Le crâne parfait de Lucien Bel de Jean-Philippe Depotte

Lucien Bel est un soldat atypique, brave type il s'est engagé bien décidé à ne tuer personne... Un serment qui sera quelque peu ébranlé au cours de la débâcle de 1870... Début 1871, il est à Paris avec les troupes nationales pour saisir les canons parisiens. L'opération tourne mal et le voilà avec ses deux camarades les plus proches, Martial, parisien et Henri, breton pris dans la tourmente de la Commune.
Puis, un officier gueula, plus loin. Sans doute celui qui agitait son sabre en tirant vers l'arrière sur le mors de son cheval. Et le bruit des sabots sur le pavé engloutit les cris et les acclamations. A la charge ! Et puis les coups de feu. Un premier, terrible, puis d'autres en écho, puis la pétarade qui ne s'arrête plus. Le bruit des gens qui meurent, pensa Lucien. Un nuage de fumée blanche s'éleva des rangs, percé par les éclats des tirs comme un brouillard étoilé.
Peu à peu, le vacarme et l'odeur de poudre diffusèrent à travers la place Pigalle et même les soldats les plus proches se mirent à tirer à leur tour. A l'abri, Lucien et Martial rentraient la tête au sifflement de chaque balle comme des miaulements de petits chats.
Henri s'accroupit avec eux, derrière le coin du mur, le chassepot sur les genoux. Au moins cette fois, il n'avait pas envie de tirer avec les autres.
Martial prend rapidement fait et cause pour la Commune, tandis qu'Henri reste férocement loyal au gouvernement. Lucien tente de composer, se retrouve prisonnier et en voulant s'interposer prend un balle dans la tête... Une bonne âme l'emmène à l'hopital et quelques semaines plus tard Lucien Bel émerge à la Pitié-Salpêtrière. Il lui faudra quelque temps pour découvrir qu'il est tombé entre les mains d'un maniaque, pionner d'une nouvelle forme de chirurgie dérivée de la phrénologie...
Lucien n'aimait pas la vielle. Il ne la détestait pas non plus. En fait, il s'en foutait, mais pas de ce sale bourdon : la corde grave de l'instrument que la roue frotte en permanence et qui ronfle et qui menace à l'infini derrière la mélodie. Drôle d'instrument quand même qui sous des airs de frivolité impose son râle inquiétant tel un avertissement qu'on finit par ne plus entendre à force de l'avoir dans l'oreille.
Et ce bourdon, c'était la guerre, le canon du Mont Valérien, la fin de la Commune que tous avaient dans l'oreille mais ne voulaient pas entendre. Tous ces danseurs, ces braillards et ces filles légères, le sentaient-ils monter du bas de la Butte le sale bruit des Versaillais, le sale ronron de leur mort annoncée ?
Ne se sentant pas spécialement invalide, Lucien faussera compagnie au professeur Delestre pour tenter de retrouver la trace de ces deux compagnons antagonistes. L'occasion de croiser quelques figures entrevues brièvement avant sa blessure : le révolutionnaire d'origine allemande Siebel, Marthe prolétarienne de la Butte Montmartre, le photographe et aéronaute Nadar, le poète Eugène Pottier...
Tout en se démenant pour sauver ses compagnons ou se sortir des mauvais pas où sa tendance à ne pas prendre partie l'entraineront, Lucien succombera régulièrement à des malaises qui le ramèneront invariablement dans les pattes sinistres de Delestre... L'occasion d'ellipses l'amenant à une autre période de la Commune, le choc du réveil s'accompagnant alors, de la prise de conscience de la vitesse à laquelle les évènements se détériorent. Et ce jusqu'à la fin de la Commune...
Au-delà des portes de l'hôpital, c'était le fin du monde qui les attendait, et Lucien la reconnut aussitôt.
A sa voix d'abord : le ronron du Jugement dernier, un grondement continu, l'empilage des hurlements de mille canons versaillais autour de Paris. Cela ressemblait au bourdon qui ne l'avait jamais quitté, au fond de sa tête, mais amplifié à l'échelle d'une ville, du monstrueux encéphale de tous les Parisiens. D'un pas, Lucien se plongea dans le mur de son qui bouchait la porte.
Autour de lui, il y avait une pulsation dans le tonnerre des canons, le pouls d'un mourant qui s'emballe à l'approche de la délivrance. Et un crépitement, à droite, à gauche, au loin : le rire des fusillades, plus sec, comme les moqueries d'autant de diablotins.
C'était bien la fin du monde et son odeur des enfers, l'odeur du feu et des chairs grillées. Le fin du monde et sa lumière d'orage. Les fumées noires des incendies formaient une voûte de catafalque, illuminée d'en dessous par les éclats rouges des fournaises et un timide soleil de mai.
Après un début un petit peu lent, dû sans doute à la nature indécise et contradictoire de Lucien Bel, le roman prend son rythme de croisière avec les débuts de la Commune. La narration se déroule alors de manière très agréable, alternant les interrogations sur la nature des opérations infligées à Lucien avec le regard sans concession de ce dernier sur la Commune. Un point de vue réaliste, lucide et cynique... Cynisme que ne l'empêchera pas d'agir et de tenter de sauver ses proches souvent malgré eux.
