La quête du dragon d'Anne McCaffrey

Sept révolutions se sont écoulées depuis le vol de Lessa. Les dragons protègent efficacement Pern des Fils. Malheureusement des tensions commencent à poindre de manière insistante. Les Anciens vivent à l'égard du reste de la population et des autres Weyrs. Sans parler des mentalités d'un autre temps et de comportement de plus en plus odieux. F'nor le second et demi frère de F'lar en fera les frais...
Il était déjà regrettable qu'un chevalier-dragon en attaquât un autre, mais ce qui affectait F'nor bien davantage, c'était qu'un chevalier ignorât sa bête pour s'appropier une babiole convoitée.
Après ce premier incident la situation empire rapidement tandis que des découvertes à même de révolutionner les coutumes locales sont faites sur le continent méridional et dans les profondeurs du Weyr de Benden. La rupture entre les modernes et les réactionnaires sera inéluctable et violente.
- D'ram avait en partie raison. Un chevalier-dragon ne doit jamais oublier sa mission, ses responsabilités. Mais quand D'ram a dit que c'était envers son dragon et son Weyr, il avait tort. Notre responsabilité initiale et ultime est envers Pern, envers son peuple, et c'est pour cela que nous avons été créés.
Ainsi la révolution est en marche et si les chevaliers-dragons sont moins violents que feu le seigneur Fax, le sang devra couler. F'lar porte étendard de la réforme sera soumis à rude épreuve.
- Dans un autre ordre d'idée, mais assez ennuyeux dans un tableau déjà sombre, j'ai entendu parler de jeunes filles enlevées sous prétexte de Quête...
- Les filles supplient pour venir dans les Weyrs, intervint Lessa mordante.
- Au Weyr de Benden, probablement, acquiesça Robinton. Mais mes Harpistes m'ont parlé de jeunes femmes non consentantes, arrachées à leurs maris et à leurs bébés, pour finir comme servantes de Dames des Weyrs. Une haine profonde est en train de naître, Dame Lessa. Le ressentiment et l'envie ont toujours existé, parce que la vie au Weyr est différente, parce que les chevaliers-dragons peuvent voler à travers les continents tandis que les gens du commun sont attachés à la terre, parce qu'ils jouissent de privilèges spéciaux...
Lessa en retrait laisse la vedette à la douce Brekke et à la nymphomane haïssable Kylara. Côté atelier Robinton, maître harpiste, pivot de la scène politique, entre réellement en scène. Enfin Jaxom est maintenant un jeune adolescent et il est temps pour lui de commettre quelques impairs.
Le récit est dense, malgré un démarrage un peu poussif, les innovations surgissent de partout notamment dans la domestication des lézards de feu, charmants dragons miniatures. L'ampleur des connaissances perdues frappe rudement F'lar et ancre effectivement le récit dans la science fiction. Second tome réussit, La quête du dragon prolonge le plaisir initial en bouleversant l'univers mis en place, un bon moment.
L'avis de Calenwen.
Une relecture effectuée dans le cadre du Challenge Anne McCaffrey.

Le vol du dragon d'Anne McCaffrey

L'humanité a essaimée dans les étoiles avant d'amorcer un déclin qui a laissé chaque colonie isolée. Les colons de Pern ont été confrontés à un problème de taille, un planétoïde à l'orbite erratique, approche la planète environ tous les deux cents ans. L'occasion pour une forme de vie aveugle et carnassière de franchir le gouffre spatial pour pleuvoir sur Pern. Afin de survivre ces derniers ont usés de l'ingénierie génétique pour améliorer une espèce autochtone et donner naissance aux dragons... Les dragons et leur maître en symbiose télépathique luttant alors pour brûler les Fils en plein ciel. Le temps passant, les habitants de Pern oublièrent une partie de leur passé et stabilisèrent leur société à un stade médiéval féodal. Les siècles de luttes contre les Fils et de paix passèrent en alternance, jusqu'à ce qu'un intervalle de quatre siècles (le double de l'habituel) provoqua le déclin des chevaliers-dragons mais l'Etoile Rouge revient et rare sont ceux qui y prêtent encore attention.
Elle leva les yeux, attirée par l'Etoile Rouge qui, depuis quelque temps, dominait le ciel au lever du jour. A ce même instant, l'étoile lança un dernier scintillement cramoisi avant que sa magnificence se fonde dans l'éclat du soleil levant de Pern. Des fragments incohérents de contes et de ballades qui évoquaient l'apparition de l'Etoile Rouge à l'aube lui traversèrent l'esprit, trop vite pour qu'ils puissent prendre un sens à ses yeux.
Alors que la jeune Lessa se terre, déguisée en larbin, dans le fief familial tombé sous le joug d'un Seigneur avide, préparant sa vengeance, le chevalier-dragon F'lar se mesure au dit Seigneur pour l'obtention du droit de recruter des candidates au titre de Dame du Wey parmis les femmes du vaste domaine féodal tenu par Fax. La confrontation de deux destins qui annoncera un tournant dans la situation politique du continent.
La décadence du Weyr et de son influence ne venait pas seulement des Seigneurs des Forts et de leurs vassaux. Elle venait aussi du Wey lui-même, résultat de Reines inférieures et de Dames du Weyr incompétentes. Elle venait de l'obstination inexplicable de R'gul de ne pas "ennuyer" les Seigneurs, et de confiner ses chevaliers-dragons à l'intérieur du Weyr, on avait donné trop d'importance à la préparation des Jeux, au point que la compétition interne entre les escadrilles était devenue le but et la fin de l'activité du Weyr.
