Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

18 juin 2008

La Vénus anatomique de Xavier Mauméjean

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Du temps de mes études, à Reims ou à Leyden, j’ai ouvert bien des gens. Cela, contre l’avis des autorités qui blâmaient l’autopsie. Au gré des batailles, l’interdit saute, et ce même pouvoir se renie. Lui qui tient pour profanation l’examen interne à fin de connaissance, réclame de ses compatriotes qu’ils se fassent déchirer les entrailles.

Julien Offroy de la Mettrie, médecin, anatomiste, sans le sou est engagée par un agent de Louix XV afin de mener à bien un mystérieux projet visant à rapprocher l’homme du démiurge en compagnie d’autres individus hors normes dont Honoré Fragonard (connu pour ses écorchés).
Le projet doit être mené à bien à Berlin au terme d’une compétition internationale à l’initiative de Frédéric II de Prusse.
La première partie concerne la constitution de l’équipe de savants français et leur trajet jusqu’à Berlin pourchassé par les agents de la reine, bigots cherchant à entraver à tout prix ce projet, le projet lui-même occupe la seconde partie dans un Berlin surréaliste en proie à une architecture démente et à des expérimentations délirantes mais hélas crédibles en ce milieu du XVIIIe siècle.

Xavier Mauméjean multiplie les clins d’œil et les références propres à cette période et va même en chercher quelques autres assez inattendues mais totalement dans le contexte.
Le texte est remarquablement maîtrisé et l’hommage au Frankestein de Mary Shelley très élégant.
Une part d’uchronie, de fantastique ou de science fiction, humour et horreur, action et réflexion en parts égales. Un roman difficilement qualifiable et fourmillant d’idées mais surtout un bon moment. 

Geneviève s’empara de la bouteille, à la façon d’un homme, ce qui me rappela au présent :
- Qui êtes vous, chevalier ?
- Une émanation du roi, ce que l’on appelle
éon.
- Qui commande aux Mousquetaires gris.
- Non point moi, mais Maupertuis. L’actuel baron est lié aux mousquetaires. Depuis sa vingtième année, quand il obtint le brevet de lieutenant au régiment de la Roche-Guyon.
Mais surtout, son aïeul avait pris le commandement de la compagnie, après la mort de Charles de Batz, seigneur d’Artagnan. Décapité par un boulet, au siège de Maastricht.
- Maupertuis prit la tête du corps. Le mot est juste.
Geneviève ne daigna pas sourire, et je ne pus l’en blâmer.

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18 avril 2008

London Bone de Michael Moorcock

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Voici donc la dernière production des éditions Les 3 Souhaits soit le site ActuSF. Bien vendu par la Salle 101 et Nébal, sans oublier l’extrait mis en ligne sur le forum d’ActuSF. Bref j’ai craqué et acheté ce petit recueil de quatre nouvelles, histoire de voir ce que Moorcock faisant en dehors de ces cycles de fantasy.

Le recueil s’ouvre avec Le Cardinal dans la Glace, une expédition sur une planète lointaine découvre un cardinal catholique enchâssé dans un glacier au fond d’une crevasse. On n’aura aucune explication sur le phénomène mais les réactions suscités sont bien traités et le choix d’une narration épistolaire remarquablement efficace.

Vient ensuite L’Os de Londres, un spéculateur en places de spectacles, à moitié escroc se voit présenter l’affaire de sa vie : écouler un stock d’os pétrifiés et gravés trouvés lors de fouilles dans Londres. L’engouement est immédiat et la pénurie entretenue avec maestria jusqu’au moment où ces sinistres entrepreneurs seront dépassés par les évènements. On ne fait pas commerce du passé d’une ville en toute impunité. Un narrateur sans scrupules et un enchaînement d’évènements délirants et jubilatoires. Un excellent moment.


Suivi de Un samedi soir tranquille à l’amicale des pêcheurs & chasseurs surréalistes.
Dieu, annoncé par la Mort, descend rendre une visite aux membres d’un club très atypique.
Délirant à tous les niveaux et très amusant avec ce portrait d’un dieu ultra libéral et cynique à l’extrême.

