Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

28 décembre 2009

Les Gardes Phénix de Steven Brust

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- Je crois que vous aviez raison, répondit Aerich. Mais qui peut bien souhaiter nous arrêter à tout prix ?

- La même personne qui a convaincu Uttrik de tuer Khaavren.

- A savoir ?

- La même personne qui a envoyé un avertissement à Khaavren.

- Et c’est… ?

- Je n’en ai absolument aucune idée.

Avec Les Gardes Phénix, Steven Brust nous projette cinq cents ans dans le passé par rapport aux aventures de Vlad Taltos. Ce faisant, il modifie énormément son style assez efficace pour donner vie à un narrateur assez verbeux doté de prétentions d’historien.

Exercice assez casse gueule qui m’a assez déconcerté, le rythme de l’histoire étant cassé par des digressions assez nombreuses et des réflexions à l’attention du lecteur. Le tout dans une tentative de rendre hommage aux romans du XIXeme, notamment à Alexandre Dumas.

- Non, mais regardez-le ! Il ne vous fait pas de la peine ?

- D’accord, mais qu’y pouvons-nous ?

- Par le cheval ! Vous êtres un Tiassa, trouvez une solution.

Khaavren, qui avait de la répartie, allait répondre automatiquement : « Vous êtes un Dragon, tuez quelqu’un », mais ses pensées vagabondèrent et il finit par s’adresser à Tazendra.

L’intrigue démarre avec la montée à Dragaera de Khaavren, un noble désargenté. Impliqué en tant que témoin dans un duel, il sympathisera avec deux personnages assez extravagants, Aerich et Tazendra, qui décideront de rejoindre les gardes Phénix avec lui. Arrivé à la capitale, ils se lieront avec un dernier noble, Pel, plus au fait de la cour qu’eux mais novice dans la garde. Rapidement, les quatre amis se feront remarqués par leur tendance à laver dans le sang le moindre affront. Le temps passant, Khaavren s’enhardira et décidera de se lancer dans une action d’éclat sur la scène politique : retrouvée une artiste accusée de crime par l’Empereur. Epaulé par la fougueuse Tazendra, le laconique Aerich et Pel le manipulateur, Khaavren débarque dans les intrigues de cour tel un chien dans un jeu de quille. Assez inconséquent dans son comportement, il se lancera à l’aventure sans avoir une idée bien conçue de ce qu’il devra faire face à sa proie. La seule chose qui le sauvera lui et ses amis sera les hésitations de leur adversaire occulte et la veulerie de ses pions.

- Uttrik, s’écria Lytra.

- C’est ce nom-là, oui.

- Mais c’est impossible.

- Ah, d’accord.

- Comment cela, ah, d’accord ?

- Eh bien, si c’est impossible, j’ai forcément été mal renseigné.

- Mais Uttrik devait tuer le Tiassa !

- Peut-être qu’il n’a pas réussi.

- Alors c’est le Tiassa qui aurait dû le tuer.

- Ca a dû échouer aussi.

- C’est impossible.

- Ah, d’accord.

- Quoi encore ?

- Par le sang du cheval, je suis juste d’accord avec vous, c’est tout.

Au final, mon bilan est mitigé si la lourdeur du style et des digressions est revendiquée, elle n’en reste pas moins pénible. Par contre les dialogues sont impayables, les personnages joyeusement crétins et les situations, même si très improbables, sont réjouissantes. Un roman pas totalement réussi en tant qu’exercice de style ou divertissement mais assez agréable au final. Sympathique mais pas transcendant.

Des avis plus enthousiastes :

- Arutha

- Salvek

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12 décembre 2009

L’ère du dragon de Xavier Mauméjean

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Rassemblés autour de Bud Colt, les officiers des puissances attendaient dans le couloir. Les ministres tardaient à conclure la réunion préliminaire.

- Mais ce ne serait pas milord banane qui vient d’arriver ? Joins-toi à nous, compadre !

Lord Africa avait le choix entre balancer son poing dans la figure de l’Américain, ou laisser dire. Le pair du royaume ignora Bud Colt et se tint en retrait, observant les audaces polychromes des tenues de parade. Dorures, fourragères et médailles transformaient les uniformes en habits de cirque, en costumes de dompteurs qui ne parviendraient jamais à maîtriser l’Enfant des Singes.

Avec L’ère du Dragon, Xavier Mauméjean reprend son double postulat de la Ligue des héros et l’emmène plus loin… Les légations des puissances impérialistes sont menacées en Chine par la révolte des boxers. Révolte organisée par un allié de Peter Pan… Kraven n’est pas sur place, une bonne occasion pour laisser la vedette à Lord Africa, Bud Colt, English Bob, le baron von Tod, Cavor, et quelques autres. Les scènes d’action sont fréquentes, spectaculaires et plaisantes, on ne s’ennuie pas dans cet univers baroque et maîtrisé.

Pour fuir son attaquant le dirigeable perdit de l’altitude, piquant du nez en direction de la Cité Interdite. Le premier dragon lui barra la route en projetant ses serres dans la cabine. Le verre blindé explosa instantanément en mille débris effilés lacérant la chair des marins comme une mâchoire transparente expulsée du dragon. Les créatures ailées s’écartèrent à de l’appareil à l’unisson, figures d’un ballet aérien, terrifiantes et splendides, entortillant leur cou jusqu’à ne former qu’une seule bouche de feu. Le dégorgement incendiaire se répandit sur l’enveloppe du Rule Britannia illuminant Pélin d’une aube artificielle.

Celle d’un nouvel âge, refusé aux humains.

 

L’ambiance des romans fantastiques du XIXeme siècle est extrêmement bien rendue, on suit ces aventures très référencées avec plaisir d’autant plus que ces héros ne sont pas manichéens et encore moins unis.

 

Cassé en deux, le Boxer roula au sol. Il tenta de se relever quand le genou du héros lui défonça les côtes. Le pair du royaume tournait autour de l’homme, bras ballants, animé de la fureur des grands singes. Il s’apprêtait à l’achever quand English Bob retint son bras. Regard vide, Lord Africa se tourna vers le garçon. Il était couvert de sang.

- Que t’est-il arrivé ?

- Manfred von Tod. Il massacre des innocents. Le baron est devenu fou.

- Non, il s’adapte. Question de survie. Tu devrais faire pareil.

- Jamais, milord. Et je ne vous laisserai pas tuer ce prisonnier.

Un éclair de raison traversa le regard du Seigneur des Arbres. Il s’adressa aux guerriers africains :

- Soit, faisons comme Bobby l’entend. Prenez leurs nattes et clouez-les à l’arbre. Laissons ces fruits mûrir au soleil.

English Bob s’interposa.

