Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

04 novembre 2009

Kim de Rudyard Kipling

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La lecture Des puissances de l’invisible de Tim Powers m’a amené à ce roman et je ne le regrette pas…

A présent que, selon le langage pittoresque de Mahbub, il avait troublé la citerne de la curiosité à l’aide du bâton de la précaution, Kim tombait à propos, véritable envoyé du Ciel ; et, aussi prompt de décision que léger de scrupules, Mahbub Ali, habitué à mettre à profit toutes les sautes du vent de l’occasion, se servit de Kim sur-le-champ.

Kim, orphelin britannique élevé en Inde par la dernière maîtresse de son défunt père est un gamin vif, intelligent et débrouillard qui a très tôt compris l’avantage de savoir passer tant pour un européen que pour un hindou de basse caste… Toujours à traîner, en quête de nouveauté, il se lie avec un lama tibétain en pèlerinage quand une de ses connaissances, un maquignon afghan, Mahbub, se sert de lui pour transmettre un message. 

La seule différence étant qu’en lieu et place d’une intrigue amoureuse, il s’agit cette fois du fruit des travaux d’un réseau d’espionnage britannique au sein de royautés potentiellement rebelles.

Le gamin manipulant le lama avec brio réussit à orienté les pas de ce dernier vers la destination du message qu’il transporte. En chemin toutefois, après quelques péripéties l’adolescent à la langue bien pendue et le vieux prêtre se lieront d’une amitié très profonde… Quelques temps plus tard, l’ex régiment du père de Kim croisera leur route et la tendance à l’indiscrétion du gamin lui vaudra une séparation d’avec le moine et un retour forcé au sein de la communauté britannique d’Inde.

- Ils vont faire de moi un sahib – c’est ce qu’ils pensent. Je reviendrai après-demain. Ne t’afflige pas.

- De quelle espèce ? Un homme comme celui-ci, ou celui-là ? (Il désigna le père Victor.) Un comme ceux que j’ai vu ce soir – comme ces hommes qui portent des sabres et marchent pesamment ?

- Peut-être.

- Cela n’est pas bien. Ces hommes-là suivent le désir et trouvent le vide. Il ne faut pas que tu sois comme eux.

- Le prêtre d’Umballa a dit que mon Etoile annonçait la guerre, insinua Kim. Je vais demander à ces fous… mais cela n’en vaut pas la peine. Je m’échapperai cette nuit, car, avant tout, je voulais voir des choses nouvelles.

Rétif à l’éducation classique, il devra à la présence bienveillante de Mahbub d’être introduit auprès du responsable britannique du réseau d’espionnage. Après quelques tractations et avoir accepté de cesser de fuguer du collège, Kim sera initié au Grand Jeu…

Après trois années d’études et quelques rencontres hautes en couleurs, Kim, presqu’à l’âge d’homme, obtiendra le droit de reprendre la route avec le lama bienveillant. C’est alors, qu’au cours de ce premier congé , qu’il plongera dans le Grand Jeu malgré lui et prouvera sa valeur…

«Retourne, ou on va te prendre ta place ! Ne crains rien pour l’ouvrage, frère – pas plus que pour ma vie. Tu m’as donné le temps de respirer, et Strickland sahib m’a fait reprendre pied. Nous pourrons encore travailler ensemble au Jeu. Adieu ! »

Kim se hâta vers son compartiment ; gonflé d’orgueil, n’en croyant pas ses yeux, mais un peu agacé de n’avoir pas la clef des secrets dont il se sentait entouré. 

Plus qu’un récit d’aventure ou d’espionnage, Kim est une fresque de l’Inde de Kipling. Son amour de sa diversité transparait dans le texte, ainsi que son sens de l’humour ironique. Les échanges entre musulmans, hindouistes et bouddhistes étant assez amusants. Bien que résolument pro empire britannique, le texte n’est pas manichéen et tourne souvent en dérision les européens qui ne comprennent pas l’orient. Au-delà de tout ceci, se trouve aussi le récit d’une solide amitié entre deux êtres que tout séparait : le vieux moine tibétain et le gamin des rues insolant. Plusieurs intrigues mêlées et une solide galerie de personnages hauts en couleurs achèvent de faire de ce roman un excellent moment.