La verdure n'avait pas poussé du jour au lendemain, et les Seigneurs ne s'étaient pas éveillés, un beau jour, décidant en un éclair d'inspiration de ne pas envoyer la dîme traditionnelle au Weyr. Tout s'était fait graduellement, et le Weyr avait permis que cela continuât, jusqu'au moment où le but et la raison d'être du Weyr et de la race des dragons ne furent plus du tout compris, et où un parvenu, héritier collatéral d'un des anciens Forts put se permettre de mépriser ouvertement à la fois les chevaliers-dragons, et les simples précautions de base grâce auxquelles Pern était libre des Fils.
Avec ce roman, Anne McCaffrey rompt la tradition du dragon menaçant, les grosses bêtes sont ici attachantes tant par leur rôle protecteur que la symbiose avec leur compagnon humain. De même la lutte contre un fléau naturel implacable tranche agréablement avec les luttes de pouvoirs si classique en fantasy. Basée essentiellement sur les actions de Lessa et F'lar, leur lutte pour sauver Pern, la redécouverte du potentiel des dragons, l'intrigue est rapidement prenante et il est difficile de lacher ce classique. Bien que le côté SF soit annoncé dans le préambule ce premier tome ne l'appuie pas, se réservant la redécouverte du passé pour les prochains romans. Au final un classique qui n'a pas pris une ride, se lit très bien et mérite amplement ses prix.
L'avis de Calenwen.
Une relecture effectuée dans le cadre du Challenge Anne McCaffrey.

Rifteurs de Peter Watts

Desjardins n'était pas pathologiste. Il n'en avait pas besoin. Seules deux matières dans tout l'univers valaient la peine d'être connues : la thermodynamique et la théorie de l'information. Des cellules sanguines dans un vaisseau capillaire, des émeutiers dans la grand-rue, des voyageurs porteurs de nouveaux arbovirus en provenance de la Réserve amazonienne - la vie et ses effets de bord -, tout ça était en réalité la même chose. Il y avait juste une différence d'échelle et d'étiquette. Une fois qu'on avait compris cela, on n'avait pas à choisir entre épidémiologie et contrôle aérien. On pouvait faire les deux, immédiatement. On pouvait faire à peu près tout ce qu'on voulait.
Suite apocalyptique de Starfish, les cheminées Channer et l'installation géothermique ont été pulvérisés par l'ARE pour éradiquer les conditions permettant la subsistance du nanobe Béhémoth. Mesure radicale mais qui n'a pas été assez rapide pour empêcher Ken Lubin et Lenie Clarke de s'échapper, chacun de son côté. Par ailleurs, la défaillance initiale des IA biologiques contraint l'ARE a transmettre ses données aux autorités de gestion de crise afin de lutter plus efficacement contre la pandémie qui menace la biosphère. Seul soucis, Lenie Clarke commence à découvrir le traitement qu'on lui a infligé et semble déterminé à prendre sa revanche, consciemment ou non. Tout en ralliant ses terres natales, elle propage Béhémoth d'autant plus efficacement que les modifications faisant d'elle un rifteur lui permettent d'y résister. La traque est lancée mais le Maelstrom, version améliorée de l'internet, outil principale de traque et de communication des autorités est infectée par un petit virus opportuniste, surfant sur les priorités accordées au paquet contenant l'information "Lennie Clarke".
Il a pas mal grossi, depuis. Depuis l'époque où il ne faisait que 94 mégaoctets et était beaucoup plus bête. Il en pèse à présent 128, sans la moindre graisse. Pas de précieuse ressource gâchée en souvenirs nostalgiques, par exemple. Il ne se souvient pas de ses minuscules ancêtres à la millionième génération. Il ne se souvient de rien qui ne l'aide pas d'une manière ou d'une autre à survivre, suivant en cela son implacable empirisme minimal.
La configuration est essentielle. La survie est tout. Vénérer ses ancêtres ne sert à rien. Les stratagèmes des obsolètes ne sont qu'une perte de temps.
Et dans ce réseau où les principes de la génétique ont été appliquées aux programmes, le problème prend très vite une ampleur démesurée, communiquant vers la population, révélant des informations de plus en plus frappantes : l'intérêt devient une mode, le mode, un culte, virant au un réseau révolutionnaire protégeant Clarke, lui permettant de passer entre les mailles des filets... et Béhémoth se propage de plus en plus, provoquant la stérilisation par incinération de régions entières...
Tout en menant le récit de son thriller apocalyptique, Peter Watts développe son univers, présentant une société dystopique assez terrifiante, hantée par les changements climatiques et la raréfication de l'énergie. Peu ou plus d'états, quelques organisations transnationnales toute puissante au service de multinationales en concurrence féroce. Les solutions aux problèmes sont systématiquement cyniques et économiques...
On avait cessé de faire semblant bien avant que Sou-Hon Perreault soit recrutée.
A une époque, elle le savait, on soignait sur place les réfugiés qui tombaient malades. Il y avait des cliniques sur le Strip, juste à côté des bureaux en préfabriqué où les réfugiés venaient remettre des formulaires et garder espoir. Le Strip était alors une mesure temporaire, un simple pis-aller jusqu'à ce que nous nous occupions du travail en retard. Les gens venaient frapper à la porte et un flot régulier la franchissait.
Très peu comparé à la cascade qui s'accumulait derrière.
Les bureaux avaient disparu. Les cliniques aussi. N'AmPac avait depuis longtemps baissé les bras devant la marée montante et cela faisait des années que personne n'avait décrit le Strip comme une étape : il était à présent un véritable terminus. Et désormais, quand cela se gâtait derrière le mur, il ne restait plus de cliniques à mette sur l'affaire.
Il ne restait que les ramasseurs de la fourrière.