- Bud Colt tranche les nattes des Chinois comme s’il s’agissait de scalps. Pas de torture, milord, pas de votre part. Qu’est –ce qui vous distinguerait l’un de l’autre ?

- J’ai été élevé à l’humain par la civilisation. Bud Colt, lui, bascule vers la bête. Il était fatal que l’on se rencontre à mi-parcours.

Tout en déroulant ses aventures à grand spectacles, Von Tod chassant le dragon en triplan au dessus de Pekin ou Kraven luttant sur le toit d’un train blindé en Ukraine par exemple, Mauméjean joue habilement sur la nature de Peter Pan menant la seconde partie de l’intrigue sur des sentiers surprenants.

 

Brandissant le meuble, Lord Kraven se redressa. Crochet s’apprêtait à conclure l’engagement lorsqu’il remarqua les écailles couvrant le tabouret. Elles étaient semblables à celles de l’immonde animal, à cette horrible créature oeuvrant pour Peter Pan, qui lui avait arraché le poignet, dévoré la chair, digéré les doigts, paume, ligne de vie et chance, infléchissant sa destinée pour lui interdire tout avenir et le figer dans un éternel présent, celui rythmé par la pendule gobée par le saurien, carillonnant dans ses cauchemars, temps de la vengeance, plat qui se mange froid, glacé comme le sang des reptiles.

 

Rafraichissant et bien construit, L’ère du Dragon est un excellent divertissement, jouant intelligemment avec pas mal de mythes, légendes et héros extraordinaires.

Il m'a donne envie de le lire : Nébal.

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08 novembre 2009

Monnayé de Terry Pratchett

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Tu viens d’ouvrir la porte à un vieux chat qui a perdu la notion de contourner les obstacles, se dit-il tandis qu’il remontait la sonnerie. Comme tous les jours. Crois-tu que c’est la réaction d’un esprit sain ? D’accord, c’est triste de le voir rester des heures la tête collée contre un fauteuil qui lui bloque le passage jusqu’à ce qu’on déplace l’obstacle, mais maintenant c’est toi qui te lèves tous les jours pour le lui déplacer. Voilà ce que ça fait, le travail honnête.

Oui, mais le travail malhonnête a failli me faire pendre ! protesta-t-il.

Et alors ? Une pendaison, ça ne prend que deux minutes. Une commission de la caisse de retraite, ça prend toute une vie !

Moite Von Lipwig a réformé la Poste de fond en comble, elle fonctionne désormais sans accroc tandis que lui-même s’embourgeoise. Sa fiancée, émancipatrice de golems, étant loin pour une grosse affaire, il s’ennuie. Passant le temps en s’introduisant par effraction dans ses propres locaux… Heureusement Vétérini veille !

- Un banquier ? Moi ?

- Oui, monsieur Lipwig.

- Mais je ne sais pas diriger une banque !

- Tant mieux. Pas d’idées préconçues.

- J’ai dévalisé des banques !

- Epatant ! Il vous suffit de raisonner dans l’autre sens, répliqua un seigneur Vétérini à la figure épanouie. L’argent doit rester à l’intérieur.

 

Et voilà, Lipwig qui replonge dans le milieu de requins du capitalisme suite aux manigances d’une veuve rouée, d’un tyran bienveillant et d’un chien affectueux. A la tête d’une organisation poussiéreuse qu’il ne comprend pas et face à des adversaires puissants, Moite va encore une fois foncer tête baissée et produire une petite révolution dans les mentalités.

- Si vous étiez naufragée sur une île déserte, qu’est-ce que vous préféreriez ? Un sac de patates ou un sac d’or ?

- Oui, mais Ankh-Morpok n’est pas une île déserte !

- Et ça prouve que l’or n’a que la valeur qu’on veut bien lui accorder, non ? Ce n’est qu’un rêve. Mais une patate, ça vaut toujours une patate, n’importe où. Une noix de beurre et une pincée de sel, et vous avez un repas, n’importe où. Enterrez de l’or et vous craindrez pour toujours les voleurs. Enterrez une patate, et, à la bonne saison, il se peut que vous touchiez un dividende de mille pour cent.

- Vous n’allez tout de même pas me faire croire que vous comptez nous instaurer l’étalon patate, dites ? » lança sèchement Sacharissa.

Moite sourit « Non, pas du tout. Mais, dans quelques jours, je vais distribuer de l’argent. L’argent n’aime pas rester immobile, vous savez. Il aime sortir et se faire de nouveaux amis. »

Le recoin du cerveau de Moite qui s’efforçait de suivre sa langue songea : Dommage que je ne puisse pas prendre ça par écrit, je ne suis pas sûr de pouvoir tout me rappeler.

Bien que moins touffu que Timbré, ce roman est bien rempli, jonglant avec le caractère turbulent de Moite, les intrigues alambiquées de Vétérini, la condition des golems, des cas de démence et de stupidité dans la haute société, un chien, les enquêtes du guet, des comptables, des Igors, des génies à moitié fou, un fantôme nécromant, des sex toys, un risque de guerre et des comptables…

Bien mené, prenant, Monnayé est indéniablement une grande réussite se hissant sans problème parmi les meilleurs tomes de la série. Le seul défaut que je pourrais lui trouver est une accroche un peu trop semblable à Timbré et une grande dépendance vis-à-vis de ce dernier. Quoi qu’il en soit un excellent moment.

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21 septembre 2009

Dust of Dreams de Steven Erikson

 

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There are deadlier things out there. They brought down a K’ell Hunter in a score of heartbeats.

Retour à Lether où les Bonehunters tournent quelque peu en rond. Pendant ce temps, leurs alliés ont leurs premiers contacts dans le royaume Bolkando. Un peu plus au nord les Barghast se demandent ce qu’ils font là et se cherchent un ennemi, intérieur ou extérieur peu importe du moment qu’on a l’ivresse. Sans oublier dans les désolations un petit groupe mêlant humain et K’Chain Che Malle à la recherche d’un commandement militaire, deux étranges groupes de réfugiés et des alliances d’anciennes divinités et d’ascendant sur le retour. Ah et aussi l’odyssée des Shake à l’extrémité occidentale du continent…

Tout cela donne un récit lent au possible, Erikson s’échinant à donner une voix à nombre de personnages insignifiants (Shurq Ellalle et Hellian par exemple). Les cent premières pages sont abominablement longues, mettant en scène, alternativement chaque groupe.

