Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

02 juillet 2008

Panique à l’université ! de Neal Stephenson

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Ce qu’elle faisait également pendant ses cours d’anglais pour débutant, étant donné qu’elle avait eu une licence ès lettre avec mention.
Elle avait commencé à se douter que quelque chose clochait au milieu de l’été, quand le logiciel d’organisation des cursus l’avait inscrite à ces cours en précisant qu’il s’agissait d’une obligation qu’elle n’avait pas satisfaite au cours de sa première année. Dès son retour, à l’automne, elle s’était adressée à un conseiller d’orientation.
« Ecoutez, je connais tout ça par cœur. Qu’est-ce que je fiche parmi les débutants ? »
L’homme copia les codes imprimés par l’ordinateur puis chercha la signification dans un énorme lexique.
« Ah ! N’avez-vous pas un parent né à l’étranger ?
- Ma belle-mère est originaire du Pays de Galles.
- Ca explique tout. » Il pivota vers elle et adopta une attitude corporelle destinée à traduire de la franchise et une grande ouverture d’esprit. « Toutes les statistiques démontrent que les enfants d’immigrés ont plus de difficultés à s’exprimer que les autres. »
 

Une université moderne, à l’architecture démesurée coincée entre deux voies rapides. Un système administratif absurde, un système de financement obscur, des enseignants déconnectés de la réalité, un personnel d’entretien monomaniaque. Les étudiants ne sont pas épargnés, la majorité est grégaire avec des coutumes criminelles : fraternité ineptes de drogués, groupes politiques ou religieux à l’activisme ridicule, joueurs de jeu de rôle pataugeant dans les égouts…
Telle est la Mégaversité Américaine, dans ce décor Neal Stephenson règle son compte au système universitaire, de manière parfois drôle mais le plus souvent cynique et cruelle, personne ne trouve grâce à ses yeux, l’anarchie règne.

Ce faisant, il distille en chemin quelques concepts plus ou moins farfelus ici ou là. Ces derniers  prendront tous leur importance quand l’université se dirigera résolument vers une apocalypse inéluctable.
Un ensemble joyeusement chaotique tant dans le contenu que la narration mais toutes les pièces s’imbriquent dans les autres pour le grand final qui accordera une belle part au ventilateur ornant la couverture du roman. 

Résolument déjanté, le premier roman de Neal Stephenson se dévore rapidement et avec délectation.
 

Tu te trompes. Le Plex n’y est pour rien. La conduite des gens n’est pas dictée par le milieu où ils vivent. Ils sont responsables de leurs actes. Personne ne les a contraints à s’abrutir devant la télé au lieu de mettre leurs méninges à contribution à l’époque où ils allaient au lycée. C’est librement qu’ils ont décidés d’opter pour les cours les plus faciles et de boire de la bière plutôt que d’essayer d’étendre leurs connaissances. C’est sans raison valable qu’ils ont renié tous leurs idéaux pour devenir des salopards intolérants au lieu de garder l’esprit ouvert, et qu’ils ont finalement suivi leurs potes pour faire avec eux des trucs innommables. Non, nuire à son prochain n’est jamais fortuit.

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30 mai 2008

L’énigme du cadran solaire de Mary Gentle

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1610. Valentin Raoul Rochefort, agent de Sully, ministre d’Henry IV, n’a pas de chances.
Chargé d’infiltrer les complots contre le roi, il se fait piéger par Marie de Médicis. S’il veut sauver son maître, il doit assassiner le roi !
Rochefort tente de retourner la situation à son avantage en simulant une tentative pour disparaître dans le tumulte qui s’ensuivra. Il choisit donc l’assassin potentiel le moins sérieux à sa disposition, un certain Ravaillac. 

Il n’aurait jamais dû y arriver ! protestait mon esprit, tandis que je fixais le monarque affaissé, à qui La Force jetait une cape sur le visage. Comment une tentative d’une telle désinvolture a-t-elle bien pu réussir ?

Son implication étant évidente dans le meurtre, Rochefort fuie pour l’Angleterre afin d’échapper aux agents de
la reine. En chemin, l’insupportable Dariole s’attachera à ses pas. Némesis insolente, bretteur doué avec qui Rochefort entretient une relation quelque peu perverse et masochiste. Avant d’arriver à destination, ils accueilleront dans leurs rang, Saburo, un samouraï japonais nauvragé, membre d’une mission diplomatique à destination de l’Angleterre.