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19 août 2009

Histoire des croisades I.1095–1130 L’anarchie musulmane de René Grousset

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La lecture de l’essai d’Amin Maalouf, Les croisades vues par les Arabes, m’avait passionné. A tel point que j’ai acheté les trois pavés de René Grousset qui figurait en première source francophone sur la période dans la bibliographie de Maalouf.

La parution de Tancrède d’Ugo Bellagamba m’a paru une bonne occasion de me lancer dans le pavé de Grousset dans la mesure où le nom de Tancrède m’était totalement inconnu.

Concernant ce premier tome de l’histoire des croisades, bien qu’assez ardu à lire, il reste assez prenant. Le prologue dresse rapidement le tableau de la croisade byzantine vers 970 avant d’aborder la croisade franque. Bien documentée, le récit donne la parole tant aux chroniqueurs francs, qu’aux byzantins et aux musulmans. Dommage que les citations franques soient dans le texte, le vieux français étant assez ardu à déchiffrer.

Le récit est donc sans parti pris et exhaustif, les évènements étant passé en revus par zone géographique et présentant tout les points de vue. Ce qui contribue à terme à alourdir le récit quand on assiste aux mêmes évènements vus successivement par le roi de Jérusalem, le prince d’Antioche, le comte d’Edesse, l’atabeg de Damas et l’émir de Mossoul.

Je n’ai tenu le choc que jusqu’au décès de Tancrède en 1112, ensuite j’ai considérablement accéléré ma lecture, me contentant des titres des chapitres et des passages m’intéressant, notamment les convergences d’intérêt entre la secte ismâilienne et les francs, ainsi que l’entrée en scène de Zengî.

Le livre de Grousset est donc recueil assez aride mais aussi très factuel, aisé à consulter ponctuellement mais surtout à ne pas lire d’une traite. Quoi qu’il en soit, pour une simple prise de contact avec la période je recommanderai plutôt l’essai d’Amin Maalouf.

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10 août 2009

Le marchand de Venise de Shakespeare

Suivi de Beaucoup de bruit pour rien et Comme il vous plaira

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Par curiosité j’avais il y a quelques années de cela fait l’acquisition de ce livre pour découvrir Le marchand de Venise dont le thème me paraissait assez glauque. Pour ma peine et mon inculture me voici devant trois comédies assez légères.

 

Le Marchand de Venise 

Lancelot – Vraiment, donc, j’ai peur que vous ne soyez damnée et de père et de mère : ainsi, quand j’évite Scylla, votre père, je tombe en Charybde, votre mère. Allons, vous êtes perdue des deux côtés.

Jessica – Je serai sauvée par mon mari : il m’a faite chrétienne.

Lancelot – Vraiment, il n’en est que plus blâmable : nous étions déjà bien assez de chrétiens, juste assez pour pouvoir bien vivre les uns à côté des autres. Cette confection de chrétiens va hausser le prix du cochon : si nous devenons tous des mangeurs de porc, on ne pourra plus à aucun prix avoir une couenne sur le gril.

 

L’usurier juif Shylock accepte de prêter de l’argent à son contempteur Antonio, pour le bénéfice de Bassanio, ami de ce dernier mais sans crédit. Argent nécessaire pour mener à bien sa cour auprès d’une dame. Piqué par le mépris d’Antonio, Shylock accepte de prêter sans intérêt mais exige la remise d’une livre de chair de la part de son débiteur en cas de défaut de remboursement à la date dite.

Pendant ce temps là, un ami de Bassanio, trame l’enlèvement de Jessica, la fille de Shylock, pour l’épouser. Las, cette dernière n’oublie d’emporter quelques objets précieux lors de sa fuite avec son promis. Pendant ce temps là, les navires marchands d’Antonio font naufrage et le contraigne à la faillite. Shylock enragé par la fuite de sa fille, compte bien se venger sur la personne d’Antonio…

Le sujet est assez sombre mais l’ensemble vire assez vite à la comédie romantique, avec une intrigue secondaire amusante vers la fin. Plaisant et amusant.

