Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

01 décembre 2007

Le dernier rayon du soleil de Guy Gavriel Kay

51MEHMPNE9L__SS500_

Aussi bien en Al-Rassan qu’en Amnuz et en Soriyye, les terres ancestrales d’Orient, l’on disait parmi les Asharites que le monde humain pouvait être divisé en trois groupes : les vivants, les morts, et ceux qui se trouvaient en mer.
Ibn Bakir était éveillé depuis l’aube, et il remerciait dans ses prières les dernières étoiles nocturnes de pouvoir être enfin compté parmi les membres du bienheureux premier groupe.
Dans ce lointain et païen septentrion, au milieu de ce marché de l’île de Rabady battue par les vents, il avait hâte de commencer à échanger son cuir, ses étoffes, ses épices et ses lames bien aiguisées contre des fourrures, de l’ambre, du sel, et de lourds tonneaux de morue séchée, qu’il vendrait en Ferrières sur le chemin du retour : il voulait prendre au plus vite congé de ces barbares Erling qui puaient le poisson, la bière et la graisse d’ours, qui pouvaient vous massacrer pour une querelle sur des prix, et qui – ces sauvages ! – brûlaient leurs chefs sur des bateaux, parmi leurs possessions terrestres.

Guy Gavriel Kay exploite à nouveau son monde alternatif pour narrer une page d’histoire romancée à sa façon. L’intrigue s’inspire ici du règne du roi anglais Alfred le Grand (les sources sont indiqués dans les remerciements) au IXeme siècle et de la fin de l’occupation danoise, pardon erling...

Il était roi d’un peuple incertain, dispersé et inculte, dans une contrée assiégée et marquée par l’hiver, et il voulait davantage. Il voulait davantage pour eux, ses Anglcyns, dans cette île. Avec trois générations de paix, il le croyait possible. Depuis vingt-cinq ans, il prenait des décisions contre son cœur et son âme avec cette idée en tête. Le temps viendrait bientôt où il en répondrait devant Jad.
Et il ne croyait pas qu’ils se verraient accorder trois générations.Pas dans ces terres du nord, ce champ d’ossements guerriers. Il vivait son existence et luttait contre les obstacles, y compris ses fièvres, au défi de cette pensée amère, comme si de par sa seule volonté il pouvait en être autrement ; il songeait au dieu dans Son chariot à l’envers du monde, combattant le mal chaque nuit pour ramener le soleil dans le monde de Sa création.

 

Plutôt qu’une longue fresque comme dans « Les Lions d’Al-Rassan », l’action se déroule sur quelque mois, mais les protagonistes sont nombreux, multipliant les points de vue. L’intrigue devient ainsi plus complexe et n’est pas manichéenne. On trouvera bien un sale type qui n’a pas grand-chose pour lui mais c’est la seule exception. Les personnages Erling sont, certes brutaux, mais aussi complexes et tout aussi intéressants que le roi Aëldred et ses proches, ou les cyngaëls voleurs de bétail. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié le personnage de Bern Thorkellson tant pour ses aventures que son évolution.

Le fantastique à une part dans cette histoire via la présence très légère d’une partie des mythes celtiques, sans pour autant allourdir la narration à tiroir de Guy Gavriel Kay. Les personnages sont bien campés et approfondis tandis que leurs destins et leurs histoires personnelles s’entremêleront jusqu’à une confrontation finale aussi forte que celle des Lions d’Al-Rassan.

Une histoire riche et des personnages bien travaillés, Guy Gavriel Kay, réussi à nouveau son adaptation personnelle de l’histoire et il devient rapidement difficile de poser ce roman. Un très bon moment et l’éclairage d’une période peu connue de l’histoire qui m’a incité à me documenter.

 

C’étaient des hommes de Jormsvik, cependant. Ils firent mouvement avec une rapidité qu’il n’aurait pas crue possible avant de se joindre à eux. On leva le camp et, lorsque les rames furent en place dans les deux derniers bateaux – avec un équipage réduit, mais on n’y pouvait rien – et qu’ils s’éloignèrent sur l’eau, le soleil n’avait guère viré plus loin vers l’occident. C’était leur vie, le sel et le dur labeur, les proues à tête de dragon. "Un Erling à cheval sur la mer…"


Posté par efelle à 20:16 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 août 2007

Le Royaume blessé de Laurent Kloetzer.

41QSZQ56DYL

Il y a quelques années, j’ai lu l’excellent « La Voie du cygne » de Laurent Kloetzer. J’avais beaucoup apprécié, la publication du Royaume blessé l’année dernière a rappelé cet auteur à mon bon souvenir. C’est à cette occasion que l’intégralité de ses œuvres a atterrie dans ma pile à lire et je dois dire qu’à la lecture de ce roman je ne le regrette pas.

