01 décembre 2007
Le dernier rayon du soleil de Guy Gavriel Kay

Aussi bien en Al-Rassan qu’en Amnuz et en Soriyye, les
terres ancestrales d’Orient, l’on disait parmi les Asharites que le monde
humain pouvait être divisé en trois groupes : les vivants, les morts, et
ceux qui se trouvaient en mer.
Ibn Bakir était éveillé depuis l’aube, et il remerciait dans
ses prières les dernières étoiles nocturnes de pouvoir être enfin compté parmi
les membres du bienheureux premier groupe.
Dans ce lointain et païen septentrion, au milieu de ce
marché de l’île de Rabady battue par les vents, il avait hâte de commencer à
échanger son cuir, ses étoffes, ses épices et ses lames bien aiguisées contre
des fourrures, de l’ambre, du sel, et de lourds tonneaux de morue séchée, qu’il
vendrait en Ferrières sur le chemin du retour : il voulait prendre au plus
vite congé de ces barbares Erling qui puaient le poisson, la bière et la
graisse d’ours, qui pouvaient vous massacrer pour une querelle sur des prix, et
qui – ces sauvages ! – brûlaient leurs chefs sur des bateaux, parmi leurs
possessions terrestres.
Guy Gavriel Kay exploite à nouveau son monde alternatif pour narrer une page d’histoire romancée à sa façon. L’intrigue s’inspire ici du règne du roi anglais Alfred le Grand (les sources sont indiqués dans les remerciements) au IXeme siècle et de la fin de l’occupation danoise, pardon erling...
Il était roi d’un peuple incertain, dispersé et inculte,
dans une contrée assiégée et marquée par
l’hiver, et il voulait davantage. Il voulait davantage pour eux, ses Anglcyns,
dans cette île. Avec trois générations de paix, il le croyait possible. Depuis
vingt-cinq ans, il prenait des décisions contre son cœur et son âme avec cette
idée en tête. Le temps viendrait bientôt où il en répondrait devant Jad.
Et il ne croyait pas qu’ils se verraient accorder trois
générations.Pas dans ces terres du nord, ce champ d’ossements guerriers. Il vivait
son existence et luttait contre les obstacles, y compris ses fièvres, au défi
de cette pensée amère, comme si de par sa seule volonté il pouvait en être
autrement ; il songeait au dieu dans Son chariot à l’envers du monde,
combattant le mal chaque nuit pour ramener le soleil dans le monde de Sa
création.
Plutôt qu’une longue fresque comme dans « Les Lions d’Al-Rassan », l’action se déroule sur quelque mois, mais les protagonistes sont nombreux, multipliant les points de vue. L’intrigue devient ainsi plus complexe et n’est pas manichéenne. On trouvera bien un sale type qui n’a pas grand-chose pour lui mais c’est la seule exception. Les personnages Erling sont, certes brutaux, mais aussi complexes et tout aussi intéressants que le roi Aëldred et ses proches, ou les cyngaëls voleurs de bétail. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié le personnage de Bern Thorkellson tant pour ses aventures que son évolution.
Le fantastique à une part dans cette histoire via la présence très légère d’une partie des mythes celtiques, sans pour autant allourdir la narration à tiroir de Guy Gavriel Kay. Les personnages sont bien campés et approfondis tandis que leurs destins et leurs histoires personnelles s’entremêleront jusqu’à une confrontation finale aussi forte que celle des Lions d’Al-Rassan.
Une histoire riche et des personnages bien travaillés, Guy Gavriel Kay, réussi à nouveau son adaptation personnelle de l’histoire et il devient rapidement difficile de poser ce roman. Un très bon moment et l’éclairage d’une période peu connue de l’histoire qui m’a incité à me documenter.
C’étaient des hommes de Jormsvik, cependant. Ils firent mouvement avec une rapidité qu’il n’aurait pas crue possible avant de se joindre à eux. On leva le camp et, lorsque les rames furent en place dans les deux derniers bateaux – avec un équipage réduit, mais on n’y pouvait rien – et qu’ils s’éloignèrent sur l’eau, le soleil n’avait guère viré plus loin vers l’occident. C’était leur vie, le sel et le dur labeur, les proues à tête de dragon. "Un Erling à cheval sur la mer…"
31 août 2007
Le Royaume blessé de Laurent Kloetzer.

Il y a quelques années, j’ai lu l’excellent « La Voie
du cygne » de Laurent Kloetzer. J’avais beaucoup apprécié, la publication
du Royaume blessé l’année dernière a rappelé cet auteur à mon bon souvenir.