 

Beaucoup de bruit pour rien 

Béatrice  – Eux, princes et comtes ! Vraiment, voilà une accusation princière ! Un magnifique comte ! Le beau comte confit ! Un galant fort sucré à coup sûr ! Oh ! Pour l’amour de lui, si j’étais un homme ! Si du moins, j’avais un ami qui voulût être un homme pour l’amour de moi !... Mais la virilité s’est fondue en courtoisies, la valeur en compliments, et les hommes ne sont plus que des langues, et des langues dorées, comme vous voyez ! Aujourd’hui, pour être aussi vaillant qu’Hercule, il suffit de dire un mensonge et de le jurer ! A force de désir je ne puis pas être homme, je mourrai donc femme à force de douleur. 

Quiproquo amoureux, tandis que l’amour de Claudio et Héro semble entendue, tout le monde s’emploie à mettre en couple Bénédict et Béatrice. Pendant ce temps là, le sombre Don Juan planifie la perte d’Héro.

Une histoire assez légère avec l’apparition d’agents du guet assez loufoques mais efficaces…

 

Comme il vous plaira 

Orlando – Je ne suis pas un manant, je suis le plus jeune fils de sire Roland des Bois : il était mon père, et trois fois manant est celui qui dit qu’un père a engendré des manants ! Si tu n’étais pas mon frère, je ne détacherais pas de te gorge cette main, que cette autre n’eût arraché ta langue pour avoir parlé ainsi : tu t’es outragé toi-même. 

Un duc en exil dans la forêt, son titre usurpé son propre frère. Leurs deux filles liées d’amité. Un frère ainé qui tyrannise son cadet. Tout se petit monde va se retrouver dans la forêt sans ce soucier trop de l’usurpateur qui les a mené là. Une comédie romantique avec quelques accents plus sombres. 

Des textes légers voire un peu naïfs dans leur dénouement, plaisant mais n’emportant pas totalement l’adhésion. J’apprécie plus les drames de Shakespeare (Richard III, Macbeth) que ses comédies.

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03 juillet 2009

Mini entretien avec Catherine Dufour

En complément de ma chronique voici un petit échange que je viens d'avoir avec Catherine Dufour.

A propos du recueil

> Comment est né le titre ce recueil ? Blanche Neige n'y apparait que très peu.

Oh, j'ai juste cherché un titre joli.

A propose de Merlin l'Ange Chanteur

> Dans Merlin l'Ange Chanteur, il m'a semblé qu'il y avait un net changement de ton après la période arthurienne. Cela était il prévu depuis le début ? Ou la pensée, je cite ta postface, "à tous les gamins qui errent au milieu des cadavres de leurs parents, tous les nourrissons qui rampent dans la tripaille", t'est elle venue en cours d'écriture ?

Non. C'était le postulat de base. Mais il fallait d'abord poser le méchant avant de le lancer à l'assaut du monde.

> D'où provient l'idée d'associer vampire et mécanique quantique ?

Ca, c'est une idée que j'ai eue très jeune. J'ai écrit tout un mémoire de maitrise dessus à 21 ans.

A propos de l'Immortalité moins six minutes

>Par contre pour ce qui est de tourner en dérision Le Seigneur des Anneaux, désolé de faire mon Tolkhyène, il semble que les images ou les situations, sur lesquelles tu t'es appuyées, relèvent plus souvent de l'adaption de Peter Jackson que du livre de Tolkien.
Est ce intentionnel ?

Oui, j'ai regardé chaque film 15 fois. En prenant des notes.

> Les films t'auraient ils plus marqués que le livre ?

Non, mais mes fils n'ont pas encore l'age de lire Tolkien.

> Sinon ta satire acide s'en prend finalement plus aux poncifs de la fantasy industrielle (licence ADD par exemple mais pas uniquement) et du jeu de rôle, non ?

Ma satire s'en prend à toute littérature questuelle qui prône que souffrir rend intelligent.

> A ce jour as tu eu vent de réaction allergique de la part des inconditionnels de Tolkien ?

Non. J'ai eu des réactions allergiques de fans de Blanche-neige, ça oui.