Hélas, Rochefort vient d’entrer sur l’échiquier de Robert Fludd. Médecin, astrologue et mathématicien, héritier d’une technique statistique lui permettant de prévoir l’avenir.
La préservation de l’humanité nécessite l’élimination de Jacques Ier, roi d’Angleterre et d’Ecosse, Fludd choisit Rochefort pour effectuer la basse besogne. Après tout il est expérimenté en matière de régicide. 

Les conspirations contre les rois, on en trouve treize à la douzaine : les traîtres et les mécontents sont légion… et ils emploient souvent astrologues et sorciers.
Quant à moi, peu m’importait ce qui arrivait au roi écossais d’Angleterre, en bien ou en mal. Toutefois, un homme capable de me lâcher les noms de Ravaillac et de Cossé-Brissac était dangereux. J’ignorais comment l’Anglais avait appris ce qu’il savait, mais je devais m’en débarrasser.
Je pris alors conscience d’éprouver ce que j’appellerais le sentiment de supériorité naturel de l’homme de violence entouré de moutons, impression dont je me garde en principe avec soin. Je coulais mes jours au milieu des interrogatoires, des embuscades, des meurtres et autres brutalités, certes mais il n’empêchait que je risquais de croiser des hommes aussi durs que moi dans d’autres sphères de la société. Mieux valait me méfier de ce Fludd, au cas où il en eût fait partie.


Peu motivé, Rochefort contacte le premier ministre anglais grâce à Saburo mais ce dernier préfère laisser courir le complot pour démasquer les alliés de Fludd. Rochefort se voit donc contraint de planifier à nouveau un régicide… 

Le récit très vivant se compose des Mémoires de Rochefort, à chaque changement de partie un extrait de journal d’un autre personnage fait office d’intermède.
L’intrigue est très riche, les possibilités de cette psycho histoire avant l’heure bien exploitée.
Le seul point noir est l’insistance sur les relations perverses entre Dariole et Rochefort qui alourdit quelque peu le récit (environ 1000 pages).
Quoi qu’il en soit cette fresque qui emmènera ses protagonistes jusqu’au Japon est passionnante et menée de main de maître. Un très bon roman de capes et d’épées, riche en rebondissement, peut être juste un petit peu trop long.

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05 avril 2008

Les murailles de Jéricho d’Edward Whittemore

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Stern est mort et avec lui son idéal d’un Moyen Orient en paix… Les murailles de Jéricho couvrent la création d’Israël au conflit libanais des années 80. Les joyeux délires du Codex du Sinaï et de Jérusalem au Poker sont terminés, place à l’amertume dans la droite ligne d’Ombres sur le Nil.

Quoi qu’il en soit Whittemore porte encore en lui un rêve, un espoir fou. Et de la même manière qu’un juif, un musulman et un chrétien se sont retrouvés autour d’une table dans Jérusalem au Poker, trois sages vieillards chacun représentant une confession seront les témoins des évènements qui déchireront la région depuis un jardin de Jéricho. 

Le lien avec Ombres sur le Nil est assez ténu, Anna avec l’aide de Bletchley, devenu Bell, fuit l’Egypte pour
la Palestine. C’est là bas qu’elle fera la connaissance de Tajar, un ancien agent de Bletchley et accessoirement le premier directeur du Mossad.

Au cours de la naissance de l’état d’Israël, elle rencontrera et épousera Yossi. Un soldat juif élevé en Irak.
Las, Yossi, créature du désert sans cesse en mouvement ne peut se contenter d’une vie simple.
Il divorcera d’Anna avec qui il a eu un fils : Assaf. Sous l’impulsion de Tajar, Yossi se formera aux métiers de l’espionnage et sera déclaré mort au cours du conflit du Sinaï en 1956.
Il commencera alors une nouvelle vie en Argentine sous l’identité d’Halim, un jeune membre de la diaspora syrienne. Quelques années plus tard, il ira en Syrie pour y devenir un des atouts les plus précieux du Mossad : le Coureur.

 

Espionnage donc mais aussi douleurs des conflits car même les armées victorieuses ont des morts. Assaf, blessé et traumatisé au cours de la guerre des Six Jours trouvera la paix au contact de Youssef, un jeune enseignant arabe de Jéricho qui a perdu son frère cadet, membre d’une obscure cellule de l’OLP. 

