autorité, formaient le lieu d’élection d’une catégorie de gens qu’il n’aimait
pas : les moutons et les petits rapaces qui en usaient. Il avait pourtant
connu des villes qui avaient du caractère, au moins, comme Valkis et Jekkara,
les cités des Bas-Canaux , loin au sud, aussi vieilles que Kushat mais encore
animées par une perversité maléfique. Peut-être était-ce la froidure boréale
qui faisait peser son funèbre linceul sur ces rues.
Face à la horde barbare, Stark s’alliera à la lie de la
ville pour faire face puis fuir l’inévitable défaite. Allant chercher refuge,
là où Ban Cruach trouva le précieux talisman, par delà les Portes de la Mort,
une faille que gardait la cité…
Encore plus réussi et efficace que Le secret de Sinharat, ce
récit est un superbe texte plein de surprises jusque dans son dénouement. Stark
confirmant son statut d’héros définitivement atypique. Un grand moment épique.
Les terriens arrivent
Ce recueil de nouvelles plus tardives que les textes précédents met en scène Mars soumise à l’hégémonie terrienne. La civilisation s’est répandue sans toutefois atteindre les cités des Bas-Canaux où la perversité antique des différentes civilisations martiennes survie, patiemment entretenue par les autochtones. Quoi qu’il en soit le temps des aventuriers à la Carse ou Stark est terminé. Dans l’ensemble ces textes m’ont fait pensés aux Chroniques martiennes de Bradbury avec qui Leigh Brackett était très liée.
Des textes sombres et amers où les terriens sont déstabilisés et soumis à de violents chocs culturels. Changement de registres sans pour autant renoncer au décor planté dans les romans précédents, l’auteur atteint là l’excellence.
Cet ouvrage s’est donc révélé une excellente surprise, même si la conception de Mars parait désuète mais au combien envoutante, les textes gardent leur puissance (comme pour les Chroniques Martiennes de Bradbury) que ce soit le souffle épique des trois romans ou l’amertume des nouvelles.
Le Déchronologue de Stéphane Beauverger

Des événements auxquels je pris part, et dont il sera question dans ce récit, j’espère que chacun saura prendre la mesure avec clémence. Que le lecteur ose pardonner les effronteries et le grand désordre régnant dans ces cahiers, mais ma mémoire n’est plus ce qu’elle était, ni le temps ce qu’il paraît. « Fugit irreparababile tempus », écrivit le poète Virgile… Comme il avait tort ! Je sais, moi, que les voiles du temps sont déchirées, pour porter jusqu’à mon siècle des choses qui n’auraient pas dû s’y échouer. A mes yeux, les calendriers n’ont plus aucun sens, et les dates comme les anniversaires ont pris des airs de garces mal maquillées. Dans mon obsession à découvrir l’origine de ces plaies ouvertes, j’ai approché les grands secrets de mon époque et œuvré pour les recoudre. Quelles chances avais-je donc d’y parvenir ? Aucune, sans doute…
Le capitaine Henri Villon, pirate français, venu contesté l’hégémonie espagnole dans les Caraïbes est confronté à une curieuse tempête alors qu’il avait été pris en chasse par trois navires espagnols. Un navire gigantesque surgi de la tourmente et pulvérise tout navire lui barrant la route…
Trop paniqué ou trop téméraire, le second chasseur espagnol qui avait espéré couper notre course venait à son tour d’ouvrir le feu sur l’apparition. Moins de cinq secondes plus tard, une nouvelle détonation rauque couvrit le grondement de la tourmente. La foudre tomba sur le navire, qui explosa comme un baril de poudre. Je jure que tous ceux qui assistèrent à l’événement demeurèrent figés, abasourdis par la violence du châtiment. C’était Goliath écrasant David sous sa sandale. Les mystères des abysses punissant les incrédules. J’en pleurai d’impuissance.
- Bosco…
- Capitaine ?
- Il faut repêcher les rescapés.
- …
Je tournai vers mon second un visage ruisselant de larmes :
- Personne ne mérite de mourir noyé s’il a survécu à ça.
Mais comme nous l’apprendrons par le récit, non
chronologique, tout cela avait commencé bien avant… Villon en effet était
obsédé par l’apparition de merveilles mystérieuse qui commence à inonder les
archipels : nourriture en conserve, médicaments… Les espagnols les
thésaurisent, d’où viennent elles ? Quelles menaces se cachent derrière
tout ceci ?
Le récit de Beauverger est déstabilisant au premier abord,
on saute d’une époque à une autre… Les effets sont présentés avant les causes.
Construction ingénieuse qui maintient en haleine et ce jusqu’au dénouement.
L’ambiance est magnifiquement transcrite, on ressent fortement ce milieu de la flibuste. Grand buveur de taffia, corsaire à l’occasion, Villon court après ses obsessions et
lutte face aux espagnols dans un XVIIeme siècle qui se délite complètement
suite à de mystérieux phénomènes temporels.
Le gouverneur m’écoutait vraiment. Son regard fixait un point sur mon front comme pour y lire mes secrets.
- De fait, murmura-t-il pour lui-même, nous n’avons ouï dire que nos ennemis avaient essuyé de nombreuses pertes. L’attaque sur Providence, bien sûr, qui a échoué… Et cette nouvelle selon laquelle Lisbonne et le Portugal auraient gagné leur indépendance ce dernier hiver. Et maintenant, ces rumeurs insistantes de cités et de ports qui ne répondent plus, ces lignes d’approvisionnement qui se délitent… Oui, nous vivons une époque de tempêtes, capitaine Villon, vous avez au moins raison sur ce point…
En mêlant à la flibuste du XVIIeme siècle une intrigue de science-fiction, Stéphane Beauverger nous livre un roman ciselé, prenant, habilement construit et porté par un style très plaisant. Un excellent roman à l’ambiance marquante.
Debout j’ai vécu, debout je m’en vais mourir. Que dire de plus qui ne sonnerait pas moins sincère ?