Vient ensuite une lecture du jeu des dragons qui relance quelque peu l’intérêt du fait qu’il donne lieu à quelques explications ou supputations…

Le gros de l’intrigue aura lieu toutefois dans les terres désolées où les malazéens et leurs alliés s’avancent vers le lieu du prochain enchaînement du Crippled God sur lequel on en apprend un petit peu plus. Evènement qui s’annonce chaotique, certaines entités ayant décidées d’en changer les règles, ce qui explique d’ailleurs l’agitation de l’intéressé, sensible depuis Memories of Ice.

La plus grande conjonction de l’époque semble devoir avoir lieu bientôt et tout le gotha de l’univers d’Erikson est invité. Accessoirement les évènements narrés dans Toll the Hounds ont lieu en simultané et leurs conséquences prennent corps dans les étendues cités plus haut.

Un récit qui n’échappe pas aux temps morts assez nombreux et aux évènements abscons, même si des évènements similaires évoqués dans les tomes précédents trouvent ici leur conclusion. Une narration assez lente donc qui finit par s’accélérer tragiquement vers la fin.

Quoi qu’il en soit la magie d’Erikson commence à s’effilocher sérieusement, certaines astuces narratives semblant assez artificielles et donnant lieu à des deus ex machina en série.

Jusqu’à Memories of Ice, Erikson s’en sortait plutôt bien en matière de dark fantasy mais la trame commence à être usée. La saga aurait mérité moins de volumes et des tomes plus courts.

Une série finalement assez moyenne du fait de son essoufflement.


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29 août 2009

Epées de Lankhmar de Fritz Leiber

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Les rats noirs continuaient de se montrer en plein jour à Lankhmar. Ils ne volaient rien, ne mordaient personne, ne couraient pas furtivement et ne couinaient pas de défi. Ils… s’affichaient, tout simplement. Pointant d’abord le museau hors des canalisations d’égout ou des trous qu’ils foraient par centaines, ils s’enhardissaient peu à peu et venaient s’installer sur le rebord des fenêtres ou sous les portes cochères, sereins et confiants comme des chats. Et on en voyait autant, proportionnellement, dans les boudoirs des grandes dames que dans les masures des pauvres.

Voici la fin de mon petit cycle Leiber. Ce dernier semble s’être particulièrement lâché dans ce roman. Fafhrd et le Souricier Gris engagés pour accompagner un convoi maritime de blé, semblent avoir perdu de vue les intérêts de leur employeur et se laisse guider par leur libido.

Une traversée mouvementée où les rats semblent subitement dotés d’une intelligence hors norme. Malgré nos deux héros les traitres Hisvin et Hisvet seront démasqués mais réussiront à rallier Lankhmar avant les troupes loyales… Là bas, ayant prises sur l’imbécile souverain Glipkerio, ils continueront leurs manigances visant à livrer Lankhmar aux rats. Le Souricier sera aux prises avec ses derniers notamment dans la secrète Lankhmar souterraine tandis que Fafhrd resté en arrière pour des affaires galantes n’arrivera en ville que tardivement après quelques péripéties notamment  au sein de la cité des goules.

Passons à Lankhmar. Là, tout est beaucoup plus clair. La cité a été envahie par des assaillants qui sont… par tous les dieux, attends que je compte… cinquante fois plus nombreux que ses habitants ! Toutes les défenses ont cédé, des combats font rage dans la rue et l’armée adverse dispose de tout l’armement moderne…

Pourtant, tu peux encore sauver la ville, en inversant l’issue de la bataille, si tu gagnes au plus vite le temple des dieux de Lankhmar. Cette vision-là est très claire : tu devras monter au sommet de la tour noire et faire sonner les cloches qui se taisent depuis des siècles. Probablement pour éveiller les dieux, mais ce n’est qu’une hypothèse personnelle…

- Je déteste l’idée de frayer avec cette bande de dieux poussiéreux, gémit Fafhrd. D’après ce que j’en ai entendu dire, ce sont davantage des momies ambulantes que d’authentiques divinités…

Ningauble haussa ses énormes épaules.

- Je croyais que tu étais un vaillant guerrier prêt à relever tous les défis…

Fafhrd jura amèrement dans sa barbe.

- Même si je réussis à faire sonner les cloches, demanda-t-il, comment Lankhmar tiendra-t-elle jusque-là, si toutes ses défenses ont cédé ?

- Excellente question, merci de l’avoir posée…

- Et comment atteindrai-je le temple, si on se bat dans toutes les rues ?

- C’est toi le héros, si je ne me trompe ? Alors, trouve une idée… 

Une aventure aussi sombre qu’amusante, avec un couple d’aventurier qui réussit le tour de force d’être aussi inefficace que talentueux.  Deux fortes personnalités captivées par les gains à court terme, se faisant régulièrement floué. L'univers de Leiber est toujours aussi à part et bien campé, pleins de personnages secondaires délirants et marquants. Bien menée cette aventure est un très bon moment.

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25 août 2009

Waylander de David Gemmell

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FERMIER

ASSASSIN

HEROS !

Retour dans le monde impitoyable de la BCF et autres romans de gare !

 - Vous avez parlé des prêtres qui sont morts et vous avez dit qu’ils avaient péri parce qu’ils n’avaient pas eu le courage d’enlever leurs robes. Qu’est-ce que vous vouliez dire ?

- N’est-ce pas évident ?

- Il me semblerait plutôt qu’il faut faire preuve d’un grand courage pour mourir pour ses convictions, répondit Dardalion.

Waylander se mit à rire.

- Du courage ? Il ne faut pas de courage pour mourir. En revanche, il faut du cran pour vivre.

- Vous êtes un drôle d’homme. Vous n’avez donc pas peur de la mort ?

- J’ai peur de tout, prêtre – tout ce qui marche, rampe ou vole.

 

Avec Waylander, Gemmell se penche sur la genèse de l’univers drenaï. Enfin univers faut le dire vite, tout est très épuré… Ici pas de décors en carton pâte, c’est encore plus minimaliste des scènes en extérieur, quelques ruines et une citadelle assiégée. Nous sommes donc à des années lumières d’un Gagner la Guerre ou d’un Royaume Blessé.

 Le style de Gemmell est constitué pour l’essentiel de dialogues, de scènes d’action et du récit d’un siège (Légende le retour !). N’en reste pas moins que c’est efficace qu’on ne s’ennuie pas malgré un défaut déjà présent dans Légende : il n’assume pas totalement ses ressorts dramatiques et si on évite le sarcophage de résurrection cette fois ci, on a le droit au : « en fait il n’est pas mort ». 

Revenons quand même à l’intrigue. Waylander est un assassin en cavale, son dernier contrat portait sur l’élimination du souverain Drenaï pour le compte des vagriens. Ces derniers l’ayant doublé, il élimine le fils de son commanditaire à défaut de ce dernier. Résultat des courses tant les drenaï que les vagriens veulent sa peau…

Au cours de ses errances dans la campagne ravagée par la guerre, Waylander en cherchant à récupérer son cheval, sauve un prêtre. Au contact de ce dernier, il sera touché par la grâce et l’homme blessé qui sommeillait en lui s'éveille.