Deux décennies à peine après l’Holocauste, songeait Tajar, et une nation de deux millions de Juifs, vainc des nations totalisant quatre-vingt millions d’ennemis, et le monde entier applaudit comme si l’Histoire venait soudain d’effacer le mal de l’Holocauste, soulageant un peu la conscience de tous, et nous-mêmes, nous applaudissons ce que nous sommes devenus, le nouveau Juif en nous, fier, jeune et fort, dont la devise est : Plus jamais ça.
Eh bien, ma foi, je dois être d’un autre temps et d’un autre lieu, car il y a quelque chose au fond de moi qui n’aime rien de tout cela. Les Arabes voulaient la guerre et nous n’avions pas le choix, mais le résultat me fait peur. Nous avons perdu notre équilibre et notre sens des proportions. La guerre n’est pas notre fort en tant que peuple, et nos héros ne devraient pas être des généraux. Ces dieux-là sont pour les autres, pour les étrangers. Et les Arabes ne sont pas davantage des nazis, pas plus qu’Israël n’est en Europe, et personne ne devrait prétendre que nous réglons les comptes de l’Histoire. Israël est ici, et nous ne faisons ni partie de l’Europe, ni de l’Occident. Nous faisons partie des nombreux peuples de l’antique Moyen-Orient, nous sommes un peuple revenu au bercail après une longue errance, et nos voisins sont arabes et l’ont toujours été. Certes, ils ne sont pas obligés de nous accepter, mais, si nous voulons vivre ici, nous devons les accepter. Comment peut-on imaginer que nous pouvons refaire le monde en six jours et nous reposer pendant le septième ? Cela me terrifie. Une telle présomption ne peut qu’engendrer l’arrogance, l’hubris des Grecs anciens, l’insupportable fierté d’où découle toute tragédie humaine…
 

Tous ces personnages et quelques autres vont traverser les évènements fondateurs du conflit au Moyen-Orient. Halim, idéaliste israélien, endossera donc le rôle pendant plusieurs décennies d’un idéaliste arabe, incorruptible se tenant éloigner des intrigues politiques. Son influence grandissante, deviendra une légende qui le conduira avant la guerre dans un jardin de Jéricho. Un court temps de paix avant que la région ne bascule définitivement dans l’horreur et la folie au début des années soixante-dix. 

Des idéalistes japonais massacrant des pèlerins portoricains en Israël ? Pour venger les torts subis par des Arabes de Palestine du fait des Arabes de Jordanie ? Dans l’espoir de devenir des étoiles dans le ciel ?
Un acte dément, grotesque, avec un masque de dignité humaine plaqué sur le visage de la folie. Même en tenant compte du triste penchant qu’a l’homme à se bercer d’illusions, sans parler de l’habileté du KGB en matière de manipulation, le rôle de la noirceur et de la démence dans les affaires humaines semblait parfois tout-puissant à Tajar.

 

Tandis que certains trouveront la paix dans cette région, Halim se trouvera de plus en plus démuni quand Israël interviendra à son tour dans l’horreur libanaise. Délaissé par son camp et devenu un agent syrien de premier plan, il constatera avec désarroi la déliquescence de ce pays. 

Quant au Coureur, il s’efforçait tout simplement de survivre au fond de lui-même, étonné de par la distance qui le séparait désormais de son moi d’antan. Il se rappelait Yossi comme il se serait rappelé un ami d’enfance. Il connaissait la vie de cet homme dans ses moindres détails, mais c’était comme un souvenir issu d’un autre monde. Les espoirs de Yossi, les craintes de Yossi… ce n’étaient plus les siens. Halim savait ce qu’était un déguisement, et le visage émacié qu’il découvrait dans son miroir, avec ses cheveux blancs et ses yeux enfoncés, dans leurs orbites, ne signifiait pas grand-chose pour lui. C’étaient les changements intérieurs qui le laissaient abasourdi à mesure que Yossi s’estompait dans le passé.
Pour survivre, semblait-il au Coureur, on n’avait besoin de faire que des petits pas. Mais les changements dont il était le témoin avaient un caractère définitif proprement attristant.

