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Alors que les guerres civiles se multiplient, la France vit dans une paix relative. Les parisiens, accrocs aux réalités virtuelles, vivent dans une société ultra automatisée et passablement délabrée ; les banlieusards miséreux sont contenus derrière des barrières mortelles et ont un quotidien digne de Mad Max ; quant aux provinciaux de la campagne ils sont une espèce en voie d'extinction...

A pied dans Paris vacant, qui tourne à vide telle une vieille machine oubliée : des feux qui ne régulent qu'une rare circulation, essentiellement robotique ; des boutiques vides aux vitrines crasseuses, aux grilles rouillées, dont les enseignes éteintes sont les chicots branlants des mâchoires séniles de la rue ; les façades lézardées, aux fenêtres aveugles, de vieux immeubles conaptés, transformés en cyber-termitières ; l'ancienne fac Parix XIII, éventrée à jamais, hérissée de grues décharnées, chancrée d'engins de chantier avachis comme de gros insectes morts, rebut d'un plan de rénovation obsolète ; des véhicules décolorés, empoussiérés, gisant là tant qu'ils n'entravent pas quelque prog prioritaire... L'entropie gagne du terrain, constate Kris à chacune de ses sorties.

Réfugié russe, Hang est un révolté... Pourvoyeur d'images de conflits pour inspirer les jeux en réalité virtuel, il est aussi hacker diffusant et imposant les images les plus violentes d'un monde que les parisiens ne veulent pas voir... Tout y passe des conflits lointains captés par des satellites aux images de guerre de gang en banlieue...

Kriss est une employée de Mens Sana, chargée de ramenée les inners perdus dans les réalités virtuelles suite à des connexions trop longues... Un boulot ingrat auquel s'ajoute un statut d'auxiliaire de police.

Le filet d'eau qui s'écoule du robinet est chiche, brunâtre, sent le chlore et le métal. Encore une pénurie... Ca lui rappelle les images outer diffusés par Mate. Finalement on n'est pas si loin des conditions de vie des outers, malgré nos consoles sophistiquées réfléchit-elle. Plus d'électricité, une eau rare et dégueulasse, l'entropie générale... La Basse Réalité est oubliée, ignorée. Elle se désagrège et tout le monde s'en fout - pire : ne veut pas la voir. Alors les inners restent plus longtemps connectés, et plus ils restent connectés, plus leur environnement se déglingue.. Cercle vicieux que les robots et sysex sont incapables de juguler- il ne faut pas se leurrer.


Les trajectoires de Kriss et Hang se rejoindront avec l'apparition d'un fantôme dans la machine meurtrier, une apparition causant son lot de crise cardiaque... La première est chargée d'enquêter, le second est lié à l'apparition.

Avec ce court roman, Jean-Marc Ligny livre un texte grinçant dans un futur probable. Plus que l'intrigue du roman c'est le décors qui fascine, cette société en déliquescence crédible. Tout en déployant une ambiance très française, Ligny fait quelques clins d'oeil aux pionners du cyberpunk américain. Un roman sympathique et un bon moment.