Techno thriller efficace, Rifteurs apporte les réponses aux questions soulevées dans Starfish. Les concepts utilisées sont variées, de l'évolution d'internet aux modifications de comportements par interactions avec le système nerveux, en passant par son extraordinaire nanobe préhistorique... L'ambiance est assez sombre même si plusieurs révolutions sont en marche pour le pire ou le meilleur. On est quelque peu soulagé de voire cette dystopie prendre l'eau de toute part même si on se demande s'il quelque chose survivra... Un très bon moment.
Toute le problème était là, d'ailleurs : plutôt que de débarrasser le monde de sa merde, les gens se transformaient en coprophages. Il ne faudrait plus que quelques années à l'espèce humaine pour devenir à moitié cafard. Si un désastre planétaire ne survenait pas d'ici là.
Ce qui serait d'ailleurs préférable. Mieux valait tout casser pour recommencer. Ca mettrait tout le monde sur un pied d'égalité, pour une fois.
Voilà pourquoi Aviva Lu se trouvait à présent à cet endroit-là : elle attendait que Lenie Clarke arrive.
Lenie Clarke, la Madone du Désastre.
Une lecture dans le cadre du Challenge Fins du Monde.

Desolation Road d'Ian McDonald
Mars, quelque part dans le désert le long d'une voie ferrée (les trains fonctionnent à la vapeur obtenue par fusion nucléaire), le docteur Alimantado s'échoue lamentablement. Rebondissant grâce à la présence d'une station de relais radio, il fonde sa nouvelle résidence qu'il baptise Desolation Road. Isolé, il pourra poursuivre ses travaux sur la nature du temps en toute tranquillité. Au fil des ans, d'autres s'échoueront aussi dans ce lieu improbable pour des raisons tout aussi improbables. A chaque fois des personnalités haute en couleur.
Pareilles compétences n'avaient pas échappé à l'attention des autorités de la gare, et quand d'aventure il y avait un percolateur d'avant la fusion qu'on n'arrivait pas à régler, ou une obstruction persistante de la tubulure de la bonbonne numéro trois qui forçait les techniciens frustrés à jeter sur le béton leurs clefs à induction de champ électromagnétique, alors on envoyait le plus jeune des sous-apprentis chercher Rajandra Das dans la puanteur fécale du dédale souterrain de pistes et de tunnels. Et Rajandra Das débloquait la tubulure, réglait le percolateur défaillant et tout remarchait comme sur des roulettes, et parfois mieux qu'avant.
Rajandra Das menait donc une vie de charme, à l'abri des rafles que la police des transports pratiquait périodiquement pour purger les tunnels, respecté, aimé, et dans une aisance confortable. Et puis un jour Rajandra Das gagna la Grande Tombola des Chemins de Fer.
La population s'accroit doucement puis de plus en plus vite au rythme des arrivés moins notables. N'en reste pas moins que le noyau des membres fondateurs est très hétéroclite et souvent atypique, de M Jéricho en passant par les Staline et Tenebrae, sans omettre les Mandella dont les générations vont marquer les esprits bien au-delà de la bourgade. Avec l'extension de la ville viendront les problèmes...
Mikal Margolis rêvait dans sa grotte des sources minérales de Paradise Valley. Sa fortune ne l'attendrait jamais au milieu des rochers de Desolation Road, bien qu'il ait trouvé des cristaux de sulfate de dilemme, que le temps raffina pour donner la substance pure : pour trouver sa fortune il fallait qu'il quitte Desolation Road et sa mère ; la laisser voulait dire partir tout seul et il n'en avait pas le courage. Telle était la substance du dilemme purifié de Mikal Margolis. Sa résolution en composés utiles, et la recherche d'un courage personnel antimaternel allaient le mener, au travers de l'adultère, du meurtre et de l'exil, à la destruction de Desolation Road. Mais patience !
L'écriture est agréable, le ton change souvent du plus terre à terre aux envolées lyriques suivant les circonstances et les personnages. L'univers décrit est totalement foutraque, la magie semblant avoir sa place de temps à autre et côtoie des anges cybernétiques ou des créatures végétales issues d'un univers parallèle n'existant pas encore... Chaque chapitre est une nouvelle surprise, des luttes de voisinage les plus mesquines à la résolution d'une révolution planètaire.
L'horizon bascula sous le soleil et le monde fut inondé de formes et de lumières. Arnie Tenebrae se retourna pour regarder Desolation Road, fouillis d'orange, de rouge et d'argnent scintillant. Rien d'autre n'aurait pu ressembler plus à un insignifiant et abrutissant trou perdu en plein désert et Arnie Tenebrae éprouva une joie féroce et âpre à la pensée de le quitter. Elle avait pris au piège l'oiseau du salut, lui avait chanté sa chanson, l'avait apprivoisé et lui avait tordu le cou. Foncer de bosses en trous vers l'exil sur une trimoto tout-terrain rebelle avec ces romantiques révolutionnaires, c'était l'extase. C'était la culmination de la petite existence insignifiante et absurde d'Arnie Tenebrae.
Vie et mort d'une bourgade sur une Mars terra formée, rappelant celle de Bradbury. L'ambiance est très Far West et on oscille entre l'humour déjanté et le drame, les Chroniques Martiennes et Brazil. Ce premier roman d'Ian McDonald est assez fou et kafkaïen, déroutant au début puis, avec le passage à la seconde génération de protagonistes, addictif. Un bon moment qui laisse entrevoir les succès à venir de l'auteur.
Les avis de Gromovar, Lorhkan, Naufragés Volontaires.