Le décor dans lequel se déroule, l’histoire d’Eylir Ap’Callaghan est un monde imaginaire, largement inspiré du notre où s’opposent les clans keltes à l’empire atlan. Les keltes, d’inspiration celtique, vivent en plein moyen age tandis que les atlans sont en pleine renaissance avec une pointe de révolution industrielle. A ces deux civilisations se greffent d’autres nations mineures qui seront traversées rapidement.

Eylir est le demi frère cadet d’Allender Ap’Callaghan, conquérant précoce (clairement inspiré d’Alexandre le Grand). Orphelin de père, Eylir sera élevé dans l’ombre de son frère et traîné sur nombre de champ de bataille avant que sa mère ne le soustrait à la folie de son frère.
A ce moment là, Eylir disparaît de l’histoire avec un grand H et commence véritablement sa vie. Le narrateur, bien des années plus tard, apprend son existence par un barde et fasciné commence une longue enquête recueillant auprès des différents acteurs des contes sur la vie d’Eylir tout en tentant de retrouvé sa trace. 

« A Koronia, au service de Madame, j’étais sujet de Rhadamanthe, seigneur puissant, pacifique et lumineux. Face à ce Roi blanc s’était dressé le Roi rouge qui mène les armées, le jeune dieu flamboyant qui bouleverse le monde. C’était vers lui que penchait mon cœur, peut-être que je savais que rien ne survivrait de son épopée folle, peut-être aussi parce que son œuvre était celle d’un seul homme, d’une seule voix.
Et grâce à Kyle, par ces nuits de fièvre à la Grange, j’étais devenu membre de cette grande histoire.
Occupe-toi du gamin…
En me disant ces mots, il m’avait confié le petit Eylir, Eylir le jeune, frère du Roi rouge. Je tenais la main de l’enfant blond, il m’avait accompagné jusque dans la retraite de ma pension, regardant toute chose d’un air tranquille. Je rêvais et l’interrogeais en silence. Et toi, qu’es-tu devenu dans le sillage d’un frère aussi illustre ? As-tu pris les armes à ton tour ? Es-tu mort dans une de ses guerres ? Es-tu quelque part dans le monde, marié et paisible, cultivant ton jardin ? Pourquoi Kyle m’a-t-il parlé de toi ? Pourquoi à moi ? »
 

Profitant de fonctions dans l’empire atlan, lui permettant de mener l’enquête, le narrateur remontera la piste d’Eylir, croisera nombre de ses relations et le retrouvera.
Selon les conteurs, les histoires d’Eylir varieront de style et d’ambiance, des nouvelles purement fantastiques surgissant ça et là sans qu’on sache vraiment avant le dénouement si elles sont fantasmées ou non.
Le destin d’Eylir bien que moins glorieux que celui de son frère est très captivant et tragique.
Quelques passages dans le domaine du fantastique sont déroutants mais le récit reste globalement prenant et plein de rebondissements, un superbe voyage dépaysant. 

« Je réfléchissais à toute cette histoire et j’ai demandé le plus naturellement du monde à la Dame Argine  si elle avait déjà reçu chez elle des compagnons d’Eylir Ap’Callaghan…
Je n’avais pas fini ma question qu’elle a lâché un lourd plat de terre qui s’est brisé net sur le sol. Le vieil homme a ouvert les yeux et m’a regardé, très attentif. Quant à Beth, elle a cessé d’essuyer la table, atterrée. Argine s’est retournée vers moi, son regard brillait comme celui d’une prophétesse, son visage était plein de colère, j’ai commencé à prendre peur. Elle a parlé, très lentement, avec une tension énorme dans la voix.
« Personne ne prononce ce nom maudit dans ma maison. Personne. Sors de chez moi ! »
Comme je tentais stupidement de m’excuser, elle a crié : « Sors de chez moi ! »
Je me suis empressé d’obéir, j’ai senti qu’elle allait me tuer si je n’obtempérais pas. Hors de la maison, désemparé, je l’ai entendu crier, et Beth qui essayait de  la calmer. Le vieil homme me regardait depuis la porte, ses yeux étaient froids, sans indulgence. Il avait de l’allure, même dans un siège roulant.
Et j’ai compris, bien sûr. J’ai compris où je me trouvais, avec qui je parlais. Il faut me croire, jusqu’à cet instant, je n’avais pas fait le rapprochement. Je me maudis encore d’avoir été aussi aveugle, aussi bête… Sur le coup, je me suis effondré. Comment me faire pardonner un coup pareil ? C’était impossible… »

Posté par efelle à 19:56 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 août 2007

Harry Potter and the Deathly Hallows

51OD4tpAHaL

Comme les années précédentes, il n’y avait pas besoin de commander le dernier Harry Potter malgré le battage médiatique qui suggérait des possibilités de pénurie. J’ai trouvé mon exemplaire à mon retour de vacances à l’hypermarché du coin à côté d’une promotion pour des raviolis.