Un roman efficace, bien documenté et assez poignant tant dans sa conclusion que son épilogue cynique. Un très bon moment. Jean-Philippe Depotte démontre ici qu'il est un auteur à suivre.
A paraitre le 5 avril 2012, la couverture définitive :
Arlis des forains de Mélanie Fazi

Arlis est un orphelin, élevée par Lindy une foraine depuis sa plus tendre enfance. Suivant le petit train train de la troupe de ville en ville, il ne se pose pas trop de question sur ses origines se contentant des contes alcoolisés d'Aaron. Lors d'un arrêt dans la bourgade de Bailey Creek, Arlis sympathise avec Faith, une gamine rebelle, fille du pasteur local.
Je comprenaos ce qu'avait voulu dire Faith le premier jour, et pourquoi elle avait tenu à me montrer les champs. J'entendais presque le souffle du vent me murmurer : le monde est vaste, Arlis, il est entre tes mains. Parce que j'étais sans attaches et porteur de tout un avenir. Cette nuit-l, loin des forains, perché sur le toit du monde, je pouvais faire semblant d'y croire.
J'avais onze ans et tout restait encore à faire.
Entretenant soigneusement une rancune tenance envers sa cadette et son père, la gamine entraine Arlis dans des expéditions nocturnes dans les champs, pour des cérémonies impies, régurgitation des diatribes bibliques infligées par son père.
Même quand je l'ai vue tirer le canif de sa poche, j'ai pensé qu'elle bluffait. Certaines choses sont sacrées, et les jouets des petites soeurs en font partie. Je n'avais pas encore compris jusqu'où la haine du sacré pouvait la conduire. Sans états d'âme ni hésitation, elle a plongé la lame dans le corps mou de la poupée. J'ai regardé sans broncher le bourrage s'échapper de la blessure.
Rapidement les cérémonies produisent des résultats et des apparitions se manifestent, de plus en plus impressionante... Peu à peu, Arlis réalisera qu'elles ne sont pas liées aux divagations de Faith mais à lui même et particulièrement à ses origines.
Moins envoutant que ses recueils de nouvelles, ce roman de Mélanie Fazi se révèle plaisant malgré quelques ruptures de rythme et une ambiance foraine très légère au final. Du côté des expéditions nocturnes au pied d'un épouvantail, la magie opére parfaitement et l'ambiguité de la situation est maintenue suffisament longtemps pour intriguer. Quoi qu'il en soit : un bon moment.
Les avis de Lhisbei, Nébal sur le Cafard Cosmique et Cédric Ferrand.
Sur des mers plus ignorées... de Tim Powers

Une douzaine de pirates étaient montés à bord et d'autres enjambaient la rambarde ; les marins encore en vie avaient lâché leurs armes. Chandagnac aussi lâcha la sienne et recula lentement vers tribord, regardant les pirates avec un grand étonnement. lls étaient gais, leurs yeux et leurs dents jaunes brillaient dans des figures qui, si, n'était leur animation, auraient eu l'air d'acajou poli. Quelque-uns chantaient encore. Ils étaient habillés commes des enfants qu'on aurait interrompus alors qu'ils étaient occupés à piller les coffres d'un costumier de théâtre. En dépit de leurs pistolets et de leurs sabres visiblement usagés, de leur visage et de leurs membres balafrés, ils parurent, aux yeux de Chandagnac, aussi innocemment sauvages que des rapaces, comparés à la cruauté froidement méthodique de Hurwood et de Friend.
John Chandagnac est un jeune homme qui espère prendre un nouveau départ à la Jamaïque quand le navire qui l'emmène est attaqué par un petit groupe de pirates. L'attaque est d'autant plus rondement mené que deux des plus éminents passagers sont de mèche avec les flibustiers et disposent de moyens surnaturels... Poussé par un sentiment d'injustice et d'héroisme mal placé, Jack blesse le Phil Davies le chef des pirates après l'affrontement. Ce dernier lui laisse alors deux options : la mort ou l'enrôlement dans leurs rangs...
La soirée passa, pour le cuisinier nouvellement promu, comme une longue période floue ponctuée d'impressions plus nettes mais fugitives : il lui arriva même de patauger dans le ressac pour participer à une danse compliquée où la musique s'accompagnait en contrepoint du bruit des vagues s'écrasant sur la plage, et du vent tiède agitant les palmes. Plus tard, il courut sur une bande de sable, entre la mer et la jungle, contourna les feux en chuchotant inlassablement John Chandagnac, car il avait peur, avec son nouveau nom, d'oublier le vrai, dans ce monde de crime, de rhum et de petites îles tropicales.
C'est alors qu'il découvrira la démence profonde de Friend et Hurwood, férus d'occultisme, le dernier nourrissant des projets sinistres à l'encontre de sa propre fille, ainsi que leur association avec un individu plus redoutable que Davies, Barbe-Noire. Le pirate légendaire, expert en vaudou associé à l'entité Baron Samedi, a son propre agenda et déplacera tout ce petit monde comme sur un échiquier. Commence alors une aventure sans temps morts, pleine de rebondissements et de batailles navales sur fond de magie agonisante et de vaudou, des Caraïbes aux marécages hantés de la Floride.