Quand j’ai démarré dans ce job, il y avait toutes sortes d’autres divinités, et beaucoup d’entre elles m’étaient supérieures dans presque tous les domaines. Plus séduisantes, plus éloquentes, plus faciles à vivre, avec une vraie élégance dans leurs actes de création. Même les Celtes et les dieux nordiques avaient un certain style. Mais moi, j’avais l’ambition. Petit à petit, j’ai repris tous leurs commerces, jusqu’au jour où il n’y eut plus que moi. Après tout, je suis le symbole vivant de la violence affairiste, ne tolérant aucune concurrence et favorisant ma famille et mes amis. A quoi vous attendiez vous ? A ce que je m’identifie à quelque prolo du Timor oriental qui parvient à peine à faire la différence entre lui-même et un arbre ? Ou avec un pauvre bougre du Sierra Leone ? Vous vous êtes foutus dans cette merde tout seuls, à vous de vous en sortir.

 
Enfin le recueil est clos par Le Jardin d’agrément de Felipe Sagittarius. Dans un univers alternatif un enquêteur est chargé de résoudre le mystère causé par la mort d’un individu inconnu dans le jardin de Bismarck. Au cours de cette enquête on croisera quelques autres figures historiques : Einstein, Hitler, Staline…
Pas très convainquant cette fois ci, j’ai eu l’impression de me retrouver dans un délire du même genre qu’une des aventures d’Erekosë.

Au final, je reste pleinement satisfait de cette lecture. Les trois premières nouvelles valant largement le détour, ma préférée étant L’Os de Londres. Un recueil qui a le mérite de me réconcilier avec Moorcock.

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17 avril 2008

Louisiana Breakdown de Lucius Shepard

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Extrait de la préface de l’auteur et accessoirement quatrième de couverture :
Aussi, si d’aventure vous allez faire une balade dans le sud-ouest de la Louisiane et que vous tombez sur une station-service délabrée où quelques vieux portant bretelles écoutent du base-ball à la radio en crachant leur jus de chique dans un pot, que vous passez ensuite devant une gargote et que vous apercevez après cela une fenêtre décorée de symboles occultes, un conseil : méfiez-vous et levez le camp au plus vite. Car si ce n’est sans pas doute pas Graal, c’est manifestement un endroit tout aussi bizarre, un de ces endroits où il est préférable de ne pas s’attarder. Ignorer ce conseil, c’est au mieux courir le risque de réaliser combien il demeure fort peu de magie dans ce monde, et combien elle est employée à des fins misérables. Au pire, c’est tomber amoureux. Et il ne faut surtout pas tomber amoureux dans un pareil lieu. Croyez-moi sur parole et lisez donc ce qui est arrivé à Jack Mustaine…

Comment qualifier Louisiana Breakdown ? Etrange ? Envoûtant ?
Jack Mustaine tombe en passe à proximité de la bourgade de Graal. Etrange lieu où le panneau indicateur figure une image d’Epinal. Quel est donc ce dessin une coupe ou deux visages se faisant faces. Découvrir le deuxième, c’est ne plus voir le premier, s’égarer.
Etrange ville où le sheriff arrive avant la dépanneuse et tente de vous racketter avant d’être remis au pas par le notable local, Joe Dill.
Joe Dill, un type qui a une obsession bien particulière concernant le Vietnam, fait figure de norme à Graal où la quasi-totalité de la population se prétend médium.
Dans ce lieu indolent, Jack va faire figure de chien au milieu d’un jeu de quilles… 

Plusieurs fiches ne portaient pas de titre. Intrigué, Mustaine lit une pièce dans la machine et composa BB-174 : « La Frangine de l’Enfer », par Victime. Ses doigts tapotèrent avec impatience le plastique jusqu’à la fin de la chanson Zydeco. Puis le juke-box ronronna, cliqueta, le disque tomba sur la platine et un type se mit à haleter d’une voix glutineuse sur des accords de guitare scandés sans aucun rythme.
Au bout de quelques mesures, quelqu’un débrancha la prise du juke-box. Ses lampes s’éteignirent ; la platine ralentit et la chanson se perdit dans un grognement sourd. Plusieurs danseurs lancèrent des regards clairement antipathiques à Mustaine, qui se sentit encore plus en dehors de son élément.