C’est à cette occasion que l’intégralité de ses œuvres a atterrie dans ma pile
à lire et je dois dire qu’à la lecture de ce roman je ne le regrette pas.
Le décor dans lequel se déroule, l’histoire d’Eylir
Ap’Callaghan est un monde imaginaire, largement inspiré du notre où s’opposent
les clans keltes à l’empire atlan. Les keltes, d’inspiration celtique, vivent
en plein moyen age tandis que les atlans sont en pleine renaissance avec une
pointe de révolution industrielle. A ces deux civilisations se greffent
d’autres nations mineures qui seront traversées rapidement.
A ce moment là, Eylir disparaît de l’histoire avec un grand
H et commence véritablement sa vie. Le narrateur, bien des années plus tard,
apprend son existence par un barde et fasciné commence une longue enquête
recueillant auprès des différents acteurs des contes sur la vie d’Eylir tout en
tentant de retrouvé sa trace.
« A Koronia, au service de Madame, j’étais sujet de
Rhadamanthe, seigneur puissant, pacifique et lumineux. Face à ce Roi blanc
s’était dressé le Roi rouge qui mène les armées, le jeune dieu flamboyant qui
bouleverse le monde. C’était vers lui que penchait mon cœur, peut-être que je
savais que rien ne survivrait de son épopée folle, peut-être aussi parce que
son œuvre était celle d’un seul homme, d’une seule voix.
Et grâce à Kyle, par ces nuits de fièvre à la Grange,
j’étais devenu membre de cette grande histoire. Occupe-toi du gamin…
En me disant ces mots, il m’avait confié le petit Eylir,
Eylir le jeune, frère du Roi rouge. Je tenais la main de l’enfant blond, il
m’avait accompagné jusque dans la retraite de ma pension, regardant toute chose
d’un air tranquille. Je rêvais et l’interrogeais en silence. Et toi, qu’es-tu
devenu dans le sillage d’un frère aussi illustre ? As-tu pris les armes à
ton tour ? Es-tu mort dans une de ses guerres ? Es-tu quelque part
dans le monde, marié et paisible, cultivant ton jardin ? Pourquoi Kyle
m’a-t-il parlé de toi ? Pourquoi à moi ? »
Profitant de fonctions dans l’empire atlan, lui permettant
de mener l’enquête, le narrateur remontera la piste d’Eylir, croisera nombre de
ses relations et le retrouvera.
Selon les conteurs, les histoires d’Eylir varieront de style
et d’ambiance, des nouvelles purement fantastiques surgissant ça et là sans qu’on
sache vraiment avant le dénouement si elles sont fantasmées ou non.
Le destin d’Eylir bien que moins glorieux que celui de son
frère est très captivant et tragique.
Quelques passages dans le domaine du fantastique sont
déroutants mais le récit reste globalement prenant et plein de rebondissements,
un superbe voyage dépaysant.
« Je réfléchissais à toute cette histoire et j’ai
demandé le plus naturellement du monde à la Dame Argine si elle
avait déjà reçu chez elle des compagnons d’Eylir Ap’Callaghan…
Je n’avais pas fini ma question qu’elle a lâché un lourd
plat de terre qui s’est brisé net sur le sol. Le vieil homme a ouvert les yeux
et m’a regardé, très attentif. Quant à Beth, elle a cessé d’essuyer la table,
atterrée. Argine s’est retournée vers moi, son regard brillait comme celui
d’une prophétesse, son visage était plein de colère, j’ai commencé à prendre
peur. Elle a parlé, très lentement, avec une tension énorme dans la voix.
« Personne ne prononce ce nom maudit dans ma maison.
Personne. Sors de chez moi ! »
Comme je tentais stupidement de m’excuser, elle a
crié : « Sors de chez moi ! »
Je me suis empressé d’obéir, j’ai senti qu’elle allait me
tuer si je n’obtempérais pas. Hors de la maison, désemparé, je l’ai entendu
crier, et Beth qui essayait de la calmer. Le vieil homme me regardait depuis la porte, ses yeux
étaient froids, sans indulgence. Il avait de l’allure, même dans un siège
roulant.