Les murailles de Jéricho (personnellement j’aurai préféré la traduction littérale de Jerico Mosaic plus en rapport avec le texte) est un roman d’espionnage et un passage en revue d’une page d'histoire. C’est aussi beaucoup plus. Tous les personnages sont profondément humains à la recherche de la paix tant politique qu’intérieure. Certains la trouveront, d’autres feront face à une tragédie. Quoi qu’il en soit on regrette que le rêve de Stern ne ce soit jamais concrétisé ailleurs que dans un jardin de Jéricho…

Un excellent roman et une très belle conclusion au Quatuor de Jérusalem.

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17 février 2008

Caliban de Tad Williams

Précédé de La Tempête de William Shakespeare.

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Prospero, duc de Milan a été spolié de son domaine par son frère Antonio avec l’appui d’Alonzo, roi de Naples. Abandonné avec sa fille, Miranda, en pleine mer dans un frêle esquif, ils échoueront sur un îlot. Sur place, Prospero se rang maître du difforme Caliban et de l’esprit Ariel.
Caliban deviendra le souffre douleur d’Ariel et le serviteur de ce petit monde. L’esprit pour sa part sera l’instrument de la vengeance de Prospero. Convoquant une tempête, il échouera le navire royal sur ses terres et grâce aux pouvoirs d’Ariel manipulera Alonzo et sa cour afin d’obtenir son retour en grâce.

La Tempête de Shakespeare narre les manipulations de Prospero et Ariel et accessoirement la déchéance de Caliban. Sorcier machiavélique, Prospero obtient quand même le beau rôle du fait de sa propension à la clémence, allant jusqu’à sauver Alonzo d’une mort certaine. 

Voilà votre frère couché là, et s’il était ce qu’il paraît être en ce moment, c’est-à-dire mort, il ne vaudrait pas mieux que la terre sur laquelle il est couché. Moi, avec cette épée obéissante, rien que trois pouces de lame, je le mets au lit pour jamais ; tandis que vous, de la même manière, vous faites cligner l’œil pour l’éternité à ce vieux rogaton, ce sire Prudence qu’ainsi nous n’aurons plus pour censurer notre conduite.
 
Tad Williams reprend le récit, vingt ans plus tard en s’emparant de Caliban assoiffé de vengeance. Prospero étant mort, c’est sur Miranda, la reine de Naples, que le monstre destine sa vengeance. De nuit il s’introduit dans la chambre de cette dernière… 

« Prospero est mort ! Qui aurait pu imaginer que mon bourreau, que cet homme de fer, vieillirait et mourrait comme n’importe quel quidam ? Et il n’y a rien qui puisse changer cela, pas même la puissance et l’amertume de ma haine. Il m’a bien eu. »
Sa main la serra davantage. « Mais par chance, toi, tu n’as pas triché. »

 
Commence alors avant l’exécution annoncée, le récit de Caliban. Du monstre grotesque et stupide, Tad Willliams, fait un être torturé et blessé, plus profond qu’il ne parait dans la pièce,  à qui la vie n’a offert qu’amertume et désillusion. Prospero apparaît comme plus cruel et méprisant, ne valorisant que les êtres de sa caste. Le récit se porte sur la vie de Caliban , celle en compagnie des deux naufragés, passe rapidement sur les évènements de La Tempête pour en compléter la conclusion avant de se clore lui-même. 

L’exercice auquel se livre Tad Williams est assez intéressant et l’histoire plus prenante que son cycle de l’Arcane de l’Epée, tant le remaniement du personnage de Caliban est soigné tout en conservant la cruauté sous jacente au texte initial.
Un bon moment de littérature, par un auteur de Fantasy (de Big Commercial Fantasy même) et de Science Fiction.

Je ne comprends toujours pas les intentions de Prospero à mon égard. Il m’a apprivoisé, ça, oui. Comme le chien dont il avait besoin pour garder son feu de camp. Mais s’il avait besoin d’un sale cabot, pourquoi m’apprendre à vous comprendre, et même à parler un peu ? Si un esclave lui suffisait, pourquoi me montrer les étoiles ? Etait-il curieux de connaître mes limites ? N’étais-je qu’une expérience de plus, comme ses recherches alchimiques qui le mobilisèrent tant à Milan qu’il ne vit rien des complots de son frère ?