Plus sérieusement.
 
Harry Potter and the Deathly Hallows est donc le dernier épisode de la série mais aussi le plus sombre. Les morts s’accumulent et le désespoir se propage énormément.

« He had never thought to ask Dumbledore about his past. No doubt it would have felt strange, impertinent even, but after all, it had been common knowledge that Dumbledore had taken part in that legendary duel with Grindelwald, and Harry had not thought to ask Dumbledore what that had been like, nor about any of his other famous achievements. No, they had always discussed Harry, Harry’s past, Harry’s future, Harry’s plans…»

 Harry, dont Rowling n’a pas fait un saint, est un peu moins arrogant, sujet au doute mais toujours aussi centré sur sa petite personne.

La narration est bien maîtrisée l’exception d’une ou deux ficelles un peu grosses, des éléments des six épisodes précédents sont repris et la relecture de ces derniers peut s’avérer utile. Les différents personnages sont présentés sous des jours nouveaux ce qui diminue très fortement l’aspect manichéen de ce conte.

L’introduction des « Deathly Hallows » est un des éléments les mieux amenés du roman et contribue fortement à l’intensité dramatique. La sortie du cadre de Hogwarts permet de renouveler l’intérêt et donne un meilleur aperçu de cet univers.

Harry Potter reste un très bon divertissement, quelque peu surmédiatisé, mais pas idiot. L’écriture de Rowling plus mature au fil des tomes et de l’évolution des protagonistes est agréable. Reste donc quelques astuces narratives un peu grossières mais qui ne gâchent pas l’ensemble ni les scènes les plus poignantes.

 

 

Posté par efelle à 20:34 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 juillet 2007

Le Mage de Gene Wolfe

51DXB7KJ6GL

Vous avez tous du travail. J’en ai pleinement conscience. J’ai du travail, et je m’efforce de le faire. Je suis moins inquiet que pensif. Nul ne réfléchissait guère au Sciel… et moi le dernier. Le Père des Batailles, la Dame et Thunor étaient très sages, cela nous suffisait. Nous les servions à la moindre occasion, autrement nous mangions, nous buvions, nous joutions et nous chantions. A présent, il n’y a plus personne pour réfléchir à ma place, et je me posai la question : Le Père des Batailles l’avait-il prévu ?

Suite et fin du Chevalier donc et changement de ton et d’ambiance. Able narre des épisodes qui lui ont été contés mettant en avant d’autres personnages puis reprend le cours de ses propres aventures. Par ailleurs, il a bien mûri et le regard qu’il porte sur les autres a changé, des personnages ne sont plus du tout décrit de la même façon d’un tome à l’autre !

La plupart des faits non explicités et des intrigues laissées en suspend dans Le Chevalier sont terminées ici. Able tiendra tous ses serments mais à sa façon tant ils sont nombreux et contradictoires. Très épique,  chevaleresque et proche de la mythologie scandinave, moins déroutant que Le Chevalier, ce roman est un excellent moment et une superbe conclusion à ce diptyque.
 

Je devrais décrire notre descente par les falaises jusqu’à la plage, mais j’en garde fort peu de souvenirs. Il me revenait à l’esprit les images de Disiri, de Gauvain, de Berthold, du Père des Batailles et de bien d’autres, dont un garçon qui allongé dans l’herbe au milieu des collines, avait vu dans les nuages cent choses étranges, parmi lesquelles un château.


Posté par efelle à 17:13 - Fantasy - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 juillet 2007

Le Chevalier de Gene Wolfe

41GPDCA7TZL

J’ai mis un bon moment pour me remettre de L’ombre du bourreau,  tant le style de Gene Wolfe était particulier du fait de la personnalité de son narrateur. Assez déroutant, ce livre m’a bien plu au final et j’ai l’intégrale du cycle dans ma pile à lire.