La fille automate de Paolo Bacigalupi

Hock Seng est déjà assis devant son ordinateur. Ses jambes osseuses poussent régulièrement la pédale pour faire fonctionner les microprocesseurs et le petit écran de douze centimètres. Dans la lumière grise de la machine, Anderson aperçoit les yeux du Chinois, le regard d'un homme qui craint un massacre chaque fois qu'une porte s'ouvre. Le tressaillement du vieil homme est aussi hallucinogène qu'un cheschire, - là un instant, disparu le suivant -, mais Anderson a suffisamment l'habitude des réfugiés yellow cards pour reconnaître la terreur réprimée. Il ferme la porte, faisant taire le rugissement de la fabrique, son assistant se calme.
Fin du pétrole, les hydrocarbures sont extrait du charbon à un coût réservée aux quelques états encore en place et aux organisations puissantes... L'énergie est fournie en partie par des gaz produit par la décomposition de déchets organiques ou le stockage dans des ressorts de la force humaine ou animale. Les dirigeables ont remplacés les avions dans les airs, le règne des clippers sur les mers est revenu... L'agriculture s'est effondrée et les sociétés de génie biologique sont devenus des puissances majeures. Leur production est stérile mais est la seule à même de résister aux maladies et parasites qui ravagent la végétation spécialisée... AgriGen et SoyPro font et défont les gouvernements au gré de leur intérêt. Enfin quand les émeutes de la faim et/ou religieuse ne bouleversent pas leurs plans. La guerre et les massacres ethniques abondent...
La Thaïlande a survécu grâce à une politique d'isolement extrême pendant les troubles et sa maîtrise du piratage génétique des plantes des grands sociétés d'agronomie. Avec son indépendance alimentaire est venue l'indépendance énergétique, de gigantesques éléphants transgéniques alimentant par leur mouvement divers les générateurs de son industrie. Les réfugiés abondent à Banhkok, population de seconde zone vivant dans un taudis dans la crainte des lynchages ou refoulement à la frontière.
Un cri s'élève du côté des bouchers du syndicat. Ils ont ouvert le ventre de la bête. Les intestins jaillissent. les ramasseurs d'ordures - les gens du Seigneur du lisier - pataugent dans la masse et commencent à la pelleter dans leurs carrioles à main. Venant d'une source aussi propre, inespérée, les abats vont certainement nourrir les chiens des fermes périphériques du Seigneur du lisier, ou fournir la soupe populaire des yellows cards, alimenter les réfugiés chinois de Malaisie qui survivent dans les ruines des vieilles tours de l'Expansion sous la protection du même Seigneur. Ce que ni les porcs ni les yellows cards ne mangeront sera entassé sur les composteurs à méthane de la ville avec les écorces de fruit et les déjections quotidiennes pour lentement fermenter et se transformer progressivement en compost et en gaz, avant d'éclairer un jour les rues de la cité de la lueur verte du méthane légal.
Dans ce monde rythmé par les mutations des virus, toute une gamme de personnages luttent pour leur survie ou le pouvoir : Jaidee, officier intègre du ministère de l'Environnement ; Kanya, son adjointe sans illusion ; Anderson, cadre d'AgriGen et officieusement barbouze expérimenté ; Hock Seng, réfugié chinois de Malaisie chargé de faire fonctionner l'usine de pile à ressort d'AgriGen et enfin Emiko, jeune femme génétiquement conçue et éduquée pour servir et abandonnée par son propriétaire, un diplomate japonais lors de la fin de mission... Une galerie de personnage tout en nuance de gris, tous des salauds, tous des braves gens, tous voulant tirer leur épingle du jeu dans la période troublée qui se profile.
Au Japon, elle était une merveille. Ici, elle n'est rien d'autre qu'une automate. Les hommes rient de ses mouvements étranges et grimacent de dégoût à son existence même. Elle est une créature interdite pour eux. Les hommes thaïs aimeraient beaucoup la jeter dans leurs cuves de compost à méthane. Entre elle et un homme d'AgriGen, il est difficile de savoir qui ils préféreraient se débarrasser en premier. Et il y a les gaijin. Elle se demande combien appartiennent à l'église grahamite, dédiée à la destruction de tout ce qu'elle représente, cet affront à l'humanité et à la nature. Pourtant, ils restent assis, satisfait d'eux-mêmes, et profitent malgré tout de son humiliation.
Le tableau dressé par Paolo Bacigalupi n'est pas réjouissant mais très bien vu, notre société s'est effondrée mais une autre s'est reconstruite sur ses ruines. Des moyens de transport plus économiques sont revenus à la mode, d'autres moyens de production d'énergie ont été trouvés, le génie génétique règne sur ce siècle à la fois solution et source de la plupart des maux. Les personnages décrit sont attachants pas tant pour leur qualités, ils sont tous bourrés de défauts et loin d'être intègres que par leur volonté de survie. Cette dernière étant le moteur de bien des rebondissements dans le dernier tiers du roman. Ce dernier démarre doucement, le temps de poser le décors et les enjeux avant une accélération de l'intrigue qui va crescendo jusqu'à la conclusion. Une histoire aussi prenante que le décors horrible et fascinant dans lequel elle se déroule. Une réussite à tout les niveaux, un excellent moment.
Ils m'ont donné envie de le lire : Gromovar, Guillaume.
Une lecture dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly.

Sous des cieux étrangers de Lucius Shepard

Lecture longtemps différé, Sous des cieux étrangers est une très bonne surprise avec au programme cinq longues nouvelles aux ambiances très différentes.
Même couronné de succès, le programme des astronefs de reconnaissance ne sauverait qu'une infime partie de la population de la Terre, en majorité des employés de la Seguin Corporation et tous ceux que la compagnie ou bien quelque agence gouvernementale corrompue en jugeraient dignes. Pourtant, nous en étions venus à nous voir comme l'ultime et plus grand espoir des Terriens, et chaque nouvel échec nous portait un coup au coeur et nous laissait anéantis. Nous avions développé un incroyable talent pour l'autodestruction. Tels des Prométhée névropathes, nous rongions notre propre foie et nous évertuions à détruire chaque bonne chose que le ciel nous envoyait.