Et j’ai compris, bien sûr. J’ai compris où je me trouvais,
avec qui je parlais. Il faut me croire, jusqu’à cet instant, je n’avais pas
fait le rapprochement. Je me maudis encore d’avoir été aussi aveugle, aussi
bête… Sur le coup, je me suis effondré. Comment me faire pardonner un coup
pareil ? C’était impossible… »
02 août 2007
Harry Potter and the Deathly Hallows

Comme les années précédentes, il n’y avait pas besoin de
commander le dernier Harry Potter malgré le battage médiatique qui suggérait
des possibilités de pénurie. J’ai trouvé mon exemplaire à mon retour de
vacances à l’hypermarché du coin à côté d’une promotion pour des raviolis.
Plus sérieusement.
Harry Potter and the Deathly Hallows est donc le dernier
épisode de la série mais aussi le plus sombre. Les morts s’accumulent et le
désespoir se propage énormément.
« He had
never thought to ask Dumbledore about his past. No doubt it would have felt
strange, impertinent even, but after all, it had been common knowledge that
Dumbledore had taken part in that legendary duel with Grindelwald, and Harry
had not thought to ask Dumbledore what that had been like, nor about any of his
other famous achievements. No, they had always discussed Harry, Harry’s past,
Harry’s future, Harry’s plans…»
La narration est bien maîtrisée l’exception d’une ou deux ficelles un peu grosses, des éléments des six épisodes précédents sont repris et la relecture de ces derniers peut s’avérer utile. Les différents personnages sont présentés sous des jours nouveaux ce qui diminue très fortement l’aspect manichéen de ce conte.
L’introduction des « Deathly Hallows » est un des
éléments les mieux amenés du roman et contribue fortement à l’intensité
dramatique. La sortie du cadre de Hogwarts permet de renouveler l’intérêt et
donne un meilleur aperçu de cet univers.
Harry Potter reste un très bon divertissement, quelque peu surmédiatisé, mais pas idiot. L’écriture de Rowling plus mature au fil des tomes et de l’évolution des protagonistes est agréable. Reste donc quelques astuces narratives un peu grossières mais qui ne gâchent pas l’ensemble ni les scènes les plus poignantes.
26 juillet 2007
Le Mage de Gene Wolfe

Vous avez tous du travail. J’en ai pleinement conscience. J’ai
du travail, et je m’efforce de le faire. Je suis moins inquiet que pensif. Nul
ne réfléchissait guère au Sciel… et moi le dernier. Le Père des Batailles, la
Dame et Thunor étaient très sages, cela nous suffisait. Nous les servions à la
moindre occasion, autrement nous mangions, nous buvions, nous joutions et nous
chantions. A présent, il n’y a plus personne pour réfléchir à ma place, et je
me posai la question : Le Père des Batailles l’avait-il prévu ?
Suite et fin du Chevalier donc et changement de ton et d’ambiance. Able narre des épisodes qui lui ont été contés mettant en avant d’autres personnages puis reprend le cours de ses propres aventures. Par ailleurs, il a bien mûri et le regard qu’il porte sur les autres a changé, des personnages ne sont plus du tout décrit de la même façon d’un tome à l’autre !
La plupart des faits non explicités et des intrigues
laissées en suspend dans Le Chevalier sont terminées ici. Able tiendra tous ses
serments mais à sa façon tant ils sont nombreux et contradictoires. Très
épique, chevaleresque et proche de la
mythologie scandinave, moins déroutant que Le Chevalier, ce roman est un
excellent moment et une superbe conclusion à ce diptyque.
Je devrais décrire notre descente par les falaises jusqu’à la plage, mais j’en garde fort peu de souvenirs. Il me revenait à l’esprit les images de Disiri, de Gauvain, de Berthold, du Père des Batailles et de bien d’autres, dont un garçon qui allongé dans l’herbe au milieu des collines, avait vu dans les nuages cent choses étranges, parmi lesquelles un château.
25 juillet 2007
Le Chevalier de Gene Wolfe
J’ai mis un bon moment pour me remettre de L’ombre du
bourreau, tant le style de Gene Wolfe était particulier du fait de la
personnalité de son narrateur. Assez déroutant, ce livre m’a bien plu au final
et j’ai l’intégrale du cycle dans ma pile à lire.
Le Chevalier ne fait pas exception à L’ombre du bourreau et
Gene Wolfe adopte à nouveau un style très particulier tenant à la nature même
de son narrateur : un adolescent américain mystérieusement transporté dans
un univers médiéval fantastique où se mêle chevalerie arthurienne et mythologie
scandinave. Univers très original et particulièrement réussi.
Le principal protagoniste a été renommé Able et nous ne
serons quasiment rien de sa vie antérieure si ce n’est qu’il a un frère auquel
il destine ce manuscrit.