Avec ce roman, Tim Powers se plonge dans l'ambiance de la piraterie, utilisant et détournant les faits historiques pour y introduire des éléments fantastiques avec brio, notamment concernant la relation entre Stede Bonnet et Barbe-Noire. L'argument fantastique est patiemment mis en place et bien exploité. Un récit d'aventure mené tambour battant, assez classique mais prenant et plaisant. Un bon moment.
Les jours étranges de Nostradamus de Jean-Philippe Depotte

Médecin lyonnais se réclamant des méthodes d'Ambroise Paré, protestant proche de Calvin, Philibert Sarrazin se fait piéger à Paris dans une affaire de dissection clandestine.
Un monde disparaît, un autre le remplace. D'habitude, ce genre d'idée amusait Philibert. Et souvent, il s'égarait dans sa philosophie de bricoleur : la vie, le monde, les petits mystères de la réalité. Comme on oublie vite, par exemple, le confort quotidien d'un foyer que l'on a quitté ! Et ce n'est pas seulement l'âme mais le corps entier qui oublie la chaleur d'un salon, le goût d'un bon repas, le contact de la peau d'une femme. C'est comme si on était un autre ou, plutôt, comme si, en changeant de monde, on se changeait aussi soi-même, ce que l'on est et ce que l'on a été. Voilà à quoi pensait Philibert, un sac de jute sur la tête, alors qu'il traversait Paris.
Amené devant un mystérieux gentilhomme, accompagné d'un janissaire des plus exotiques, Philibert est soumis à un chantage... Le tribunal ou accepté d'aller à Salon de Provence, pour approcher Michel de Nostredame dit Nostradamus dont l'influence grandit. Pourquoi lui ? Tout simplement pour leur amitié passé mais surtout parce leurs épouses respectives sont soeurs.
Comprenez-vous comme vous pourriez m'aider à rétablir un équilibre à la tête de notre royaume ? Dieu a voulu qu'un roi règne sur la France. Pas sa femme, ni sa clique de magiciens. Allez trouver ce Nostradamus, Sarrazin, et faites-lui cracher ses secrets. Est-il huguenot, hérétique, sorcier ou les trois à la fois ? D'où tire-t-il sa science ? Vous dites ne plus le connaître, attendez donc de l'avoir retrouvé avant de décider s'il vaut la peine que vous vous sacrifiiez pour lui.
Philibert tergiverse, tentant de résister au chantage... Il sera sauvé par l'accident de joute du roi Henri II. Envoyé sur place du fait de l'absence de médecin digne de ce nom, il soulagera le roi et retrouvera sa liberté. De retour à Lyon, il constatera rapidement que la conjuration contre Nostradamus est capable de l'atteindre aussi là-bas. Après avoir envoyé ses enfants à Genève auprès de Calvin, leur parrain, il se mettra en route vers Salon avec son épouse Louise.
Précédé par la peste, le couple entrera dans Salon pour soulager la population catholique locale, seule à ne pas avoir fuit. Pour se faire accepter, Philibert chantre de la foi protestante, se retrouvera à devoir jouer le catholique... L'occasion de remettre en perspective les postures des huguenots locaux croisés en route.
Prenez l'autorité, le dogmatisme, la logique froide et inhumaine. Et comme ce marionnettiste du champ de foire, faites-en une boule et collez-lui deux yeux. Vous obtiendrez d'Estissac. La vertu mal comprise, la Bible à la lettre, le rejet physique du papisme, à souffrir de la tête en passant devant l'église. Et cette voix aigre, trop aride et trop étroite, douloureuse à cracher, comme un calcul rénal. Comment peut-on à ce point être la caricature même de ce que l'on est ? C'est pour cela que le vicomte des huguenots était leur maître à tous et qu'ils l'avaient choisi.
A la fin de l'épidémie, Philibert sans avoir réussi à renouer à Nostredame, ce trouve pris du côté des catholiques dans la lutte de pouvoir opposant les notables. Pris dans la tourmente, il aura du mal à garder son objectif en tête d'autant plus que les évènements dégénèrent à un rythme effréné...
Vers la fin de la nuit, les cabans défilèrent dans les rues en sonnant du tambour et du clairon, la violence du bruit pour entretenir la terreur. Philibert n'avait pas deviné que Villermin serait capable de cela. Ou alors, ce devait être quelque chose que tous les catholiques gardaient en eux. La certitude qu'un jour, l'hérésie de la Réforme se terminerait dans un bain de sang. L'aboutissement de la logique de leur bon droit. La superstition ne peut engendrer que la haine et l'irrationnalité. C'est pour cela que lui, il avait choisi d'être protestant.
Dans la tourmente des prémisses des guerres de religion, Nostradamus apparaît peu mais est néanmoins omniprésent dans les esprits et le roman. Philibert est troublé par la science douteuse de son ancien ami, Louise s'interroge sur la mort mystèrieuse de sa soeur, la population de Salon tant catholique que protestante fascinée par ses prédictions floues le vénère... Malmené par les évènements de plus en plus chaotique, Philibert oscillera entre fascination et haine et ce jusqu'à la confrontation finale.