Tandis que le jeune Dardalion de son côté est souillé par sa fréquentation de l'assassin et en vient à poser les bases de l’Ordre des Trente, Waylander est contacté par ce qui reste du père du souverain défunt et se voit confier une quête : récupérer l’armure du roi Orien, dissimulé en territoire nadir, pour rallier à l’armée exsangue du général Egel, les forces vives éparpillées et démoralisées de Drenaï.  

Tandis que Waylander, toujours traqué prend la route du nord nous suivrons via Dardalion et quelques autres le siège de la dernière place forte drenaï encore debout.

 

- Quelles sont mes chances de succès ?

- Cela dépendra de qui t’accompagne.

- Eh bien, disons, si la Source me choisit les bons compagnons ?

Le vieil homme frotta ses orbites vides et s’allongea.

- Alors, nous dirons que tu n’as aucune chance.

- C’est bien ce que je pensais.

- Mais ce n’est pas une raison pour refuser.

 

La prose de Gemmel pour le siège est efficace et réussit à se démarquer quelque peu de Légende. Waylander, par contre, est un personnage campé de manière quelque peu grossière, se demandant  lui même la raison de tout ces changements en lui. C’est encore plus flagrant pour Cadoras et Durmast. Malgré tout, les péripéties sont prenantes et se laissent lire sans déplaisir.

 

Waylander cacha son ennui et comme son regard se noyait dans le vert des Plaines sentrannes qui rejoignaient au les montagnes gris-bleu, il autorisa son esprit à vagabonder. Après tout, quelle importance s’ils le tuaient ? N’avait-il pas assassiné leur roi ? Et qu’avait la vie de si merveilleux qu’on veuille étendre son espérance ?

Non, rien n’avait d’importance, réalisa-t-il, alors que les montagnes se faisaient de plus en plus proches. De combien de morts ces montagnes avaient-elles été les témoins. Qui se soucierait encore de cet obscur conflit dans mille ans ?

 

Au final, Gemmel signe ici un roman de gare très efficace, rafraichissant.. Une série B agréable qui tient ses promesses et réussi à ne pas s’échouer sur les écueils du manichéisme. Cela dit ça ne va pas plus loin…

PS : Chose promise, chose due : LE FANTASY BINGO !

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03 août 2009

Kane, Intégrale 1/3 de Karl Edward Wagner

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Inquiétante ombre noire dans la lueur bondissante du feu, le colosse était accroupi, enveloppé dans son manteau, pensif, et buvait à petites gorgées le vin d’un pot en grès perdu dans son poing énorme. Sa chemise moulante et ses braies de cuir sombre portaient des tâches fraiches de sueur et de sang ; sa manche droite était retroussée sur un pansement zébré de rouge entourant un bras épais aux muscles noueux. Une sangle rehaussée de clous d’argent barrait son torse puissant, retenant solidement un fourreau d’épée vide derrière son épaule droite. L’épée elle-même se tenait devant lui, la pointe fichée dans une racine d’arbre torturée. Caressant d’un doigt distrait la courte barbe rousse qui encadrait son visage plutôt brutal, il considérait d’un air songeur les nombreuses entailles et les traînées rouge-brun qui abîmaient la lame, dont l’ombre dansait à la lueur du feu dans une parodie de violent combat.
 

Qui est Kane ? Un puissant guerrier roux, un meneur d’homme, un brillant stratège, un érudit qui semble avoir vécu plusieurs siècles… Et avant tout un salopard !

Kane n’est pas sympathique, chaque fois qu’il loue son épée c’est avec une arrière-pensée et le coup d’état n’est jamais loin.

Aussi brillant soit il, cet anti héros évolue dans un monde à sa mesure, la plupart des dirigeants gouvernent suivant les mêmes principes que ceux qui l’animent lui-même, il est constamment confronté à la trahison et tient de l’éternel perdant, sans doute maudit.

 Cet univers n’est qu’un entassement de civilisations oubliées dont les secrets ne demandent qu’à être redécouvert, les entités lovecratiennes ne soit jamais bien loin derrière les barrières fragiles de la réalité.

Reconnaissant l’influence de Leigh Brackett, Karl Edward Wagner dépeint des personnages secondaires hauts en couleurs, notamment du côté des personnages féminins et n’hésitent pas à les placer au premier plan, Kane ne devenant alors que la sombre menace à l’horizon.

 

La pierre de sang est le premier des deux romans inclus dans ce premier tome de l’intégrale.

Kane mêlé à une bande de bandits de grand chemin repère dans le butin une étrange bague qui lui rappelle quelque chose. Quelque temps plus tard, il refait surface au sein de la cité état de Sélonari où il convainc le seigneur local de monter une expédition dans le marais proche afin de piller une cité oubliée. 

C’était un marécage froid, mais pas de cette saine rigueur des Forêts du Froid qu’il bordait. La chaleur malsaine d’un océan de corruption ramenait l’âpreté de l’atmosphère à une température de cadavre, comme la tiédeur souterraine d’une crypte profonde et grouillante. Une brume épaisse en montait perpétuellement, un manteau de vapeur étouffante qui s’accrochait au marigot, avalait son chaos de végétation, masquait ses insondables sables mouvants. Kranor-Rill formait un labyrinthe empoisonné dont le souffle visqueux dissimulait les périls mortels de son dédale. 

Confronté à des créatures amphibiennes dégénérées, il sera le seul survivant à émerger à nouveau du marais. Commencera alors un étrange jeu machiavélique, Kane étant à la fois espion pour le compte des ennemis de Sélonari et officier influant au sein de cette dernière… 

« Depuis des siècles, désormais, Pierre-de-sang repose en silence dans les ruines d’Arellarti, tandis que les grandes races anciennes qui l’ont conquis ont chu de leur antique position de puissance, et l’on dit que Pierre-de-sang n’est point mort, mais qu’il dort, rêvant de ce jour où, par un noir miracle, sa puissance pourra de nouveau jeter une lumière d’horreur sur notre Terre. » 

Une fresque grandiose où les coups tordus se multiplient, une superbe galerie de personnage Dribeck, Térès et la pierre de sang étant de l’étoffe des personnages qu’on n’oublie pas.

 

La croisade des ténèbres met en scène Kane, dans une cité lointaine où en tant que général il est un des principaux éléments au sein d’une des deux factions qui s’affrontent pour la succession imminente du trône. Malheureusement pour lui, alors qu’il pensait avoir enfin mis la main sur un document discréditant, Jarvo, le chef de la faction adverse, Kane se fait piéger à son tour. Ses rêves de pouvoir s’écroulent encore une fois.