Le Chevalier ne fait pas exception à L’ombre du bourreau et Gene Wolfe adopte à nouveau un style très particulier tenant à la nature même de son narrateur : un adolescent américain mystérieusement transporté dans un univers médiéval fantastique où se mêle chevalerie arthurienne et mythologie scandinave. Univers très original et particulièrement réussi.
Le principal protagoniste a été renommé Able et nous ne serons quasiment rien de sa vie antérieure si ce n’est qu’il a un frère auquel il destine ce manuscrit.
En tant que narrateur Able n’est pas très fiable, il élude certains passages et s’étend sur d’autres apparemment moins important, n’a de cesse de faire des références à des évènements ultérieurs et admet même avoir menti sans toutefois préciser où …
Revenons à l’histoire en elle-même, Able est transporté dans les sept mondes après avoir pris une branche sur un arbre rare : l’orépine. Transporté en Aelfrie, il est soumis à un traitement dont il ne gardera aucun souvenir puis relâché en Mythgarthr par les AElfes au sein du royaume de Célidon.
Adolescent perdu, Able rencontrera la déesse Parka puis sera recueilli par Berthold, un pauvre hère qui le prend pour son jeune frère disparu. A partir de là débuteront une série de rencontres qui transformeront Able tant psychologiquement que physiquement. Doté rapidement d’un corps adulte, Able va s’identifier à un idéal de chevalerie et agir en conséquence. Able reste toutefois un jeune adolescent aux réactions assez immatures et surprenantes : il multiplie les serments au fil de ses rencontres sans se soucier de la façon de les honorer ou de ce qu’ils impliquent, visiblement manipulé par diverses factions d’AElfes il poursuis ses pérégrinations sans se poser de question…

 

Il subsiste un dernier détail dont je vais t’entretenir aussi. Je n’étais qu’un gamin. Toug m’avait pris pour un homme, quand bien même j’avais essayé de le détromper. Son père (à l’instar d’Ulfa) me prenait pour un homme, plus jeune que lui, mais un homme : des deux, j’étais de loin le plus robuste. Or, il ne fallait y voir que l’œuvre de Disiri, et je restais, en vérité, un gosse. J’étais souvent au bord des larmes. Comme cette fois-là, où je m’approchais des hors-la-loi en cherchant du regard des hommes cachés derrière des rochers, ou dans les arbres tels les Aelfes. J’ai failli pleurer une autre fois, et je t’en parlerai plus tard. Quand on est un gamin et qu’on est dans une situation difficile, on ne peut pas l’admettre, parce que tout s’écroulerait.
Je m’en gardai bien. Je continuai d’avancer vers la vaste grotte, à pas lents, en me disant :
Ma foi, s’ils me tuent, ils me tuent, et on en parlera plus.
Mais Disiri occupait l’essentiel de mes pensées. Ca n’a jamais varié le moins du monde, que ce soit en Jotun, à la Bataille de la Rivière ou ailleurs. Je l’aimais, et je la voulais si fort que ça me déchirait les entrailles.
Faute de comprendre ce simple fait, peu importe ce que tu comprendras d’autre : ça n’équivaudra à rien. Les hors-la-loi se dressaient entre nous, je devais écarter et piétiner tout ce qui nous séparait, et il en irait ainsi jusqu’au bout.
 

Avec Le Chevalier, Gene Wolfe se démarque de la fantasy classique et offre ici un texte très particulier mais aussi intelligent et très maîtrisé. Son héros, Able est très attachant par sa candeur et ses idéaux étrangers au monde qu’il parcoure. L’absence de réponse à nombre de questions posé dans ce roman peu déstabiliser mais toutes les réponses sont apportés dans le deuxième volume de ce diptyque, Le Mage, que je dévore actuellement.

Posté par efelle à 11:29 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 juillet 2007

Reaper’s Gale de Steven Erikson

417ASql3ZAL

« The Malazan Book of the Fallen » est une décalogie de Dark Fantasy dans la veine de la Compagnie Noirede Glen Cook. Reaper’s Gale, le septième et dernier volume paru lui est d’ailleurs dédié.

 

The city was a mess. Riots and earthquakes and Moranth munitions. Lostara Yil began to realize that, if the arrival of the Bonehunters signified anything, it was the promise of a return to order, a new settling of civilization, of laws and, ironically of peace.
            But Adjunct, if we tarry here too long, that will turn.
It always does. Nobody likes being under an occupier’s heel. Simple human nature, to take one’s own despair and give it a foreigner’s face, then let looste the hounds of blood.
See these citizens ? These bright, gladdened faces ? Any one of them, before long, could turn. The reapers of violence can hide behind the calmest eyes, the gentlest of smiles.

 
Archéologue et anthropologue de
formation, Steven Erikson se fait un malin plaisir à multiplier les peuples et les ethnies plus que des races stéréotypées. Dans son univers, l’humanité est prédominante et les races non humanoïdes sont très rares ou quasiment éteintes. 