> La phrase "I'm a sexy shoeless god of war !" te parle t elle ?

En hobbit.

NB : Petite mise à jour pour présenter ce webcomic très amusant qu'est Order of the Stick.

SexyShoelessGodOfWar



A propos de ses autres écrits

> Comptes tu revenir sur l'univers du Goût de l'Immortalité et d'Outrages et Rébellion ?

Euh, non. Enfin, si. Tu as remarqué que la fin de "Merlin l'ange chanteur" se déroule dans une des stations orbitales qu'on voit construire à la fin d'"Outrage et rébellion" ? Je veux dire, c'est mon univers. Je ne l'ai jamais quitté.

> Les nouvelles science fictive du recueil l'Accroissement mathématique du plaisir s'inscrivent elles dans cet univers ?

Réflexion réflexion... non. Sauf la nouvelle éponyme, oui. Et peut-être "la liste des souffrances autorisées"... en fait, les nouvelles de SF se déroulent dans le coin, oui.

> Puis je publier ces questions et tes réponses éventuelles sur mon blog en complément de  ma chronique pas encore écrite ?

Avec plaisir !

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16 février 2009

L’île au trésor de Robert Louis Stevenson

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Et voilà, suite au texte de Pierre Pelot, j’ai ressorti celui de Stevenson dans son édition illustré de 1981. 

Je me souviens de lui comme si c’était hier : je le vois encore s’avancer à pas pesants vers la porte, suivi d’un homme qui portait son coffre de marin sur une brouette. C’était un grand et vigoureux gaillard à la peau de couleur noisette ; sa queue enduite de goudron retombait sur le col de son habit bleu couvert de taches ; ses mains rugueuses couturées de cicatrices, avaient des ongles noirs et cassés ; la balafre en travers de sa joue était d’un blanc livide et sale. Il promena son regard autour de la crique tout en sifflotant, puis, d’une voix aiguë, cassée par l’âge, qu’il semblait avoir exercée en manoeuvrant le cabestan, il entonna cette vieille chanson de matelot que nous devions entendre si souvent par la suite.
 

Que dire ? L’histoire est connue et les personnages magnifiquement campés. Ils prennent vie les uns après les autres. Bien évidement, Silver est le plus travaillé de tous, on ressent tant la fascination que le dégoût que Jim Hawkins ressent pour lui à chaque retournement de veste.

Brute malfaisante, meneur d’homme, d’une intelligence aigue, le roman doit beaucoup à cet antagoniste hors norme.

Du point de vue de l’histoire, c’est vraiment l’aventure avec un grand A. Les rebondissements sont nombreux et ses pirates, abrutis d’alcool, n’ont rien d’enfants de cœur. La vie n’a que peu de valeur et les cadavres s’accumulent rapidement.

Une magnifique épopée haute en couleur qui se dévore comme un rien. Un grand classique. 

Si la conduite des hommes avait été inquiétante dans le canot, elle devint franchement menaçante quand ils furent remontés à bord. Ils traînaient ça et là sur le pont en grommelant entre eux. Ils recevaient d’un air furieux l’ordre le plus insignifiant, pour l’exécuter ensuite avec négligence et à contrecoeur. Même les marins honnêtes avaient dû se laisser gagner par la contagion, car il n’y avait pas un seul homme à bord qui valût mieux qu’un autre. De toute évidence, la mutinerie était suspendue au-dessus de nous comme une nuée d’orage.

Nous n’étions pas les seuls à percevoir le danger. Long John se dépensait sans compter, allant de groupe en groupe, prodiguant les bons conseils, offrant le meilleur exemple. Il se surpassait en bonne volonté et en gentillesse ; il était tout sourire pour tout le monde. Dès qu’on donnait un ordre, il sautait sur sa béquille, et répondait : « Bien commandant ! » du ton le plus jovial. Enfin, quand il n’y avait plus rien d’autre à faire, il entonnait une chanson après l’autre, comme pour cacher le mécontentement général.

De tous les éléments sinistres de ce sinistre après midi, l’anxiété manifeste de Long John était ce qu’il y avait de pire.

