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Gros ouvrage, L'été de l'infini va au-delà du simple recueil de nouvelles, du fait de la solide préface de Xavier Mauméjean, des deux interviews à dix ans d'intervalle et de l'essai sur l'adaption au cinéma par Christopher Nolan du Prestige. Une rencontre avec l'auteur des plus approfondies.

Côté nouvelles, la douzaine de texte réunis ici offre un bon tour d'horizon des thèmes de Priest. L'été de l'infini et Errant solitaire et pâle encadre le textes. Deux histoires d'amour obsessionnel et de paradoxe temporel. Là où la première est touchante et agréable, la seconde plus obsessionnelle et maniaque débouche sur un dénouement des plus brillants.

La Femme dénudée nous plonge dans l'ordalie d'une femme adultère au sein d'une société puritaine, machiste et hypocrite. Glaçant et efficace.

La Tête et la main aborde la thématique du spectacle et de la provocation en guise de distraction avec un artiste de l'automutilation. Dérangeant et très efficace.

Réminiscences d'évènements presque oubliés lors d'une chute fatale dans Finale, un texte bien mené et très agréable.

L'évolution d'une communauté de scientifique vivante en autarcie. Le monde du temps réel renoue avec le thème favori de Priest, qu'est ce que la réalité ? Brillant, subtil dans son évocation de l'auto aveuglement.

"Il ne voit, n'entend, ne sent rien. Il ne peut pas réagir aux idées qui lui viennent, ni s'exprimer d'une quelconque manière. Tout ce qu'il pense relève de l'accomplissement de ses désirs. Il peut imaginer n'importe quoi, pour ce que l'on en sait. Il a l'esprit libre de toute contrainte. Tout ce qu'il conçoit, souhaite ou anticipe doit lui paraître vrai. Il pourrait bâtir un monde entier qui lui semblerait réel, matériel, substantiel. Le rêve le plus ancien de l'homme, d'un côté. Mais de l'autre... un cauchemar qu'on ne saurait se représenter."

Une thématique que l'on retrouve dans Transplantation où le cas d'un homme dans le coma est évoqué. Coupé de tout stimuli extérieur, son cerveau fait montre d'une intense activité...

Haruspice fait dans l'horreur gothique, quasi lovecraftienne en y mêlant un soupçon de voyage temporel. Efficace, prenant, dérangeant, une belle réussite. Enfin, Les Effets du deuil narre la rencontre entre une veuve esseulée et un illusionniste... Intrigant et amusant.

"Nous vivons à une époque d'images médiatiques, d'impulsions électroniques, d'information, de réalité virtuelle, de pages internet, de politiciens menteurs, d'intelligences artificielles, d'images de synthèse et bien plus encore. Il est rare que les choses soient ce qu'elles paraissent et qu'on puisse affirmer catégoriquement qu'elles sont réelles. On ne peut se fier qu'au monde de la réalité intérieure, le monde des perceptions, des pensées, auquel on réagit. Bien sûr, il s'agit du produit d'impulsions sujettes à caution, mais malgré tout, la plupart des gens se fient essentiellement à ce qu'ils ressentent. La tension entre un monde intérieur de réalité émotionnelle et un monde extérieur de faits douteux me semble pleine de possibilités, pour un romancier."

Comme indiqué précédemment, les entretiens concluent le livre agréablement et donne envie de plonger dans les univers paradoxaux de Christopher Priest, une manière de prolonger cet excellent moment.

 

Les avis de Nébal, Lune et Philémont.