He looked again to the wall on the right, where, hanging from an iron hook, there was a bundle of fetishes. Feathers, strips of sealskin, necklaces of strung shells, shark teeth. The bedraggled remnants of three children – all that remained to remind them of their lives.

  L’empire « Malazan » s’étend sur trois continents mais est en phase de déclin. Laseen l’impératrice actuelle s’est emparée du trône en liquidant l’empereur, son assassin de bras droit et sa secte d’assassin. A la tête de sa propre secte – police politique, elle s’est assurée ensuite la pérennité de son règne en dégradant les cadres de l’ancien régime qui n’avaient pas optés pour la clandestinité. Las ce comportement lui a valu l’inimitié de deux dieux et l’affaiblissement de l’empire a donné des idées à d’autres ambitieux.
Tout cela serait simple si des règlements de compte entre ascendants ne resurgissaient à nouveau à la surface.

Qu’est ce qu’un ascendant ? Simplement un mortel qui a travers la magie ou des épreuves à transcender son état. Tous les dieux sont des ascendants mais tous les ascendants ne sont pas des dieux. Plus clairement un dieu est un ascendant qui s’est retrouvé doté de croyant et généralement règne sur une contrée magique. Les dieux ne sont donc pas éternels ni à l’origine du monde malgré les prétentions des trois races humanoïdes Tiste (Tiste Andi, Tiste Liosan et Tiste Edur, respectivement peuples des ténèbres, de la lumière et de l’ombre) qui affirme que tout est issue de Mother Dark la déesse qui les a engendrée. Il semblerait aussi que les dieux soit quelque peu prisonnier de leur propre culte et privés d’une partie de leur libre arbitre par les a priori de leur fidèles.

Dans cette série, nous suivons donc les conflits qui opposent les membres de l’ancienne garde « malazan » aux conflits et insurrections qui secouent l’empire et le monde. En effet, dans un lointain passé des magiciens ont amenés dans ce monde une divinité issue d’un autre afin de lutter contre un tyran. Le rituel a mal tourné, les magiciens ont été détruits et l’entité a été brisée lors de son arrivée. Fortement lié au chaos et folle de douleur, elle a entrepris la destruction de son environnement puis a été stoppée et enchaîné par les ascendants de l’époque, cette entité connue sous le nom de Crippled God agit désormais discrètement et manipule tout ceux qu’elle peut atteindre afin de noyer le monde dans le sang, enfin en apparence…

Les intrigues sont multiples et les personnages innombrables malgré la forte attrition qui les frappent. Chez Erikson tout est lié et des évènements ayant eu lieu des millénaires auparavant peuvent avoir des répercussions au cours de l’époque contemporaine. Certains ascendants n’ont de cesse de se mêler des grandes lignes de l’histoire tandis que d’autres se contentent de rester neutre ou de se comporter de manière infantile. Toutefois les uns comme les autres peuvent se faire piéger par des mortels de manière assez jubilatoire.

 

Bugg walked across the roof to stand beside the bed. He studied the repose form of Tehol Beddict for a moment, then he collected the netting and draped it over his master.
Eyes, one brown, the other blue, blinked up at him. “Shouldn’t there be a frame or
something ? I feel I am readied for my own funeral here.”
“We used the frame for this morning’s fire.”
“Ah. Well, is this going to keep me from being bitten ?”
“Probably not, but it looks rather fetching.”
Tehol closed his blue eye.
“I see…”
Bugg sighed. « Gallows humour, Master. »
« My, you are in a state, aren’t you ? »
“I am undecided,” bugg said, nodding. “Yes I know, one of my eternal flaws.”
“What you require, old friend, is a mortal’s perspective on things. So let’s hear it. Lay out the dilemma for me, Bugg, so that I might provide you with properly pithy solution.
    “The Errant follows the Warlock King, to see what he plans. The Warlock King meddles with nefarious rituals set in place by another ascendant, who in turn leaves off eating a freshly killed corpse and makes for an unexpected rendezvous with said Warlock King, where they will probably make each other ‘s acquaintance then bargain to mutual benefit over the crumbling chains binding another ascendant – one soon to be freed, which will pertub someone far to the north, although that one is probably not yet ready to act. In the meantime, the long-departed Edur fleet skirts the  Draconean Sea and shall soon enter the river mouth on its fated return to our fair city, and with it are two fell champions, neither of whom is likely to do what expected of them. Now, to add spice to all that, the secret that is the soul of one Scabandari Bloodeye will, in a depressingly short time, cease to be a secret, and consequently and in addition to and to concomitant with, are in for an interesting summer.”
“Is that all ?”
“Not in the least, but one mouthful at a time, I always say.
 