Très maîtrisé, ce roman est agréable dès que l'on s'est fait à la bigoterie de l'époque. Jean-Philippe Depotte jongle avec de multiples thématiques (avancée de la médecine, Réforme, chasse aux sorcières, luttes de pouvoirs) avant de clôturer très efficacement son intrigue principale, omniprésente dans le récit mais de manière discrète. Ce second roman de Depotte s'avère un très bon moment bien construit et prenant. Un auteur à suivre...
Le Dragon Griaule de Lucius Shepard

Les écailles étaient des hexagones irréguliers de trente pieds de large sur quinze de haut ; leur couleur était un or pâle nuancé de vert, mais il y en avait aussi des blanches, drapées dans des lambeaux de peau morte, et d'autres recouvertes d'une mousse viride, et l'immense majorité d'entre elles étaient marbrées d'algues et de lichens qui semblaient dessiner les caractères d'un alphabet ophidien. Les oiseaux avaient niché dans les fêlures, les fougères avaient poussé dans les interstices, tels des milliers de panaches verts frémissant sous la brise. Méric eut le souffle coupé en contemplant l'immensité de ce jardin suspendu - on eût dit une lune fossile à la courbure prononcée. L'idée de tous les siècles accumulés dans ces écailles lui donna le vertige, et il s'aperçut qu'il n'arrivait pas à détourner les yeux, comme s'ils restaient rivés à ce panorama pendant que son âme se flétrissait à mesure qu'il prenait conscience de la masse et de l'intemporalité de cette créature sur laquelle il rampait comme une mouche. Il perdit toute distance par rapport à la scène : le flanc de Griaule était plus vaste que le ciel, pourvu de sa propre gravité potentielle, et il lui semblait totalement raisonnable de marcher dessus sans jamais courir le risque de choir.
Quelque part en Amérique du Sud, repose depuis des millénaires le Dragon Griaule, figé pour l'éternité par un sortilège raté... Au fil des siècles, le monstre a continué de grandir, atteignant une longévité et une taille normalement inconnue de son espèce. Alors que cette dernière se fait rare, les hommes pullulent et une frange malveillante de l'humanité s'est abritée dans l'ombre inquiétante du monstre. L'influence supposée de ce dernier devenant l'alibi de la tendance belliqueuse de ma population...
Ce recueil de six nouvelles constitue à la fois le récit de ce monstre imposant et immobile qu'un témoignage de l'évolution de l'écriture de Lucius Shepard, chaque nouvelle étant commentée dans la postface.

Dédicace de Nicolas Fructus réalisée le 15/11/2011 lors des Dystopiales.
L'homme qui peignit le Dragon Griaule narre la tentative d'arnaque ingénieuse d'un jeune artiste du XIXeme siècle qui tombera dans les rêts du monstre et se lancera dans un projet dément résultant de la fascination qui l'envahit. Un récit doux amer très prenant.
Puis elle leva les yeux vers le coeur et se figea. Les motifs d'ombre et de lumière s'altéraient plus vite que jamais et leur complexité, elle aussi, allait en croissant ; et cependant, ils étaient aussi limpide à ses yeux que si elle en était l'auteur : pulsations de ténèbres et tourbillons de lumières dorée se déroulant à la surface ridée du coeur. C'était un message tout simple et, l'espace de quelques secondes, elle refusa d'accepter l'information dont il était porteurn de croire qu'arrivait enfin le point culminant de sa destinée, qu'elle avait gâché sa jeunesse pour de telles futilités ; mais, en se rappelant tous les indices, ses rêves de dragon endormi, ses visions répétées d'un torse en train de respirer, l'histoire de Senso telle que l'avait racontée Mauldry, l'exode des animaux, insectes et oiseaux, le choc étouffé dans les profondeurs du dragon, après quoi tout était resté calme durant un millénaire... elle sut que c'était la seule explication.
Comme il l'avait fait mille ans auparavant, et comme il le referait dans mille ans de cela, le coeur allait battre.
La Fille du chasseur d'écailles, nous emmène du village perché sur le dos de Griaule dans ses profondeurs, où une jeune fille va se terrer pour échapper à une vendetta. Sur place elle découvrira la faune locale, la population qui y vit de manière symbiotique et tentera de décrypter la volonté du dragon qu'elle perçoit autour d'elle et dans ses songes. Un récit amer et dépaysant.
Le Père des pierres change radicalement d'ambiance et s'éloigne de Griaule. A Port Chantay, un père a assassiné le gourou d'une secte axé sur Griaule soit disant sous l'influence du monstre, exercée sur lui par l'intermédiaire d'une gemme. L'avocat chargé de sa défense ne croit pas trop à cette thèse mais elle reste la seule capable de sauver la tête de son client. Son enquête lui fera rencontrer des personnes perverses et la complexité de l'intrigue le dépassera un temps... Un texte captivant qui pose la question de l'influence supposée du dragon.
La vie, qui lui paraissant lointaine depuis si longtemps, tel un trésor hors de portée, la vie semblait l'étreindre, l'envelopper et le griser de ses spectacles éblouissants, de ses parfums capiteux. Que lui importait, se dit-il, de savoir qui dirigeait le monde tant que le monde demeurait doux et dispensait tous ses plaisirs ? Il éclata de rire, il lança une oeillade à une jolie fille, il s'abandonna à des idées de violence et de duplicité, autant de choses qui le faisaient jouir.
