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Une querelle d'héritage dans les cîmes du pouvoir au sein du Royaume a dégénérer en guerre civile teintée de guerre de religions. Les territoires sont ravagés par le conflit, les populations massacrées... L'audacieux capitaine Rana, à la tête d'une petite bande comptant le barde narrant ce récit, a été envoyé en quête du Roi-diseur par sa suzeraine. L'objectif étant d'obtenir du légendaire sage, une solution au conflit, en faveur des rebelles... Par-delà, les lignes loyalistes, la petite troupe remonte le fleuve loin dans le nord, dans des zones peuplées uniquement de sauvages.

Autrefois, les hommes venaient de tout le Freyanth pour chercher le Roi-diseur. Il en arrivait même des royaumes les plus lointains, qui avaient bravé des tempêtes et abandonné leurs domaines pour de long mois, dans le seul espoir que l'Oracle leur accorde un moment. Ils ne faisaient halte à Yvachror qie me temps de prendre conseil et d'éprouver leur courage, puis s'enfonçaient dans le Vyanthryr à la recherche du mythique Trône des feuilles. Tous apportaient avec eux une question et tous étaient convaincus de son importance ; bon nombre d'entre eux avaient le plus grand besoin d'une réponse miraculeuse. Mais le Roi-diseur ne se laissait pas trouver si facilement : lui seul décidait de rencontrer les uns, d'éconduire les autres, et le grand seigneur, en cet office, n'était pas mieux servi que le pauvre bramynn. La forêt s'ouvrait et se dévoilait à ceux auxquels il accordait sa grâce ; aux autres, elle se fermait irrévocablement. Nombreux sont les suppliants qui durent faire demi-tour, après avoir erré en vain pendant des jours dans des pinèdes obscures peuplées d'ombres terrifiantes.

Naviguant loin de tout, c'est avec surprise que Rana et les siens trouveront dérivant dans le courant un naufragé aux jambes brisées, accroché à une branche... Sauvé des eaux, le naufragé se révélera être un de leur compatriote, Manesh le Bâtard, rejeton d'un des derniers membres d'un peuple antique et merveilleux. Vu le contexte et la région, Rana chargera son barde d'obtenir des réponses du blessé mais ce dernier se révèlera habile et tissera un récit honnête mais s'éloignant fortement des préoccupations immédiates des membres de l'expédition.

"Tu penseras parfois que je m'égare... ou peut-être, que je ne réponds pas à tes questions. Tu dois me promettre de me laisser mener mon histoire comme je l'entends, quoi qu'il arrive."

Je considère sa demande un instant. Il y a quelque chose d'outrancier à posr ainsi ces conditions, alors que nous l'avons sauvé d'une mort certaine, et que le capitaine peut disposer de lui comme il l'entend. En fait, Rana pourrait parfaitement décider de sa vie ou de sa mort en fonction des réponses qu'il nous apportera. Le Bâtard ignore dans quel jeu dangereux il est pris bien malgré lui ; mais pour de multiples raisons, je me refuse à l'en avertir.

Se succèderont ainsi les récits de la vie de Manesh depuis son enfance et celles du barde sur l'expédition. Toutes deux passionnants et accrocheurs, l'un par le côté solaire de son épopée, Manesh apparaissant comme une force positive et dynamique l'autre par sa lassitude et sa noirceur latente, les membres de l'expédition ayant vu trop d'horreurs.

Mes compagnons se taisent, écoutent courir mes doigts.

Je fais voeu de leur transmettre un peu de la paix du fleuve, de sa sagesse immortelle. Les craquements sous l'écorce et le murmure des milliers de minuscules mineurs qui creusent dnas les troncs. Le goût des feuillages et de la terre humide. L'odeur des aiguilles. Mais j'échoue... il y a quelque chose de tourmenté dans les humeurs que je distille, une sombre violence qui sommeille, voilée, sous la vague. Je peux la sentir derrière les apparences de tranquililité, aussi subtile soit-elle. J'ai beau la chasser de mon esprit, elle y revient toujours à la dérobée, pour se tapir sournoisement dans mes accors et en pervertir l'humeur.

Je sais trop bien ce qui me trouble.

[...]

Une guerre, on l'emporte toujours avec soi, si loin qu'on aille... moi qui devais ce soir la faire oublier à mes compagnons, je n'ai pas su m'en affranchir.

Narration en deux temps efficace et prenante, personnages hauts en couleurs et un univers original, des contrées celtiques où la religion hindou se serait imposée... Avec ce premier tome, Stefan Platteau signe un récit magistral à la fois envoutant et épique avec des ambiances rappelant Hayao Miyazaki (tendance Nausicaä et Princesse Mononoke). Un excellent moment et un cycle à suivre.