 

Par ailleurs, la guerre est courante et sale ! Les champs de batailles sont marqués par l’utilisation de la magie, d’explosifs chimiques (pour les malazan) et d’armement médiéval, un mélange baroque à mi chemin entre guerre moderne et antique. Les membres et les tripes jonchent le sol, les génocides sont monnaie courante sans parler de meurtres, viols et compagnie conséquences des intrigues politiques de moindre envergures.

Aussi sombre que soit son univers, Steven Erikson y a intégré une note humoristique par l’ajout de protagonistes pour le moins improbables déjantés ou dotés d’une faconde hallucinante. Chaque tome intègre ainsi une part d’humour entre de grandes séquences héroïques bien sombres, on reste toutefois très loin de l’humour de Eddings ou de Vance, bien qu’Erikson tourne quelque fois en dérision les poncifs du genre, à sa manière : sombre. 

A snort from Fear Sengar, where he sat on a stone bench near the portal way. “Boredom is stealing the last fragments of sanity in your mind, slave. I for one will not miss them.”
“The wizards and Silchas are probably arguing the manner of your execution, Fear Sengar,” Udinaas said. “You are their most hated enemy, after all. Child of the Betrayer, spawn of lies and all that. It suits your grand quest, for the moment at least, doesn’t it ? Into the viper’s den – every hero needs to do that right ? And moments before your doom arrives, out hisses your enchanted sword and evil minions die by the score. Ever wondered what the aftermath of such slaughter must be ? Dread depopulation, shattered families, wailing babes – and should that crucial threshold be crossed, then inevitable extinction is assured, hovering before them like a grisly spectre. Oh yes, I heard my share when I was child, of epic tales and poems and all the rest. But I always started worrying… about those evil minions, the victims of those bright heroes and their intractable righteousness. I mean, someone invades your hide-out, your cherished home, and of course you try to kill and eat them. Who wouldn’t ? There they were, nominally ugly and shifty-looking, busy with their own little lives, plaiting nooses or some such thing.
Then shock ! The alarms are raised !
The intruders have somehow slipped their chains and death is a whirlwind in every corridor ! » 

Reaper’s Gale se détache un peu de la série dans la mesure où elle apporte de nombreuses réponses et résout de nombreuses intrigues secondaires lancées en début de série. Les pistes en suspend sont moins nombreuses en fin de volume qu’en début, ce qui est un soulagement par rapport au tome précédent « The Bonehunters » et relance de fait l’intérêt de la série qui avait quelque peu décru.

« The malazan book of the fallen » est une série fleuve sombre, complexe, épique et résolument dramatique tant Erikson arrive à nous surprendre en exécutant les personnages les plus attachants aux moments les plus inattendus. A réserver aux amateurs chevronnés.

A noter que cette série est depuis peu éditée en français chez Calmann-Lévy.

 

Posté par efelle à 12:10 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juin 2007

L’enjomineur – 1794 de Pierre Bordage

41EN45GGJ7L

Les intrigues se dénouent et nombre de personnages secondaires oubliés refont surface…
Emile hésite entre le cauchemar sanglant de Mithra et le paisible monde invisible tandis que Cornuaud et sa sorcière africaines, las des carnages, s’humanisent peu à peu…
De Paris, le récit se portera rapidement en Vendée où la répression anti-royaliste fait rage.
Emile et Cornuaud croiseront les connaissances de l’autre puis finiront par se rencontrer une dernière fois…

L’auteur renoue avec la fureur meurtrière de 1792 en décrivant la répression aveugle menée par les troupes républicaines en Vendée, toutefois le récit reste emprunt d’espoir notamment dans l’évolution de la psychologie des personnages : le temps du fanatisme est terminé et celui des désillusions arrive. Plus que celle de Cornuaud, l’évolution d’Emile est assez intéressante et pleine de rebondissement même si ses propres aventures sont quelques peu répétitives dans leur structure, cela tenant sans doute à la nature non belliqueuse du personnage.
Le cycle de l’Enjomineur se termine donc ici sur une note humaniste, la révolution française et la révolte vendéenne auront été conté sans manichéisme : les manœuvres des deux camps étant présentés sans fard. La narration n’est pas sans rappeler celle des « Chemins de Damas » avec l’apparition de plus en plus fréquente de grain de sable dans les rouages des machines à massacrer au fur et à mesure que la lassitude et les désillusions apparaissent et que la compassion revient.
Une trilogie pleine de fureur se terminant de manière quelque peu rapide et téléphonée pour Emile mais rehaussée par l’histoire de Cornuaud. Un bon moment pour les amateurs de Bordage.