D'une façon ou d'une autre, le dragon était lâché dans Port-Chantay.
La Maison du Menteur reprend un peu la même thématique tout en évoquant le besoin vicéral de reproduction du dragon figé. Une histoire au final assez rude, l'évocation de la présence du dragon dans son environnement immédiat est très efficace.
L'Ecaille de Taborin présente l'ultime manipulation de Griaule, une mise en scène spectaculaire, permettant à quelques personnages bien abimés de se rencontrer et espérer prendre un nouveau départ...
Le crâne se déroule au XXeme siècle, de Griaule, il ne reste plus qu'un crâne titanesque oublié dans la jungle. Evocation d'un pays d'Amérique du Sud, ravagé par les dictatures et révolutions successives. Un texte fort empruntant beaucoup au vécu de Lucius Shepard.
Le Dragon Griaule est un superbe recueil aux ambiances variées, même si assez sombres dans l'ensemble. Le thème est bien exploitée et semble constitué un fil rouge dans l'oeuvre de Shepard. Un excellent moment.
Mémoires d'un Maître Faussaire de William Heaney

William, la cinquantaine, laisse mollement sa vie s'écouler toute seule... Président d'une ONG influente de protection de l'enfance, il chasse la monotonie en escroquant des collectionneurs de livres anciens tout en reversant les bénéfices à l'association d'aide au SDF d'Antonia, mal vue des politiques. Divorcée, son existence est quelque peu sinistre et ce n'est pas ses soirées régulières au pub avec deux amis, et complices, qui le sortiront de son spleen.
Et ensemble nous étions tombés. Depuis trois ans, nous nous retrouvions tous les quinze jours, sans faillir ou presque. Ca, c'est de la fidélité. Nous formions ce que les féministes des années quatre-vingt vêtues de salopettes ridicules baptisaient un groupe d'entraide, sauf qu'on ne lui donnait jamais ce nom. C'était un club de beuverie, de gueuletons, et certains soirs un club-pour-rire-jusqu'à-ce-que-la-morve-vous-jaillise-du-nez. Vous pouvez en dire ce que vous voulez, mais nous nous faisions beaucoup de bien mutuellement.
Dans l'absolue, il n'y a rien là-dedans d'exceptionnel ou de quoi se rouler dans la dépression à un détail près : William voit des entités obscures attachées aux gens, qu'il a baptisé "démon", et dont l'apparence reflète les problèmes qui travaillent leur possesseurs, y compris lui même...
Croyez-moi, ça n'a rien d'une blague. La première fois qu'on rencontre cette matière sous la forme de ces créatures, on a l'impression de se faire écorcher vif. La terreur qui vous envahit est telle que le fluide de vos yeux paraît geler à leur vue.
L'un des démons prit conscience de ma présence derrière la porte. Il se retourna lentement, me jeta un coup d'oeil indifférent puis reporta son attention sur Antonia. Les traits de leur visage sont globalement indistincts : comme si une divinité mineure avait conçu un prototype sans la profusion de détails de la Création. Mais bien que leurs traits soient flous, ce sont des individus uniques, aux expressions lisibles. Pour l'heure, ils paraissaient tous occupés à chercher une faille dans son raisonnement, un moment de faiblesse ou dépuisement psychique, une fissure. Ils craignaient Antonia. Ils ne pouvaient l'approcher. Pour eux, une lumière invincible brille autour d'elle et c'est pour cette raison qu'elle les fascine.
Obsédé par une faute au cours de ses années universitaires, William traine donc sa croix. Peu après le début du récit, son existence prend un tournant : une jeune femme fascinante cherche sa compagnie, son fils ne supporte pas l'école publique qu'il lui a choisit, une de ses filles et son petit ami vient loger chez lui, Seamus SDF vétéran de la première guerre du Golfe croise sa route tragiquement, une connaissance de l'université resurgit et enfin sa dernière affaire de contrefaçon semble sur le point d'échouer. Beaucoup de bouleversements dans sa petite vie bien ordonnée...
Je songeai également que la ville était comme un immense esprit inconscient. On ne peut jamais la connaître. Chercher à cataloguer ses lieux historiques ou sa géographie en transformation constante, ou ses migrations et ses voies navigables, ses rumeurs et ses mythes vous rendrait complètement dingue. On ne pouvait qu'approcher certains des rêves créés par ce moteur géant et inconscient. Le connaître comme Stinx, à travers ses galeries d'art et ses repaires de drogués ; ou comme Jaz, à travers ses bains publics ou ses séances de photos de mode ; ou comme Antonia, à travers ses milliers de SDF et ses abris rudimentaires ; ou comme moi, à travers ses pubs et sa bureaucratie. Parfois, nos rêves planent ensemble, se frôlent et s'agglutinent ; on se console alors en songeant qu'on a trouvé une île au coeur du torrent des rêves. Une petite masse concrète de conscience. Un mirage.