Bernacle Bill le Spatial ouvre le recueil et nous conduit à bord d'une station spatiale dans un futur plus que sinistre. Pollution, guerres, surpopulation la Terre est en passe de devenir invivable notamment du fait de la prolifération de cultes apocalyptiques déments. Une société tente de trouver un nouveau point de chute pour l'humanité, les maigres colonies implantés dans le système solaire étant plus qu'insuffisante. Des missions d'explorations partent régulièrement et reviennent rarement sur la station Solitaire. Alors que le narrateur, officier de sécurité, prend sous son aile, Bill le demeuré de service et bouc émissaire de la station, il découvre que ce dernier est la première cible d'une secte sanglante qui tente de s'implanter à bord... Tandis que la situation dégènére rapidement, Bill s'inquiète des changements dans les habitudes des parasites spatiaux qui couvrent la coque. Un très bon texte, qui a collectionné les prix, bien construit et plein de surprise, dans un univers cruel et désenchanté.
Avant Katrina, Abundance Square était un programme d'urbanisme à base de maisons traditionnelles, avec patios et balcons peints dans des tons pastels. Les travaux s'étaient achevés peu avant l'ouragan. Aujourd'hui, c'était une désolation peuplée de fenêtres condamnées et d'empilements de meubles sur les trottoirs. Voitures, lits, lampes, bureaux, télés, pianos, jouets et compagnie, tous caparaçonnés de boue séchée. Quoique accoutumée à un tel spectacle, je l'ai trouvé irréel ce soir-là. Mes phares découpaient des images bizarres qui me donnaient l'impression de traverser une scène post-apocalyptique reconstituée en pâte à modeler.
Dead money est mon texte préféré. Jack Lamb, un minable, repère Josey Pellerin un étrange joueur de poker, très doué, à la Nouvelle Orléans. Voyant que ce dernier est sous la tutelle d'une infirmière et d'un médecin, il flaire le gros coup et prévient un mafieux de ses connaissances. Ce dernier envoie quelques gros bras, fait main basse sur le trio et détourne le programme à son profit. Polar efficace mêlant poker et vaudou, ce dernier envisagé sous un angle scientifique. Très bien construit, le récit surprend tant par son sujet que les personnages haut en couleurs, notamment Billy Pitch, mafieux puéril obsédé par les reality shows. Un excellent moment.
L'espace d'une fraction de seconde, j'ai entrevu le véritable Alan Goess sous son masque de nervi impassible, prenant toute la mesure de sa démence ; puis il s'est ressaisi et a dit :"Ca peut aller. Toi aussi, apparemment.
- Les apparences sont trompeuses, a répondu Pellerin. Oui, je suis une âme troublée, mais je crois en la Lumière et la Résurrection. Et toi ?
- Hélas non, a fait Goess. Je n'ai jamais vu personne revenir.
- C'est ce que tu crois." Pellerin allait poursuivre sur ce terrain, mais je l'ai fait sortir de la salle de jeu et lui ai dit de ne pas provoquer Goess.
Radieuse Etoile verte, déjà parue dans le Bifrost n°51, un jeune homme est élevé dans un cirque minable dans un Vietnam futur dans la perspective de sa majorité où il pourra éventuellement prendre en main son héritage s'il arrive auparavant à supprimer un petit obstacle. Son père, accessoirement responsable de la mort de sa mère. Deux options s'offre au jeune homme, la vie de bohème au sein du cirque ou réclamer de manière sanglante son héritage. Freak et cirque d'une autre époque d'un côté, monde hyper technologique de l'autre. Deux ambiances qui cohabitent dans ce récit efficace, un bon moment.
Limbo présente un Jack Shellane truand fuyant ses anciens employeurs. Échoué dans un bled, après avoir revu d'un peu trop près à son goût ses anciens collègues. Il se pose un temps dans une cabane de location au bord d'un lac. Il rencontrera alors Grace, une femme battue dont il s'éprendra. Les apparences se révéleront trompeuses et le récit basculera dans le fantastique. Un récit crépusculaire, tout en faux semblants. Un excellent moment.
Des étoiles entrevues dans la pierre, plonge dans les affres de la création. Le responsable d'un label indépendant reçoit une maquette pleine de promesse, peu de temps après avoir pris l'artiste potentiel, mais néanmoins répugnant, sous son aile, l'inspiration et le génie se répande dans la ville comme portée par une onde. Les individus les plus improbables se découvrant des talents insoupçonnés. L'ambiance provinciale de ce bled ramassé autour de son aciérie est bien rendue, de même que l'amertume de la plupart des individus y ayant échoué. Un très bon moment, on est porté par l'ambiance.
Malgré l'ambiance globalement désenchantée, le dépaysement est présent à chaque fois. Ces textes surprennent agréablement du fait de la maitrise avec laquelle Lucius Shepard mêle noirceur et espoir. Un excellent recueil, présentant des textes aussi variés que réussis, dont il serait dommage de se priver d'autant qu'il vient de paraître en format de poche.
L'avis de Julien le Naufragé.
Le chant du barde de Poul Anderson

Convaincu par l'article de Xavier Mauméjean dans le Bifrost n°61, j'ai acquis Le chant du barde peu de temps après et il sommeillait depuis dans ma pile jusqu'à ce que Guillaume ne m'incite à l'en sortir. Au programme neuf nouvelles ou novella, souvent récompensées d'un Hugo et/ou d'un Nébula, sélectionnées par Jean-Daniel Brèque, avec comme constante le désir d'autodétermination quant au destin de l'humanité de Poul Anderson.