En tant que narrateur Able n’est pas très fiable, il élude
certains passages et s’étend sur d’autres apparemment moins important, n’a de
cesse de faire des références à des évènements ultérieurs et admet même avoir
menti sans toutefois préciser où …
Revenons à l’histoire en elle-même, Able est transporté dans
les sept mondes après avoir pris une branche sur un arbre rare :
l’orépine. Transporté en Aelfrie, il est soumis à un traitement dont il ne
gardera aucun souvenir puis relâché en Mythgarthr par les AElfes au sein du royaume de Célidon.
Adolescent perdu, Able rencontrera la déesse Parka puis
sera recueilli par Berthold, un pauvre hère qui le prend pour son jeune frère
disparu. A partir de là débuteront une série de rencontres qui transformeront
Able tant psychologiquement que physiquement. Doté rapidement d’un corps
adulte, Able va s’identifier à un idéal de chevalerie et agir en conséquence.
Able reste toutefois un jeune adolescent aux réactions assez immatures et
surprenantes : il multiplie les serments au fil de ses rencontres sans se
soucier de la façon de les honorer ou de ce qu’ils impliquent, visiblement manipulé
par diverses factions d’AElfes il poursuis ses pérégrinations sans se poser de
question…
Il subsiste un dernier détail dont je vais t’entretenir
aussi. Je n’étais qu’un gamin. Toug m’avait pris pour un homme, quand bien même
j’avais essayé de le détromper. Son père (à l’instar d’Ulfa) me prenait pour un
homme, plus jeune que lui, mais un homme : des deux, j’étais de loin le
plus robuste. Or, il ne fallait y voir que l’œuvre de Disiri, et je restais, en
vérité, un gosse. J’étais souvent au bord des larmes. Comme cette fois-là, où
je m’approchais des hors-la-loi en cherchant du regard des hommes cachés
derrière des rochers, ou dans les arbres tels les Aelfes. J’ai failli pleurer
une autre fois, et je t’en parlerai plus tard. Quand on est un gamin et qu’on
est dans une situation difficile, on ne peut pas l’admettre, parce que tout s’écroulerait.
Je m’en gardai bien. Je continuai d’avancer vers la vaste
grotte, à pas lents, en me disant : Ma foi, s’ils me tuent, ils me tuent,
et on en parlera plus.
Mais Disiri occupait l’essentiel de mes pensées. Ca n’a
jamais varié le moins du monde, que ce soit en Jotun, à la Bataille de la
Rivière ou ailleurs. Je l’aimais, et je la voulais si fort que ça me déchirait
les entrailles.
Faute de comprendre ce simple fait, peu importe ce que tu
comprendras d’autre : ça n’équivaudra à rien. Les hors-la-loi se
dressaient entre nous, je devais écarter et piétiner tout ce qui nous séparait,
et il en irait ainsi jusqu’au bout.
Avec Le Chevalier, Gene Wolfe se démarque de la fantasy classique et offre ici un texte très particulier mais aussi intelligent et très maîtrisé. Son héros, Able est très attachant par sa candeur et ses idéaux étrangers au monde qu’il parcoure. L’absence de réponse à nombre de questions posé dans ce roman peu déstabiliser mais toutes les réponses sont apportés dans le deuxième volume de ce diptyque, Le Mage, que je dévore actuellement.
02 juillet 2007
Reaper’s Gale de Steven Erikson

« The Malazan Book of the Fallen » est une décalogie de Dark Fantasy dans la veine de la Compagnie Noirede Glen Cook. Reaper’s Gale, le septième et dernier volume paru lui est d’ailleurs dédié.
The city
was a mess. Riots and earthquakes and Moranth munitions. Lostara Yil began to
realize that, if the arrival of the Bonehunters signified anything, it was the
promise of a return to order, a new settling of civilization, of laws and,
ironically of peace.
But Adjunct, if we tarry here too
long, that will turn. It always does. Nobody likes being under an occupier’s heel. Simple human nature, to take one’s
own despair and give it a foreigner’s face, then let looste the hounds of
blood.
See these
citizens ? These bright, gladdened faces ? Any one of them, before long, could
turn. The reapers of violence can hide behind the calmest eyes, the gentlest of
smiles.
Archéologue
et anthropologue de formation, Steven Erikson se fait un malin plaisir à
multiplier les peuples et les ethnies plus que des races stéréotypées. Dans son
univers, l’humanité est prédominante et les races non humanoïdes sont très
rares ou quasiment éteintes.