 

Si en fuyant son passé, Jack échoue à Graal… Vida, dont l’histoire commence à 6h66, se débat pour échapper aux forces qui l’oppressent. Elue Reine du Solstice, hantée par un sorcier vaudou qui souhaite la ramener près de lui. Hallucination, fantasme ou présence surnaturelle ? La population de la ville semble protéger un secret…

Le récit alternera les points de vue de Jack et de Vida. Rationnel, irrationnel les deux se valent.

Envoûtant, très immersif, Louisana Breakdown est un voyage non pas dans le fantastique mais dans l’étrange. Un superbe roman porteur d’une ambiance bien particulière et assez déroutant.
 

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01 avril 2008

Ombres sur le Nil d’Edward Whittemore

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Si vous avez fait un aussi long voyage pour venir jusqu’à moi, c’est parce que vous souhaitiez que je travaille pour vous. Mais où cela, je me le demande ?
Au Moyen-Orient.
Ah oui, j’en ai entendu parler. Une région aussi sèche que celle-ci, parait-il, mais bien plus présente dans les livres d’histoire. Et où au Moyen-Orient, je me le demande ?
Au Caire.
Ah oui, j’en ai aussi entendu parler. Cela se trouve dans l’antique terre des pharaons, un endroit que l’on dit peuplé de pyramides, de momies et de secrets perdus. Connue dans le monde entier pour son grand fleuve de vie, mais aussi pour ses quartiers chauds qui semblent toujours pousser sur les berges des fleuves de vie. Mais je ne connais pas Le Caire. Je n’y suis jamais allé. Cela signifie que vous avez besoin d’un étranger pour fouiner un peu partout en quête de quelque chose, soit dans ces quartiers chauds, soit dans une ou deux pyramides. Mais en quête de quoi, je me le demande ? D’un secret perdu, peut-être ? D’un pharaon errant ? D’une momie qui refuse de vous conduire à son chef ?... Qu’est-ce que vous pouvez bien souhaiter me voir trouver ?
Une personne. Un homme.

Juin 1942, comme annoncé dans Le Codex du Sinaï, Stern meurt suite au lancer d’une grenade dans le bar où il se trouve. Dans un mouvement héroïque, il se sacrifie pour sauver son interlocuteur. Qui était il exactement ?
Whittemore consacre donc son troisième roman à son personnage le plus idéaliste, hanté, torturé, poignant, humain.

Rommel cumule les victoires en Lybie, les services secrets alliés sont sur les dents. Une expédition se rend dans les fins fonds d’un désert américain, au sein d’une réserve hopi.
Joe O’Sullivan Beare est contacté et recruté pour mener une enquête au Caire, sur un homme. Stern. Dans une ville où plane encore la légende de Strongbow et Ménélik Ziwar.

Perdu sur place, Joe va devoir reconstituer, la trame complexe qui constitue la vie de Stern via ses connaissances.
Stern, la légende du Moyen-Orient, à la poursuite d’un idéal impossible, le parfait agent double. Pour qui travaille t il ? Que sait il ? Où est il ?
Dans une ville où la tension est à son comble, pris entre deux services secrets, les Porteurs d’Eau et le Monastère qui ne coopèrent pas pleinement, Joe va croiser quelques personnalités extra ordinaires, comme Whittemore en a le secret, avant de rencontrer Stern pour la conclusion dramatique de cette d’histoire.
 

Quant aux Allemands, il est impossible de voir en eux autre chose que les Barbares de notre époque, les hordes mongoles de notre temps. Et, malheureusement, les Barbares ont un rôle à remplir dans l’histoire, car lorsqu’ils arrivent à nos portes, ils nous dispensent de porter un jugement sur nous-mêmes. L’espace d’un bref instant, notre sauvagerie innée est rejetée par-delà les murailles de la cité et nous pouvons nous réjouir en toute complaisance, de notre vertu civique retirer de la suffisance.
Mais des Barbares raffinés ? Des hommes et des femmes qui écoutent Mozart entre deux atrocités ?
N’allons pas croire qu’il s’agit là d’une innovation de notre sensibilité moderne. La bête a toujours été tapie en chacun de nous, car elle est née il y a un million d’années. La plupart d’entre nous se facilitent la vie en vitupérant contre les monstrueux Barbares à nos portes, qui ne cessent jamais de nous menacer, mais pour ce qui me concerne, je me félicite de ne jamais avoir occupé une position de pouvoir. Mes peurs et mes obsessions me rendraient extrêmement dangereux, et je le sais parfaitement.
Ahmad sourit.
En d’autres termes, le Ciel nous préserve des rêveurs, en particulier des artistes ratés, ce sont les pires. Il semble que tous les tyrans soient des artistes ratés, d’une espèce ou d’une autre… D’un autre côté, c’est notre cas à tous ou quasiment, au fond de notre cœur.