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03 janvier 2008

Histoire d’en finir avec 2007

Un petit bilan pour tourner la page de l’année écoulée…

 
Dans les auteurs que j’ai découvert plus ou moins tardivement cette année :
Robert Charles Wilson ;
Catherine Dufour ;

Gene Wolfe ;
Greg Egan ;
m’ont particulièrement marqués, je continuerai d’explorer leurs œuvres en 2008.

 

Pour les romans les plus marquants, je garde en tête sans ordre de préférence :

Spin et Blindlake de Robert Charles Wilson

Ronde de nuit de Terry Pratchett

Le Peintre des Batailles d’Arthuro Perez Reverte

Le Chevalier / Le Mage de Gene Wolfe

Radieux de Greg Egan

Rainbows End de Vernor Vinge

Le Goût de l'Immortalité de Catherine Dufour

 

Ma plus grande erreur aura été de lire les deux horreurs de D. Morlok.
Ma déception personnelle est Temps de Stephen Baxter. Le buzz entourant ce dernier me semblant disproportionné par rapport au contenu du roman.


Les bonnes résolutions pour 2008 ?

Perdre quelques kilos et lire plus.

 

Meilleurs vœux pour ce début d’année.

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20 octobre 2007

Deadwood de Pete Dexter

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« Bill et Charley étaient à Deadwood depuis quatre jours quand le Mexicain arriva en ville, avec la tête d’un Indien. Il la tenait en l’air, pour que les paquets de boue qui giclaient des sabots de son cheval ne viennent pas la souiller, en poussant un cri mexicain. Il alla jusqu’au fond du bas-quartier, revint dans le centre. C’était l’évènement le plus marquant depuis le passage des chariots, aussi mineurs et voyous escortèrent-ils le Mexicain dans ses aller et retour, en imitant son cri. »
 

Deadwood, ville minière, blottie dans les Blacks Hills. Ville boueuse où les bars sont les commerces les plus nombreux. Ce roman évoque une page de l’histoire de cette ville dans la boue donc mais aussi au travers de personnages historiques tel que Wild Bill Hickok et Calamity Jane. Figures historiques profondément humaines, pathétiques, mythomanes, rongées par les maladies et l’alcool.

A Deadwood rien n’est beau, la ville bâtie en planche de pin, avec son village de tentes, son théâtre sans toit à tout d’une installation temporaire.

Pete Dexter évoque la ville et ses habitants à travers une poignée d’évènements marquants réparties en 1876 et 1878. Ce western n’est pas beau, ni aride, les personnages sont ravagés par diverses fièvres, maladies vénériennes et l’alcool frelaté quand ce n’est pas la variole qui s’en mêle.

On tire beaucoup de coup de feu… en l’air ! Pas d’intrigues haletantes dans ce roman mais les destins croisés de nombreux personnages.
Une vision du western très humaine et loin des archétypes habituels. Un bon moment.

« Bill et le chien gravirent une colline, à l’est de la clairière, et parvinrent dans un autre pré, plus petit, qui dominait Deadwood. De là, on ne voyait pas la ville, mais on la sentait.
Elle était là, de même que sa maladie. Une présence harcelante, à laquelle il ne pouvait échapper.
Le bouledogue enfouit son museau sous la main de Bill, pour qu’il le gratte à l’endroit de son oreille absente. Il s’exécuta, tout en pensant au Chinois qu’ils avaient mis dans le four. Il avait pour principe de toujours oublier ce qu’il avait fait, de bien ou de mal, de faire comme si ça n’avait jamais existé, sous prétexte que c’était du passé.
Il avait même oublié ce mensonge, car il savait que c’en était un. »

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08 septembre 2007

Le festival des macchabées d’André Héléna

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« Ils avaient cet air vache de brutes obstinées, prêtes à tout et méfiantes, ayant toujours l’impression qu’on se fout d’eux, avec un regard traqué, qui tournait autour de la pièce et se posait sur tout le monde sans voir personne. Mais le simple effleurement de ces regards glacés suffisait à serrer les tripes à chaque mec. » 

Suite directe « Des Salauds ont la vie », ce roman est bien nommé : les morts pleuvent.
L’histoire repart quelques mois après la fin du volume précédent mais le style a quelque peu changé : l’action est omniprésente avec moult rebondissements pas toujours très vraisemblables. Héléna semble en être aussi conscient avec les réflexions suivantes de Maurice :