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11 février 2009

Le soleil noir de la puissance 1796 – 1807 de Dominique de Villepin

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Le consulat aurait du adopter comme devise : « Unité, Egalité, Propriété » tant le respect religieux pour l’égalité civile va de pair avec une défense de la possession privée, le seul vecteur d’ordre et de distinction pouvant permettre de bâtir une élite héréditaire sur les décombres de l’ancienne. Comme la souveraineté du peuple, cet autre pilier fondateur de la France nouvelle souffre pourtant d’une ambiguïté initiale, résultant des conditions dans lesquelles les biens nationaux ont été mis en vente. Il s’agit ni plus ni moins de théoriser les bienfaits de l’hérédité de transmission à partir de sa violation, via la dépossession sans contrepartie des biens des émigrés et du clergé. Comme Brumaire pour Bonaparte, la nouvelle société s’appuie sur un coup d’Etat fondateur et souffre d’un déficit augural de légitimité, créant un fort sentiment de précarité chez les nouveaux possédants. C’est pourquoi l’inviolabilité de la nouvelle propriété n’a cessé d’être officiellement proclamée. 

Du début de sa fulgurante ascension jusqu’aux victoires militaires et diplomatiques équivoques d’Eylau et Tilsit, de Villepin retrace le parcours de Bonaparte en portant un soin particulier à décrire la situation politique du moment, à travers les écrits des écrivains et politiciens de l’époque.

Fin de la Terreur, Directoire, Consulat puis Empire, le bourbier politique est minutieusement décrit ainsi que l’opportunisme politique de Napoléon et le flair qui lui permet d’arriver au pouvoir. La description du personnage semble objective tant lors du coup d’Etat fondateur maladroit que les succès du Consulat. La dérive totalitaire et la fuite en avant militaire est bien mise en évidence de même que le changement d’attitude de l’Empereur.

Je ne connaissais cette période que de manière fragmentaire et ce livre a le mérite de tout remettre dans l’ordre. La thèse de Villepin est soutenue avec adresse et les lourdeurs de style ne sont à déplorer qu’en début de l’ouvrage (appelé Rousseau, Jean Jacques et Robespierre, Maximilien pour éviter des répétitions dans la même paragraphe ça me dérange un peu).

Le soin apporté à la situation politique et diplomatique permet de bien comprendre les enjeux militaires ainsi que des inimitiés mortelles qui suivront.

Ce premier volume ne porte donc que sur les succès de Bonaparte, la chute faisant l’objet d’un livre séparé.

Une lecture un peu difficile au début tant les citations sont nombreuses mais au fil des succès du personnage, Villepin trouve son rythme et la seconde moitié passe très bien et l’ensemble constitue au final une bonne synthèse. 

La dialectique infernale entre la gloire et la chute piège déjà l’Empereur. Il n’y a pas d’entente possible entre l’Europe et l’Empire comme il n’existe pas de synthèse durable entre l’hérédité et la passion égalitaire. Usurpateur de la Révolution pour les républicains et de l’Ancien Régime pour les royalistes, le « parvenu couronné » vit en permanence sur le fil du rasoir, obligé à un dangereux numéro d’équilibriste qui le précipitera dans le vide à la première fausse manœuvre. Toute pause, toute concession risque d’agiter les ambitions et de l’obliger à lâcher du lest. Justifiée par la peur, la dictature ne peut logiquement survivre qu’en suscitant de nouvelles peurs. Ayant soigné les maux intérieurs, elle doit en conséquence faire dériver l’angoisse vers les champs de bataille, puiser dans la guerre cette légitimité de relais qui lui donnera les moyens d’accroître son emprise de fer. L’insécurité consulaire trouve ainsi son prolongement naturel dans la conquête. Elle présente l’avantage de donner un second souffle à l’épopée de la Grande Nation en exportant le virus révolutionnaire, tout juste contenu en France, dans l’ensemble du continent ; elle maintient l’armée en activité, ranime l’ambition des généraux et leur évite de succomber à la tentation du complot. Sauf qu’en élargissant son cadre, de la France à l’Europe, le jeu devient encore plus complexe, donc dangereux. Il lui faut maintenant gérer la psychologie des peuples, les rivalités entre les puissances, connaître les forces et les faiblesses de chaque Etat, trouver le juste milieu entre force et séduction tout en veillant à conserver le soutien de son peuple. Le défi semble d’emblée impossible à relever.