Contraint à l’exil, alors qu’il cherche un lieu où mettre en œuvre ses talents, il entend parler de la sombre croisade lancée par un ancien bandit proclamé prophète d’une entité ténébreuse.

Croisade qui a subit un violent revers face aux troupes de son ancien rival…

Voilà une nouvelle cause que Kane embrasse avec enthousiasme, sans toutefois se départir de l’idée qu’il est possible de déposer l’encombrant prophète le moment venu. 

Kane aurait bien aimé avoir la certitude que Jarvo était enfoui en sûreté sous les marais de Méritavano. Il détestait Jarvo en tant qu’homme, le considérait comme un général sans imagination – mais en tant qu’adversaire, il faisait preuve d’une certaine ténacité pesante qui, pour peu que la fortune lui sourît, le rendait dangereux. Son talent à l’épée l’illustrait bien : assez bon pour lui permettre de tenir sa place contre un adversaire plus doué, inconscient qu’il était surpassé et, pourvu que son adversaire trébuche, ne fût-ce qu’une fois… 

Encore une fois au menu, trahisons en série et coups de théâtre spectaculaires. La galerie de personnage est moins étoffée que précédemment mais le destin dantesque du général Jarvo n’est pas désagréable à suivre de même que les démêlés de Kane avec Ortède le prophète de Sataki.

Kane restait sous son pavillon – laissant ses officiers tenir son armée en ordre, sirotant pensivement une eau-de-vie en songeant à sa prochaine action. Au loin, des gerbes de poussière et des blocs de pierre explosaient par intermittences sur le palais en ruine. Kane méditait sur la destruction. Il y avait si peu de temps, semblait-il, qu’il avait intrigué pour découvrir les passages secrets de ce même palais ; aujourd’hui, il le réduisait en morceaux. Il semblait toujours fracasser ce qu’il ne pouvait avoir. 

Totalement immoral, Kane tranche considérablement de la plupart des héros de la fantasy. Seul le Cugel de Vance et l’Elric de Moorcock jouent dans la même catégorie. Sans toutefois l’égaler, le premier étant un gagne petit et le second malgré ses accès de cruauté étant un défenseur de l’ordre. Rien de tout cela pour Kane qui vise toujours le sommet et semble un éternel agent du chaos.

Prenant, rafraichissant, Kane, éternel perdant, est fascinant et donne vraiment un sens au terme « Heroic Fantasy ».


L'avis dithyrambique de Nébal.

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28 juillet 2009

Rois et Capitaines

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Voilà une anthologie alléchante, alignant pas mal d’auteurs connus. Voyons en détail ce qu’il en est.

Jean-Philippe Jaworski ouvre le bal avec Montefellone, nouvelle incursion dans l’univers de Janua Vera et Gagner la guerre au cours du premier conflit annonçant la fin du royaume de Léomance. Le siège délicat de la cité de Montefellone par les forces loyalistes. Un récit apre et amer, toute la brutalité et l’horreur de la guerre étant narrée efficacement. Sans aucun doute le texte le plus réussi de cette anthologie.

Avec La damoiselle et le roitelet, Rachel Tanner livre une uchronie légère sur le thème de Jeanne d’Arc. Un récit bien mené et agréable mais se terminant peut être un peu trop aimablement, un défaut mineur malgré tout.

Dans la main de l’orage de Claire et Robert Delmas m’a laissé un peu dubitatifs, les auteurs jouent avec le mythe arthurien enfin surtout l’après Arthur mais ne parviennent pas à convaincre avec un texte un peu trop elliptique.

Sacre de Maïa Mazaurette narre un épisode mouvementé du jeune et futur Louis IX. Un texte bien mené plein de surprises et élégamment ironique.

L’impassible armada de Lionel Davoust est un texte maritime étrange aux confins du monde. Un conflit à mort entre deux flottes captives des glaces et qui ne semble pouvoir trouver de solution qu’avec l’élection d’une figure royale. Un récit étrange, très sombre et très ironique dans sa conclusion.

Avec Le prince des pucelles, Catherine Dufour met à mal, une fois encore nombre de contes de fées classiques de manière amusante, très sombre et, ici aussi, très ironique. L’auteur démontre ici quand elle n’a toujours pas terminée avec les contes de fées et leurs stéréotypes.Une réussite.

La reine sans nom de Thomas Day prend la forme d’une légende orientale qui tranche avec les autres textes. Un fantôme émerge de son tombeau à la recherche de son identité. Un récit tout en finesse mais respectant parfaitement le thème de l’anthologie.

Armand Cabasson nous plonge dans les étendues russes au moment de l’invasion mongole avec Serpent-Bélier. Un prince tente de rallier les tribus nomades et les lithuaniens non christianisés aux forces du grand prince de sa cité. Un récit violent sur la tolérance très réussi.

Avec Au cœur de l’Aaran, Pierre Bordage livre un texte certes tragique mais assez faible. Je n’ai pas accroché.

Au plus élevé trône du monde permet à Johan Heliot de sauver d’Artagnan de la mort pour lui faire rencontrer Cyrano de Bergerac sur la lune. Un texte amusant dans la veine de la bande dessinée De capes et de crocs. Efficace et plaisant.

Le crépuscule de l’Ours de Julien d’Hem met en scène les doutes d’un capitaine mercenaire au soir de sa carrière. Un texte sans grande surprise.

L’orage de Laurent Kloetzer est une histoire labyrinthique et onirique. Un exercice qui tombe un peu à plat malheureusement. 

Une anthologie très sympathique, la plupart des textes étant prenant, seul trois d’entre eux ne m’ont pas convaincus.

L'avis de Gromovar

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02 juillet 2009

Blanche Neige contre Merlin l’enchanteur de Catherine Dufour

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Sous ce titre improbable se cache les deux derniers opus de la série fantasy de Catherine Dufour, soit Merlin l’ange chanteur et L’immortalité moins six minutes (tome 0). 

Merlin l’ange chanteur 

Petit saut en arrière juste après les lance-missiles de Blanche Neige, un archange et un angelot se trouvent piéger sur la Terre désormais plate trop loin de Dieu pour faire le plein d’énergie… Chacun dans son coin, ils chercheront à faire le plein de Foi pour survivre. L’un se vautrant dans la cruauté tandis que l’autre opte pour le compassionnel. 