Posté par efelle à 00:12 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mai 2007

L’enjomineur – 1793 de Pierre Bordage

51HHPJ9RF0L

Emile tiraillé entre ses inquiétudes pour Perette et la mission qui lui a été confiée à sombré dans l’errance tandis que Cornuaud croupie à la conciergerie non pour ses meurtres mais ironiquement pour une attitude contre-révolutionnaire.
La condamnation de Louis XIV et sa décapitation marque le début de la Terreur. La division déchire la France et la guerre civile éclate… Emile finira par renouer avec le monde invisible et arrivera à Paris, perdu au milieu des factions qui s’entre déchirent tel un chien dans un jeu de quilles. Son chemin finira par croiser brièvement celui de Cornuaud, dont les maigres relations parmi les royalistes lui permettent de sauver sa tête pour devenir un agent du Comité de sûreté générale. La rencontre sera brève et les chemins du héraut du monde invisible et de l’assassin ensorcelé semble ne plus devoir se croiser.
Les contractions de la Terreur n’épargnent personne et la secte de Mithra connaîtra aussi quelques déboires quand ses appuis révolutionnaires se retourneront contre elles.

Pierre Bordage continue donc la narration de ces deux histoires qui s’entrecroisent sans se confondre et sa fresque révolutionnaire à Paris et en Vendée. La place accordée aux personnages secondaires devient un peu plus importante (Antoine Schwarz,la comédienne Armande) et permet d’étayer l’intrigue principale en multipliant les points de vue.
Si Emile reste un esprit ouvert et naïf, Cornuaud évolue quelque peu en démontrant qu’il possède encore une once d’humanité entre deux carnages.
Moins sanglant que 1792, 1793 reste très sombre en mettant en évidence les excès et les absurdités de la Terreur.

Posté par efelle à 10:37 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 mai 2007

L’enjomineur – 1792 de Pierre Bordage

511BPRWHP0L

A travers cette trilogie de « l’enjomineur », Pierre Bordage retrace l’histoire de la révolution française à Nantes, dans la région de Luçon en Vendée et à Paris. Dans ce premier tome les principaux protagonistes sont présentés : Emile, orphelin élevé par un prêtre des Lumières et réputé pour être le fils d’une fée et Cornuaud truand sanguinaire et maudit.

Si l’auteur s’attache à la trame historique, il y mêle subtilement et efficacement des éléments de fantasy : le merveilleux existe et la sorcellerie fonctionne. Emile, esprit des Lumières mais attaché à sa terre sera confronté au folklore vendéen : petit peuple, druide ou rebouteuse, fée tandis que Cornuaud sera victime d’un sombre envoûtement. 

« Dans quelques semaines, dans quelques jours, les chemins, les champs et les forêts cesseraient d’être sûrs, plus aucun principe ne se dresserait entre les soudards des deux camps et les populations sans défense. La violence hystérique avec laquelle les villageois de La Réorthe avait accueilli leur prêtre jureur augurait d’une guerre sans merci. L’Abbé Rambaud avait l’habitude de dire que les guerres religieuses et  les guerres civiles comptaient parmi les plus féroces, les plus cruelles de toute l’histoire humaine. Or le conflit qui s’annonçait serait à la fois religieux et civil, pétri d’une haine attisée par les agents des deux bords. L’affrontement servait les intérêts politiques et financiers des partis opposés, comme si cette terre autrefois paisible était devenu l’objet de toutes les tensions, comme si on n’avait pas d’autre choix que de la défendre ou de l’écraser. »

Comme le titre l’indique l’intrigue débute en 1792, Emile, ouvrier agricole mais cultivé vois la révolte prendre forme dans les campagnes vendéennes où les paysans ne supportent pas que les révolutionnaires s’immiscent dans leur liberté de culte, attisée par le clergé et la noblesse locale les esprits s’échauffent. Confronté à la violence envers des êtres qui lui sont chers, il n’aura plus d’autres choix que de se tourner vers les créatures étranges qui ne cessent de le hanter et auxquels il ne croit pas…

De son côté, Cornuaud, ex truand nantais, embarqué sur un navire du commerce triangulaire pour se faire oublier de la pègre locale, est envoûté (enjominé) par une sorcière suite au viol d’une fillette africaine lors de la traversée vers les Antilles. De retour en France, il sera consumé par un démon vengeur le poussant à massacrer les blancs, fossoyeurs du continent africain. Tout en cherchant à se défaire de ce maléfice, il intégrera un club révolutionnaire qui lui permettra de trouver refuge à Paris après quelques excès meurtriers. Là, il participera à la prise des Tuileries et aux évènements qui suivront toujours guidé par un soucis de délivrance plutôt qu’une quelconque ferveur révolutionnaire.