Mémoires d'un Maître Faussaire est un court roman sympathique, le cheminement de William Heaney vers la rédemption ou le pardon est agréable et très fluide. L'argument fantastique très léger sert efficacement le récit, sans excès. Un très bon moment.
Elle m'a donne envie de la lire : Mes imaginaires.
Une lecture commune avec Lhisbei.
Notre-Dame-aux-Ecailles de Mélanie Fazi
Si Serpentine m'avait bien accroché mais je dois reconnaitre que Notre-Dame-aux Ecailles m'a beaucoup plus touché et remué... Les ambiances de Mélanie Fazi m'ont permi de m'évader très efficacement de celles des transports en communs.
La cité travestie aborde Venise d'une manière sinistre et angoissante, la ville du bal masqué laisse place à une ambiance glauque d'eau saumâtre. Une cité bien décidée à ne pas se laisser dépouiller de ses souvenirs et ambiances. Pas le meilleur texte du recueil mais j'ai apprécié les descriptions à contre courant de la cité.
En forme de dragon aborde les affres de la création artistique de manière originale et touchante.
Langage de la peau met en scène de manière sensuelle, la rencontre de deux êtres isolés dans la foule humaine.
Le train de nuit décrit la fuite d'une jeune femme à bord d'un étrange train où l'oubli de son passé semble possible. L'ambiance est réussie mais je n'ai pas accroché à la fin.
Les cinq soirs du lion, évocation d'un familier et d'un traumatisme par une jeune sorcière moderne. Il m'a semblé sentir une forte influence de Lisa Tuttle dans ce récit assez plaisant.
La danse au bord du fleuve, sorcellerie animiste à l'ambiance sensuelle mais je n'ai pas accroché au revirement de la narratrice qui passe trop vite de la peur à l'émerveillement.
Villa Rosalie est une approche originale de la maison hantée, la fascination remplace la peur, sympathique.
Le noeud cajun nous plonge dans une amérique rurale, emprunte de mythe et de surperstition. L'ambiance est réussie, l'horreur progressive et le dénouement surprenant.
Notre-Dame-aux-Ecailles aborde le traumatisme du cancer en subtilité, un texte très agréable.
Mardi gras s'aventure dans la Nouvelle Orléans post Katrina. La carnaval est bien rendue de même que le spleen de la ville dévastée.
Noces d'écume, récit lovecraftien subtil, on se croirait à Innsmouth. Une jeune femme lutte pour trouver la solution au traumatisme qui a frappé son mari au cours d'une partie de pêche.
Fantômes d'épingles aborde le thème du deuil, l'oubli est il préférable au sentiment de perte ?
Un recueil très réussi que je ne peux que conseiller, les ambiance de Mélanie Fazi sont très réussies et elle est très à l'aise dans la forme courte. Un excellent moment.
Une lecture commune avec Cachou.
La chronique de Gromovar.
L'ombre de Thot de Micheal Peinkofer
L'ombre de Thot donc ou Benjamine Gates contre Jack l'éventreur à la poursuite des mystérieuses cités d'or. Bien qu'abordé sans a priori, j'ai été extraordinairement déçu par ce roman.
1883, un mystérieux assassin sême la terreur à Whitechapel. Des prostituées sont assassinées et mutilées de manière atroce, on leur a prélevé des organes : foie, viscères... A chaque fois, un dessin représentant un ibis stylisé est tracé avec le sang de la victime. Les agitateurs s'activent et les soupçons du peuple se portent sur le petit fils de la reine Victoria, président d'honneur d'un cercle d'égyptologue...
Sarah Kincaid est la fille prodigue d'un archéologue brillant récemment décédé. N'ayant pas réussi à faire son deuil, elle s'est plongée dans les travaux de son père dans la demeure provinciale de la famille lorsque son parrain, Mortimer Laydon, médecin royal, vient la chercher. Jeffrey Hull conseillé de la reine est aux abois et prêt à tout pour mettre un terme à ses meurtres, même faire appel à une femme malgré les préventions de la société victorienne.
Elevée sur les chantiers de fouille archéologique d'Egypte et de Lybie, elle est résolumment moderne dans son schéma de pensée. Une fois qu'elle a été imposée à Scotland Yard, elle fera appel à une ancienne relation le medium français Maurice du Gard. Maître de l'art de percer les brûmes du futur via la consommation simultanée d'opium et d'absinthe. Ensemble, ils pourront forcer la porte du suspect royal et constater son innocence flagrante.
Le vieux principe socratique selon lequel les connaissances nouvelles provoquent de nouvelles questions s'est encore vérifié.
Avec un curieux mélange de soulagement et de trouble, Maurice du Gard et moi avons quitté le palais de St James ; soulagement que l'héritier du trône britannique ne soit apparemment pas le meurtrier qui commet ses forfaits dans l'East End ; mais trouble aussi parce que nous avons l'impression d'être parvenu au seuil d'un scandale d'une ampleur incalculable ; sans le savoir, nous nous sommes approchés de l'abîme du fond duquel le néant nous contemple.