Il ne restait plus à l’Archange qu’à identifier sa prochaine proie tout en se méfiant du cercle de maris jaloux qui orbitait autour de son arbre. Car avec son sourire mielleux et son profil de médaille, il traînait après lui tous les cœurs ayant du goût pour le fadasse, et les casseroles qui s’ensuivent. Il fallait être un vieux roi, habitué à chasser l’aiguille empoisonnée dans les cheveux de ses épouses et les assassins dans sa pouponnière pour mettre immédiatement un nom sur son regard gelé. Le reste du monde manquait de vocabulaire, et se contentait d’y lire ce qu’il avait envie d’y voir écrit : Sainteté ou Amour. C’est pourquoi la nuit, un grouillamini de femmes en rut et de maris soupçonneux ou en érection faisait bruire les fourrés aux alentours de l’arbre de l’Archange qui, la bouche emplie de Foi luisante, souriait.

Puis il disparaissait brusquement, laissant derrière lui un arbre sacrée, une couronne de regrets, des légendes dorées, des chansons légères et, comme un accompagnement de basse, une fine ligne de rumeur plus noire que l’enfer. 

La situation change radicalement quand l’Archange réalise le potentiel de la religion monothéiste et commence à vouloir la propager en Grande Bretagne… L’occasion de donner du corps à un sage nommé Merlin tandis qu’il devra croiser le fer avec la fée Calmebloc, renommée pour l’occasion Valériane. Le mythe arthurien revisité avec humour, opposant une fée, toujours quelque peu déconnectée du réel, face à un autre immortel expert en manipulation et parasitisme.

Il n’en reste pas moins que Merlin finira par se faire coincer et l’humanité d’évoluer sur la voie monothéiste pour son plus grand malheur. Jusqu’aux Lumières, l’Archange n’aura pas à se forcer pour lancer toutes sortes d’anathèmes religieux que les humains adopteront facilement pour se massacrer les uns les autres au nom de la religion. Bref un bon résumé des horreurs chrétiennes du Moyen Age aux Lumières en Europe. 

L’Angelot se sentait couvert d’une sueur glaciale. Il cacha ses mains sous ses fesses, pour qu’elles arrêtent de trembler. Il se sentait aussi colliqueux que jadis, quand il luttait en vain contre la Grande Peste.

« J’ai déjà vu des animaux tuer leurs petits, mais au moins, c’était pour les bouffer, marmonna-t-il.

- Ce ne sont pas des animaux, fit remarquer l’Archange, ce sont nos proies. Et si tu t’obstines à les considérer comme des créatures à ton image, tu vas coaguler du bocal. Parce que personne n’a envie de ressembler à ça. J’ai peut-être lancé la chasse aux sorcières mais ce n’est pas moi qui les torture. Ni toi. Ils se l’infligent tout seul. Je n’ai pas encore trouvé de limite à leur imagination malsaine. » 

Dans ce roman Catherine Dufour passe d’un ton léger à un humour noir beaucoup plus grinçant avant de conclure dans le futur en prolongeant l’intrigue de L’ivresse des providers, l’occasion pour Blanche Neige de refaire une apparition éclair. L’ensemble est donc contrasté, l’ambiance changeant régulièrement, évitant toute lassitude.

Plus qu’un prolongement du cycle au final, il s’agit bien de l’histoire de deux anges déchus et de leurs luttes au fil des siècles. Un texte presque aussi noir que le Goût de l’Immortalité mais considérablement allégé par de l’humour. Bonne pioche.

 

L’immortalité moins six minutes (tome 0) 

Avec cette pré quelle, nous retrouvons un monde plat et sans humain. N’y vive que des nains et des ogres en bonne harmonie, troublée occasionnellement par les facéties des créatures éthérées (fée, lutins et compagnie) qui hantent les campagnes.Tout dérape quand un amant éconduit de la fée Babine Babine, sabote le matériel magique de cette dernière, donnant naissance à un miroir magique franchement malsain. Le genre d’artefact capable de mené à la fin du monde…

Ni une, ni deux, Pétrol’Kiwi et Primprenouche abandonnent leur activités habituelles pour sauver Babine Babine de sa contemplation narcissique. Pendant la désintoxication de leur amie, les deux fées devront se charger de se débarrasser de l’affreux objet. Sans oublier de faire un crochet pour punir un certain ex amant malfaisant. 

Les voilà donc embringuer dans une quête, une saloperie qui vous colle aux pattes, vous entraine dans des lieux ennuyeux et sordides après toutes sortes d’épreuves. Pour gagner du temps, les deux fées décident d’aller visiter un autre monde spécialisé dans les quêtes, espérant bien trouver des indices quant à la conduite à tenir. Une décision pas franchement avisée quand on vois les cartes que les deux fées avaient en main dès le départ, mais la logique ne semble pas être le fort des fées. Et puis on n’échappe pas à une quête facilement même quand on est immortelle et quasi omnipotente. 

« Disons que les gens de Bas-Bord sont, non pas guindés, mais sérieux. L’amour y est courtois, l’hospitalité sacrée, le nationalisme exacerbée et toutes ces choses. C’est la terre du lieu commun.

- Magie ?

- Oh oui, grimaça Pimprenouche.

- Côté obscur ?

- Nan ! Côté lourd. Ca t’érige des tours de vingt kilomètres de haut qui tiennent debout sans remblais pendant cinq cents ans mais, dès qu’il s’agit d’invoquer un misérable verre de vin, ça fait sa coquette. »

 

Bref voilà notre paire de fées lâchée dans un monde où elles ne peuvent user de magie sous peine d’attirer l’attention de la monstruosité sub-éthérée locale. Limitée à leur sens magiques, elles devront apprendre à survivre comme le mortel moyen et subir toutes les petites tracasseries qui empoisonnent la vie de ces derniers. Par contre pour la quête c’est le gros coup de bol, une erreur d’aiguillage leur permet de tomber dans un bled de nains, quelques heures avant un anniversaire extraordinaire. Bienvenue dans la Terre du Milieu !

Repérant un pauvre bougre chargé d’un mystérieux objet maléfique, elles lui colleront au train espérant résoudre leur quête en suivant son épopée. 

Les deux fées se recroquevillèrent tandis que le cheval approchait, dans un bruit sépulcral de sabots ferrés, d’éperons tintant et de plaques d’armures s’entrechoquant. Il les dépassa en encensant bruyamment, s’arrêta à la hauteur des nains. Une onde sub-éthérée, d’un noir absolu, éclata au-dessus de leur tête. Il y eut des bruits désordonnés, le cheval hennit, se cabra, Pétrol’Kiwi se prit une bûche en pleine poire et les nains se carapatèrent sur la pente raide, encombrée de rejets et de souches, où le cheval infernal fut bien incapable de les suivre, tandis que son cavalier poussait un cri aigu, plus horrible encore que le hurlement des arbres. 