He
looked again to the wall on the right, where, hanging from an iron hook, there
was a bundle of fetishes. Feathers, strips of sealskin, necklaces of strung
shells, shark teeth. The bedraggled remnants of three children – all that
remained to remind them of their lives.
Tout cela serait simple si des règlements de compte entre
ascendants ne resurgissaient à nouveau à la surface.
Qu’est ce qu’un ascendant ? Simplement un mortel qui a travers la magie ou des épreuves à transcender son état. Tous les dieux sont des ascendants mais tous les ascendants ne sont pas des dieux. Plus clairement un dieu est un ascendant qui s’est retrouvé doté de croyant et généralement règne sur une contrée magique. Les dieux ne sont donc pas éternels ni à l’origine du monde malgré les prétentions des trois races humanoïdes Tiste (Tiste Andi, Tiste Liosan et Tiste Edur, respectivement peuples des ténèbres, de la lumière et de l’ombre) qui affirme que tout est issue de Mother Dark la déesse qui les a engendrée. Il semblerait aussi que les dieux soit quelque peu prisonnier de leur propre culte et privés d’une partie de leur libre arbitre par les a priori de leur fidèles.
Dans cette série, nous suivons donc les conflits qui opposent les membres de l’ancienne garde « malazan » aux conflits et insurrections qui secouent l’empire et le monde. En effet, dans un lointain passé des magiciens ont amenés dans ce monde une divinité issue d’un autre afin de lutter contre un tyran. Le rituel a mal tourné, les magiciens ont été détruits et l’entité a été brisée lors de son arrivée. Fortement lié au chaos et folle de douleur, elle a entrepris la destruction de son environnement puis a été stoppée et enchaîné par les ascendants de l’époque, cette entité connue sous le nom de Crippled God agit désormais discrètement et manipule tout ceux qu’elle peut atteindre afin de noyer le monde dans le sang, enfin en apparence…
Les intrigues sont multiples et les personnages innombrables malgré la forte attrition qui les frappent. Chez Erikson tout est lié et des évènements ayant eu lieu des millénaires auparavant peuvent avoir des répercussions au cours de l’époque contemporaine. Certains ascendants n’ont de cesse de se mêler des grandes lignes de l’histoire tandis que d’autres se contentent de rester neutre ou de se comporter de manière infantile. Toutefois les uns comme les autres peuvent se faire piéger par des mortels de manière assez jubilatoire.
Bugg
walked across the roof to stand beside the bed. He studied the repose form of
Tehol Beddict for a moment, then he collected the netting and draped it over
his master.
Eyes, one
brown, the other blue, blinked up at him. “Shouldn’t there be a frame or something ? I feel I
am readied for my own funeral here.”
“We used the
frame for this morning’s fire.”
“Ah. Well,
is this going to keep me from being bitten ?”
“Probably
not, but it looks rather fetching.”
Tehol closed
his blue eye. “I see…”
Bugg sighed. « Gallows humour, Master. »
« My,
you are in a state, aren’t you ? »
“I am
undecided,” bugg said, nodding. “Yes I know, one of my eternal flaws.”
“What you
require, old friend, is a mortal’s perspective on things. So let’s hear it. Lay
out the dilemma for me, Bugg, so that I might provide you with properly pithy
solution.
“The Errant
follows the Warlock King, to see what he plans. The Warlock King meddles with
nefarious rituals set in place by another ascendant, who in turn leaves off
eating a freshly killed corpse and makes for an unexpected rendezvous with said
Warlock King, where they will probably make each other ‘s acquaintance then
bargain to mutual benefit over the crumbling chains binding another ascendant –
one soon to be freed, which will pertub someone far to the north, although that
one is probably not yet ready to act. In the meantime, the long-departed Edur
fleet skirts the Draconean Sea and shall soon enter
the river mouth on its fated return to our fair city, and with it are two fell
champions, neither of whom is likely to do what expected of them. Now, to add
spice to all that, the secret that is the soul of one Scabandari Bloodeye will,
in a depressingly short time, cease to be a secret, and consequently and in
addition to and to concomitant with, are in for an interesting summer.”
“Is that all ?”
“Not in
the least, but one mouthful at a time, I always say.”
Par ailleurs, la guerre est courante et sale ! Les champs de batailles sont marqués par l’utilisation de la magie, d’explosifs chimiques (pour les malazan) et d’armement médiéval, un mélange baroque à mi chemin entre guerre moderne et antique. Les membres et les tripes jonchent le sol, les génocides sont monnaie courante sans parler de meurtres, viols et compagnie conséquences des intrigues politiques de moindre envergures.