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05 décembre 2008

La vie sur le Mississippi de Mark Twain

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Dans ce long récit, Samuel Clemens alias Mark Twain, dresse une page d’histoire du Sud. La première partie narre sa fascination pour le fleuve en commençant par les particularités géographiques et géologiques de ce dernier puis narre sa propre aventure : à savoir sa fugue et son apprentissage en tant que pilote. Un récit un peu fastidieux par moment quand il énumère les points à connaître pour exercer cette profession et beaucoup plus intéressant quand il raconte la création du syndicat des pilotes. Le tout est assez pittoresque du fait de la tendance à l’affabulation des hommes du fleuve, tendance d’ailleurs que Mark Twain semble reprendre à son compte.

Quoi qu’il en soit la navigation sur le fleuve à cette époque est quelque chose d’épique, les naufrages et explosions de chaudière étant apparemment monnaie courante. 

La guerre civile provoquera l’arrêt de la navigation de commerce et la fin des activités de pilote de l’auteur. Vingt ans après, Mark Twain se rend incognito sur le fleuve et dresse un état des lieux dans le tome 2. Les changements sont édifiants, la venue du chemin de fer et les investissements du gouvernement fédéral ayant changé la donne. Nouvelle mise en évidence de l’humeur facétieuse des gens du Sud, surtout le pilote qui reconnaît l’auteur. Mark Twain remonte entièrement le fleuve, dresse son état des lieux de manière minutieuse, présente encore une fois les gens du Sud, explique les origines de son pseudonyme, critique les récits de touristes européens, avant de s’intéresser aux légendes indiennes au terme de son voyage.

La vie sur le Mississipi est une lecture assez agréable, malgré quelques longueurs, plus qu’un récit de voyage, c’est un état des lieux d’une région immense qui a changé du tout au tout en quelques dizaines d’années. Un fleuve indomptable et le développement d’une nation. La plume de Mark Twain est assez caustique, ironique et libérale (au sens américain du terme) sans pour autant se départir d’un véritable amour pour le Sud au gré de ses nombreuses digressions.

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22 octobre 2008

Le petit guide à trimbaler de…

…la SF étrangère

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Voici donc la réédition de ce petit guide des éditions Les 3 souhaits (ActuSF).

Cet achat a été effectué plus par curiosité qu’autre chose histoire de prendre quelque chose en plus du nouveau guide (sûrement une bête histoire de seuil de dépense psychologique).

La présentation est soignée, les genres sont présentés rapidement avec quelques œuvres en référence. Le plus gros du guide est composé de fiches auteurs succinctes présentant rapidement ces derniers, leurs œuvres emblématiques et des suggestions vers d’autres œuvres ou auteurs si on apprécie le sujet de la fiche. 

Globalement je connais mieux les auteurs étrangers que le français et les trois quarts de ceux présentés dans ce guide me sont connus. Les recommandations me semblent judicieuses et, en tenant compte des liens, le nombre d’auteurs couverts est assez conséquent. 

Bon et bien il va falloir que je me soigne et tente à nouveau de lire du Baxter car la plupart des références connexes m’ont plu. Sans oublier le dernier quart d’auteurs que j’ai négligé jusqu’à ce jour. 

 

… de l’Imaginaire français

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Voici donc le dernier guide paru, toujours, aux éditions Les 3 souhaits. 

Comme je m’en doutais en l’achetant, les auteurs français n’ont pas la même visibilité. Sur la totalité des auteurs présentés, je n’en ai lu qu’une douzaine. La plupart des autres sont au mieux des noms connus, suite à ma fréquentation des forums SF depuis 2006, au pire de total inconnus.
 

On notera que les liens présentés sur les fiches auteurs renvoient aussi tant vers des auteurs étrangers que français.
 

Un guide particulièrement indispensable quand, comme moi, on s’est contenté des années durant, des étalages des Fnac et consorts, pour se tenir au courant des nouveautés de l’édition du genre.