Sam Hall, nous plonge dans une USA futuriste en proie à une tentation fascisante façon 1984 grâce à un super calculateur à la Multivac d'Asimov, Matilda.
- Etudiez l'histoire. Après avoir perdu la Troisième Guerre Mondiale, nous avons dû militariser le pays pour gagner la Quatrième et, ensuite, en vue d'assurer notre sécurité, il nous a fallu devenir les gardiens de la race humaine toute entière. Le peuple l'exigeait.
Le peuple, pensa Thornberg, n'a apprécié la liberté qu'après l'avoir perdue. Il s'est toujours montré disposé à vendre son patrimoine... Ou bien est-ce simplement que, mal entraîné à penser, il n'a su ni voir clair dans la démagogie ni se représenter les conséquences finales de ses voeux ?
Ingénieur chargé des opération de Matilda, Thornberg par esprit de résistance va créer un criminel insaississable, bientôt recherché par toutes les forces de sécurité et bientôt porte étendard de la rébellion...
Un superbe texte qui n'a pas pris une ride malgré l'obsolescence des descriptions du matériel informatique.
Vient ensuite Jupiter et les centaures, un texte qui a probablement fortement influencé l'écriture d'Avatar, bien que la nouvelle soit bien plus inventive et intelligente. Pour explorer Jupiter, la science humaine a donné le jour à un être adapté aux conditions (supposées au moment de l'écriture de la nouvelle) de Jupiter. Ce dernier sera piloter télépathiquement par un humain depuis une station orbitale. Le pilote actuel est un paraplégique doté d'une volonté inflexible qui peu à peu s'identifie à sa marionnette. Un ingénieur spécialisé dans le matériel télépathique venu résoudre les défaillances récentes de l'équipement va être confronté au destin hors du commun que son collègue se forge inconsciemment.
Néanmoins... Moi, l'infirme, je ressens toute la fatigue, la colère, les blessures, les déceptions de cette machine biologique étonnante que nous appelons Joe. Les autres ne comprennent pas. Quand une tempête d'ammoniac lui écorche l'épiderme, c'est moi qui saigne.
Une réussite indéniable, un excellent moment.
Avec Long cours, lointain descendants d'une expédition humaine échoué sur la lune d'une géante gazeuse, une poignée d'explorateurs de la renaissance tente sous la houlette d'un capitaine à la forte personnalité de boucler un tour du monde. Et ce malgré les superstitions quant au fait de passer "sous" la géante gazeuse omniprésente dans le ciel. En croisant une autre peuplade humaine, isolée dans un archipel, mais en retard du point de vue technologique, ils seront confrontés à la source de bien des légendes.... Les insulaires ayant recueillis un voyageur stellaire qui s'est écrasé suite à un incident quelques années auparavant, des légendes prennent corps et l'horizon brusquement s'élargit... L'ambiance et les enjeux changent progressivement, le tout narré de manière très prenante. Superbe !
Pas de trêve avec les rois ! imagine une Amérique post apocalyptique, passé largement dans une phase de reconquête avec les technologies du début du XXeme siècle et un système social semi féodal.
Si seulement nous possédions les ressources suffisantes ! Quelques misérables voies ferrées, un nombre ridicule d'automobiles, une poignée d'avions, des convois de ravitaillement traînés par des mulets - voilà tout ce dont nous disposons . Avec de tels moyens, quelle peut être notre mobilité, je vous le demande ! Et pourtant, j'enrage quand je pense que nous pourrions réaliser ce qui existait aux temps anciens. Rien ne nous manque, ni les livres, ni les connaissances.
Alors qu'une nouvelle guerre de Sécession a lieu suite à une tentative de coup d'état, les loyalistes découvriront la présence d'entités extérieures sur leur sol, bien attentionnées... sur le très long terme. Un texte agréable assez crépusculaire.
Dans Le Partage de la chair, l'empire galactique humain s'est effondré. Les premières sociétés à s'être redréssées ont repris le chemin des étoiles et parcoure l'espace à la recherche des colonies humaines perdues. Alors qu'en contact avec une société primitive sur une planète hostile à la vie humaine, l'épouse d'un des chercheurs est confronté à l'assassinat de son mari et la consommation rituelle de nombre de ses organes. Issue elle même d'une culture implacable, elle se lancera sur la voie de la vengeance mais aussi celle de la compréhension de cette culture. Un excellent texte bien mené.
Hommage à Philip K Dick avec Destins en chaîne, un texte qui relève de l'exercice de style. Plusieurs histoires en une dans un récit labyrinthique au possible. Un texte réussi mais pas aussi acrocheur que les précédents, peut être à cause des dernières mises en situation amusantes mais pas crédibles.
La Reine de l'Air et des Ténèbres confronte un détective privé au mystère des enlevèments d'enfants au frontière d'une colonie humaine sur une planète en cours de colonisation. Aux frontières de la civilisation humaines, des archétypes et mythes ancestraux resurgissent. Les colons isolés tissant des pactes avec le peuple féérique... Un détective rationnel s'attachera à ce mystère et la discrète guerre menée contre les colons. Encore un excellent texte...
Le Chant du Barde met le mythe d'Orphée à la sauce science fictive avec un des références culturelles assez recherchées. N'ayant pas toutes les clés j'ai eu du mal à rentrer dans le texte avant d'être emporté grâce à la seconde moitié du texte. En ce qui me concerne un bon texte en demi teinte, il me manquait quelques clés pour pleinement l'apprécier.