Une bonne occasion de tourner en dérision les scènes clés du Seigneur des Anneaux, enfin surtout celles du film, avec intelligence et légèreté. En chemin, les deux fées coopterons un autochtone réprouvé (pas Gollum) et se moquerons ouvertement de la manie du héros à prendre systématiquement la pire décision. Situation nuancée par l’inadéquation des deux amies avec leur environnement.

Tout en martelant intelligemment l’histoire de Tolkien, Catherine Dufour déploie son humour léger et parfois légèrement scatologique. Sa parodie est agréable, bien menée et surtout ne se limite pas à cela. En effet une fois la quête bouclée, l’histoire se poursuis dans le monde d’origine des fées, appliquant la recette de Pratchett, à savoir de l’humour, de la noirceur et de la tendresse.

 

« Mais tu verras ! Un jour, ils en feront de l’assez bonne littérature. »

Pétrol’Kiwi haussa les épaules :

« Je vois ça d’ici : des contes dits par des idiots, pleins de bruit et de fureur, et qui ne signifient rien. »

 

Malgré mes préventions vis-à-vis ce cette parodie, l’Immortalité moins six minutes c’est révélée très agréable, prenante et bien foutue. Un très bon roman de fantasy qui semble plus écorner les poncifs du genre (en incluant ceux des jeux de rôle) que le roman de Tolkien.

Bref un excellent moment, Catherine Dufour ayant réussi ici a compléter son univers de manière drôle et agréable.

La chronique de Nébal

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27 juin 2009

The first book of Lankhmar de Fritz Leiber

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Retour aux sources du Sword and Sorcery à travers le premier tome de cette intégrale qui regroupe les quatre premiers tomes du cycle, pour un prix modique. Je pensais acquérir ainsi les textes les plus marquants du cycle mais manque de bol, The Swords of Lankhmar constitue le cinquième volume. Le cycle déclinant sérieusement après et la lecture dans le texte m’étant un peu difficile, j’ai acquis ce dernier tome en VF d’occasion chez Bragelonne, j’y reviendrai après une petite pause.

Malgré donc un style un peu difficile en anglais, cette série de Leiber est très agréable. En créant son concept de Sword and Sorcery, il dépeint un univers impitoyable ou évolue deux superbes bretteurs et voleurs amorales, régulièrement pathétiques car tel le le Cugel de Jack Vance, il se laisse par trop guider par leur arrogance et leur avidité. 

Ici point d'enjeux géopolitiques et de magie à effet pyrotechnique, les deux aventuriers sont des héros à la petite semaine tandis que la magie est faite d'enchantement sinistre qui assombrisse le décor.

 

Swords and Deviltry

 You’re clearly restless and dissatisfied here. So is any sound young man, anywhere, at your age. The wide world calls you. You’ve an itching foot. Yet let me say this : it takes more than wit and prudence – aye, and wisdom too – to cope with civilization and find any comfort. That requires low cunning, a smirching of yourself as civilization is smirched. You cannot climb to success there as you climb to as mountain, no matter how icy and treacherous. The latter demands all your best. The former, much of your worst : a calculated self-evil you have yet to experience, and need not. I was born a renegade. My father was a man of the Eight Cities who rode with Mingols. I wish now I had stuck to the Steppes myself, cruel as they are, nor harkened to the corrupting call of Lankhmar and the Eastern Lands.

Après une brève presentation du monde de Nehwon, ce premier volume commence avec la nouvelle The Snow Women, présentant le personnage de Fafhrd, sa soif d’évasion des terres gelées qui l’ont vu naître. L’intrigue l’opposant tant à sa mère, sa maîtresse qu’à un chef de guerre local est bien menée. Le jeune Fafhrd a soif de civilisation est ne pourra l’étancher qu’après avoir coupé les ponts avec son univers natal étriqué. L’histoire bien menée est particulièrement prenante. 

Vient après The Unholy Grail, nouvelle présentant le Souricier Gris. Moins prenante, on sens que Leiber est plus à l’aise avec le passé de Fafhrd, le Souricier conservant sa part de mystère. Quoi qu’il en soit ce dernier reste un personnage bien campé, mêlant une cruauté impitoyable à un mélange de candeur et de naïveté. 

Ce premier tome se termine avec Ill met in Lankhmar, récit de la première aventure commune des deux héros. De leur rencontre et association contre la Guilde des voleurs pour plaire à la compagne de Fafhrd jusqu’au dénouement tragique final qui va les lier l’un à l’autre. 

Swords and Deviltry ouvre magnifiquement le cycle avec deux superbes textes posant parfaitement les bases du genre.

 

Swords against Death 

They acquired new scars and skills, comprehensions and compassions, cynicisms and secrecies – a laughter that lightly mocked and a cool poise that tightly crusted all inner miseries and most of the time hid the barbarian in Fafhrd and the slum boy in the Mouser. They became outwardly merry, uncaring, and cool, but their grief and guilt stayed with them, the ghosts of Ivrian and Vlana haunting their sleeping and their waking dreams, so that they had little commerce with other girls, and that more discomfort than a joy. Their comradeship became firmer than a rock, stronger than steel, but all other human relation were fleeting. Melancholy was their commonest mood, though mostly hid even from each other. 

 

The Circle Curse sers d’introduction, narrant rapidement les aventures des deux héros dans leur refus de remettre un pied à Lankhmar jusqu’à leur inévitable retour sur place…

Vient ensuite Jewels in the Forest, une course au trésor autour et dans une ruine mystérieuse et mortelle.

Thieve’s House est sans contexte un des trois meilleurs textes du recueil, la guilde des voleurs comptant pigeonner voire tuer les deux héros afin de régler le contentieux qui les opposent. Une aventure qui offre la part belle au Souricier Gris tandis Fafhrd y souffrira d’un mal de tête récurent. Un texte bien mené, très plaisant.

Dans The Bleak Shore, les deux amis sont victimes d’un sorcier qui les envoient affronter une mort certaine

The Howling Tower met en scène une sombre histoire de sorcellerie où Fafhrd est encore mis en difficulté tandis que le Souricier démontrera avec férocité et opiniâtreté l’amitié qui le lie au barbare. 

Only his eyes responded to his will, turning from side to side, drinking in details with fearful curiosity : the endless series of vague carvings, wherein sea monsters and unwholesome manlike figures and vaguely anthropomorphic giant skates or rays seemed to come alive and stir as the phosphorescence fluctuated ; a group of highest windows or openings of some sort, form which dark slippery-weeds trailed down ; the pools of water here and there ; the still-alive, gasping fish which the others trod or kicked aside ; the clumps of bearded shells clinging to the corners ; the impression of things scuttling out of the way ahead. Louder and louder the thought drummed in his skull : surely the others must realize where they were. Surely they must know the phosphorescence was that of the sea. Surely they must know that this was the retreat of the more secret creatures of the deep. 