Nouvelle galerie de personnage, moins délirantes que les précédentes et entièrement tournée vers Stern : Liffy, Ahmad, David Cohen, les Sœurs, le Major, le Colonel, Bletchley, Maud.
Tous narrateurs et acteurs d’une tragédie annoncée dont on ne découvrira les tenants et aboutissants qu’à la fin.

Un roman d’espionnage et uchronie atypique, plus accessible que les deux romans précédents tout en étant indissociable. Avec Ombres sur le Nil, une page se tourne, Stern est mort. Son idéal de nation multi confessionnel disparaît avec lui.

Un magnifique roman qui revisite avec brio une page sombre de l’histoire dans l’ombre du Sphinx.

 

Eh bien, fit-il, c’est difficile à formuler, car la vie de Stern est bien plus complexe que celle du commun des mortels. Mais toute vie est une tapisserie secrète qui se tisse et s’édifie au cours des ans, avec des âmes et des efforts en guide de fils et de couleurs. Et peut-être trouve-t-on sous la surface des petits nœuds de sens tout emmêlés, qui relient les fils et les couleurs, mais ces petits nœuds n’ont au fond aucune importance, seul compte le dessin, la tapisserie dans son ensemble. Alors ce qui m’attriste à propos de Stern, c’est que jamais je ne pourrai ne serait-ce qu’entrevoir le dessin de sa vie. Avoir un aperçu de la tapisserie dans son ensemble…

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22 mars 2008

Jérusalem au Poker d’Edward Whittemore

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Nous sommes ensablés dans le lieu et le moment, mais pas lui. Nous nous efforçons de croire, mais lui, il croit, et ça fait toute  la différence. Nous sommes assis à Jérusalem, mais lui, il est vraiment là-haut, au sommet de cette montagne qu’est la Ville sainte. Et vous n’allez pas me dire avachi comme vous l’êtes dans votre fauteuil, que vous ou moi avons une hauteur de vue supérieure à la sienne, pas vrai ? Ballon ou pas ? Trafic d’armes ou pas ? Poker ici ou poker là-bas, est-ce que ça a une quelconque importance ? Alors qu’on se réchauffe le ventre avec du pétrole en ce soir de Noël ? Non jamais vous ne me diriez une chose pareille, j’en ai la certitude. J’ai raison, oui ou non ?
Oui.
Exact. Alors hadj Harun a vu ce qu’il a vu, il a appris ce qu’il a appris, un point c’est tout.

 
De retour parmi le quatuor de Jérusalem… Les témoins du massacre de Smyrne se sont éloignés les uns des autres, traumatisés. Jérusalem au poker narre la réconciliation de Joe, Stern, Maud, Thérèse, les épreuves qu’ils ont traversés pour surmonter l’horreur et la paix que certains d’entre eux trouveront.

Jérusalem au poker est aussi l’occasion de présenter de nouveau protagoniste, liés aux précédents parfois de manière extraordinaire. Quel lien peut il y avoir entre un juif hongrois, un métis soudanais et un noble albanais ? Le mythe de Strongbow hante toujours le moyen orient à travers les histoires qu’il a engendré et les amis qu’il s’est fait.