Aussi sombre que soit son univers, Steven Erikson y a intégré
une note humoristique par l’ajout de protagonistes pour le moins improbables
déjantés ou dotés d’une faconde hallucinante. Chaque tome intègre ainsi une
part d’humour entre de grandes séquences héroïques bien sombres, on reste
toutefois très loin de l’humour de Eddings ou de Vance, bien qu’Erikson tourne
quelque fois en dérision les poncifs du genre, à sa manière : sombre.
A
snort from Fear Sengar, where he sat on a stone bench near the portal way. “Boredom
is stealing the last fragments of sanity in your mind, slave. I for one will
not miss them.”
“The wizards
and Silchas are probably arguing the manner of your execution, Fear Sengar,”
Udinaas said. “You are their most hated enemy, after all. Child of the
Betrayer, spawn of lies and all that. It suits your grand quest, for the moment
at least, doesn’t it ? Into the viper’s den – every hero needs to do that right
? And moments before your doom arrives,
out hisses your enchanted sword and evil minions die by the score. Ever
wondered what the aftermath of such slaughter must be ? Dread depopulation,
shattered families, wailing babes – and should that crucial threshold be
crossed, then inevitable extinction is assured, hovering before them like a
grisly spectre. Oh yes, I heard my share when I was child, of epic tales and
poems and all the rest. But I always started worrying… about those evil minions,
the victims of those bright heroes and their intractable righteousness. I mean,
someone invades your hide-out, your cherished home, and of course you try to
kill and eat them. Who wouldn’t ? There they were, nominally ugly and
shifty-looking, busy with their own little lives, plaiting nooses or some such
thing. Then shock ! The alarms are raised ! The intruders have somehow slipped their chains
and death is a whirlwind in every corridor ! »
Reaper’s Gale se détache un peu de la série dans la mesure où elle apporte de nombreuses réponses et résout de nombreuses intrigues secondaires lancées en début de série. Les pistes en suspend sont moins nombreuses en fin de volume qu’en début, ce qui est un soulagement par rapport au tome précédent « The Bonehunters » et relance de fait l’intérêt de la série qui avait quelque peu décru.
« The malazan book of the fallen » est une série fleuve sombre, complexe, épique et résolument dramatique tant Erikson arrive à nous surprendre en exécutant les personnages les plus attachants aux moments les plus inattendus. A réserver aux amateurs chevronnés.
A noter que cette série est depuis peu éditée en français chez Calmann-Lévy.
01 juin 2007
L’enjomineur – 1794 de Pierre Bordage

Les intrigues se dénouent et nombre de personnages
secondaires oubliés refont surface…
Emile hésite entre le cauchemar sanglant de Mithra et le
paisible monde invisible tandis que Cornuaud et sa sorcière africaines, las des
carnages, s’humanisent peu à peu…
De Paris, le récit se portera rapidement en Vendée où la
répression anti-royaliste fait rage.
Emile et Cornuaud croiseront les connaissances de l’autre
puis finiront par se rencontrer une dernière fois…
L’auteur renoue avec la fureur meurtrière de 1792 en
décrivant la répression aveugle menée par les troupes républicaines en Vendée,
toutefois le récit reste emprunt d’espoir notamment dans l’évolution de la
psychologie des personnages : le temps du fanatisme est terminé et celui
des désillusions arrive. Plus que celle de Cornuaud, l’évolution d’Emile est
assez intéressante et pleine de rebondissement même si ses propres aventures
sont quelques peu répétitives dans leur structure, cela tenant sans doute à la
nature non belliqueuse du personnage.
Le cycle de l’Enjomineur se termine donc ici sur une note
humaniste, la révolution française et la révolte vendéenne auront été conté
sans manichéisme : les manœuvres des deux camps étant présentés sans fard.
La narration n’est pas sans rappeler celle des « Chemins de Damas »
avec l’apparition de plus en plus fréquente de grain de sable dans les rouages
des machines à massacrer au fur et à mesure que la lassitude et les
désillusions apparaissent et que la compassion revient.
Une trilogie pleine de fureur se terminant de manière quelque peu rapide
et téléphonée pour Emile mais rehaussée par l’histoire de Cornuaud. Un bon
moment pour les amateurs de Bordage.