"C'était à croire que le Bon Dieu se foutait de nous et nous prenait pour des ludions. Il nous plongeait tout à tour et nous faisais remonter. Un jeu du chat et de la souris, une vraie douche écossaise. Quelque jour, le système se détraquerait et alors on se mouillerait pour de bon. "

« C’est à croire, du reste, qu’il y avait un bon Dieu pour nous et qu’il nous avait délégué son ange gardien le plus dégourdi, parce qu’il y a peu de mecs, faut bien le dire, qui auraient eu assez de pot pour passer à travers tous les trucs à travers lesquels on était passés, notamment la fusillade de Lyon, pour ne citer que ça. »


Ce livre n’en reste pas moins agréable à lire grâce à sa troisième partie qui renoue avec les ambiances du premier tome et offre une histoire plus intéressante avec une esquisse de la France de la libération.


Un peu moins bien écrit, des ficelles narratives un peu grossières et pas mal de deus ex machina. Un livre vite lu, qui ne marquera le lecteur que par son extrême violence, dont on pourra se passer contrairement au très bon roman précédent.

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05 septembre 2007

Les salauds ont la vie dure d’André Héléna

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« Déjà qu’en temps normal Lyon, c’est la ville la plus moche et la plus sinistre que je connaisse, alors maintenant, sous la botte allemande, elle battait tous les records. Sinistre qu’elle était, la ville, enfoncée dans le cafard, comme dans la ouate sale de ses brouillards, hantée d’ombres furtives qui suivaient les trottoirs, la tête basse, vêtues de sombre, avec des gueules hargneuses, allant on ne sais où, faire on ne sais quoi, avec des airs de mystère qui leur allaient comme des pantoufles à un chat. » 

Je ne connais pas les romans noirs ma seule expérience en la matière étant l’adaptation cinématographique du roman de James Ellroy : L.A. Confidential. C’est une chronique de la salle 101 qui m’a fait franchir le pas.
Le style d’Héléna est assez particulier, les dialogues de truands des années quarante laissent la place à des descriptions, des impressions plus subtiles ou son amour pour Paris et sa région natale : le Languedoc Roussillon. 

Maurice, truand parisien est contraint de quitter Paris précipitamment suite à un crime passionnel. Violent, buveur, coureur de jupons, accroché à son code d’honneur et a priori pas patriote pour un sou, Maurice n’est pas spécialement sympathique. L’époque ne l’est pas non plus, l’action devant se dérouler au cours du dernier trimestre de 1943.
L’évocation de l’Occupation à Paris, Lyon, Perpignan et Montpellier au cours des tribulations de Maurice est saisissante. Les difficultés d’approvisionnement, de logement, les contrôles, la crainte du STO ou de la déportation tout est dépeint très naturellement au fil de la narration.
Pourchassé Maurice basculera dans la Résistance à la suite d’un concours de circonstances, la ferveur patriotique, elle, ne viendra que tardivement. 

« D’ailleurs, ici, les Allemands, ils étaient extraordinairement discrets. Ils vivaient dans le quartier des villas chics qu’ils avaient entouré d’un réseau de barbelés. Un quartier sinistre, d’ailleurs, poignant de la tristesse des choses luxueuses brusquement abandonnées. L’herbe poussait dans les pavés, les fenêtres, aveuglées de carton, n’avaient plus de regard, les portes étaient défoncées, mal entretenues, se gondolaient dans le vent humide du large.
Ils avaient pas besoin d’y coller des chevaux de frise, les boches, personne n’avait envie de s’y aventurer, dans leur royaume du désespoir. »

 

Le premier roman de ce diptyque est très accrocheur, une fois dedans, j’ai eu du mal à le lâcher. La narration d’André Héléna sans fard, décrit toutes les couches de la société durant cette période, des résistants ou collaborateurs en passant par les simples paumés. Les salauds ont la vie dure est un excellent roman, mêlant action, une pointe d’humour et une peinture des mœurs sans complaisance. 