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25 septembre 2008

L’Accroissement mathématique du plaisir de Catherine Dufour

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Et voici enfin le recueil de nouvelles de Catherine Dufour, au sommaire vingt nouvelles dont sept inédites. Un programme très varié allant de la réécriture de mythe de manière jubilatoire à de jolis textes mélancoliques.
 

Il mit des étiquettes sur le fleuve d’eau savonneuse qui ballottait ses pensées (Psychose, Traumatisme) et quand il en vint à la conclusion qu’il tournait au serial killer, il rigola pour la première fois depuis des mois. 

Le recueil s’ouvre Je ne suis pas une légende, une réécriture, made in France, du roman de Matheson. A la différence de ce dernier (faudra que le sorte de ma pile pour comparer tiens) , le protagoniste est un type ordinaire tendance loser, l’anti-héros parfait. Quand l’humanité est remplacée par des vampires et qu’il se retrouve seul au monde, il sombre. Un roman jubilatoire qui dynamite joyeusement, et avec une pointe de cynisme, le mythe du héros avec un grand H.
 

Il eut une fois, une seule, le courage d’aller voir. Dans une cave. Après tout, nécrophile, c’était bien aussi pire que serial killer et il mourait d’envie de toucher de la chair. Même froide. Il voulait trouver une femme. Ou mieux, une petite fille. Pédonécrophile, ça c’était de l’aventure. Il se demanda, en descendant marche après marche un escalier noir de salpêtre, s’il la violerait. Il n’avait jamais fait ça. Mais il avait essayé tous les trucs de tous les sex shops, ceux qu’on enfile et ceux qui s’enfilent, et lui fallait autre chose.
 

Suis, Le sourire cruel des trois petits cochons, que de passe t il quand les objets de vos rêves sont introduits dans le monde réel et comment les stopper. Un texte très agréable avec une chute rigolote, encore plus d’ailleurs à la lecture de la postface. 

L’Immaculée conception, bouscule l’imagerie niaise qui entoure la grossesse. Les deux dont j’ai été témoin m’avaient donné un avant goût (de gerbe et de sang) mais Catherine Dufour va encore plus loin. Jamais plus je ne pourrai regarder une illustration avec une femme enceinte souriante sans penser à cette nouvelle. Tout simplement excellent.
 

Vergiss mein nicht et La Lumière des Elfes sont des textes mélancoliques très agréables. L’un sur les changements apportés par l’urbanisation et l’industrialisation de notre environnement, l’autre sur la nature du génie artistique. 

Rhume des foins,  Le jardin de Charlith, Mater Clamorosum et Confession d’un mort (hommage à Poe pour ce dernier) continuent dans la veine mélancolique, avec une petite pointe de fantastique. Tous sont très agréables et se lisent tout seul. 

Valaam narre une excursion en Russie pour faire main basse sur une icône qui ne se déroulera pas exactement comme prévu. Point de fantastique ou de SF mais une évocation de la Russie des années 90.

 

Le Cygne de Bukowski narre un voyage aux Etats-Unis, trajet en voiture escorté par des champs de maïs à perte de vue, YMCA miteux. Ne connaissant pas Bukowski, je pense être quelque peu passé à côté de ce texte.
 

Kurt Cobain contre Dr. No est sympathique, une manière originale de faire la biographie du chanteur de Nirvana.
 

Une troll d’histoire, de pure fantasy avec des trolls apprentis pirates et une sirène, ne pas laissé une grande impression, ça se laisse lire sans plus. C’est à mon avis le point faible du recueil.
 

Dans La Perruque du juge et Le Poème au carré, c’est respectivement Peter Pan et Alice aux Pays des Merveilles qui sont évoqués. Le premier est jugé par un tribunal et condamné de manière assez jubilatoire tandis que la seconde entame un nouveau voyage encore plus halluciné que les précédents.
 

Le recueil se concluent sur d’excellent texte de SF : L’Accroissement mathématique du plaisir, La liste des souffrances autorisées, L’Amour au temps de l’hormonothérapie génique, Un soleil fauve sur l’oreiller et Mémoires mortes.