The Sunken Land tourne autour de la cité engloutie de Simorgya, un texte qui emprunte beaucoup à Lovecraft et dont visiblement Pratchett s’est inspiré à son tour pour Va-t-en-guerre. Une aventure très réussie dont Fafhrd est le principal protagoniste. Sans aucun doute encore un des meilleurs textes de ce tome. 

And Fafhrd could not speak. His shoulder muscles were contracted as if the weight of the sea were already pressing them down. His mind was engulfed and oppressed by the ominous presence of sunken Simorgya. Memories of the legends. Thoughts of the black centuries during which sea life had slowly crept and wriggled and swum through the mazes of rooms and corridors until it had a lair in every crack and cranny and Simorgya was one with the mysteries of the ocean. In a deep grotto that opened on the corridor he made out a thick table of stone, with a great stone chair behind it ; and though he could not be sure, he thought he distinguished an octopus shape slouched there in a travesty of a human occupant, tentacles coiling the chair, unblinking eyes staring glisteningly. 

The Seven Black Priests est un petit texte reliant les aventures marines précédentes du duo à leur retour dans Lankhmar. Encore une fois, leur avidité les mêlera à un sombre ensorcellement. Un texte assez classique qui ne se distingue pas particulièrement du reste de la production de Leiber mais reste néanmoins très agréable.

Avec Claws from the Night retour à Lankhmar où de redoutables oiseaux voleurs sévices. Pas de coin impressionner Fafhrd et le Souricier Gris bien décidé à faire main basse sur une magnifique pierre précieuse. Histoire d’un vol avec trois parties sur l’affaire. Voici le troisième texte de ce volume à m’avoir tapé dans l’œil. Bien mené, mêlant dérision et aventure épique. Un classique du sous genre créé par Leiber.

The Price of pain-ease est un petit texte qui annonce la fin du deuil porté par les deux aventuriers. A l’instigation des deux archimages Sheelba et Ningauble, ils vont aller défier la mort dans son domaine.

Enfin Bazaar of the Bizarre clos le tome avec une aventure délirante présentant le Souricier sous son jour le plus ridicule tandis que Fafhrd le sortira d’un très mauvais pas.

 

Swords in the mist 

“Now that’s a strange thing. We’ve won I know not how many jewels and oddments of gold and electrum in our adventurings – and even letters of credit of the Guild of the Grain Merchants. Where have they all flown to ? – the credit letters on parchment wings, the jewels jetting fire like tiny red and green pearly cuttlefish. Why aren’t we rich ?”

The Mouser snorted, “Because you dribble away our get on worthless drabs, or oftener still pour it out for some noble whim – some plot of bogus angels to storm the walls of Hell. Meanwhile I stay poor nursemaiding you.” 

The Cloud of Hate ouvre le récit de manière efficace et classique. Une horde de sombre prêtre lançant un brouillard maléfique afin de troubler la presque paisible Lankhmar. Les deux héros s’opposeront à eux après une esquisse de remise en cause. 

Lean times in Lankhmar est indéniablement le grand moment du tome. Lassé l’un de l’autre, Fafhrd et le Souricier Gris sont partis chacun de leur côté. Le premier traversant une crise mystique et devenant l’acolyte du seul et unique prêtre d’Issek à la Cruche tandis que le second se mettra au service d’un membre de la pègre, spécialisé dans le racket des différents cultes dans Lankhmar. Un récit assez enlevé et délirant, qui présente le système religieux de local où les cultes arrivent de l’extérieur et progressent, ou non, vers l’intérieur de la cité au fil des succès qu’ils accumulent. Aussi une bonne occasion d’évoquer les fameux et redoutables dieux de Lankhmar… 

Viennent ensuite Their Mistress, the Sea et When the Sea-King’s away, une aventure maritime légère et son introduction. Amusantes à défaut d’être passionnantes.

The Wrong Branch fait la jonction entre les aventures maritimes précédentes et Adept’s Gambit. Ce dernier texte assez long, avec l’antiquité de la Terre pour décor, oppose les deux héros à un couple de sorcier, à l’instigation de Ningauble. Le récit d’Ahura est plaisant mais ne sauve pas l’ensemble qui reste peu prenant.
 

Swords against wizardry 

Après In the Witch’s Tent qui n’est qu’une introduction rigolote, Fafhrd et le Souricier Gris se lance, suite à la découverte d’un texte annonçant un trésor divin, à l’escalade du plus haut sommet de Nehwon, Stardock dans la nouvelle éponyme. 

They found themselves the best and highest holds they could, close together, and stared up at their problem. Even Hrissa, a-cling by the Mouser seemed subdued.

Fafhrd said softy, “I mind me now they used to say there was an out-jutting around the Obelisk’s top. His crown, I think my father called it. I wonder…”

“Don’t you know ?” The Mouser demanded, a shade harshly. Standing rigid on his holds, his arms and legs were aching worse than ever.

“O Mouser,”Fafrhd confessed, “in my youth I never climbed Obelisk Polaris farther than halfway to last night’s camp. I only boasted to raise our spirits.”

There being nothing to say to that, the Mouser shut his lips, though somewhat thinly. 

Un grand moment de bravoure alpin, plus troublé par les éléments que par leurs concurrents ou les résidents du sommet. Une aventure assez prenante où l’on se demande si le duo ne va pas finir congelé. 

The Two Best Thieves in Lankhmar sert de jonction mais démontre aussi de manière impressionnante la « lose attitude » du duo dès qu’il s’agit de profiter de leur butin. Une courte nouvelle assez ironique et plaisante. 

The Lords of Quarmall, emmène séparément, les deux compagnons, dans la cité souterraine de Quarmall. Sur place, ils seront confrontés au conflit de succession opposant les deux fils du seigneur local. Un récit mêlant le côté bouffon du Souricier à celui de justicier de Fafhrd… Les sorciers de Quarmall sont hauts en couleur et en viendraient presque à voler la vedette aux deux héros. Sans aucun doute un des meilleurs récits de Leiber.

 

A travers cette moitié d’intégrale, j’ai redécouvert avec plaisir les pérégrinations de Fafhrd et du Souricier Gris. Cet ensemble de texte représente un incontournable de la fantasy tant l’ambiance unique se démarque encore de la production actuelle. Je ne vois que Cugel pour leur faire concurrence en matière de franchissement d’obstacles insurmontables et de vautrage devant la ligne d’arrivée.

Posté par efelle à 11:30 - Fantasy - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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