« On vivait une époque où il n’était question que de se défendre. Se défendre contre le froid, contre la faim, contre la maladie et contre la mort.Il fallait mener une lutte constante pour sa ration de pain, de topinambours et de rutabagas, pour avoir une place dans le car qui allait partir, ou dans le train, pour toucher ses cent grammes d’huile et ses tickets de textiles. Une vie qui était devenue pire qu’aux temps primitifs, compliqués de lois, d’ordonnances et de décrets absurdes, plus vexants et plus empoisonnants les uns que les autres. L’Europe entière était devenue un immense champ clos dans lequel la moitié du monde s’efforçait d’emmerder l’autre moitié. Il n’y avait évidemment pas de quoi se marrer. »

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16 août 2007

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

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« Le village, enfin le tas de dunes, est à trois cent mètres sur  la droite.  Les puisards sont les seuls survivants que nous ayons croisés depuis ce matin et ils étaient à ce point hébétés qu’ils n’ont pas compris qui nous étions, ni ce que nous demandions : un peu d’eau non souillée, une chaise où s’asseoir, un pan de mur encore droit où adosser nos plaies. Il faut les comprendre. Les dégâts sont immenses : maisons détruites jusqu’aux meubles, vélichars, éoliennes… Parfois tout a été embarqué. Quelques enfants aussi, les rares bêtes. Leur récolte noyées de sable. Des mois à pelleter, à dégager, à reconstruire sous les rafales en espérant finir avant le prochain massacre, dans deux ou trois ans, et finir mieux, moins ébranlable ! » 

Un monde où le vent souffle avec rage. Des sociétés se sont adaptées à cet environnement, en tentant de se prémunir contre lui ou en l’exploitant : cités se blottissant derrière des digues, haute tour bâtie au dessus des éléments, enclaves abritées par le relief, nomades se propulsant avec des éoliennes. Le monde d’Alain Damasio malgré son originalité fait preuve d’une grande cohérence (on est loin de la Planète des Ouragans de Serge Brussolo) et la présence d’une faune fantastique ne perturbe pas le récit.
Au sein de cet société, un ordre hermétique lance régulièrement un groupe d’individus, formés et sélectionnés depuis l’enfance pour remonter à la source du vent : la Horde.
C’est une partie du périple de cette dernière qui est conté. 

Le style de ce roman est assez déroutant au début, chaque membre de la Horde est affublé d’un sigle (résumé sur un marque page dans l’édition poche), sa présence en début de paragraphe signalant l’identité du narrateur. Le vocabulaire inventé et la ponctuation détournée pour décrire le vent surprennent aussi. Par contre en maniant en virtuose, l’ellipse et le flash back, le récit est très dynamique et pas répétitif.

La Horde refuse l’emploi de moyen de transport par philosophie. Seule un groupe endurci par le trajet à pied depuis l’Extrême Aval aura une chance de franchir les obstacles, naturels ou humains  barrant la route de l’Extrême Amont (illustrée par la numérotation à rebours des pages). L’odyssée axée sur le dépassement, très variée (du contrevent à la joute verbale), rebondie régulièrement, les personnages évoluent et se révèlent peu à peu, de la subtile Oroshi au très fruste Golgoth.

« Mon père m’a viré à cinq ans pour me lâcher sur Aberlaas. Mais il a quand même eu le temps de m’apprendre une chose : le respect de mon nom. Devant mon nom, y a qu’un seul objectif que je tolère ; c’est « neuvième ». J’aurais pu te saigner d’un jet, petite gueule, mais je vieillis. Et j’espère que toi aussi tu vieilliras assez pour te souvenir de mon nom. Et si dans deux mois, un aqual me suce et que tu retrouves mon sac de peau sur une plage, avec la carte de ma vie tatouée derrière, tu la prendras et tu la cloueras au mur de ta putain de cabine ! Peut être que ça te donnera une idée, même vague, de ce qu’est le courage. » 

Conte philosophique et aventure fantastique, la Horde du Contrevent est un très beau roman, bien écrit et tout aussi bien mené. Si vous n’avez pas peur d’être emporté par un furvent ou changé un chrone, n’hésitez pas ! 