Le Jeu de Saturne met en scène une communauté de scientifique au terme d'un voyage de huit ans vers les confins du système solaire. Le jeu de rôle utile pour tromper l'ennui se révèle ravageur quand il prend le pas sur la réalité lors d'une exploration de Japet. Un besoin d'évason devenue une habitude et finalement un danger quand les décors grandioses du satellite ressembent trop à ceux imaginé pour des aventures de fantasy romantiques... Joli texte bien narré, un bon moment.
Au final un excellent recueil, très varié dans ses ambiances, qui rend justice au talent de Poul Anderson. Un incontournable à lire de toute urgence.
Une lecture commune avec le Traqueur Stellaire.
Le mystérieux Docteur Cornélius de Gustave Le Rouge, Episodes 1 et 2

Le Mystérieux Docteur Cornélius en tant quesérie TV m'a fasciné gamin, ayant découvert il y a quelques temps la réédition de cette série, je me suis laissé tenté.
Au programme de ce premier tome, les deux premiers épisodes.
Le docteur Cornélius Kramm n'avait guère plus de trente-six ans, mais son crâne énorme et entièrement chauve, ses larges lunettes d'or et son visage maigre et rasé le faisaient paraître beaucoup plus vieux. Ses traints étaient réguliers, et il donnait, à première vue, l'impression d'un homme puissamment intelligent mais ses lèvres minces, ses yeux inquiets et fureteurs, derrière les verres de cristal jaune des lunettes, causaient un indicible malaise. Il s'exprimait avec une lenteur et une sécheresse glaciales.
Les deux hommes ne se saluèrent pas. Maintenant qu'ils étaient sans témoins, les politesses banales n'étaient pas de mise.
1 - L'énigme du "Creek Sanglant"
A Jorgell City, ville nouvelle américaine, édifiée par le milliardaire éponyme. En froid avec son fils Baruch, le différent se creusera suite à la tentative de vol d'une pierre précieuse par ce dernier. Doté de quelques talents se lancera alors dans le crime, usant des frères Kramm , Cornélius et Fritz comme de bienveillants receleurs.
2 - Le Manoir aux Diamants
Le chimiste reprit avec effort :
- C'est cette malheureuse coquetterie qui m'a fait me lancer à corps perdu dans la synthèse des gemmes.
Et il s'écria, le regard brillant d'un sombre enthousiasme :
- Je veux les dépouiller de tout leur prestige, ces misérables cailloux, je veux qu'on pave les chenils et les étables avec des rubis, et que nul n'ait la sottise de préférer un diamant, si beau soit-il, à une goutte de rosée brillant dans le calice d'une fleur ! Quel saphir vaut un bleuet dans les blés, quelle améthyste un brin de violette exhalant sa suave odeur sous la mousse ? En haine des pierres, je me suis mis à aimer éperdument les fleurs, et c'est là, sans doute, l'une des causes de mon amitié pour le botaniste Bondonnat.
Cornélius a permis à Baruch démasqué de fuir en France. Là après une agression, il est recueilli et coopté par M de Maubreuil un savant français, ignorant le passé criminel de Baruch, et en passe de réussir à créer des pierres précieuses synthétiques à volonté. Rapidement la tentation criminel reprendra Baruch et le mènera définitivement dans les rets de Cornélius et de son frère.
- Eh bien, non ! s'écria tout à coup Cornélius dont la face squelettique grimaça une sorte de sourire. Ce n'est pas à moi qu'il appartient d'être votre juge... Et non seulement je ne vous livrerai pas, mais je vous donnerai asile et vous associerai à des entreprises grandioses !
Ce premier contact avec Gustave Le Rouge est très plaisant, d'autant plus que le format feuilleton de ses récits est très prenant et la narration fluide sans temps mort. L'ambiance positive pré Première Guerre Mondiale est raffraichissante (la science et la technologie pourraient faire le bonheur de l'humanité) malgré l'accumulation de crimes. Ces deux histoires font visiblement office de prologue et j'ai hâte de lire la suite. Un excellent divertissement.
Burndive de Karin Lowachee

Suite attendue de Warchild, Burndive nous plonge à nouveau dans le futur du Concentra Terre mais avec une ambiance tout autre, plus lente, pleine de spleen et d'attente...
Ryan Azarcon est un jeune homme plein d'avenir, héritier d'une famille bien implantée dans les médias... et du Capitaine Cairo Azarcon.
Voyant peu son père, une fois tous les quatre ans, il mène une vie insouciante d'étudiant aisé jusqu'à ce qu'il assiste à un attentat à la bombe sur Terre... Secoué, de retour sur Austro, sa station spatiale natale, il traîne sa déprime en se droguant et se laissant aller. Le spleen tourne au cauchemar quand lors d'une soirée, un sniper tente de faire un carton sur lui. L'enfer se déchaîne dès son incarcération temporaire avec les autres fêtards traumatisés.
Une meute de gîte. Inutile d'essayer de faire croire à Ryan qu'un de ces minables s'intéressait à la politique. Tous, il les connaissait. Né dans une autre famille, il aurait été aussi ignorant qu'eux, et fier de l'être.
Il se colla les bras sur les oreilles, baissa la tête. Ailleurs, des jeunots pleurnichaient, gémissaient sur leurs copains, copines qui avaient quitté les lieux les pieds devants. Peur, colère, alcool et drogues alimentaient ces cris. Là, on ne parlait pas de quelques ouvriers déchiquetés durant l'heure creuse. Un sniper, dans un des clubs les plus en vue d'Austro, avait visé des fêtards pleins aux as.
L'avait visé, lui. Tous les autres, c'était des dommages collatéraux.
On secouait le grillage pour attirer son attention.
Des singes cinglés, avides de sang.