Alors que grâce à une vision de du Gard, Sarah est un inspecteur tombe presque sur le meurtrier... Suite à cette réussite, de mystérieux sicaires enlèvent Mortimer Laydon dans sa résidence sous les yeux de Sarah laissant le symbole de l'ibis stylisé derrière eux. Résolue, Sarah poursuit son enquête avec l'aide de du Gard et découvre le mythe du Livre de Thot et de l'arme fantastique qui le défend, le feu de Thot, dont il est aussi la clé. Les assassinats ne seraient qu'un chantage exercé à l'encontre du prince pour financer une expédition archéologique en Egypte au profit d'une sinistre organisation secrète.
La jeune femme réussit à convaincre Hull et se retrouve à nouveau en Egypte dans son élément naturel, loin des corsets victoriens.
La jeune femme se présentant devant eux ne semblait pas être la même que celle qui avait voyagé avec eux. Sarah avait en effet troqué ses vêtements contre un pantalon de cavalier couleur sable ajustés au corps, et ses chaussures de ville contre des bottes de cuir montantes s'arrêtant juste sous les genoux. Un corsage blanc à manches larges et un gilet de cuir de bouc souple complétaient la tenue. Au lieu d'une écharpe et d'un chapeau, elle avait noué autour de sa gorge un foulard blanc, pas très différent de ceux que portent les Bédouins pour se protéger du soleil et du sable. Des lunettes aux verres fumés, ronds, hardiment juchées sur son nez, lui offraient leur protection contre la réverbération aveuglante. Ses longs cheveux étaient désormais relevés. Mais ce qui choqua le plus ses compatriotes, ce fut qu'une Anglaise, une lady qui plus est, fût armée.
Et là tout dérape, la mystèrieuse organisation multiplie les attentats contre l'expédition semblant vouloir mettre un terme à la quête archéologique, par ailleurs une autre organisation semble se dresser à son tour contre les anglais... Et le coup de grâce arrive avec les ficelle façons Indiana Jones : au début on a plein d'ouvrier pour déterrer des indices enfouis depuis des millénaires sous le sable pour finalement arriver avec une équipe plus que réduite dans la ruine finale à ciel ouvert en plein désert, pratique lorsque les ouvriers ont pris la fuite depuis longtemps. Sans oublier, le réservoir millénaire plein de crocodiles en plein désert mais muni d'une chasse d'eau toujours fonctionnelle fort pratique et le méchant qui débarque à la fin pour expliquer sa démarche par le menu. Quant au feu de Thot...
Bien que Sarah Kincaid soit une héroïne tête à claque qui a toujours raison même quand elle a tort : en voulant distancer une tempête de sable par exemple, la partie londonienne du roman fonctionne assez bien soutenue par les extraits du journal de la jeune femme. Le roman sombre définitivement avec l'arrivée en Egypte, le déploiement de l'archéologie d'opérette et les extraits du journal au présent quand l'héroïne est à l'agonie ou totalement entravée... Pour ce qui est de Jack l'éventreur, le roman conclu de manière ridicule en explicitant les assassinats 1888 dont il avait repris l'ambiance générale à son commencement.
Bref L'ombre de Thot est un thriller mou qui ne convainc pas, plein de poncifs hollywoodiens et finalement assez ennuyeux.
Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle

A Lisa Tuttle, dont les livres m'ont appris que les plus effrayants des fantômes sont ceux qu'on porte en soi. Ils étaient toujours là, ces fantômes : entre les pages des textes que je découvrais en cherchant la matière qui composerait ce recueil. Dans l'ombre de ces personnages suspendus entre névrose ordinaire et folie, et dont on ne sait jamais trop s'ils nous effraient ou nous font pitié tant leurs failles sont humaines. Ils nous tendent un miroir pas toujours agréable à contempler, dérangeant et fascinant à la fois. Le monde, par petites touches, bascule dans l'horreur ; ainsi naissent les fantômes, dans le sillage d'un rêve éveillé, d'un amour contrarié ou d'un souvenir perdu. Dans le désir, la frustration, la jalousie, le réveil de pulsions pas très avouables - mais si communes, en fin de compte. Rien n'est ici plus dangereux qu'une femme amoureuse ou une victime devenue bourreau.
Extrait de la préface de Mélanie Fazi
Recueil de nouvelles de fantastiques, sélectionnées et traduites par Mélanie Fazi, Ainsi naissent les fantômes se révèle une excellente introduction à l'oeuvre de Lisa Tuttle.
Rêves captifs présente les séquelles d'une victime d'enlèvement de manière implacable et surprenante. L'horreur est palpable et prend à la gorge, une réussite.
L'heure en plus démarre plus sobrement, une mère de famille n'arrive pas à trouver le temps de se consacrer à l'écriture quand une pièce mystérieuse lui apparait. Un lieu correspondant parfaitement à ses goûts où le temps s'écoule très lentement... Une fenêtre sur un autre monde lui permettant de satisfaire à ses ambitions mais le revers de la médaille sera aussi surprenant que cinglant. Un très bon moment.
C'est dans cette pièce, chaque jour, que je transforme ma vie en langage. Les murs sont tapissés de livres rédigés par d'autres, et mes écrits s'accumulent autour de moi sur le bureau : articles incomplets, lettres inachevées, squelette décharné d'un roman, autant de débuts sans fins. La machine à écrire bourdonne tandis que j'associe les mots pour en tester l'effet puis les empile en une tour instable de phrases, de paragraphes, de pages. L'atmosphère de la pièce est lourde, imprégnée de ces mots.