« Aucun de nos codes, pris isolément, n’a d’importance. Importe par contre suprêmement la logique qui a présidé à leur articulation et qui toute entière les imprègne. Cette logique est celle du dépassement de la fatigue et de l’abrasion. Elle tient à la nature même du vent, qui est corroi. De discipline, nous n’avons que celle qu’impose le contre. Face au flux, pas de relâchement possible. Pas de jeu dans les rangs qui ne pénalise tout le Bloc. En frontal, le Fer n’est pas un code hiérarchique : c’est une nécessité. Au près serré, nous élargissons le triangle pour couvrir les flancs. Code puéril ? Discipline rigide ? Respect du vent plutôt. Les Fréoles ne respectent pas le vent : ils s’en servent, ils l’exploitent. Ils le canalisent et le recyclent. Pour eux, le vent est matière première, un ami docile et maniable. Pour nous, il est l’ennemi qui s’affronte. Ce qui nous tient debout. Nous redresse. Et nous fait. »

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25 juillet 2007

Citoyens clandestins de DOA

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Lynx s’installa dans l’une des méridiennes. Steiner l’imita.
« C’était un gros bavard, finalement, ce brave Michel. Il a confirmé avoir supervisé l’achat des lots de Vx, comme vous le saviez déjà. »
Les deux hommes s’observèrent un instant.
« Effectivement, il a beaucoup parlé.
- Plus que toi, oui. Du Vx, bravo les gars. Encore un domaine dans lequel la chimie française est parvenue à briller. » L’agent mima des applaudissements.
Charles s’énerva. « Je ne trouve pas ça très drôle.
- Ah, toi non plus ? Voyons voir, est-ce que je me souviens de mes cours NBC ? C’est loin tout ça… Le Vx, incolore et inodore sous sa forme liquide pur, est un produit chimique découvert dans les années cinquante, par accident, en Angleterre si je ne me trompe pas, dans le cadre de recherches sur les insecticides, qui révéla très vite son potentiel stratégique. C’est, à ce jour, le neurotoxique militaire le plus efficace qui soit. […]
- Si ces idiots avaient été capables de le synthétiser correctement seuls, ils n’auraient jamais eu besoin de ces lots de référence. Tu comprends un peu mieux les raisons de tout ce bordel. A une époque où notre industrie pétrochimique est déjà sous le coup de plusieurs actions en justice, il est inutile de rappeler au bon souvenir de l’opinion publique cet épisode glorieux de son histoire passée.
- J’imagine que l’explosion de Toulouse n’arrange pas les choses. Notre affaire, étalée à la une, jetterait sur cette catastrophe un éclairage plutôt…
- Délicat ? Oui. Et il y a un autre problème. » Steiner soupira. « Nous pensons qu’une partie de l’exécutif américain pousse pour trouver une excuse qui justifierait une invasion de l’Irak. Ils savent que nous ne laisserons pas faire sans rien dire et comme nous siégeons au Conseil de sécurité de l’ONU… ils cherchent déjà à décrédibiliser notre parole par tous les moyens. Ils vont probablement faire sortir quelques histoires de corruption dans le cadre de Pétrole contre Nourriture. Parmi celles-ci, certaines concernent des personnes proches du sommet de l’Etat. »
Lynx ricana : « Avec des amis pareils, plus besoin d’ennemis. »

 

Début 2001, le régime Irakien s’affaiblit déjà et les tractations douteuses se multiplient.
Des terroristes islamistes réussissent ainsi à sortir du pays assez discrètement deux fûts d’armes chimiques, vendues par la France à l’Irak bien des années auparavant.
Tandis que ces armes commencent leur périple clandestin vers leur pays de création, les services secrets français finalement mis au courant commencent la traque…

Le renseignement français est une vaste nébuleuse que DOA présente très bien dans son roman (et dans l’annexe très pratique fournie avec), les services dépendant du Ministère de la Défense tente d’étouffer le scandale en agissant seuls et hors de leur juridiction… Ceux dépendant du Ministère de l’Intérieur tente de comprendre ce qui se passe et d’où provient cette hécatombe dans les rangs des islamistes français.

Deux ministères en concurrence, des services qui se tirent dans les pattes une fois sur deux, des factions au sein de ces mêmes services qui jouent des cartes personnelles. Cette affaire est un vrai bourbier compliqué par les attentats du 11 septembre, l’explosion de l’usine AZF et le début de la campagne présidentielle…
Au centre de cette intrigue trois personnages se croiseront : un agent infiltré parmi les islamistes soumis à une pression énorme, un agent clandestin opérant de manière musclée et une jeune journaliste découvrant peu à peu les enjeux et les dangers de cette affaire… 

Excellent thriller, dont l’intensité va crescendo, Citoyens clandestins se lit d’une traite. A lire de toute urgence !

Posté par efelle à 09:52 - Divers - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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