Joe O’Sullivan croise un soir de décembre, Cairo Martyr et Munk Szondi. S’engage entre eux une partie amicale de poker qui durera douze ans et au cours de laquelle ils plumeront, sous le regard bienveillant d’hadj Harun, tous les malandrins et aventuriers qui hantent Jérusalem.
Réconciliation, apaisement et nouvelle galerie de personnages…

Nubar Wallenstein, fils du dément Catherine Wallenstein et de Maud, petit fils de Sophia la Main Noire, tente de découvrir la pierre philosophale en réunissant les écrits réels ou apocryphes de Paracelse. A force de respirer des vapeurs de mercure et de souffre, il sombrera dans une forme de démence, originale pour sa famille et créera une organisation d’espionnage. Au fur et à mesure de son délire, il s’intéressera aux divers complots juifs imaginaires qui fleurissent dans les années 20, que ça grand-mère démontera consciencieusement, fondera le Bataillon Sacré Albano Afghan. Qui deviendra plus tard Absolument Afghan afin de se dédouaner d’un crime. Il harcelera les passants de Venise pour s’innocenter en vain avant de se faire voler un palais entier.

Cairo Martyr, métis d’origine soudanaise portant sur lui un singe irrévérencieux, bien décidé à venger les siècles d’esclavage subit par les africains. Vengeance qui commence par le commerce de poudre de momies aux vertus aphrodisiaques supposées, pied de nez aux anciens égyptiens qui se prenaient pour des dieux…

Munk Szondi, juif hongrois, devenu sioniste après sa rencontre avec un rabbin japonais

Un chef indien en espadrille nommé Ours Sirotant…

Rappelle-toi que je suis devenu sioniste grâce à un ex-baron japonais. Et si j’ai rencontré le rabbin Lotmann, c’est parce que j’avais jadis parlé cavalerie et tactique avec son frère jumeau, le baron Kikuchi, héros de la guerre russo-japonaise.

 

Tout se petit monde lié de manière inextricable, évoluera en même que la région en pleine mutation. Ce roman apparaît comme une transition, un apaisement après la sauvagerie concluant Le Codex du Sinai et avant le début de la seconde guerre mondiale. On rit beaucoup des situations saugrenues ou de l’ironie brutale de Whittemore avant les passages plus profonds.

Bizarre, songea Joe, qu’on utilise toujours les mêmes mots pour aider son prochain. Quelqu’un vous les lance alors que vous êtes en train de sombrer, pour vous aider à surnager et, douze ans plus tard, c’est vous qui les lui répétez. On les dit et on les répète, ça ne s’arrête jamais. Mais il y a des moments où on ne peut faire autrement que de fuir, non, on ne peut pas, on fuit soi-même, on n’a pas le choix, il faut bien survivre dans le nuit et le froid. Tout le monde finit par devenir une victime, tout le monde cherche un jour à survivre.

Qu’est ce que Jérusalem, hadj Harun répond : « Des rêves… ».
Des rêves et des cauchemars, du mysticisme dans la Ville sainte, beaucoup d’humour, de dérision, des aventures extraordinaires et des protagonistes exceptionnels. Jérusalem au poker est un récit doux amer qui adouci le traumatisme final du Codex du Sinaï, sans toutefois verser dans le happy end. Nombres de personnages ne se remettront jamais des épreuves qu’ils ont endurées.

Ce roman est le complément nécessaire au Codex du Sinaï, avec lui une page se tourne…

Un très beau texte, surprenant et déstabilisant, plein de charmes et profondément humain. 

Je suis un homme des tourbières, qui vis à ras de terre, et cette montagne est trop haute pour moi. Je suis incapable de l’escalader, d’en atteindre le sommet. Je n’ai pas de cause qui me pousserait à y parvenir. Vous avez une cause, vous, mais moi, je n’étais ici qu’en visite, et ma visite s’achève, il est temps que je parte.

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04 mars 2008

Le codex du Sinaï d’Edward Whittemore

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Dans tous les cas, notait humblement l’aveugle, les hommes tendent à devenir des fables et les fables des hommes, tant et si bien qu’en fin de compte, il importait sans doute peu qu’il évoquât le passé ou le futur. En fin de compte, cela devait revenir au même.
 