Le Remède relève plutôt de la science fiction, la panacée a été découverte, elle renforce les défenses immunitaires de manière parfaite mais attaque les capacités d'apprentissage des nouveaux nés... Parfait sur la forme mais le fond ne m'a pas totalement convaincu, un bon moment néanmoins car la plume est vraiment belle, de même que les liens entres les deux personnages principaux.
Ma pathologie est sans doute le texte qui va le plus loin dans l'horreur : maternité, alchimie et amour irraisonnée. Un cocktail impitoyable qui marque durablement, un excellent texte.
"Mezzo-Tinto" est à la fois un hommage et un texte classique très efficace sur le thème du mystérieux tableau.
La Fiancée du Dragon est la nouvelle la plus longue du recueil et présente un point vue masculin extérieur. Une jeune américaine et appelée à retourner chez sa tante en Angleterre où elle subodore avoir vécu un traumatisme lié à l'imagerie du dragon. C'est accompagnée du narrateur, premier et récent amant qui devra jouer le rôle de protecteur, qu'elle se rendra sur place pour élucider cette part obscure de son passé. Etrange et bien mené, un très bon moment.
Au final un excellent bon recueil, sans fausse note, qui réussit à surprendre et à glacer.
Ils l'ont lu : Lhisbei, Gromovar.
Vegas Mytho de Christophe Lambert

La capitale était aux mains des Barbares, des hordes venues du Nord - leur chef avait un nom en "ic" -, brutes hirsutes, poilues de la tête aux orteils, vêtues de fourrures, de peaux de mouton, de chèvre. Cette engeance déferlait dans Rome comme les sauterelles sur l'Ancienne Egypte. Bientôt, ils parviendraient au Capitole et au Forum. Là, ils détruiraient tout : temples, mosaïques, dallages, statues. Les plus malins voleraient les feuilles d'or ornant les colonnades.
- Il faut partir, répéta le patriarche, catégorique.
- Partir, mais pour aller où ? demanda sa compagne, une femme sans âge dont le visage lisse contredisait la chevelure grise nouée en chignon.
- L'Orient. C'est là-bas que pousse le blé. C'est là-bas que le centre du pouvoir s'est déplacé.
Quelques siècles plus tard à New York...
1957, Thomas Hanlon, ex professeur d'université, poète souhaitant devenir écrivain, vivote à Greenwich Village entre deux bouteilles quand il fait la connaissance d'une jeune femme fascinante, cultivée et grande amatrice de rapace nocturne : Sofia Stamatis. La jeune femme, membre d'une famille de richissimes immigrés grecques, ne tarde pas à emmener son nouvel amant à Las Vegas où son père a investi dans un casino, l'Olympic Winner.
Sur place, Thomas découvrira rapidement que cette famille est inhabituelle, extraordinaire...
Après Mark - assez antipathique, je dois dire -, j'ai rencontré Diana, la cadette de la famille, une fille d'allure sportive plutôt rigolote, un petit lot sexy. Et puis il y avait l'oncle Hayden, qui travaillait dans les pompes funèbres... et puis une dizaine d'autres personnes dont je me suis empressé d'oublier les noms et les activités respectives.
L'ambiance festive de ces divinités en exil dégénérera rapidement quand le différent opposant les Stamatis au propriétaire du casino voisin se transformera en guerre ouverte, emportant Thomas dans la tourmente...
Je venais de reconnaître la trio aperçu en compagnie de Vasilis Stamatis.
- La famille Nasrallah, a répondu Sofia. Des égyptiens. Ils sont propriétaires de l'hôtel-casino Mastaba.
- Oh, je vois... Des concurrents.
- On peut le dire comme ça oui.
Christophe Lambert reprend à son compte le concept de divinités déchues, mêlées au sein des mortels dans le monde moderne. Son approche est différente de celles de Neil Gaiman dans American Gods et d'Anansi Boys, ainsi que de celle du clin d'oeil nordique inclus dans le Top Ten d'Alan Moore, misant plutôt sur une ambiance de famille mafieuse en conflit façon le Parrain (manque tout de même le coup de la tête de cheval).
Bien documenté et agréablement amené, le roman, alternant la narration d'Hanlon, écoutes du FBI et flashbacks, est très agréable à lire. Les personnages sont bien campés dans leurs archétypes notamment l'orageux et libidineux Vasilis Stamatis, on a plaisir à les voir évoluer dans l'amérique des années cinquante...
Son amertume était contagieuse. La nuit s'épaississait.
Elle a repris :
- Vous naissez, vieillissez, mourrez... Votre finitude fait votre grandeur. Votre vie a un sens, futile certes, mais bien réel.
Proposant moments de spleen (tant du fait des problèmes de santé et de bouteille d'Hanlon que de celles de quelques immortels), vie en dilettante et vendetta mafieuse plusieurs fois centenaire, Vegas Mytho est une réussite. Une bonne série B, pleines de bonnes idées, que l'on dévore sans se poser de question, un excellent divertissement.
Ils m'ont donné envie de le lire :