Un point de vue sombre sur notre futur et ses dérives possibles mais surtout cinq excellents textes, parfois sombres ou simplement ironique pour deux d’entre eux (La liste des souffrances et le soleil fauve), indispensables !
 

Catherine Dufour signe ici un excellent recueil avec donc une seule petite fausse note mais surtout beaucoup de superbes textes et ce quelque soit le genre où elle s’essaye. J’en suis définitivement un inconditionnel. 

Merci M’dame.
 

Je pense aux tableaux de Settbon, que j’ai vus et qui sont perdus, et ça me coupe la respiration. Je pense aux autres qui sont perdus et que je n’ai même pas vus, et je n’arrive pas à seulement mesurer l’ampleur de ce qui me manque – des constellations, des univers entiers !

Combien de fois la beauté du monde a-t-elle tourné en eau au fond d’une cave ? Je n’en sais rien mais je sens derrière mon front un poids très noir, depuis ce soir où j’ai appris que la lumière des elfes qui nous avait été donnée ne brille plus nulle part.

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02 juillet 2008

Panique à l’université ! de Neal Stephenson

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Ce qu’elle faisait également pendant ses cours d’anglais pour débutant, étant donné qu’elle avait eu une licence ès lettre avec mention.
Elle avait commencé à se douter que quelque chose clochait au milieu de l’été, quand le logiciel d’organisation des cursus l’avait inscrite à ces cours en précisant qu’il s’agissait d’une obligation qu’elle n’avait pas satisfaite au cours de sa première année. Dès son retour, à l’automne, elle s’était adressée à un conseiller d’orientation.
« Ecoutez, je connais tout ça par cœur. Qu’est-ce que je fiche parmi les débutants ? »
L’homme copia les codes imprimés par l’ordinateur puis chercha la signification dans un énorme lexique.
« Ah ! N’avez-vous pas un parent né à l’étranger ?
- Ma belle-mère est originaire du Pays de Galles.
- Ca explique tout. » Il pivota vers elle et adopta une attitude corporelle destinée à traduire de la franchise et une grande ouverture d’esprit. « Toutes les statistiques démontrent que les enfants d’immigrés ont plus de difficultés à s’exprimer que les autres. »
 

Une université moderne, à l’architecture démesurée coincée entre deux voies rapides. Un système administratif absurde, un système de financement obscur, des enseignants déconnectés de la réalité, un personnel d’entretien monomaniaque. Les étudiants ne sont pas épargnés, la majorité est grégaire avec des coutumes criminelles : fraternité ineptes de drogués, groupes politiques ou religieux à l’activisme ridicule, joueurs de jeu de rôle pataugeant dans les égouts…
Telle est la Mégaversité Américaine, dans ce décor Neal Stephenson règle son compte au système universitaire, de manière parfois drôle mais le plus souvent cynique et cruelle, personne ne trouve grâce à ses yeux, l’anarchie règne.

Ce faisant, il distille en chemin quelques concepts plus ou moins farfelus ici ou là. Ces derniers  prendront tous leur importance quand l’université se dirigera résolument vers une apocalypse inéluctable.
Un ensemble joyeusement chaotique tant dans le contenu que la narration mais toutes les pièces s’imbriquent dans les autres pour le grand final qui accordera une belle part au ventilateur ornant la couverture du roman. 

Résolument déjanté, le premier roman de Neal Stephenson se dévore rapidement et avec délectation.
 

Tu te trompes. Le Plex n’y est pour rien. La conduite des gens n’est pas dictée par le milieu où ils vivent. Ils sont responsables de leurs actes. Personne ne les a contraints à s’abrutir devant la télé au lieu de mettre leurs méninges à contribution à l’époque où ils allaient au lycée. C’est librement qu’ils ont décidés d’opter pour les cours les plus faciles et de boire de la bière plutôt que d’essayer d’étendre leurs connaissances. C’est sans raison valable qu’ils ont renié tous leurs idéaux pour devenir des salopards intolérants au lieu de garder l’esprit ouvert, et qu’ils ont finalement suivi leurs potes pour faire avec eux des trucs innommables. Non, nuire à son prochain n’est jamais fortuit.

Posté par efelle à 19:08 - Divers - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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