Le codex du Sinaï est une fresque étrange, émaillée de personnages improbables, fantastiques…
Gérard Klein qualifie le roman d’inclassable comme quelques œuvres parmi lesquels se trouve Lewis Carroll, Neal Stephenson et Umberto Eco. Personnellement, c’est avec ce dernier que je trouves le plus de similitudes notamment pour L’île du jour d’avant et Baudolino, en plus drôle. Quoi qu’il en soit Whittemore a un style beaucoup léger qu’Eco et le roman se dévore rapidement. Les ambiances changent au fil des pages et on passe rapidement de l’humour débridé à l’ironie acerbe pour finir sur une note désenchantée, la fin d’un rêve…

 
Quant à la masse de ses compatriotes, traditionnellement partisans de l’envoi massif de troupes à l’étranger, ils furent consternés de lire sous la plume de Strongbow que toute expédition militaire n’était qu’une manifestation détournée d’une maladie sexuelle, plus précisément une peur bien ancrée de l’impuissance.
Dans le livre XII, et quatre-vingt-dix millions de mots plus tard dans le livre XXII, il faisait remarquer que le verbe foutre et ses formules dérivées étaient les injures préférées des impérialistes et des patriotes. Ainsi, à l’en croire, quand on levait une armée, c’était en général parce qu’on ne pouvait pas lever autre chose.

 

Skanderberg Wallestein, noble albanais reconverti en moine découvre la plus ancienne version de la bible à Jérusalem. Effrayé par l’incohérence du document qui remet en cause les fondements des trois religions monothéistes, il entreprend de façonner un faux plus authentique avant de cacher l’exemplaire original et de disparaître.
Plantagenêt Strongbow est un noble anglais qui rejette les conventions et l’hypocrisie de la société victorienne. Il arpentera le Moyen Orient durant une bonne partie de sa vie et publiera une œuvre explosive sur les mœurs sexuelles.
Hadj Harun prétend avoir vécu des milliers d’années et consacré sa vie à Jérusalem…
Joe O’Sullivan Beare, révolutionnaire irlandais en fuite devient à Jérusalem un vétéran d’une guerre ayant eu lieu avant sa naissance.
Stern rêvant d’un Moyen Orient libre, uni et multi confessionnel se livre au trafic d’armes dans l’espoir de réaliser son rêve. 

Tous ses personnages et bien d’autres s’entrecroisent au Moyen Orient, les rumeurs des actes des uns devenant des légendes pour les autres. La bible originelle du Sinaï devenant le vecteur de nombreux fantasmes, les destins devenant ironiquement similaire malgré des années d’écart et des donnes de départ différentes.

Une évocation du Moyen Orient de 1840 à 1942, drôle, acide, ironique et finalement amère.
Un magnifique texte que je relirai avec plaisir tant il est riche et brillant. Magnifique… 

Il n’y avait que hadj Harun pour veiller sur eux, silhouette pathétique avec son casque rouillé et son burnous jaune en lambeaux, brandissant son épée, prêt à charger le soldat turc qui venait de franchir la porte et braquait un fusil sur son ventre.
Pourquoi faisait-il ça ? Il serait mort avant d’avoir fait un pas. Pourquoi donc ? Au nom de quoi ?
Au nom de Jérusalem, bien entendu. De Jérusalem, son mythe bien aimé.
Il se dressait une nouvelle fois devant les Babyloniens, les Romains et les innombrables armées de tous les conquérants, prêt à les empêcher de conquérir sa Ville sainte ravagée par les flammes et la fumée, ce vieillard à moitié mort d’inanition, avec son casque ridicule et sa cape déchirée, vacillant sur ses jambes grêles, animé par ses visions du Prêtre Jean et de Sindbad le Marin, humilié et insulté, complètement égaré, prêt à charger une nouvelle fois. Comme il l’avait dit le jour de leur première rencontre : Quand on défend Jérusalem, on est toujours dans le camp des perdants.

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12 janvier 2008

Histoires étranges et fantastiques d’Amérique latine

Le lendemain c’était dimanche et messe de onze heures, la messe de Solentiname où les paysans, Ernesto et les amis en visite commentent un chapitre de l’Evangile, ce jour-là l’arrestation de Jésus au Jardin des Oliviers, un sujet que les gens de Solentiname traitent comme s’ils parlaient d’eux-mêmes, de ce qui pourrait leur tomber dessus la nuit ou en plein jour, cette vie de permanente incertitude dans les îles ou sur le continent et dans tout le Nicaragua, et pas seulement le Nicaragua mais dans presque toute l’Amérique latine, vie entourée de peur et de mort de tous côtés, vie du Guatemala et du San Salvador, vie de l’Argentine et de la Bolivie, vie du Chili et de Saint Domingue, vie du Paraguay, vie du Brésil et de la Colombie.