27 mai 2007
L’enjomineur – 1793 de Pierre Bordage

Emile tiraillé entre ses inquiétudes pour Perette et la
mission qui lui a été confiée à sombré dans l’errance tandis que Cornuaud
croupie à la conciergerie non pour ses meurtres mais ironiquement pour une
attitude contre-révolutionnaire.
La condamnation de Louis XIV et sa décapitation marque le
début de la Terreur. La division déchire la France et la guerre civile éclate… Emile finira par renouer
avec le monde invisible et arrivera à Paris, perdu au milieu des factions qui s’entre
déchirent tel un chien dans un jeu de quilles. Son chemin finira par croiser
brièvement celui de Cornuaud, dont les maigres relations parmi les royalistes
lui permettent de sauver sa tête pour devenir un agent du Comité de sûreté générale.
La rencontre sera brève et les chemins du héraut du monde invisible et de l’assassin
ensorcelé semble ne plus devoir se croiser.
Les contractions de la Terreur n’épargnent personne et la
secte de Mithra connaîtra aussi quelques déboires quand ses appuis révolutionnaires
se retourneront contre elles.
Pierre Bordage continue donc la narration de ces deux histoires
qui s’entrecroisent sans se confondre et sa fresque révolutionnaire à Paris et en
Vendée. La place accordée aux personnages secondaires devient un peu plus importante
(Antoine Schwarz,la
comédienne Armande) et permet d’étayer l’intrigue principale en
multipliant les points de vue.
Si Emile reste un esprit ouvert et naïf, Cornuaud évolue quelque
peu en démontrant qu’il possède encore une once d’humanité entre deux carnages.
Moins sanglant que 1792, 1793 reste très sombre en mettant
en évidence les excès et les absurdités de la Terreur.
21 mai 2007
L’enjomineur – 1792 de Pierre Bordage

A travers cette trilogie de « l’enjomineur », Pierre Bordage retrace l’histoire de la révolution française à Nantes, dans la région de Luçon en Vendée et à Paris. Dans ce premier tome les principaux protagonistes sont présentés : Emile, orphelin élevé par un prêtre des Lumières et réputé pour être le fils d’une fée et Cornuaud truand sanguinaire et maudit.
Si l’auteur s’attache à la trame historique, il y mêle
subtilement et efficacement des éléments de fantasy : le merveilleux
existe et la sorcellerie fonctionne. Emile, esprit des Lumières mais attaché à
sa terre sera confronté au folklore vendéen : petit peuple, druide ou
rebouteuse, fée tandis que Cornuaud sera victime d’un sombre envoûtement.
« Dans quelques semaines, dans quelques jours, les
chemins, les champs et les forêts cesseraient d’être sûrs, plus aucun principe
ne se dresserait entre les soudards des deux camps et les populations sans
défense. La violence hystérique avec laquelle les villageois de La Réorthe
avait accueilli leur prêtre jureur augurait d’une guerre sans merci. L’Abbé
Rambaud avait l’habitude de dire que les guerres religieuses et les
guerres civiles comptaient parmi les plus féroces, les plus cruelles de toute
l’histoire humaine. Or le conflit qui s’annonçait serait à la fois religieux et
civil, pétri d’une haine attisée par les agents des deux bords. L’affrontement
servait les intérêts politiques et financiers des partis opposés, comme si
cette terre autrefois paisible était devenu l’objet de toutes les tensions,
comme si on n’avait pas d’autre choix que de la défendre ou de
l’écraser. »
Comme le titre l’indique l’intrigue débute en 1792, Emile, ouvrier agricole mais cultivé vois la révolte prendre forme dans les campagnes vendéennes où les paysans ne supportent pas que les révolutionnaires s’immiscent dans leur liberté de culte, attisée par le clergé et la noblesse locale les esprits s’échauffent. Confronté à la violence envers des êtres qui lui sont chers, il n’aura plus d’autres choix que de se tourner vers les créatures étranges qui ne cessent de le hanter et auxquels il ne croit pas…
De son côté, Cornuaud, ex truand nantais, embarqué sur un navire du commerce triangulaire pour se faire oublier de la pègre locale, est envoûté (enjominé) par une sorcière suite au viol d’une fillette africaine lors de la traversée vers les Antilles. De retour en France, il sera consumé par un démon vengeur le poussant à massacrer les blancs, fossoyeurs du continent africain. Tout en cherchant à se défaire de ce maléfice, il intégrera un club révolutionnaire qui lui permettra de trouver refuge à Paris après quelques excès meurtriers. Là, il participera à la prise des Tuileries et aux évènements qui suivront toujours guidé par un soucis de délivrance plutôt qu’une quelconque ferveur révolutionnaire.