Enfin dans l’ombre, un culte de Mithra secret et sanguinaire attise l’hystérie collective parisienne et déjoue les tentatives de démantèlement des forces de police moribondes. 

La fresque révolutionnaire de Pierre Bordage est sans concession, il renvoie dos à dos monarchiste et révolutionnaire sans prendre parti. Les excès des deux camps sont narrés sans fioritures et les intermèdes fantastiques vécu par Emile sont rafraîchissants par rapport aux récits de massacres récurrents de ces heures sombres de la révolution.
En mêlant fantasy et réalité historique, grands évènements et intrigues secondaires, Pierre Bordage réussi ici un sans faute, tant les motivations humanistes voire naïves d’Emile que la sombre détermination de Cornuaud sont passionnantes à suivre…
A suivre donc dans 1793 et 1794.

A noter aussi les agréables illustrations intérieures qui ornent chaque début de chapitre.

Posté par efelle à 22:33 - Fantasy - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mai 2007

Pieds d’argile de Terry Pratchett

51K9A72NZDL

« Ces noms ne me disent rien, j’en ai peur. »
Le doigt de Vimaire se crispa sur la gâchette de l’arbalète.
« Non, dit-il en respirant profondément. Sans doute. L’enquête se poursuit et on risque de trouver d’autres chefs d’accusation. Votre tentative d’empoisonnement du Patricien est pour moi une circonstance atténuante.
- Vous voulez vraiment me mettre sous le coup d’une inculpation ?
- Je préférerais vous mettre des coups tout court, dit Vimaire d’une voix forte. Mais je vais devoir me contenter d’une inculpation. »

 

Retour sur le Disque Monde à Ankh-Morpork exactement pour suivre une nouvelle enquête du guet. « Guet des Orfèvres » était quelque peu brouillon, ce dix neuvième livre des annales du Disque Monde efface les défauts de cette précédente aventure des policiers les plus déjantés mais aussi les plus attachants de la fantasy.
Vimaire revient sur le devant de la scène et les autres membres du guet se partage équitablement les seconds rôles.
De l’héraldique, une tentative d’empoisonnement du Patricien, des assassinats, des Golems au comportement étrange et un complot composent la trame de ce roman. Les thèmes abordés sont nombreux aussi bien le sexisme chez les nains, les doutes d’Angua à propos de sa double vie, l’intolérance latente et maîtrisée de Vimaire, l’aveuglement candide de Carotte…
Tout cela est passionnant et le livre se lit quasiment tout seul et sans effort ce qui n’est pas sans rappeler le cultisime et récent « Ronde de Nuit ». A bien des égards, ces deux romans se ressemblent même si le dernier conserve une légère longueur d’avance.
La recette d’un Pratchett au mieux de sa forme fonctionne donc parfaitement : de l’humour, un univers délirant, de la noirceur, une pointe d’angoisse, de l’espoir et un regard lucide sur le monde. Mission accomplie, « Pieds d’argile » est un des meilleurs moments des annales du Disque Monde et tient son rang sans problème à côté de « Ronde de Nuit », « Le Faucheur », « La Vérité » et « Les Petits Dieux ».

« Vous êtes sur pour Cerceau, monsieur ? demanda Côlon en le rattrapant.
- Eh bien, est-ce que vous lui faites confiance ?
- A Cerceau ? ‘videmment qu’non !
- Voilà. Il n’est pas fiable, donc on ne se fie pas à lui. Alors on sait à quoi s’en tenir. Mais je l’ai vu requinquer un cheval que tout le monde disait bon pour l’équarrisseur. Les vétérinaires sont obligés d’avoir des résultats, Fred. »
La stricte vérité. Quand un docteur, après force saignées et ventouses, s’aperçoit qu’un patient est mort de désespoir pur et simple, il peut déclarer « Crénom, la volonté des dieux, ça fera trente piastres s’il vous plaît. » et s’en repartir en homme libre. C’est parce que l’être humain, techniquement, ne vaut rien. En revanche, un bon cheval de course peut, lui, valoir vingt mille piastres. Le vétérinaire qui en laisse un partir trop tôt pour le grand paddock céleste risque d’entendre, s’échappant d’une ruelle sombre, une voix lui glisser quelques mots comme « Monsieur Chrysoprase est très contrarié » et connaître une fin de vie fertile en incidents.

Posté par efelle à 15:09 - Fantasy - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Page précédente  1  2  3   Page suivante »