 
Trente cinq nouvelles d’une trentaine d’auteurs sur cinq cent pages…
Difficile d’en faire une présentation, tant les ambiances et les styles sont différents.

Je retiens particulièrement Anaconda d’Horacio Quiroga, La maison en sucre de Silvana Ocampo, Salut Bob ! de Juan Carlos Onett, La clairière de Luisa Mercedes Levinson, N’accusez personne et Apocalypse de Solentiname de Julio Cortazar, L’aiguilleur de Juan José Arreola, L’homme aux champignons de Sergio Galindo, Aura de Carlos Fuentes, Le noyé le plus beau du monde de Gabriel Garcia Marquez, Silvio et la Roseraie de Julio Ramon Ribeyro et le très amusant Du mirage des oiseaux survenu récemment sur les terres de Jorge Amado.

 

Une fois, deux cent passagers anonymes ont ainsi écrit une des pages les plus glorieuses de nos annales ferroviaires. Au cours d’un voyage d’essai, le mécanicien décela à temps une grave omission des constructeurs de la ligne. Sur le parcours il manquait un pont qui devait franchir un abîme. Eh bien, le mécanicien, au lieu de faire marche arrière, harangua les passagers et obtint d’eux l’effort nécessaire pour aller de l’avant. Sous son énergique direction, le train fut démonté pièce par pièce et porté à dos d’homme de l’autre côté de l’abîme qui réservait encore la surprise de contenir en son fond un fleuve puissant. Le résultat de l’exploit fut si satisfaisant que la Compagnie renonça définitivement à la construction du pont, se contentant d’accorder une importante ristourne aux passagers qui se risquent à affronter cette difficulté supplémentaire.

 
Tous ces textes sont très différents, certains sont tragiques tandis que d’autres tendent plutôt au comique. L’ensemble est toutefois plus étrange que fantastique mais surtout de très bonne qualité. Un excellent moyen de faire un tour en Amérique latine à moindre frais.

Ils traversèrent ainsi la foire de Piranhas. Devant, le baladin Ubaldo Capadocio revêtu de la courte chemise, le sac en montre, les bourses ballantes, condamnées. Un peu en arrière, armé jusqu’aux dents, le tueur à gages – dans la main le couteau à châtrer les porcs, bien aiguisé. Ensuite le peuple, qui voulait voir. Fatigué par sa nuit de fête et par sa matinée d’adieux, Ulbaldo Capadocio perdait du terrain.

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14 décembre 2007

Freakshow ! de Xavier Mauméjean

hop


Fin de la première saison du Club Van Helsing !

Xavier Mauméjean un des deux co initiateur de cette collection réunit le petit monde du Club pour une petite fête qui tourne à la tuerie générale quand un commando s’invite pour l’apéritif. Cette première partie, un peu plate et attendue, se traîne sur les soixante premières pages environ puis l’intrigue démarre réellement avec les pourquoi, les comment et la riposte nécessaire. 

Délaissant l’équipement conventionnel, la jeune femme ouvrit une large pochette en maillage de plomb. Elle en extirpa une faucille et un marteau. Naguère emblèmes du socialisme triomphant, les outils étaient redoutables entre les mains de Tatiana, spécialement conçus pour le corps à corps, forgés dans l’uranium de Tchernobyl. Leurs propriétés carcinogènes étaient renforcées par un pelliculage d’argent, fatal aux créatures. L’ex agent du FSB comptait bien leur faire payer l’attaque du Bedlam Asylum, en fracassant des crânes et moissonnant des têtes. 

Il se peut que la première partie du roman, sorte de synthèse de ces prédécesseurs, relève de l’exercice aride et nécessaire pour cette intrigue au final bien ficelé pose les bases de la prochaine saison du Club, il n’en reste pas moins que je l’ai trouvé assez caricaturale par rapport à la suite assez excellente.