Enfin dans l’ombre, un culte de Mithra secret et sanguinaire
attise l’hystérie collective parisienne et déjoue les tentatives de
démantèlement des forces de police moribondes.
La fresque révolutionnaire de Pierre Bordage est sans
concession, il renvoie dos à dos monarchiste et révolutionnaire sans prendre
parti. Les excès des deux camps sont narrés sans fioritures et les intermèdes
fantastiques vécu par Emile sont rafraîchissants par rapport aux récits de
massacres récurrents de ces heures sombres de la révolution.
En mêlant fantasy et réalité historique, grands évènements
et intrigues secondaires, Pierre Bordage réussi ici un sans faute, tant les
motivations humanistes voire naïves d’Emile que la sombre détermination
de Cornuaud sont passionnantes à suivre…
A suivre donc dans 1793 et 1794.
A noter aussi les agréables illustrations intérieures qui ornent chaque début de chapitre.
05 mai 2007
Pieds d’argile de Terry Pratchett

« Ces noms ne me disent rien, j’en ai peur. »
Le doigt de Vimaire se crispa sur la gâchette de l’arbalète.
« Non, dit-il en respirant profondément. Sans doute.
L’enquête se poursuit et on risque de trouver d’autres chefs d’accusation.
Votre tentative d’empoisonnement du Patricien est pour moi une circonstance
atténuante.
- Vous voulez vraiment me mettre sous le coup d’une
inculpation ?
- Je préférerais vous
mettre des coups tout court, dit Vimaire d’une voix forte. Mais je vais devoir
me contenter d’une inculpation. »
Retour sur le Disque Monde à Ankh-Morpork exactement pour
suivre une nouvelle enquête du guet. « Guet des Orfèvres » était
quelque peu brouillon, ce dix neuvième livre des annales du Disque Monde efface
les défauts de cette précédente aventure des policiers les plus déjantés mais
aussi les plus attachants de la fantasy.
Vimaire revient sur le devant de la scène et les autres
membres du guet se partage équitablement les seconds rôles.
De l’héraldique, une tentative d’empoisonnement du
Patricien, des assassinats, des Golems au comportement étrange et un complot
composent la trame de ce roman. Les thèmes abordés sont nombreux aussi bien le
sexisme chez les nains, les doutes d’Angua à propos de sa double vie, l’intolérance
latente et maîtrisée de Vimaire, l’aveuglement candide de Carotte…
Tout cela est passionnant et le livre se lit quasiment tout
seul et sans effort ce qui n’est pas sans rappeler le cultisime et récent
« Ronde de Nuit ». A bien des égards, ces deux romans se ressemblent
même si le dernier conserve une légère longueur d’avance.
La recette d’un Pratchett au mieux de sa forme fonctionne
donc parfaitement : de l’humour, un univers délirant, de la noirceur, une
pointe d’angoisse, de l’espoir et un regard lucide sur le monde. Mission
accomplie, « Pieds d’argile » est un des meilleurs moments des
annales du Disque Monde et tient son rang sans problème à côté de « Ronde
de Nuit », « Le Faucheur », « La Vérité » et
« Les Petits Dieux ».
« Vous êtes sur pour Cerceau, monsieur ? demanda
Côlon en le rattrapant.
- Eh bien, est-ce que vous lui
faites confiance ?
- A Cerceau ? ‘videmment
qu’non !
- Voilà. Il n’est pas fiable,
donc on ne se fie pas à lui. Alors on sait à quoi s’en tenir. Mais je l’ai vu
requinquer un cheval que tout le monde disait bon pour l’équarrisseur. Les
vétérinaires sont obligés d’avoir des résultats, Fred. »
La stricte vérité. Quand un docteur, après force saignées et
ventouses, s’aperçoit qu’un patient est mort de désespoir pur et simple, il
peut déclarer « Crénom, la volonté des dieux, ça fera trente piastres s’il
vous plaît. » et s’en repartir en homme libre. C’est parce que l’être
humain, techniquement, ne vaut rien. En revanche, un bon cheval de course peut,
lui, valoir vingt mille piastres. Le vétérinaire qui en laisse un partir trop
tôt pour le grand paddock céleste risque d’entendre, s’échappant d’une ruelle
sombre, une voix lui glisser quelques mots comme « Monsieur Chrysoprase
est très contrarié » et connaître une fin de vie fertile en incidents.