Tandis que Ryan s'effondre moralement, Cairo Azarcon réagit et quitte la table des négociations de paix qu'il avait entamé avec le Warboy et les Strits, pour rejoindre sa famille. L'univers se focalise sur les Azarcon
Où qu'aille le capitaine, il semblait avoir sa propre traîne cométaire qui, au passage, emportait sa famille.
Tout cela donnait mal à la tête à Ryan. Il se réfugiait dans sa chambre, verrouillait sa porte, grattait sa guitare jusqu'à en avoir mal aux doigts et pensait à l'Argent qu'il n'avait plus. Il tombait endormi n'importe quand, souvent tout habillé. Ce cirque dura douze cycles complets, puis Sid vint le secouer le réveilla.
Les commanditaires de l'attentat se révèleront être des pirates, désirant venger la mort de Falcone, Cairo Azarcon ne laissera alors aucun choix à Ryan, il l'embarque malgré lui et contre l'avis de sa mère à bord du Macédoine. Sid, le garde du corps de Ryan et amant de sa mère sera aussi du voyage...
Commence alors pour Ryan un cheminement qui l'amènera à changer de point de vue quant à la guerre, le Warboy ou Jos Musey, même si les débuts seront quelque peu brusque, du fait de la grande gueule de Ryan.
Il se retourna soudain. Musey ne cilla pas. Ryan se plaça nez à nez avec lui. "Tu n'as pas le droit ! Toi, et ton copain tueur, le Warboy. Je sais comment survivre, j'ai vu..." Assez. Stop ! "... assez de trucs. Je n'ai pas besoin des conseils d'un strit. !
- Sympathisant. Si tu tiens à coller des étiquettes, choisis au moins les bonnes. Ton père est un mutin. Toi un chieur. Moi un symp. C'est en ordre dans ta tête, comme ça ?
Au final le bilan est mitigé malgré les rebondissements en fin de récit, Burndive apparaît comme un roman de transition, présentant la situation terrienne et celle de la famille Azarcon. Le rythme est assez lent et le spleen de Ryan n'est pas aussi prenant que la situation schizophrénique de Jos dans Warchild. Quoi qu'il en soit ce roman se laisse lire et provoque une forte attente concernant le tome à venir, Cagebird, surtout pour le personnage torturé de Yuri. Un bon moment sans plus.
Prospero brûle de Dan Abnett

- Ça n'est pas un secret que nous savions autrefois faire des choses que nous ne savons plus faire, dit Hawser ; des exploits de technologie, et de construction, des miracles de la physique. Nous avons oublié comment réaliser certaines choses que nos ancêtres considéraient comme rudimentaires il y a cinq mille ans. Ce n'est rien, cinq mille ans. C'était un âge d'or, et regardez-nous maintenant, en train de fouiller parmi les cendres pour parvenir à rassembler les pièces. Chacun sait que l'Ere des Luttes a été un âge sombre durant lequel l'Humanité a perdu des trésors innombrables. Mais en réalité, ser, seriez-vous capable de dire précisément ce que nous avons perdu ?
Kasper Hawser est un brillant archéologue, principal architecte du Conservatoire, chargé d'explorer le passé de l'Humanité. Quand son organisation est sur le point d'être absorbée par l'administration impériale, il claque de frustration et se lance dans un nouveau projet : étudier les Astartes en général et particulièrement les bestial Space Wolves.
Après de nombreuses tentatives de contacts infructueuses, il sera finalement admis sur la planète mère de la 6e Légion de manière fracassante après une curieuse tentative d'humour d'érudit. Malmené par les autochtones superstitieux, sauvé par un implacable astarte, il aura le curieux privilège d'être gardé plusieurs décennies en hibernation après avoir été reconstruit et rajeunit. A son éveil, commencera alors un long apprentissage des usages et coutumes des redoutables guerriers, plus philosophes et rusés que leur réputation ne le laissait croire.
Mais la peur le tiraillait et refusait de lâcher prise, continuait de peser sur ses épaules comme une fourrure. Quoi qu'ils pouvaient être, les Loups ne montraient absolument pas la moindre trace de sentiment. Ils arbitraient leurs décisions, le juste ou le faux, en paraissant à chaque fois décider sur un coup de tête, même s'il devait plus probablement s'agir des instincts foudroyants de guerriers à la physiologie accélérée. Il n'était au mieux à leurs yeux qu'une curiosité. Les efforts qu'ils avaient consacrés à lui sauver la vie devaient avoir été considérables. Pour eux, dont les existences étaient à mi-chemin de l'immortalité, cela avait pu n'être simplement qu'un moyen de tromper l'ennui d'un hiver interminable.
Bien que ne sachant pas ce qu'on attend de lui, Hawser qui s'est renommé lui même, Ahmad Ibn Rustah, s'intègre parmi les Loups, trouve la place qu'on lui a réservé. Sans pour autant arriver à dissiper les mystères qui l'entourent lui même et hantent ses rêves de manière récurrente.
- Même la connaissance a ses limites. Il arrive un point où elle devient dangereuse.
Quoi qu'il en soit les intrigues de l'Hérésie d'Horus avancent et viendra le moment où les Space Wolves devront se confronter aux Thousands Sons...
Avec Prospero brûle, Dan Abnett livre un excellent roman de licence, complétant et eclipsant Un millier de fils de Graham McNeill. L'approche via un simple mortel, pion dans un jeu qui le dépasse, est extrêmement efficace. Hawser / Ibn Rustah construit via une succession de flash backs est très attachant, de même que les quelques astartes qui s'attacheront à son histoire, notamment Heoroth Long-croc. Avec ses deux histoires complémentaires et entremêlées ce roman est une excellente surprise, sans doute le meilleur roman de l'Hérésie d'Horus que j'ai lu à ce jour. Un bon moment.
Il m'a donné envie de le lire : Le Traqueur Stellaire.