Xavier Mauméjean, fait fi de la règle d’un chasseur un montre et utilisant l’alibi de Barnum et multiplie les créatures, plus recherchées que le commando vampire loup-garou du début. La seconde partie est vraiment plaisante jusqu’à une chute qui appelle la suite… 

Freakshow ! est donc un livre en demi teinte avec un départ abrupte avant de rattraper le tir élégamment, c’est un peu dommage car l’intrigue en elle-même n’est pas déplaisante et les pistes lancées pour les romans suivants intéressantes.
 

Anvers n’est pas Amsterdam, et aucun chanteur n’en a vanté les mérites. Peut-être parce qu’il n’y a rien à en dire, que les cris et les coups servent de fond musical à  la ville. On pourrait prétendre que c’est une belle cité pour faire plaisir aux habitants, comme on ment à une mère quand sa fillette est difforme. « Elle a quelque chose », affirmerait-on, sauf qu’il n’y a rien de sacré à Anvers, à moins d’admettre que le morbide est honorable. Si c’est le cas, Anvers mérite tout notre respect.

 

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12 décembre 2007

Mickey Monster de Bretin & Bonzon

hop

La tête me tournait ! Je connaissais l’ivresse suprême, le monde devenait Mickey et Mickey était devenu le Monde !

Un infirme s’invite à une réunion du Club Van Helsing afin de narrer sa bien curieuse aventure… Inventeur et représentant de la Machine à Mickey, Roger Mac Orman, s’égara en forêt, à la recherche d’un raccourci qu’il ne trouva jamais, un soir de tempête.
Une rencontre percutante avec quelque chose venue d’ailleurs, la décision douteuse de l’embarquer dans son coffre et voilà un blob lâché en  ville…

Bretin & Bonzon cumule les poncifs du genre avec efficacité : protagoniste stupide, bestiole vicieuse, Amérique triomphante.
Pas de grosse surprise dans ce récit qui annonce sa conclusion assez longtemps à l’avance mais l’escalade dans le chaos est jubilatoire. Moins subtil que Délires d’Orphée ou Question de mort, Mickey Monster reste une bonne distraction.

Il était un soir comme Londres n’en avait plus connu depuis les nuits anciennes. Une nuit semblable à celles où Jack l’Eventreur s’émerveillait de voir monter d’entre les entrailles chaudes de ses victimes des vapeurs rosâtres, mariant au brouillard leur parfum suave.

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07 décembre 2007

Délires d’Orphée de Catherine Dufour

hop

A pas de chat, le chasseur grimpa les escaliers raides jusqu’au deuxième étage. Le couloir était étroit, glacial, envahi par une puanteur de chou bouilli et un murmure télévisuel. Porte 25, Senoufo s’approcha, effleura, écouta. Vantail mince et serrure approximative de pauvre. Aucun bruit. Aucune chaleur. Un fort vent coulis. Et une odeur…
Senoufo recula de trois pas dans le couloir : il préférait le chou bouilli.

 

Un objet a été volé chez Van Helsing en personne, une carapace de tortue. Le maître veut la récupérer et fait appel à Senoufo Amchis, Chasseur occasionnel du club, harponneur et marin, échoué à terre, ayant besoin d’argent pour se remettre à flot.

L’enquête sera rapidement menée avec beaucoup de facilité grâce à un improbable indicateur puis s’attardera sur la récupération quelque peu problématique de l’objet.

Le chasseur dépeint par Catherine Dufour est atypique, posé, nostalgique, hantée par la mer jusque dans son vocabulaire. Ce mélange du Moby Dick d’Hermann Melville avec des mythes grecs oniriques confère une ambiance très particulière au récit mais aussi très agréable. Le monstre s’efface un peu et laisse une plus grande place aux protagonistes dépeint très efficacement, dans cette histoire très sombre.

Une ambiance douce amère et un excellent texte qui éclipse les précédents.

Il regarda autour de lui, en quête d’inspiration. La brume glacée, brillant d’un soleil invisible, posait une gaze compassionnelle sur la laideur de la ville.Fut un temps où les virées à terre étaient plus marrantes.

 

Posté par efelle à 18:03 - Fantastique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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